CHAPITRE IV
Le comte de Homes propose de former une liguo contre le cardinal de Granvelle. - Le comte d'Egmont, le prince d'Orange et d’autres seigneurs principaux approuvent ce projet. — Vive dispute entre le comte d'Egmont et le duc d'Arschol au château de Beaumont. — Simon Renard. — Granvelle propose au roi de gagner le comte d'Egmont. — Deuxième requête adressée au roi par le comte d'Egmont, le prince d'Orange et lecomle de Homes pour demander l'éloigne* ment de Granvelle —Principaux griefs de l’opposition. — Reproches adressés par le comto d’Egmont au comto d’Arenbcrg. — Conférences secrètes des chefs de l’opposition. — Ils s’éloignent de Bruxelles. — Dénonciations adressées au roi par la régente des Pays-Bas et lu cardinal de Granvelle contre le comte d’Egmont et ses amis. — Granvelle conseille itérativement de gagner le comte d’Egmont — Sentiments manifestés par Philippe II en recevant la requête des trois seigneurs. — Réponse dilatoire de Philippe II. — Il invite le comte d’Egmont à se rendre en Espagne. — Le comte d’Egmont et ses amis reviennent à Bruxelles.— Entretiens importants avec la duchesse de Parme. — Le comte d’Egmont refuse de se rendre en Espagne pour exposer verbalement ses griefs contre le cardinal de Granvelle. — Conférences des chefs de l’opposition avec leurs amis. — Ils déclarent l’intention de ne plus paraître au conseil d’Ètat aussi longtemps que le roi u’aura pas formellement statué sur leur requête. — Ils adressent une troisième requête à Philippe II pour demander l'éloignement du cardinal do Granvelle. — Celui-ci s'efforce vainement de détacher le comte d’Egmont de la ligue. — Il incrimine les sentiments religieux et monarchiques de ses adversaires. — Le comte d’Egmont et ses amis ayant insisté pour obtenir la réunion des États-Généraux, le cardinal de Granvelle détourne Philippe d’acquiescer à ce désir.
L’opposition dirigée par les trois seigneurs principaux prenait un caractère plus agressif et plus menaçant. Philippe, qui avait fondé de grandes espérances sur ses entretiens avec le baron de Montigny, fut entièrement déçu. Immédiatement après le retour de son frère , le comte de Hornes mit en avant le projet de former une ligue contre le cardinal de Granvelle (1).
(1) Granvelle au roi (10 mars 1563). Papiers d’État, t. VII, p. 11 etsuiv.
LE COMTE d’eGMOXT ET LE COMTE DE HORNES.
La plupart des gouverneurs et des chevaliers de l’ordre de la Toison d’or, tels que le marqnis de Berghes et les comtes de Megen et de Hoogstraeten, adoptèrent avec empressement un projet qui avait reçu l’assentiment du prince d’Orange et du comte d’Egmont. Les promoteurs de cette fédération aristocratique s’efforcèrent d’augmenter le nombre de leurs adhérents ; mais leurs tentatives échouèrent auprès de plusieurs seigneurs qui préféraient subir la domination du cardinal plutôt que de s’-exposer au ressentiment du roi ou de reconnaître la prépondérance des chefs de la ligue. Montigny chercha vainement à entraîner le baron de Berlaymont, personnage intéressé, timide, et égoïste. Le comte d’Egmont échoua de même dans la tentative qu’il fit auprès du duc d’Arschot. Il s’était rendu expressément au château de Beaumont afin de le gagner. Le duc lui répondit qu’il était son ami, mais qu’il ne voulait pas l’avoir pour maître ni lui ni le prince d’Orange; qu’il était autant qu’eux et n’avait pas une suite moins nombreuse de nobles et de clients. Peu s’en fallut même que cette altercation ne finît par un duel entre le bouillant vainqueur de Gravelines et le chef de la maison de Groy, très grand seigneur aussi, mais colérique, susceptible et d’un esprit bizarre, selon le témoignage même des Espagnols. Le comte d’Arenberg, qui avait assisté à la chaude discussion du duc d’Arschot avec Egmoni, se brouilla, de son côté, avec le prince d'Orange pour lui avoir également refusé d’entrer dans la ligue (I).
Tout en résistant au cardinal, tout en protégeant ses adversaires, et particulièrement Simon Renard, le comte d’Egmont se signalait par ses protestations de fidélité au roi. Il dit un jour à Renard qu’il était son ami et le servirait contre le cardinal de tout son pouvoir; mais que, si les accusations portées contre lui par Granvelle au sujet de son ambassade en Angleterre étaient malheureusement fondées, il serait le premier à mettre le feu au bûcher qu’on dresserait pour lui. On peut croire que Granvelle incriminait mal à propos la conduite pas-
(1) Correspondance de Philippe 11, 1. 1", p. ïiï, et Papiers d'État du cardinal de Granvelle, t. VII, p. 11 et suiv.