‹ Le comte d'Egmont et le comte de Hornes (1522-1568) d'après des documents authentiques et inéditsChapitre 55 sur 187 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

il’Egmont fût reçu avec des honneurs particuliers et même fastueux. Le duc d’Albe vint à sa rencontre, accompagné d’une nombreuse suite de nobles du plus haut rang (1). Egmont brillait au milieu de tous ces grands de Castille par l’éclat de ses services et ce mélange de franchise et de hauteur qui caractérisait le vainqueur de Gravelines. Philippe lui-même honora le comte d’un accueil si cordial et si familier qu’on aurait cru , disait Viglius, qu’il n’avait personne de plus cher. Il sortit de sa chambre et alla au devant de lui jusqu’au milieu de la grande salle du palais. Dès qu’il aperçut l’ambassadeur flamand, il s’écria : « Mon cousin, soyez le très bien venu. » Le comte, serré dans les bras de Philippe II, n’eut pas le temps de mettre le genou en terre et de baiser, selon les règles de l’étiquette, les mains royales (2). Philippe ne se contenta point de prodiguer à son hôte ces honneurs inusités ; par une faveur exceptionnelle, il le reçut très souvent en tête à tête.

Fidèle à son parti , Egmont s’efforça d’obtenir l’adoucissement des édits contre les dissidents religieux et la suprématie effective du conseil d’État dans l’administration intérieure des dix-sept provinces. Abusé par les manifestations hypocrites de Philippe II, il crut pouvoir écrire au prince d’Orange, que le monarque accueillait de fort bonne part tout ce qu’il lui disait et se montrait très satisfait des seigneurs des Pays-Bas. Mais, selon le jugement du prince, la fin devait prouver si ces démonstrations étaient sincères (3).

Philippe, au lieu de se presser de prendre une résolution, cherchait à gagner le comte d’Egmont et ît éveiller la jalousie des autres grands de la Belgique en prodiguant au vainqueur de Gravelines des faveurs personnelles. Le cardinal de Granvelle et ses familiers fondaient le plus grand espoir sur ces pratiques du roi. Morillon écrivait au cardinal le 6 février : « M. d’Egmoni

il) Mémoires de Viglius, p. 89, cl Mémorial de Uoppcrus, chap. IV.

(ï) Ponlus Payen, à qui nous empruntons ces détails, les tenait de témoins oculaires.

(3) Le prince d'Orange à Louis de Nassau, 3 avril 1565. Arcfciwj de la maison d’Orange-Xassau, l. I", p. 369.

« est un bon seigneur, vaillant et magnanime, et j’espère que « par de là on lui ouvrira les yeux (1). » De son côté, Granvelle avait prié Philippe II de faire connaître au comte d’Egmont que, loin de lui être hostile, il lui avait toujours été favorable. « Le « roi, » écrivit Granvelle au baron de Bolwiller(2), « sait mieux « que personne que "S'ai toujours tenu du côté de M. d'Egmonl « et témoigné ce que j’ai connu de sa bonne volonté à l’égard « du maître et magnifié comme je devais tout ce qu'il a fail « pour le bénéfice des Pays-Bas, et j’ai la persuasion que de « S. M. il en aura bien bon témoignage. »

Le comte avait demandé le don absolu de Ninove, qu’il tenait en engagère, et l’autorisation d’échanger cette terre contre Enghien qui appartenait au duc de Vendôme (3) ; il avait sollicité en outre la permission d’accepter un présent que les états de Flandre voulaient lui faire comme à leur gouverneur. Le roi fit répondre par Ruy Gomez , hôte du comte d’Egmont , qu’il ne pouvait prendre une résolution sur le fait de Ninove sans avoir consulté la duchesse de Parme ; que, en ce qui touchait Enghien. il se réjouirait que le comte l’obtînt par échange; qu’à l’égard du présent proposé par les états de Flandre, le comte pourrait jouir du même avantage qu’avaient eu ses prédécesseurs et même de quelque chose de plus. Philippe, lorsque le comte prit congé de lui, ajouta de sa bouche qu’il lui accordait, sur la terre de Ninove, 12,000 ducats pardessus les 20,000 pour lesquels ce domaine lui était engagé, de sorte qu’on ne pourrait le reprendre de ses mains qu’en lui payant 32,000 ducats. Il lui promit aussi de contribuer à l’établissement de ses filles et l’assura que toute la maison d’Egmont pourrait toujours compter sur sa protection la plus déclarée (4).

Le roi voulut conduire, dans son propre coche, l’illustre seigneur flamand à Aranjuez. Pendant cette excursion, il aper-

(1) Papiers d'Élal, l. VIII, p. 671.

(ï) D'Orcbamps, 6 avril 1565. Ibid., t. IX, p. 1 20 .

(3) Antoine de Bourbon, roi de Navarre.

(1) Le roi à la duchesse de Parme, Madrid, 8 avril 1565. correspondance de Philippe II, t. 1", p. 348.

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