CHAPITRE VIII
punis par le glaive comme perturbateurs du repos public. Faisant ensuite allusion ii la Confédération, il dit que, s’il y avait ligue et signature et serment, il fallait casser tout cela; mais que, pour prendre une résoluiion convenable, il importait avant tout de connaître les intentions dos confédérés.
Le baron de Montigny adopta le sentiment du comte d’Egmont. Il dit qu'il opinait « comme M. d’Egmont. »
Le prince d’Orange s’éleva aussi contre l’Inquisition et contre la rigueur des placards, quoique l’empereur et le roi, fit-il remarquer, eussent ordonné les placards dans de bonnes intentions. De même que le comte d’Egmont, il entendait d’ailleurs protester pour la conservation de la religion catholique.
11 est probable que, si le comte de Hornes eût assisté à cette séance, il aurait opiné comme le baron de Montigny, son frère, et comme le comte d’Egmont (1).
En présence des dispositions manifestées par les personnages les plus considérables de l’État, la régente ne pouvait songer à employer la force contre les confédérés. L’attitude du prince d’Orange lui paraissait suspecte; le comte d’Egmont n’était pas plus disposé que ses amis à combattre jamais pour le maintien de l’Inquisition et des placards. Marguerite annonça donc aux seigneurs que, se conformant h leurs conseils, elle répondrait aux confédérés de manière à les satisfaire ; que néanmoins elle conserverait au roi; dont la ratification était indispensable, le pouvoir de statuer définitivement (2).
On peut affirmer que, dans les mémorables discussions qui précédèrent la présentation de la requête des confédérés, la conduite du comte d’Egmont fut à la fois patriotique et conciliante. Elle tendait à épargner au pays de grandes calamités et au roi de grandes humiliations. « Le comte d’Egmont croit, « mandait la duchesse de Parme à son frère, que, en accordant « la modération des placards et l’abolition de l’Inquisition, et
(1) JVotufes du Conseil d'Élat (Archives du royaume).
(2) La duchesse de Parme au roi, 3 avril 1366, dans le Supplément aux guerres civiles, 1. 11, p. 301 cl suivantes. — Autre lettre dans la Correspondance de Philippe II, 1. 1", p. 403. — Mémorial de Hopperus, § 89 et 90. — Mémoires de Viglius, § LVI.
LE COMTE d’F.GMONT ET LE COMTE DE BORNES.
« aux confédérés un pardon général pour le passé, on empê- « cherait que les choses n’allassent plus loin. Le refus de « donner celte satisfaction doit, au contraire, selon lui, entrai- « ner la ruine du pays; car il y a quatre espèces de gens, « savoir : ceux qui veulent la liberté de conscience; ceux aux- « quels déplaisent la rigueur des placards et l'Inquisition ; ceux « qui voudraient voler et piller; ceux enfin qui désireraient « changer de prince (I). »
Bréderode s’avançait bien escorté vers Bruxelles lorsque, le 2 avril au soir, il reçut une lettre dans laquelle le comte de Hornes le priait, au nom de la régente, de venir présenter la requête sans se faire accompagner d’un si grand nombre de gentilshommes. On ne pouvait soupçonner aucune intelligence secrète entre le comte de Hornes et Bréderode, car ils étaient brouillés et le premier, sans blâmer les gentilshommes qui s’étaient confédérés, n’était pourtant pas grand partisan du Compromis. Le prince d'Orange avait également écrit à son frère Louis de Nassau , qui était avec Bréderode à la tête des confédérés. Les lettres du comte de Hornes et du prince d’Orange réalisaient une promesse faite â la duchesse de Parme devant le conseil d’État. Mais ces lettres arrivèrent trop tard; il n’était plus possible de renvoyer les gentilshommes qui accouraient de tous côtes pour se joindre au cortège des adversaires de l’Inquisition (2).
(1) La duclicsse de Parme au roi, 25 mars 1566, dans la Correspondance de Philippe II, t. 1", p. 401. — C'est par une erreur de traduction que le comte de Hornes est nommé dans cette lettre au lieu du comte de Megen. Ou a vu plus haut que le premier n’arriva à Bruxelles que le 2G mars. La régente ne pouvait donc ronnattre son opinion le 25.
(2) Défense personnelle du comte de Ilornes dans le Supplément aux guerres cûutes, t. I", p. 159. Il s’y exprime en ces termes : j Bien escripvit ledict « deflendcur au seigneur de Bréderode par commadement de maditeDame, « que venant audicl Bruxelles pour remonstrer quelques affaires pour le « service de Sa Majesté, il pourroit venir simplement sans troupe, et estant « arrivé ledict de Brederode, le deffendeur luy demandist pourquoi' iln’avoit « satisfoict à ce qu’il luy avoit escript, de la part de madiclc Dame. A quoy « lui fut respondu, ne l’avoir peu faire à cause que les gentilshommes arri- « voient de tous costez et que la plupart estoient dedans la ville quand il