CHAPITRE IV
sée et présente de son compatriote. Lorsque, quelques années plus tard, le roi voulut faire poursuivre Renard, alors prisonnier ou du moins interné à Madrid, l’ancien ami du comte d’Egmont trouva pour défenseur le duc d’Albe lui-même. Le duc écrivit au roi qu’il avait fait examiner ce qui aurait pu résulter, à la charge de Renard, des informations prises sur les troubles passés, et des procès qui en avaient été la suite; que, jusqu’alors, on n’y avait trouvé rien qui l’incriminât d’une manière claire et évidente ; qu’il y avait bien contre lui quelque petite apparence ou soupçon, mais que cela ne suffisait pas pour servir de fondement à une accusation (1).
En dénonçant h Philippe la formation de la ligue, Granvelle prétendait qu’il n’était qu'un prétexte dans cette intrigue, qu’il soupçonnait et tenait même pour véritable que les seigneurs avaient d’autres desseins. Il importait donc de détruire au plus tôt leur alliance en les divisant et les brouillant. D’accord avec le cardinal, la régente exprima le même vœu. Il fallait éloigner le prince d’Orange en le faisant vice-roi de Sicile, il fallait surtout ramener le comte d’Egmonl. Que le roi, disait la régente, tâche de donner satisfaction au comte d’Egmont, qui montre plus de zèle pour son service que les autres, en lui écrivant des lettres bienveillantes, en lui faisant écrire par quelques personnes jouissant de sa confiance, en lui faisant payer une partie de la gratification qui lui a été accordée. Granvelle ajoutait que, d’après lui, le comte d’Egmont était de tous les membres de la ligue le plus traitable et le plus facile ù entendre raison; il n’avait que le tort de se laisser influencer par des hommes vils ou méchants (2).
Tandis que Granvelle suggérait au roi les moyens qu’il croyait propres à détruire la ligue, celle-ci agissait. Le 11 mars, le comte d’Egmont signait avec le prince d’Orange et le comte de Homes une nouvelle requête pour demander l’éloignement du cardinal. Le marquis de Berghes et le baron de Montigny n’avaient pas
(1) Papiers d'Élat, etc., t. VII, p.27.— Leducd'Albeau roi (31 octobre 1571) dans la Correspondance de Philippe II, t. II, p. 208.
(2) Correspondance de Philippe II, (* I", p. 239 cl 253. Papiers d'Élat, etc., t. VII, p. 44.
LE COMTE D'bQMOXT. 5
voulu ajouter leurs signatures ; mais ils avaient donné aux trois seigneurs une lettre contenant promesse d’approuver tout ce qu’ils auraient fait. Le seigneur de Glajon, après avoir vivement excité ses collègues, avait également refusé sa signature, et cette abstention, qui n’était point expliquée comme celle du marquis de Berghesetdu baron de Montigny, avait fort mécontenté le comte d’Egmont et ses deux amis. Pour ne plus se rencontrer avec eux, Glajon cessa de siéger au conseil d’Élat (1).
Les motifs, qui avaient engagé les trois chefs de l’opposition à s’adresser de nouveau au roi , furent consignés par le prince d’Orange dans une note particulière où il énumérait ses principaux griefs et ceux du comte d’Egmont. On se servait, disait-il, de lui et du comte au conseil d’État en guise d’ombres et pour couvrir toutes les ordonnances comme si elles étaient faites avec leur connaissance et leur assentiment. Ils s’apercevaient qu’on traitait les affaires à part; même pour détruire le crédit qu’ils pouvaient avoir acquis dans le public par leurs services, on s’efforçait de leur ôter toute autorité et on ne leur communiquait même point les projets de lois. On cherchait enfin tous les moyens de ne pas réunir les États-Généraux (2). Ces griefs étaient développés dans la requête du H mars.
Les trois seigneurs y attribuaient le mécontentement des Pays-Bas à l’autorité excessive du cardinal de Granvelle, la totalité des affaires dépendant de lui. Ils disaient que le soupçon de cette omnipotence était enraciné si avant dans les provinces qu’il ne fallait pas espérer de l'extirper aussi longtemps que le 1 cardinal serait dans le .pays. Ils suppliaient humblement le souverain de remédier à un mécontentement si général. Toute la requête respirait d'ailleurs le plus grand respect envers le roi et la plus grande loyauté; mais, sous ces formes respectueuses, les trois seigneurs dénonçaient le mal avec véhémence et demandaient, de la manière la plus pressaute, le rappel du cardinal de Granvelle. Ils disaient qu’il était impopulaire, odieux à une
(1) La duchesse de Parme au roi, 9 mai 1963, dans ta Correspondance de Philippe II, t. 1" p. 448.
(4) Archives de la maison d’Orangc-Nassau, 1" série, supplément, p. 40.