‹ Le comte d'Egmont et le comte de Hornes (1522-1568) d'après des documents authentiques et inéditsChapitre 33 sur 187 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

, comte de Homes et le baron de Montigny, c’est à dire sans une réponse d’accord avec leur attente, les choses n’en iraient que plus mal parla suite. Mais après avoir exposé tous les inconvénients qui pourraient résulter du départ du comte d’Egmont, le cardinal s’en montrait tout îi coup partisan. Ce n’était pas seulement pour gagner du temps , selon la remarque du roi, que ce voyage était désirable : il offrirait en outre l’occasion de détacher le comte d’Egmont de la ligue. « Il se pourrait, « disait Granvelle, qu’en traitant le comte d’Egmont d’accord « avec son caractère, naturellement ami de la fumée; de plus, « en lui ouvrant les yeux sur les fausses démarches dans les- « quelles l’entraînent les autres seigneurs et lui laissant entre- « voir l’espérance d’un agrandissement futur sous la condition « qu’il seconderait les intentions de V. M., elle atteignît le but « qu’elle se propose. » On ne pouvait suggérer plus habilement l’idée de corrompre le vainqueur de Gravelines. Du reste, le cardinal priait le roi de servir en quelque sorte de médiateur entre lui et le comte d’Egmont. II le suppliait, si ce personnage se rendait effectivement en Espagne, de vouloir bien lui faire connaître les bons offices qu’il n'avait cessé de lui rendre, l’opinion favorable qu’il avait constamment eue de lui, et combien on l’avait trompé avec les fausses idées qu’on avait cherché à lui inspirer sur son compte (1).

Le 20 juillet, Egmont vint de nouveau trouver la régente. Il lui dit qu’il était prêt à aller là où le roi le voudrait, pour son service; mais il ne pouvait se rendre en Espagne pour se faire l’accusateur du cardinal de Granvelle : cela ne convenait ni à sa réputation ni au service même du souverain. La duchesse repartit qu’elle aurait bien désiré qu’il satisfît aux ordres du roi et répondît ainsi à la confiance que ce prince lui montrait. Il répliqua, avec plus de fermeté, que, malgré tout son dévouement pour le roi, il lui était impossible de déférer à son désir (2). Dans une lettre portant la date du 22 juillet et adressée

(t) Le cardinal de Granvelle au roi, 14 juillet 1863. Papiers d'Êtat , etc., I. Vit, p. 135. Voir Ibid., t. VII, p. 108 et 1*1.

(*) Correspondance de Philippe U, 1. 1", p. ÎS8.

LE COMTE n’EGMONT ET LE COMTE DE BORNES.

à Philippe II , le comte confirma le refus qu’il avait fait connaître à la duchesse de Parme et exposa les raisons qui le justifiaient. Il ne doutait point, disait-il, que, s’il avait eu l’autorisation de montrer à ces seigneurs la lettre royale, ils n’eussent été d’une opinion différente. Il suppliait le monarque de croire qu’il n'avait pas tenu à lui de faire trouver bon le voyage d’un des trois en Espagne; mais ces seigneurs avaient eu égard h la réputation de celui qui y serait allé, car incontinent le bruit se fut répandu que le cardinal de Granvelle leur imposait cette corvée. Si le roi désirait néanmoins qu’il prétextât quelque affaire particulière pour aller vers lui, il partirait immédiatement (I).

Dans des réunions tenues h Tournay, h Boxtel, village du Brabant, et en d’autres lieux, puis à Bruxelles même, avec l’autorisation de la régente, les trois seigneurs s’étaient concertés sur la réponse collective qu’ils feraient à Philippe II. Le 21 juillet, ils étaient venus solennellement communiquer leur résolution à la régente, accompagnés du marquis de Berghes, des comtes de Megen et de Mansfeldt, du baron de Montigny et des comtes de Ligne et d’Hoogstraeten, tous chevaliers de la Toison d’or. Le prince d’Orange dit que tous ces seigneurs étaient d’accord pour répondre à la lettre du roi, mais qu’aucun d’eux ne se rendrait à sa cour uniquement pour accuser le cardinal de Granvelle. Le comte d’Egmont et le comte de Homes confirmèrent cette déclaration. Comme la régente leur exprimait son regret de la détermination qu’ils avaient prise, ils ajoutèrent qu’ils avaient agi comme de fidèles vassaux en représentant au roi ce qui convenait à son service; qu’ils ne l’avaient pas fait par haine contre le cardinal, mais uniquement dans l’intérêt du roi et pour le bien du pays (2).

Les mêmes seigneurs (à l’exception du baron de Montigny, indisposé) revinrent au palais le 26 juillet ; et le prince d’Orange,

(1) M. Gaehard a publié le texte original de la lettre du comte d'Egmont dans sa Notice sur la chute du cardinal de Granvelle, en 1564. ( Bulletin de l'Académie royale de Belgique, t. XVI.)

(î) Correspondance de Philippe II, t. 1*', p. Î59.

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