‹ Le comte d'Egmont et le comte de Hornes (1522-1568) d'après des documents authentiques et inéditsChapitre 37 sur 187 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

sor et de l’exécution des édits contre les hérétiques, mais, en réalité, avec la mission sérieuse et secrète de demander le rappel du cardinal. Celui-ci avait bien raison d’attester que le comte d’Egmont était très zélé pour la conservation de la religion catholique. Au lieu de se signaler dès lors par des paroles tolérantes , comme le marquis de Berghes et le baron de Montigny, Egmont donnait même à son zèle toutes les apparences du fanatisme. Quand Armenteros partit pour l’Espagne, il lui demanda de dire et de certifier au roi que, pour le service de Dieu et le sien, et pour la défense de l’ancienne et catholique religion, il exposerait toujours sa vie et sa fortune; que, si son propre fils ou frère faisait quelque chose contre elle, il le jetterait dans le feu de ses propres mains (1). Tels étaient encore les sentiments du comte d’Egmont; mais tout en restant invariablement attaché à la religion catholique, il ne tarda point à comprendre que l’inflexibilité et la persécution amèneraient la ruine des Pays-Bas, tandis que des concessions faites à propos sauveraient îi la fois le catholicisme et l’autorité du roi.

L’arrivée d’Armenteros en Espagne mit ù une rude épreuve l’esprit lent et irrésolu de Philippe II. Avant de prendre un parti, il voulut réfléchir longtemps et consulter le duc d’Albe. La réponse du duc, datée de Huesca, 21 octobre 1563, fut, sous des formes cauteleuses, comme l’arrêt de mort anticipé du comte d’Egmont et de ses amis. Le duc constatait d’abord, après avoir attentivement examiné, disait-il, les lettres des trois seigneurs, que le motif principal de leurs griefs, de leur haine et de leur inimitié contre le cardinal, n’était autre que son opposition ii l’assemblée des États-Généraux, sans préjudice d'autres sujets de plaintes particulières. Il n’était pas d’avis de rappeler des Pays-Bas le cardinal de Granvelle, mais il fallait, puisqu’on ne pouvait en ce moment châtier ses adversaires, employer tous les moyens possibles pour les diviser. « Puisque, ajoutait-il, M. d’Egmont écrit qu’il est disposé à

(1) Armenteros rappela ces paroles en 1586. Voir Correspondance de Philippe II, I. I", p. 477.

LE COMTE d'kGUONT.

« venir, si V. M. veut l'entretenir des affaires de son service, « elle doit lui mander de se mettre en route le plus tôt possible, « et lui faire des caresses pour le détacher de la ligue. Ce « résultat obtenu, elle pourra faire ressentir son mécontente- « ment à quelques-uns des autres, en même temps qu’elle « répandra ses faveurs sur M. d’Egmont et sur ceux qu’il aura « gagnés : jusque-là, il faut éviter d’exciter davantage la mé- « chancelé des premiers. Ceux sur qui doit tomber le mécon- « tentement de V. M. sont ceux auxquels ne doit pas être « infligé un châtiment plus fort : pour les autres, il faut leur « couper la tête , mais dissimuler avec eux, jusqu’à ce que cela se « puisse faire (1). »

Les adversaires du cardinal de Granvelle s’irritaient du retard que mettait le roi à leur répondre. Au mois de novembre, les comtes d’Egmont et de Hornes tinrent une réunion à Eindhoven avec le prince d’Orange et le marquis de Berghes. Granvelle supposait que le motif de cette réunion était la nouvelle alors répandue de l’état désespéré où se trouvait don Carlos (fils unique de Philippe II); il croyait que les seigneurs voulaient se concerter sur quelque plan qui serait soumis au roi des Romains (2). D’Eindhoven, ils revinrent à Bruxelles où des députés des états particuliers des provinces avaient été appelés afin de voter, pour trois années, la continuation de l’aide destinée au payement des garnisons. Craignant que, s’il paraissait dans cette assemblée, aucun des seigneurs ligués ne voulût y assister, Granvelle imagina une tournée dans son diocèse. Les seigneurs cherchèrent à se concilier les états en donnant de grandes fêtes et de somptueux festins : le prince d’Orange aux députés de la Flandre et de l'Artois, gouvernés par le comte d’Egmont, et ce dernier à ceux de Hollande, de Zélande et d’Utrecht. Les tables étaient de soixante-dix ou quatre-vingts couverts et servies avec luxe. Le comte d’Egmont

(t) Correspondance de Philippe II, t. I", p. 272, et Papiers d'Êtat, l. Vit, p. 229 cl suiv.

(2) Le cardinal de Granvelle au roi, 12 novembre 1563. Papiers d'Êtat, t. Vil, p. 252.

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