CHAPITRE VII. — 1565-1566. HT
çut le signe de la ligue des grands des Pays-Bas, le faisceau de flèches que le comte portait sur sa robe. Comme il marquait sa surprise, Egmont répondit que c’était aussi le symbole de l’union des seigneurs de l’ordre de la Toison d’or avec leur prince. « Tant qu’ils seraient unis, il n’était en la puissance de personne vivante, dit-il, de les disjoindre ni rompre (1). »I1 fut d’ailleurs très réservé sur ce qui concernait le cardinal de Granvelle; il parlait de lui très modestement et ne souffrait pas que les autres en parlassent mal (2). Philippe exprima toutefois son déplaisir de ce qui s’était passé au sujet des livrées et demanda au comte de s’employer à les faire disparaître. Egmont répondit que c’était impossible , car il arriverait trop tard pour dissuader le marquis de Berghes, dont le tour était venu de les donner à Pâques (3).
Dans une lettre conlidentielle à la régente des Pays-Bas, le roi rendit lui-même au comte d’Egmont la justice qu’il s’était loyalement acquitté de sa mission; qu’il avait beaucoup insisté pour que le conseil d’Ètat reçût quelques membres nouveaux, choisis naturellement parmi les adversaires de Granvelle, et qu’il devînt réellement le conseil supérieur (4). C’étaient lâ deux points essentiels. En effet, si la direction effective des affaires avait été remise aux seigneurs qui étaient à la tête du parti national, un autre cours eût été donné aux destinées des Pays-Bas. Egmont trompa d’ailleurs les espérances de Philippe II, qui, en échange de ses faveurs, réclamait du vainqueur
(1) Le cardinal de (jranvelle au baron de Bolwiller, de ttaudoncouri, 12 juin 1563. Il disait tenir ce détail d’un secrétaire de Philippe II. Papiers (l’Étal, p. IX, p. 264 et 277.
(2) C’est cè que Granvelle mandait au seigneur de Chantonay, son frère,
le 28 septembre 1565. Ibid., t. IX, p. 500. ,
(3) Il semble pourtant que, à son retour, le comte d'Egmonl s’efforça de concilier la recommandation du roi avec les égards qu’il devait à ses amis. On lit dans une lettre adressée par le secrétaire liave au cardinal de Granvelle, le 13 août 1365 : « ... D’Egmont ne porte plus les (lèches comme les autres qui ont pris la nouvelle livrée de 11. de Berghes, lequel a ajouté aux flèches une montagne avec une corne d’abondance... » Ibid., etc., t. IX,
fi) Correspondance de Philippe II, 1. 1", p. 348.
11g LF. COMTE D’EGMONT ET I.E COMTE DF. HORNES.
de Gravelines le châtiment impitoyable des dissidents religieux. Quelques jours avant le départ du noble ambassadeur, Philippe lui dit qu’il était informé des progrès de l’hérésie dans les Pays-Bas et surtout dans la Flandre, où les sectaires cherchaient, par des assemblées secrètes et des livres défendus, à implanter leur fausse religion. « Je ne le souffrirai jamais, poursuivit Philippe II, dussé-je perdre le pays. Partant, mon cousin, si vous avez égard à l’honneur de Dieu, et ù ma bonne grâce, efforcez-vous de purger votre gouvernement de Flandre de cette maudite vermine en faisant observer rigoureusement le placard de feu l’empereur. » Le comte répondit froidement que cet édit avait été promulgué dans un temps où les hérésies commençaient à naître, et que ce temps n’était pl us : on se trouvait en face d’un nombre considérable d’hérétiques, et requérir contre cette multitude l’exécution littérale des peines établies par le placard de l’empereur, ce serait exposer le pays aux plus grands troubles. Il conseillait donc de procéder par voie amiable plutôt que par une rigueur hors de saison (1). Ces raisons ne convainquirent point Philippe II ; mais il dissimula de nouveau son mécontentement. Il est même certain qu’il s’efforça de rassurer le comte sur ses intentions et qu’il lui fit aussi certaines promesses (2).
Le comte d’Egmont se mit en route pour revenir dans sa
(1) « Voilà en substance, » dit Ponlus Payen, « la response que luy fit le comte d'Egmonl (selon que luy-mesme a raconté en diverses compagnies), qui ne fut guère agréable audit seigneur Roy... • De la guerre civile des Pays-Bas, liv. 1”. — Voir aussi le mémoire rédigé en 1577 par l’évêque de Bois-le-Duc, Laurent Metsius, sur les causes, l’origine et le progrès des troubles. Ce contemporain, dont le témoignage est également précieux, s’exprime en ces termes: « ... Le conte d'Avgmond se partit en Espaignc « vers le Roy, auprès duquel il a tant faict, entre autres, que les édits du « Roy publiés contre les hérétiques au Pays-Bas fussent tolluz et aboliz, ou « à tout le moins mis en dilay... » Correspond, de Philippe II, t. IV, p. 741.
(î) Indépendamment des protestations du comte d’Egmont et du témoignage du prince d’Orangc, dont il sera bientôt question, on peut aussi invoquer les souvenirs généralement fidèles de Jacques de Wesenbeke, le célèbre pensionnaire d’Anvers. (De l’estai et succès de la religion au Pais-Bas, ad ann. 1565.)