‹ Le comte d'Egmont et le comte de Hornes (1522-1568) d'après des documents authentiques et inéditsChapitre 70 sur 187 · CHAPITRE VIH · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIH

vinces, les ligues qui se formaient et auxquelles les protestants d’Allemagne, d’Angleterre et de France, ne paraissaient pas étrangers; il parla aussi des armements qui se préparaient, les ligués ayant leurs chefs et capitaines et pouvant disposer déjà de vingt ou trente mille hommes. Il y avait de l’exagération dans cette information ; mais peut-être le comte d’Egmont voulait-il effrayer la régente, afin d’obtenir plus facilement les concessions qu’il désirait. En tout cas, Egmont n’agissait point par des voies détournées, tandis que le comte de Megen, après avoir abandonné la cause qu’il avait d’abord servie, afficha bientôt pour le service du roi un zèle outré et se fit à certains égards l’espion principal de la régente des Pays-Bas. Le comte d’Egmont déclara au conseil d’État même avoir entendu de quelqu’un, qui avait vu copie de la requête des confédérés, que ceux-ci demanderaient l’abolition de l’Inquisition et la modération des placards. Megen avait dit que, pour obtenir de gré ou de force les concessions spécifiées dans la requête, quinze cents hommes d’armes et davantage viendraient à Bruxelles. Egmont objecta qu’il avait bon espoir que les gentilshommes ne viendraient qu’au nombre de quatre ou cinq cents et sans armes, et que leurs demandes seraient plus modérées qu’on ne le supposait. Mais il ne contredit point Megen lorsque celui-ci émit l’opinion que, en accordant aux confédérés un pardon général pour le passé, on empêcherait que les choses n’allassent plus loin. Un recours à la force pourrait avoir les plus fâcheuses conséquences. Megen se disait convaincu que l’abolition de l’Inquisition et la modération des placards calmeraient les esprits; que la Confédération se dissoudrait, et que la plupart des confédérés se joindraient au roi contre ceux qui demanderaient davantage; en tout cas, lui, Megen, était prêt à y exposer sa vie et tout ce qu’il possédait au monde. Le comte d’Egmont avait donné la même assurance, c’est à dire de combattre ceux

« et le lendemain il se partit pour aller à Bruxelles et déclaira ce que dessubs « à Madame, comme M. de Meghen qui se trouva au dict Hoogstràete le sçait, « lequel aussy l'aultrc jour ensuyvant alla à Bruxelles et le déclaira à ma- < dicte dame. ■

LE COMTE d’eGMOXT ET LE COMTE DE HORNES.

qui demanderaient au delà de l'abolition de l’Inquisition et de la modération des placards. En faisant ces communications à la régente, le comte d'Egmont avait rempli un devoir et n’avait point trahi son parti. Du reste, Marguerite de Parme informa Philippe II que le prince d’Orange lui-même avait écrit en conformité des avis donnés par les comtes d’Egmont et de Megen (1).

Le comte d’Egmont avait appuyé fortement l’avis qu’il fallait convoquer tous les gouverneurs et chevaliers de l’ordre de la Toison d’or avant l'arrivée des gentilshommes confédérés, avertir immédiatement le roi de ce qui se passait et l’engager à montrer des dispositions conciliantes. La régente écrivit au roi dans ce sens et convoqua à Bruxelles, pour le 27 mars, tous les gouverneurs et les chevaliers de la Toison d’or.

Dès le 16, le comte d’Egmont avait écrit lui-même au roi, pour appeler sa sollicitude sur les dangers qui menaçaient les Pays-Bas. Il regardait comme un devoir de l’avertir, disait-il, des intelligences que les hérétiques de ces provinces avaient avec ceux de France, d’Allemagne et d’Angleterre, et des progrès que les nouvelles sectes faisaient dans les rangs de la noblesse. Il ne croyait pas que l’on songeât à une rébellion contre le roi; mais il craignait que les Français ne profilassent de la situation des esprits pour s’emparer de quelques villes. Il engageait de nouveau le roi à venir aux Pays-Bas et lui conseillait de se faire accompagner de forces peu considérables (2).

Cet avis était sincère. Après tant d’années passées à combattre les Français, le comte d’Egmont conservait 5 leur égard une incurable méfiance. Il se défiait des protestants comme des catholiques, de l’amiral de Coligny non moins que des Guise, et redoutait l’intervention des uns et des autres dans les troubles de sa patrie. S’il voyait avec anxiété se former

(1) La duchesse de Parme au roi, 24 mars 156G, dans le Supplément aux guerres cii’itos, etc., t. II, p. 289. Autre lettre du 25 mars, dans la Correspondance de Philippe II, 1. 1", p. 40t.

(2) Correspondance de Philippe 11, t. I", p. 398.

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