‹ Le comte d'Egmont et le comte de Hornes (1522-1568) d'après des documents authentiques et inéditsChapitre 27 sur 187 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

ou , en d’autres termes , accroître l’autorité des États et du peuple (1).

Floris de Montmorency, qui était parti de Bruxelles dans les premiers jours du mois de juin, dut attendre assez longtemps en Espagne les instructions du roi. Enfin, le 29 novembre, Philippe reçut le frère du comte de Hornes en audience de congé. Pressé de s’expliquer franchement sur ce qui se passait aux Pays-Bas, et sur les causes du mécontentement qui régnait dans ces provinces, Montigny s’en excusa d’abord, disant que le roi devait être bien informé ; il finit par alléguer les trois griefs suivants : l’érection des nouveaux évêchés qui avait été négociée sans que personne des Pays-Bas le sût ni y intervînt ; le bruit répandu qu’on voulait introduire dans ces provinces l’inquisition à la manière d’Espagne; puis, la haine que tout le monde avait conçue contre le cardinal de Granvelle, et non seulement les nobles mais le peuple, haine qui allait si loin qu’elle pouvait faire craindre quelque soulèvement. Le roi répondit que le cardinal de Granvelle ne rendait pas de mauvais offices aux seigneurs, comme ils paraissaient le croire; que son intention n’était point d’établir l’Inquisition dans les Pays-Bas , et que l’érection des évêchés avait eu uniquement pour but de remédier au peu d’instruction religieuse qu’il y avait dans ces provinces (2). Philippe chargea Montigny de donner à tout le monde connaissance de cette réponse peu satisfaisante.

Montigny n’obtint pas un meilleur succès pour les réclamations de son frère. Ce dernier, obéré par les dépenses considérables qu’il avait faites dans l’intérêt du service du roi, et n’ayant ni gouvernement ni charge lucrative, demandait, comme juste indemnité de ses sacrifices, la pension dont il jouissait en Espagne. Cette indemnité lui permettrait, disait-il dans sa requête (3), de mieux remplir les fonctions de conseiller d’État.

(1) Correspondance de Philippe II, t. 1", p. 217.

(2) Ces détails furent donnés par Philippe II lui-même à la régente. Correspondance de Philippe II, 1. 1", p. 829 et 232.

(3) Supplément à l’Histoire des guerres civiles de Flandre, sous Philippe II, roi d'Espagne, du père Fa mi en Strada et d’autres auteurs, contenant les procès

64 LE COMTE d’EGMOST ET LE COMTE DE HORNES.

Oa eût dit que Philippe, par ses atermoiements calculés et ses réponses dilatoires, voulait consommer la ruine d’un personnage qui l’avait loyalement servi mais dont l’humeur et l’indépendance l’offusquaient.

Montigny, arrivé à Bruxelles le 23 décembre, fit le 28 son rapport au conseil d’État en présence de la duchesse de Parme, du comte d’Egmont, du prince d’Orange, du baron de Berlaymont et du président Viglius. Granvelle s’était rendu à Malines pour ne pas assister à la séance. Le rapport de Montigny produisit plus de mal que de bien. Le frère du comte de Bornes ne craignit même pas, dans une conversation avec la régente, d’accuser le roi de partialité. Les principaux seigneurs en voulurent plus que jamais au cardinal, et déclarèrent nettement qu’ils n’entendaient n’ètre en aucune manière gouvernés par lui. En outre, ils demeurèrent imbus de l’idée que l’érection des évêchés tendait à l’établissement de l’Inquisition aux Pays- Bas. Mais, d’autre part, ils se montrèrent très irrités d’apprendre, par le rapport de Montigny, qu’ils passaient en France pour les chefs des huguenots (1).

Philippe avait encore donné une autre satisfaction à Granvelle en faisant enjoindre à Simon Renard de se rendre en Bourgogne et au marquis de Berghes, que le cardinal appelait le coq des opposants, de se retirer dans son gouvernement du Hainaut. Comptant peu sur le succès de la mission de Montigny, Philippe recommanda à son ministre d’introduire habilement la division parmi les grands. Les intrigues et les manœuvres du cardinal amenèrent en effet quelques défections parmi les personnages qui avaient été réunis à Bruxelles au mois de mai; mais il fut impossible de désunir les vrais chefs de l’opposition légale, le comte d’Egmont, le prince d’Orange et le comte de Homes.

criminels de Lamoral comte d'Egmont et de Philippe de Montmorency, comte de Bornes, etc. C’est un recueil de pièces authentiques et officielles publié par Foppens (Amsterdam, 1749, 4 vol. in-14). Voir t. II, p. 475.

(1) La duchesse de Parme au roi, 13 janvier 1563, dans la Correspondance de Philippe U, 1. 1", p. 435.

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