CHAPITRE I
tion et obtint les dispenses nécessaires pour épouser Anne d'Egmont, veuve de Joseph de Montmorency. Ce mariage, accompli en 1532, fut stérile. Jean de Hornes reporta sa sollicitude sur les enfants d’Anne d’Egmont et institua pour son héritier Philippe de Montmorency, à la condition qu’il épouserait Walburge de Nuenar, dont la famille avait des prétentions à la succession qui devait bientôt être ouverte. L’usufruit des biens de la maison de Hornes devait néanmoins demeurer à la comtesse douairière. Telles furent les principales dispositions du testament fait par Jean de Hornes le 28 novembre 1540 (1).
Le descendant des Montmorency belges devint ainsi possesseur de domaines importants. Ils consistaient surtout dans le comté de Hornes et la seigneurie contiguë de Weert. Le comté de Hornes, fief impérial qui avait près de huit lieues de longueur et autant en largeur, tirait son nom d’un vieux manoir, construit sur une éminence, à une demi-lieue de Ruremonde, sur la rive gauche de la Meuse. Mais le véritable chef-lieu de cet État féodal était la petite ville de Weert, dont le château-fort servait de demeure seigneuriale. « Ce château, dit un écrivain du xvi* siècle, flanquait un côté de la ville et n’en était séparé que par un fossé plein d’eau ; faiblement bastionné et percé de beaucoup de fenêtres, il ressemblait plutôt à une maison. » Philippe de Montmorency avait aussi hérité, du chef de son père, les terres, seigneuries et villages de Nevele, de Burglit et de Zwyndrecht, en Flandre ; quant à Floris de Montmorency, il obtint, pour sa part, les seigneuries de Montigny, de Hubermont et de Vimy. En résumé, les domaines les plus importants de Philippe de Montmorency étaient le comté de Hornes et la seigneurie de Weert, qui relevaient non du duc de Brabant mais de l’Empire, et faisaient partie du cercle de Westphalie. Ce fut dans ces domaines que, dès son enfance, Philippe de Montmorency tint sa résidence ordinaire (2).
(1) Voir l’Histoire généalogique de la maison de Montmorency et de Laval, justifiée par chartes, litres, arrests et autres bonnes et certaines preuves, par André Duchcsne (Paris, 1624, in-fol.), liv. IV, passirn.
(2) Ces détails sont principalement extraits de l'histoire de la Maison de Montmorency , citée ci-dessus, et de la Déduction de l'innocence de messire Phi-
LE COMTE d'EGMO.NT ET LE COMTE DE IIORNES.
Malgré les grands biens qui lui étaient échus, le comte de Hornes ne pouvait être égalé au prince d’Orange, au comte d’Egmont, au duc d’Arschot, ni à d’autres membres de la haute aristocratie des Pays-Bas; il était un des moins riches. Le patrimoine du jeune comte devait néanmoins lui assurer une existence heureuse, s’il voulait renfermer son ambition dans ses seigneuries et ne point paraître sur un plus grand théâtre. Mais une vie oisive eût été une tache dans le blason des Montmorency : le comte de Hornes se mitau service de Charles-Quint. Dans la Cour où le duc d’Albe exerçait les fonctions de grand majordome, il devint gentilhomme de la bouche, tandis que son frère Floris de Montmorency, alors connu sous le nom de seigneur de Hubermont, était gentilhomme de la Chambre avec son oncle Maximilien d’Egmont, comte de Buren ; avec Lamorat d’Egmont, son ami; avec Philippe de Lannoy, prince de Sulmone; Jean de Ligne, comte d’Arenberg et d’autres représentants des plus nobles maisons des Pays-Bas. Le jeune comte de Hornes se faisait remarquer, comme le comte d’Egmont, par une belle stature et des traits agréables. Il pouvait aussi rivaliser avec les plus brillants cavaliers, et avait toutes les qualités propres à le faire distinguer dans un tournoi ou à la tête d’une des vaillantes bandes d’ordonnances des Pays-Bas. Le titre de gentilhomme de la bouche n’était qu’une qualité qui l’attachait à la maison du souverain; sa vocation, c’était la guerre. En 1546, commandant à cinq cents chevau-légers, il était avec l’élite des troupes des Pays-Bas, que Maximilien de Buren amena heureusement à Charles-Quint, menacé par les chefs de la ligue protestante de Smalkade. Il assista à tous les grands événements de la lutte qui se termina par la victoire de Muhlberg et la captivité du landgrave de Hesse.
lippe, baron de Montmorency, conte de Homes, franc seigneur de Wetrt, etc. (1 vol. in-12 imprimé en septembre 1368), p. 4 et suiv. — Dans la Propre défense du comte de Homes aux charges à luy imposées par le procureur général, il s’exprimait en ces termes : < Il conresse estre né en Flandre où il a du bien , mais depuis l'âge de quatre ou cinq ans n’a jamais tenu domicile fixe au pays de S. M., maisà sa terre de Weert et de Hornes, où les ordonnances et placards de ces Pays-Bas n’ont lieu, mais ressortissent lesdites terres de l’empire. »