‹ Le comte d'Egmont et le comte de Hornes (1522-1568) d'après des documents authentiques et inéditsChapitre 35 sur 187 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Les trois seigneurs tinrent leur parole. Depuis le mois d’août 1563 jusqu’au 18 mars de l’année suivante, ils ne parurent plus au conseil d’État, sauf en deux occasions.

Granvelle, pour dissoudre la ligue organisée contre lui, travaillait plus que jamais à en détacher le comte d’Egmont. Pendant que les seigneurs communiquaient si fièrement leur résolution à la régente, le cardinal conseillait directement au roi de faire payer aux comtes d’Egmont et d’Arenberg une partie notable de ce qui leur était dû de leur gratification , sans que l’on donnât rien au prince d’Orange, et d’écrire de plus au comte d’Egmont une lettre de main propre où il lui témoignerait une confiance particulière et le désir de le voir à sa cour. Il mandait aussi que l’intimité du comte et du prince d’Orange était grande, à la vérité, mais peut-être plus apparente que réelle. Un des serviteurs du prince s’était plaint récemment que le comte d’Egmont, après avoir engagé son maître dans la ligue, ne montrait plus la même ardeur. De son côté, le comte montrait du mécontentement parce qu'on l’accusait de parler bien ou au moins de ne parler si mal que les autres du cardinal. Granvelle entrevoyait là des germes de division qu’on pourrait faire fructifier (I).

Le cardinal imputait à ses adversaires de vouloir réduire les Pays-Bas en une forme de république où le roi n’aurait d’autre pouvoir que celui qu’ils voudraient bien lui laisser (2). Le 11 août 1563, il écrivait à Philippe que la loyauté des seigneurs interdisait de suspecter leurs intentions; mais il ajoutait immédiatement que la manière dont ils procédaient ne pouvait être approuvée. « Dans aucun État bien organisé, disait-il, on ne saurait consentir à des ligues particulières ni à des assemblées de qualre-vingts ou quatre-vingt-dix gentilshommes de toutes classes, sans l’autorisation du chef (3). »

Granvelle, qui connaissait son maître, se plaisait à rapporter

(1) Le cardinal de Granvelle au roi, 25 juillet 1563. Correspondance de Philippe II, t. I", p. 260.

(2) Le même à Gonçalo Ferez, 25 juillet 1563. Papiers d'Êlat, t. VII, p. 166.

(3) Correspondance de Philippe II, t. 1", p. 263.

LE COMTE n'EGMONT ET LE COMTE DE HOltNES.

tous les bruits qui pouvaient l’irriter contre les seigneurs opposants en faisant passer ceux-ci pour des factieux redoutables. Il s'efforçait surtout de perdre le comte de Hornes et Montigny, son frère. A ce dernier, il imputait, d’après les bruits qui lui étaient revenus, d’avoir, à la table du marquis de Berghes, proféré des menaces contre le roi catholique s’il ne souscrivait pas h leurs projets. Au comte de Hornes il reprochait, sans preuves aussi , de vouloir le faire assassiner. « Je reçois « de plusieurs côtés l’avis, écrivait-il à Philippe, et telle est la « rumeur publique, qu’un mauvais sujet de Gênes, qui a blessé « à mort un Milanais à la bourse d’Anvers, et à qui la régente « avait donné, ainsi qu’à la victime, l’ordre de sortir des Pays- « Bas pour éviter tout sujet de troubles, est retenu à Weert « par M. de Hornes sous prétexte que cette ville est hors de la « juridiction de V. M., et l’on prétend que c’est parce qu’il a « offert de me tuer. En attendant, il n’y a pas moyen de parler « de cette affaire au comte, ni de lui enjoindre de renvoyer cet « homme de chez lui, car il n’est pas même permis de parler à « présent... Je ne racopte point ceci à V. M., ajoutait hypocri- « tement Granvelle, pour l’indisposer contre qui que ce soit, « mais uniquement pour lui faire voir que l’audace arrive à son « comble (I). »

Granvelle louait particulièrement la régente de s’être opposée de tout son pouvoir à l’assemblée des États-Généraux, objet des efforts de la ligue.

De toutes ces imputations, il résultait que Philippe II et son ministre tendaient à la monarchie absolue, en dénaturant, par la suspension des États-Généraux, l’ancienne forme du gouvernement, tandis que les seigneurs, accusés de vouloir introduire une sorte de république, désiraient maintenir les anciens privilèges du pays et acquérir, en s’appuyant sur les États-Généraux, une influence, très grande, à la vérité, mais légitime, « Si l’on « veut lire les Chroniques de Philippe de Commines, disait plus « tard le comte de Hornes dans sa Défense personnelle , on y

(1) Le cardinal de Granvelle au roi, 7 septembre 1563. Papiers i'Élat, t. VII, p. 193-194.

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