‹ Le comte d'Egmont et le comte de Hornes (1522-1568) d'après des documents authentiques et inéditsChapitre 46 sur 187 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

« considérables à Anvers, et, en retardant les payements, expo- « sent les provinces à un péril réel (1). »

La corruption, qui régnait à la cour et dans les conseils, était malheureusement incontestable. Mais cette corruption était bien antérieure au départ de Granvelle. Les seigneurs, désireux de conserver la faveur de la régente, eurent cependant un grand tort : ils fermèrent les yeux sur le trafic des emplois, qui se faisait publiquement par Armenteros, pour son profit et celui de la régente. Tomas Armenteros, originaire du duché de Parme, était entré au service de Charles-Quint en 1525. Après avoir été secrétaire du nonce à Bruxelles, il fut appelé à remplir des fonctions semblables auprès de la régente. Ce vieux scribe, plus rusé que méchant, acquit un grand ascendant sur l’esprit de la duchesse et il abusa de son influence pour satisfaire son avarice. Ni le comte d’Egmont , ni le comte de Hornejs , ni le prince d’Orange, malgré les insinuations malveillantes du cardinal de Granvelle, ne furent accusés de participer aux tripotages tolérés par la sœur de Philippe II. C’était en vue de faire triompher leur politique qu’ils cherchaient à s’assurer l’appui de la régente des Pays-Bas ; c’était pour combattre les cardinalistes, les amis de Granvelle, que le peuple appelait énergiquement les familiers de F Inquisition .

Viglius, à la fois président du conseil d’État et du conseil privé, et le baron de Berlaymont, président du conseil des finances , restaient fidèles à l’ancien ministre et refusaient de plier devant les seigneurs ligués. Ceux-ci s’étaient plaints d’être traités en faquins, lorsque Granvelle se trouvait dans les Pays- Bas : on ne leur communiquait, disaient -ils, que des affaires insignifiantes, on faisait l’important avec la régente, on disposait sans eux des abbayes et des affaires de leurs gouvernements. Le comte d’Egmont ajoutait que le cardinal n’aimait point la noblesse, qu’il hantait plutôt « basses gens, » qu’il desservait les seigneurs près du roi et qu’il cherchait à les éloigner du conseil d’État, lorsqu’on y traitait des affaires de grâce et de

(1) Le cardinal de Granvelle au roi, de Besançon, 18 avril 1364. Papiers dh'lat, 1. VU, p. 493.

justice, parce que, selon lui, ils étaient tellement endettés que l’on ne pouvait avoir confiance en eux (1). Tout était bien changé depuis le départ de Granvelle. La régente s’efforçait, par tous les moyens, de complaire aux seigneurs; elle les avait journellement à sa table; elle les consultait; elle leur donnait enfin toutes les marques de la plus haute faveur. Elle permettait même que le comte d’Egmont vint à la cour portant sur son habit de camelot et sur son bonnet les flèches de la ligue ; elle avait avec lui de longs et fréquents entretiens; elle le recevait même à toute heure. De leur côté, le comte d’Egmont et le prince d’Orange donnaient audience aux députés des villes qui venaient solliciter à la cour. Ils avaient toutes les apparences d’un grand pouvoir (2). Mais cette autorité venait échouer contre les obstacles que lui suscitaient Viglius et Berlaymont Bien qu’ils connussent enfin, par les confidences d’Armentéros et de la régente, la vérité sur le voyage si soudainement entrepris par leur antagoniste, les seigneurs ligués se méfiaient de cette absence mystérieuse et s’alarmaient des nouvelles propagées par le cardinal. Celui-ci avait lui-même annoncé qu’il serait de retour dans les Pays-Bas au mois de juin 1564 (3).

Une nouvelle manifestation eut alors lieu contre Granvelle. Quelques-uns des principaux seigneurs, le prince d’Orange, le comte de Hornes, le baron de Montigny et le comte de Hoogstraeten, s’étaient rendus à Luxembourg, pour assister au baptême de l’enfant issu du mariage du comte de Mansfeldt avec Marie de Montmorency. Dans une espèce de tournoi, on fit poursuivre le simulacre d’un cardinal par deux diables portant des queues de renard ; le cardinal fut ensuite mis en pièces. Mais, en apprenant cette mascarade, le comte d’Egmont s’écria, avec colère et dégoût : « A quoi sert cela (4)? »

(1) Papiers d'Êlat, etc., t. VIH, p. 370.

(3) Ibid., etc., t. VIII, p. 167. — Archives de la maison d’Orange-.Vassau. t. I", p. 363.

(3) Papiers d'Êlat, t. VII, p. 506.

(4) C'est ce que le comte de Morues rapporta à Morillon et celui-ci à Granvelle, le 30 juin 1564. Papiers d’Étal,e te., t. VIII, p. 94.

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