‹ Le comte d'Egmont et le comte de Hornes (1522-1568) d'après des documents authentiques et inéditsChapitre 44 sur 187 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Il fallait répondre à la dernière lettre de Philippe II. C’est ce que le prince d’Orange et ses deux collègues firent, le 27 mars, en protestant de leur dévouement et en priant le monarque de fermer l’oreille h des informations calomnieuses. En outre, le comte d’Egmont adressa au roi une lettre particulière pour le remercier de la faveur qu’il lui avait faite en lui écrivant de sa main. Il lui annonçait qu’il était rentré au conseil, ainsi que le prince d’Orange et le comte de Hornes, et que l’absence du cardinal de Granvelle ne retarderait en rien les affaires (1).

Philippe répondit de Valence, le 23 avril, au comte d’Egmont qu’il avait reçu, avec un grand contentement, sa lettre du 26 mars. Elle confirmait, disait-il, ce qu’il avait toujours connu de son affection à son service et au bien commun de ses États. Quoi qu’il désirât beaucoup de le voir, il se réjouissait qu’il restât auprès de sa sœur, à laquelle son assistance était si nécessaire : il le priait de la seconder et de ne point douter de la grande confiance qu’il avait en lui (2). Le roi écrivit le même jour au comte de Hornes. « Il n’est besoin, lui disait-il en « substance, de vous témoigner par lettres le plaisir que « j’éprouve du bon devoir que les seigneurs qui sont près de la « duchesse de Parme, ma sœur, font journellement au fait de « la religion, puisque, lorsque vous étiez ici, je vous l’ai tant « recommandé. Cependant ma sœur m’ayant à diverses reprises « informé de la bonne assistance qu’elle recevait des seigneurs, « et de vous, entre autres, j’ai bien voulu vous en remercier et « vous requérir, comme je vous requiers, de continuer, selon « votre affection bien connue à l’honneur de Dieu, salut des « âmes et h mon service (3). »

Philippe II apprit avec satisfaction que les dernières lettres qu’il avait écrites aux seigneurs concernant la religion, avaient produit un bon effet, et qu’ils s’occupaient maintenant avec zèle de ce point et d’autres affaires qui regardaient son service. Il

(1) Correspondance de Philippe II, 1. 1", p. 293.

(2) Ibid., 1. 1", p. 300.

(3) Recueil des lettres originales écrites à Ph.de Montmorency , comte de Hornes (Archives de l'État), fol. 32.

LE COMTE d’EGMONT ET LE COMTE DE IIORNES.

chargea la régente de les remercier de sa part. 11 se félicitait beaucoup de la conduite que tenait le comte d'Egmont. « Il peut, disait-il, être certain de ma bonne volonté envers lui. » La duchesse de l’arme se conforma aux intentions de Philippe II, en assurant le comte d’Egmont de l’affection du monarque et de la confiance qu’il plaçait en lui.

Quoique son caractère ouvert et généreux fût étranger û la méfiance, Egmont ne se montrait nullement persuadé que la lutte qu’il avait soutenue contre le cardinal de Granvelle n’eût pas laissé des traces dans la mémoire du roi catholique. 11 voyait surtout une marque évidente de la défaveur du roi dans l’insuccès de ses recommandations au sujet du gouvernement de Hesdin. Il ne pouvait oublier l’humiliation qu’il avait dû subir en cette circonstance. Toutes les protestations de la duchesse de Parme venaient se heurter contre ce fâcheux souvenir.

Page 1