‹ Le comte d'Egmont et le comte de Hornes (1522-1568) d'après des documents authentiques et inéditsChapitre 45 sur 187 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Conduite du comte d'Egmoot après le départ du cardinal de Granvelle. — Liaison des seigneurs avec Simon Renard. — Conversation du comte d'Egmonl avec Hopperns. — Granvelle entretient avec le roi et avec ses partisans une importante correspondance relative aux Pays-Bas.

— Détails sur la cour de la duchesse de Parme. — Le comte d’Egmonl blâme une démonstration faite à Luxembourg. — Les cardinalistes essayent vainement- de désunir le comte d’Egmonl et le prince d’Orange. — Philippe li ordonne à Simon Renard de se rendre en Espagne. — Lecomte d’Egmontct ses alliés veulent établir la suprématie effective, du conseil d’Élat. — Guillaume Portessain, chapelain du comte d’Egmont. — Le curé de Weerl. — Dispositions à la tolérance.— Le comte d’Egmonl désigné par ses collègues du conseil d’Êtat à l’effet de se rendre en Espagne pour représenter au roi les nécessités des dix-sept provinces.

— Philippe II mécontent de cette résolution. — Lecomte d’Egmont à Cambrai. — Déclaration signée par Antoine de Lalaing et six autres nobles pour garantir la personne du comte d’Egmont. — Dénonciations incessantes du cardinal de Granvelle. — Conduite de Philippe II en apprenant le départ dn comte d'Egmont.

Depuis l’éloignement du cardinal de Granvelle, le comte d’Egmont et ses alliés assistaient à toutes les séances du conseil d’État; ils venaient en outre presque tous les matins faire leur cour ü la duchesse de Parme et l’entretenir des affaires (1). Réalisant leur nouveau symbole, ce trousseau de flèches qu’ils avaient adopté comme le signe de la ligue, les adversaires de Granvelle se tenaient étroitement unis et faisaient peu de repas les uns sans les autres.

Presque tous les soirs aussi, ils avaient des conférences avec Simon Renard , très recherché surtout par le comte d’Egmont et par le comte de Hornes. Quand Renard ne pouvait se rendre

(1) Viglius au cardinal de Granvelle, I" mai 1564. Papiers d' Élut, t. VU, p. 555.

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LE COMTE d’p.CMON'T ET LE COMTE DE BORNES.

à ces conférences, il se faisait suppléer par Guillaume Portessain, le prêcheur ou chapelain du comte d'Egmont. Ce seigneur, qui avait alors le premier rôle, n’était jamais laissé seul. Pendant la semaine sainte, Montigny voulut même l’accompagner au prieuré de Rouge- Cloître, afin, disaient leurs antagonistes, de l’animer davantage et de l’encourager à tenir bon. Quelquefois le comte d’Egmont, excité par les tracasseries que lui suscitaient les cardinalistes, cédait à la fougue de son caractère. Un jour, en sortant de table, il eut un entretien de plus de deux heures avec Joachim Hopperus, le compatriote, le neveu, le protégé et le familier de Viglius. Il finit même par dire que ce n’était point au cardinal de Granvelle qu’on en voulait, mais au roi, qui administrait très mal la chose publique, sans excepter la religion. Les cardinalistes reprochaient encore au comte d’Egmont de rechercher la faveur de la bourgeoisie de Bruxelles, de se mêler aux fêtes des métiers, de tirer l’oiseau avec eux et de trouver des paroles affectueuses pour les assistants. Enfin, le comte d’Egmont et le prince d’Orange étaient dénoncés à Granvelle pour avoir « mangé chair » les samedis du carême (1).

Quoiqu’il se fût retiré en Franche-Comté, le cardinal de Granvelle continuait d’exercer une grande influence dans les Pays- Ijas. Il ne cessait de correspondre avec ses amis, pour les encourager, et avec le roi, pour l’exhorter à ne point abandonner sa politique. Il persistait à détourner Philippe II de la convocation des États-Généraux et laissait planer des accusations honteuses sur les principaux seigneurs. « Si V. M., disait-il, se « trouvait en ce moment dans les Pays-Bas, elle verrait jusqu’à « l’évidence de quelle manière on procède et comment on s’at- « tache, par l’intérêt, ceux que l’on veut avoir à sa dévotion « pour maintenir son crédit auprès des états. Or, lesdits inté- « ressés retiennent adroitement les deniers publics entre leurs « mains, gagnant par ce moyeu chaque année des sommes

(1) Ces détails sont extraits des informations données au cardinal de Granvelle, en avril et en mai 1564, par Morillon, son vicaire-général, et par le secrétaire Bave. Papiers d'Élat, t. Vit, p. S14, S93, 634, etc.

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