‹ Le comte d'Egmont et le comte de Hornes (1522-1568) d'après des documents authentiques et inéditsChapitre 31 sur 187 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

pour le plus sincèrement attaché au service du roi (1). Le cardinal mandait aussi que, pour le cas où le roi ne ferait point droit à leur demande, les signataires de la requête menaçaient de soulever le peuple. Mais tout en se disant prêt à se retirer des affaires, si sa retraite pouvait conduire au rétablissement de la tranquillité, il demandait itérativement que l’on t'ompît la ligue en gagnant le comte d’Egmont.

Le 27 juin 1563, il écrivait à Gonçalo Perez : « Comme le « comte d’Egmont aime la fumée, on pourrait, en lui accordant « quelque faveur extraordinaire et pour lui seul, non seulement « se l’attacher d’une manière durable, mais inspirer de la « jalousie aux autres seigneurs... Il se plaint de n’avoir pas « touché un maravédis de sa gratification, quoiqu’on eût promis « de lui faire compter 25,000 écus... Une personne de ma con- « naissance ayant eu occasion de lui parler, il y a seulement « trois jours, et insistant auprès de lui pour savoir quel sujet « de plainte il avait contre moi, ce seigneur a répondu qu’il « n’en avait aucun pour son propre compte, qu’il m’était natu- « Tellement affectionné, désirerait me voir pape ou vice-roi « de Naples , ou toute autre chose qui plairait à S. M., pourvu « que je ne fusse point dans ce pays, parce qu’il ne pouvait se « dispenser de faire cause commune avec tous les autres. Son « interlocuteur lui ayant répliqué qu’il manquait en cela de « prudence, qu’une telle conduite pourrait nuire à l’avance- « ment de sa famille et lui faire tort dans l’esprit du maître, « dont il connaissait l’affection pour lui, M. d’Egmont, bien « qu’il eût déclaré plusieurs fois dans le cours de l’entretien « qu’il suffisait que Dieu lui eût fait la grâce d’arriver au même « point que ses ancêtres , répondit à deux reprises qu’il était « trop tard pour lui parler dans ce sens, et qu’on aurait dû « l’avertir plus tôt. Ceci fait supposer clairement qu’il est « engagé fortement et en quelque sorte h son grand regret. « D’où il résulte que si quelqu’un de ceux auxquels il a con- « fiance lui représentait qu’en s’attachant à suivre les inten-

(1) La duchesse de Parme au roi, 9 mai 1563. Correspondance de Philippell, I. I", p. 318.

« tions du roi il disposerait S. M. à lui confier dans l’occasion « le commandement en chef de l’armée (car il serait inutile de « lui proposer quelque emploi en Italie après l’intention for- « melle qu’il a manifestée de n’accepter jamais ni la vice- « royauté de Naples ni quoi que ce fût qui l’éloignât des Payait Bas) peut-être finirait-il par se rendre à ce qu’on désire de « lui... (1). »

Le cardinal n’avait d'autre but que de leurrer le comte d'Egmont : il eût tout risqué avant de lui remettre le commandement des troupes. En effet, un peu plus tard, il se vantait d’avoir empêché, lorsqu’on craignait le contre-coup de la première guerre civile de France, que le comte d’Egmont ne fût fait capitaine-général des gens de guerre, et il ne cessa de s’opposer à cette élévation, chaque foisqu’il en fut encore question. « Qui aura les armes en main, disait-il , ‘sera le vrai gouverneur (2). »

Le comte d'Egmont avait envoyé la requête du H mars ît Tisnaeq, garde des sceaux des Pays-Bas près Philippe II, en lui recommandant expressément de remettre cette supplique entre les mains du roi. Tisnaeq remit effectivement la requête au monarque, sans même savoir ce que celle-ci contenait. Mais Philippe s’en entretint avec Gonçalo Perez et lui protesta, sur sa foi, qu’il préférerait perdre sa couronne plutôt que de sc rendre coupable envers le cardinal de Granvelle de l’injustice que les trois seigneurs des Pays-Bas lui conseillaient (3). Il attendit jusqu’au 9 juin pour leur répondre, et il se servit de la main de Tisnaeq. Il commençait par leur dire qu’il ne doutait point que le zèle pour son service , dont ils lui avaient donné tant de preuves, n’eût déterminé leur démarche. Après ce préambule, il notifiait sa décision qui tendait à'gagner du temps. Il exprimait le désir que l’un des trois signataires fît le voyage d’Espagne afin de mieux l’instruire de bouche des motifs de

(1) Papiers iTÉtat du cardinal de Granvelle, t. Vil, p. 115-117.

(î) Ibid., t. VIII, p. 566.

(3) Gonçalo Perez au cardinal de Granvelle, 15 juin 1563. Papiers i'État, etc. , t.VIl, p. 99.

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