CHAPITRE IV
au nom de tous, lut h la gouvernante une longue remontrance qui avait été délibérée et arrêtée en commun. Après avoir signalé l’inquiétude qui régnait dans le pays, l’agitation, même la désobéissance du peuple, « déterminée par certaines nouvelles et pernicieuses opinions de la foi, » enfin la nécessité de satisfaire aux justes réclamations des gens de guerre et de prévenir la ruine des places-frontières, ils indiquaient le remède. C’était la prompte convocation des États-Généraux du pays. Par une allusion directe au cardinal de Granvelle, ils attribuaient ù ses conseils intéressés le commandement si exprès que le roi avait fait à la régente de ne pas consentir à cette réunion. Or, comme les adversaires des États ne mettaient nul moyen en avant pour redresser les affaires, ils suppliaient la régente de ne trouver mauvais que, aussi longtemps que le roi ne jugerait convenable « de donner autre ordre et remède au gouvernement et affaires de pardeçà, » ils s’abstinssent d’entrer au conseil d’État, faisant cesser ainsi l’ombre dont ils y avaient servi pendant quatre ans. Ils ajoutaient qu’ils feraient connaître cette résolution au roi (1).
La duchesse répondit qu’elle ne pouvait convoquer les États- Généraux sans le consentement préalable du souverain. Elle chercha ensuite à leur persuader que le cardinal ne leur rendait pas de mauvais offices; elle fit enfin de grands efforts pour qu’ils revinssent sur la résolution qu’ils avaient prise de s’absenter du conseil. Les seigneurs furent inébranlables. Elle renouvela ses instances dans une nouvelle entrevue qui eut lieu le lendemain; mais, après que les seigneurs se furent consultés, le comte d’Egmont déclara, en leur nom, qu’ils persistaient dans les résolutions exprimées la veille par le prince d’Orange (2).
En effet, le 29 juillet, Guillaume de Nassau et les comtes d’Egmont et de Homes signèrent une troisième requête au roi.
(1) Voir le texte de la remontrance dans la Correspondance de Guillaume le Taciturne, t. II, p. 48-50.
(2) Ces détails furent communiqués à Philippe 11 par la duchesse de Parme dans l’instruction qu’elle remit à son secrétaire, Tomas Armenteros, et dont il sera question plus loin.
16 LE COMTE d’eGMONT ET LE COMTE DE IIORNES.
Ils y constataient que, comme celle du 11 mars, elle avait été approuvée par les autres seigneurs et chevaliers de l’Ordre. Abordant ensuite les griefs qu’ils avaient déjà signalés antérieurement, ils ne dissimulaient point qu’ils avaient attendu de l’équité du roi une plus ample résolution. Ils alléguaient ensuite que l’état du pays et des affaires ne permettait à aucun d'eux de s’absenter. Et s’il n’était question que de ce qui touchait le cardinal de Granvelle, ils ne pensaient pas que ce fut une cause suffisante pour abandonner ce qui concernait dans les Pays-Bas le service du roi. Ils trouvaient juste ce que le roi leur écrivait qu’il n’avait pas coutume de « grever » ses ministres sans cause; ils objeclaient cependant qu’il n’était pas question de disgracier le cardinal, mais qu’il s’agissait de le décharger d’une mission qui pouvait devenir en ses mains une source d’inconvénients et de troubles. Ils refusaient d’ailleurs de se porter accusateurs de Granvelle, quoique les griefs les plus légitimes ne leur manquassent point, ils adressaient au roi la remontrance qu'ils avaient présentée à la duchesse de Parme et annonçaient de nouveau leur résolution de ne plus se trouver au conseil avec le cardinal de Granvelle. Ils suppliaient finalement le roi d’excuser et de prendre de bonne part la « simplicité » de leurs lettres, « d’autant, disaient-ils, que nous ne sommes point de nature grands orateurs ou harangueurs, mais que nous sommes plus accoutumés à bien faire qu’à bien dire, comme aussi il est mieux séant à gens de notre qualité (1). »
A cette requête collective, le comte de Hornes ajouta une lettre particulière datée du 4 août. Le roi, affirmait-il, pouvait tenir pour certain que le cardinal de Granvelle faisait dans les Pays-Bas peu de service à cause de la haine que lui portaient la plupart des habitants. Quant il la religion, tous les seigneurs étaient prêts à la faire observer, puisqu'ils savaient à quoi les obligeait leur devoir. Ils étaient aussi bien décidés à ne faire autre chose que ce que devaient de bons vassaux et serviteurs (2).
(1) Correspondance de Guillaume le Taciturne, t. Il, p. 44-47. 14) Correspondance de Philippe II, t. I", p. 461.