‹ Le comte d'Egmont et le comte de Hornes (1522-1568) d'après des documents authentiques et inéditsChapitre 43 sur 187 · CHAPITRE V. — 1565-15G · texte numérisé non relu

CHAPITRE V. — 1565-15G

entraîner dans un terrible guet-apens le comte d’Egmont et ses amis. Mais ceux-ci, sans être pleinement rassurés, n’entrevoyaient pas encore l’abîme. Ils continuaient de lutter contre le cardinal de Granvelle, n’aspirant qu’à le supplanter et à prendre la direction des affaires. Le comte d’Egmont et le prince d'Orange étaient seuls à Bruxelles lorsque, le l or mars, leur courrier apporta la courte et sèche réponse du roi â leur dernière requête. Ils en montrèrent un vif mécontentement et refusèrent, malgré les instances de la régente, de rentrer au conseil d’Ëtat. Marguerite, fatiguée aussi de subir l’autorité du cardinal et craignant de pousser les seigneurs à bout, engagea Granvelle à publier son départ. Le cardinal, qui était d’opinion qu’il aurait fallu laisser le prince d’Orange et le comte d’Egmont ronger encore leur frein, dut se conformer aux instructions de Philippe II. Il demanda ostensiblement à la régente un congé de trois mois.

Thomas de Chantonay, frère du cardinal de Granvelle et ancien ambassadeur du roi catholique en France, se trouvait alors à Bruxelles et entretenait les meilleurs rapports avec les seigneurs. Il alla visiter le comte d’Egmont et le prince d’Orange; ceux-ci le reçurent avec beaucoup d’amitié, mais ne dirent pas un mot du cardinal. Granvelle, cependant, manifestait l’intention de prendre congé de ses illustres adversaires ; son frère l’en dissuada de peur que cet acte de courtoisie ne fût mal accueilli et que le cardinal ne s’exposât â devenir la risée des nobles et de leurs gens (1).

Le 13 mars, le cardinal de Granvelle sortit de Bruxelles. Aussitôt Marguerite requit le comte d’Egmont et le prince d’Orange de revenir au conseil d’Etat. Ils résolurent de consulter préalablement leurs amis, qui, apprenant le départ de Granvelle, étaient accourus à Bruxelles. Le comte d’Egmont eut aussi un entretien avec Viglius. Il lui demanda si le cardinal reviendrait. Viglius répondit qu’il le pensait, puisque Granvelle avait dans les Pays-Bas ses principales dignités. Egmont

(Ij Tl), de Chantonay au cardinal de Granvelle, Vienne, 19 août lüK'i. Papiers d' État, t. IX, p. l~i.

ni

répliqua que, si cela était, il n’entendait plus venir au conseil.

— « Mais, objecta Viglius, vous n’avezjamais reçu un déplaisir « de Sa Seigneurie. — Laissons cela, répliqua le comte, je vou- « drais que le cardinal fût pape : mais il ne convient pas ici; « et, s’il doit revenir, je sortirai plutôt moi-méme du pays (1). »

— Le comte de Hornes, encore absent, avait envoyé son avis au baron de Montigny. Il fut décidé que les seigneurs qui s’étaient éloignés du conseil d'État y rentreraient, mais sous certaines réserves.

Le comte d’Egmont et le prince d’Orange y reparurent le •18 mars et déclarèrent à la régente que, si le cardinal revenait, ils en sortiraient de nouveau et incontinent (2). Egmonl ajouta que, si le cardinal revenait, il perdrait indubitablement la vie et déterminerait le soulèvement des Pays-Bas (3). Le comte de Hornes, à son retour à Bruxelles, suivit l’exemple de ses deux amis. Malgré le départ de Granvelle, ils étaient encore plus animés contre lui et plus étroitement alliés. Ils ne cachaient point d’ailleurs leur résolution de s’absenter de nouveau du conseil si l’éloignement du cardinal n’était point définitif (4). Ils avaient aussi refusé à la régente d’abandonner la livrée qu’ils avaient adoptée ; mais, pour lui être cependant agréables, ils consentirent à la modifier, en substituant un faisceau de flèches à la marotte. Le comte de Hornes et son frère furent les premiers qui effectuèrent ce changement. Le faisceau de flèches était les insignes du roi; mais c’était en même temps un noble emblème de la ligue des grands (S).

(1) Papiers d'État, t. VII, p. 428.

(î) I.e prince d’Orange au landgrave Guillaume de Hesse. Archives de 1er maison d'Orange-Nassau, 1” série, t. 1", p. 226.

(3) Correspondance de Philippe II, 1. 1”, p. 294.

(4) Papiers d'État, t. VII, p. 434 et 448.

(5) Ibid., t. VII, p. 434. — Mémoires de Viglius, publiés par A. Waulers, p. 68. — « Les grands, dit un autre écrivain du xvi' siècle, portaient pour leur devise des flesches en nombre troussées , telles que Massinissa, roi de Numidie, représenta à scs enfants en mourant : pour enseigner qu’es tans ensemble d'accord et bien unis, ils ne se pourroient rompre; mais que séparés par discorde, seul à seul, iis se romproient aisément. >

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