‹ Le comte d'Egmont et le comte de Hornes (1522-1568) d'après des documents authentiques et inéditsChapitre 72 sur 187 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Dans la matinée du 28, les gouverneurs des provinces et les chevaliers de la Toison d’or, auxquels furent adjoints les membres du conseil privé, se réunirent sous la présidence de la duchesse de Parme. Cette assemblée se composait du prince d’Orange, du comte d’Egmont, du comte de Hornes, du duc d’Arscliot, du marquis de Berghes, du comte de Megen, du comte d’Arenberg, du comte de Hoogstraeten, du comte de Ligne, des seigneurs de Berlaymont et de Hachicourt, du président Viglius, du conseiller Philibert de Bruxelles et des autres membres du conseil privé. Marguerite leur exposa d’abord elle-même les causes qui l’avaient déterminée à convoquer les seigneurs, puis le conseiller Philibert de Bruxelles rendit compte des avis qui étaient parvenus à la régente sur les démarches et les projets des confédérés. On mit ensuite en délibération s’il convenait que la régente envoyât un délégué au devant des confédérés et si elle devait les recevoir en grand ou en petit nombre. Viglius ayant déclaré que ce serait chose indigne que d’envoyer une députation au devant des confédérés, le comte de Hoogstraeten objecta de nouveau que ces gentilshommes étaient de bons serviteurs du roi. Le comte d’Egmont, parlant après lui, signala les dangers de leur venue à Bruxelles; il n’était pas d’avis non plus que la régente envoyât directement quelqu’un vers eux , mais il émit l’opinion qu’elle devait agir par intermédiaire, en d’autres termes, laisser faire les seigneurs qui l’entouraient. Egmont avoua plus tard qu’il redoutait des troubles à Bruxelles etqueletemps était alors si étrange qu’il n’y avait personne qui connut bien les intentions de ses serviteurs, même les dispositions de ses amis et de , ses parents. Au reste, le marquis de Berghes et le baron de Montigny n’allèrent même pas aussi loin que le comte d’Egmont: ils exprimèrent le désir que les confédérés remissent à chaque gouverneur, en son gouvernement, et par écrit, leurs représentations. Le prince d’Orange ne s’opposait pas à leur admission dans Bruxelles; mais il voulait que chacun s’employât pour qu’ils ne vinssent pas en grand nombre et qu’ils fissent leurs remontrances modestement. Il déclara, .au surplus, que les gentilshommes annoncés avaient juste cause de venir de-

LE COMTE d’eGMONT ET LE COMTE DE IIORNES.

mander l’abolition de l’Inquisition et la modération des placards. Le comte de Hornes opina avec le plus d’énergie. Les confédérés, dit-il, n’étant pas des gens turbulents, ne faisaient aucun mal en venant présenter une requête. Il se serait empressé de les dénoncer s’il eût appris qu’ils voulaient entreprendre chose illicite. Il pensait qu’il serait dangereux de leur fermer les portes de la ville, caron ne pouvait se fier au peuple. La régente ne devait pas se mêler de la démarche des gentilshommes; c’était l’affaire des seigneurs. Il importait peu qu’ils vinssent en petit ou en grand nombre. Hornes dit encore que le roi ne pouvait conserver la paix dans les provinces s'il ne contentait pasda noblesse (I).

Le jour suivant, le conseil délibéra sur la réponse que la régente ferait à la requête qui lui serait présentée par les confédérés pour obtenir l’abolition de l’Inquisition et la modération des placards.

Egmont, prenant la parole après le comte de Hoogstraeten, dit que l’Inquisition était odieuse et que les placards étaient regardés comme bien rigoureux. De là le mécontentement de beaucoup de gentilshommes. Tout en protestant qu’il fallait maintenir la religion catholique, il conseilla d’adoucir les anciens édits de Charles-Quint. Il aurait donc voulu que l’on supprimât l'Inquisition papale, mais qu'on laissât aux évêques et aux curés leur surveillance ordinaire. Il exprima ensuite, en d’autres termes, l’opinion que venait d’émettre le comte de Hoogstraeten sur les peines à infliger aux hérétiques, selon la gravité des cas. Les repentants devaient être reçus en grâce, et il fallait ensevelir dans l’oubli le passé de tous. Mais, catholique imbu des idées alors prédominantes même parmi les , hommes qui passaient pour tolérants, il ne voulait pas épargner les dogmatiseurs et les ministres : toutefois, au lieu de les livrer aux flammes d’un bûcher, il demandait qu’ils fussent

(1) Notules ou procès-verbaux du conseil d’État, rédigés par le secrélairc Berty. — Voir aussi la lettre de la duchesse de Parme au roi du 3 avril 1566 (Supplément aux guerres civiles, t. II, p. 304). Défenses personnelles des comtes d'Bgmonl et de Hornes (Ibid., 1. 1", p. 69 et 158).

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