‹ Le comte d'Egmont et le comte de Hornes (1522-1568) d'après des documents authentiques et inéditsChapitre 63 sur 187 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

revenu du comte de Homes ne s’élevait qu’à 8,473 florins; encore tous ses biens étaient-ils engagés. A cette époque même, son crédit était tombé si bas, qu’il n’avait moyen de trouver sur tout son bien mille écus, ni dans tout Anvers cent à intérêt (1). Le 8 janvier 1566, le comte écrivit de Weert à Philippe II, pour lui rappeler ses services et les promesses qu’il avait reçues; il annonçait eu outre l’intention d’envoyer un de ses serviteurs en Espagne, afin de mieux exposer sa situation au roi.

Le comte de Hornes choisit pour cette mission importante Alonse de Laloo, qu’il avait pris à son service lorsqu’il résidait en Espagne, et qu’il n’avait cessé depuis lors d’employer dans ses affaires domestiques (2). C’était un agent très intelligent, très habile, mais d’une fidélité peut-être douteuse dès cette époque. Le comte dé Hornes lui remit une longue et intéressante instruction, rédigée en espagnol, sur ce qu’il aurait à dire au roi et à ses ministres. Ce mémoire ne concernait d’ailleurs que les affaires particulières du comte. Le descendant des Montmorency rappelait d’abord qu’il n’avait quitté, en 1549, sa maison de Weert pour suivre le prince d’Espagne que sur les instances même du fils de Charles-Quint. Il l’avait suivi dans

(1) Le comte de Bornera lui-même donné les détails suivants sur sa fortune : « ... Et n’eust passé longtemps sccu continuer se trouver à Bruxelles, « sans l'ayde et assistance de ses subje'cts de Horn et Weerdt, et aussi les « emprunts qu’il faisoit à des seigneurs particuliers, lesquels jusqu’à pre- « sent n’a peu satisfaire, comme il fera apparoir. Et entre aultres doibt à « Jean Flemingo six mille escus, dont le comle d’Egmontest respondant, et • par dessus ce a obligé tout ce qu’on lui debvoit en Naples, montant à « 15 mille escus, et autres debtes que l'on Iuy debvoit en Castille : et quelque

■ diligence qu’il a faict jusques à présent, n’a peu satisfaire lcdict Flemingo « et descliarger ledict comle d’Egmont à son grand regret et croit que le « tout se consumera en intérest : et n’avant moyen trouver sur tout son

■ bien mille escus ny en tout Anvers cent à interest tant était dénué par « tout, résolut en dire encore un mot à ma dicte dame (la régente des Pays- « Bas), ayant achevé les noces du prince de Parme son fils, où ledit deflen- « deur se trouvoit, faisant tout son debvoir à honorer la feste... » Défense personnelle de Ph. de Montmorency, comte de Hornes, § XXXIV, dans le Supplément aux guerres civiles de Flandre, 1. 1", p. 171.

(i) Défense du comte de Hornes dans le Supplément aux guerres civiles de Flandre, etc., 1. 1", p. 173.

132 LE COMTE D'eGMOXT ET LE COMTE DE HORNES.

tous ses voyages, et depuis dix-sept années il le servait avec loyauté. 11 n’avait pas hésité à s’endetter, espérant que le roi le récompenserait, comme il en avait manifesté maintes fois la volonté quand il n’était encore que prince d’Espagne. Le comte rappelait ensuite comment il avait été frustré du gouvernement de la Gueldre, et les compensations qui lui avaient été promises pour le déterminer à retourner en Espagne avec le roi. Revenu dans les Pays-Bas comme conseiller d’État, il avait été privé, malgré les assurances qui lui avaient été données par le roi et par le trésorier Érasso, de la pension dont il jouissait à Madrid. Il avait chargé successivement le baron de Montigny en 1562 et le comte d’Egmont en 1565, de pressentir les intentions du roi ; mais ces seigneurs n’avaient obtenu que des réponses dilatoires. Après s’être ruiné au service du souverain, le comte ne pouvait plus rester dans l’incertitude; il envoyait donc Alonse de Laloo, son secrétaire, en Espagne, afin de connaître la décision du prince. — 11 sera obligé, disait-il, de quitter définitivement la cour si le roi ne vient à son aide en récompensant ses services passés. De tous les seigneurs des Pays-Bas, lui seul n’a ni traitement ni gouvernement. — Il attribuait il des rapports sinistres la conduite du roi à son égard : il demandait qu’on lui communiquât ces imputations fausses et méchantes, afin qu’il pût se justifier. Que si le roi objectait que le comte de Hornes avait obtenu la charge d’amiral des Pays-Bas, Alonse devait répondre que c’était la charge la plus onéreuse, puisque le titulaire devait suppléer chaque année de ses revenus pour subvenir aux dépenses extraordinaires. — En résumé, il résultait de celte instruction confidentielle, que le comte de Hornes s’était ruiné au service de Philippe II, et qu’il lui serait impossible d’exercer encore activement les importantes mais dispendieuses fonctions de conseiller d’État s’il n’obtenait, comme ses collègues, une dignité lucrative ou une rémunération proportionnée aux services qu’il avait rendus (1).

(1) Celte importante instruction se trouve en original aux Archives du royaume. Elle tait partie des pièces qui furent saisies lors de l’arrestation du comte de Homes.

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