‹ Le comte d'Egmont et le comte de Hornes (1522-1568) d'après des documents authentiques et inéditsChapitre 75 sur 187 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

que de force. Le comte d’Egmont et ses deux collègues entrèrent donc dans la salle, mais refusèrent de s’asseoir, malgré les vives instances de Bréderode et des autres convives. Ils se tinrent debout pendant quelques minutes, et les confédérés burent à leur santé en criant : « Vive le roij et les gueulx! » Les trois seigneurs leur firent raison, puis se retirèrent, emmenant avec eux le comte de Hoogstraeten. Quoique le nom de gueux eût frappé pour la première fois leurs oreilles, ils parurent n’y attacher aucune importance, ou du moins n’en demandèrent point la signification (1)..

Mais cet incident fut entièrement défiguré dans les avis secrets transmis à Philippe II par la duchesse de Parme. Là elle disait au roi que les trois seigneurs, descendus en la maison de Culembourg, avaient, en buvant avec les confédérés, crié : Vivent les gueux (2)1

Les adhérents fanatiques ou serviles de la politique espagnole avaient encore d’autres griefs contre le comte d’Egmont. Plusieurs gentilshommes de sa maison avaient signé le Compromis et pris part à la présentation de la requête. On avait remarqué parmi les pétitionnaires Jean de Casenbroot, seigneur de Beckerzeel, conseiller et secrétaire du comte; Christophe de Leefdael et Maximilien de Blois, deux gentilshommes également attachés à la maison d’Egmont. Ces deux derniers inclinaient vers les doctrines de la réforme, tandis que Beckerzeel, malgré ses démarches contre l’Inquisition, demeurait catholique. On s’étonnait que le comte eût gardé à son service des gentilshommes qui , pour employer des expressions contemporaines, sentaient mal de la foi ; et on lui reprochait de ne les avoir pas fait châtier. Egmont, qui ne pouvait se passer de Beckerzeel, l'engagea un peu plus tard à se retirer de la ligue. Maximilien de Blois renonça spontanément au service du comte. Quelques jours après la présentation de la requête, il vint trouver ce sei-

(1) Défense personnelle du comte d’Efrmont dans le Supplément aux gueires civiles, 1. 1", p. 69. — Défense personnelle du comte de Homes, ibid., t. I", p. 161. Procès du comte d’Egmont, p. 1Î9.

(2) Correspondance de Philippe II, t. 1", p. 409.

gneur et lui déclara que, pour le repos de sa conscience, il ne pouvait demeurer à son service. Alors Egmont lui donna congé, disant que, si telle était son opinion, il faisait bien de se retirer de sa maison. Christophe de Leefdael,que leeomte avaitdéjà fait réprimander dès le mois de février précédent, fut congédié (1).

On reprocha encore au comte d’Egmont d’avoir admis à sa table quelques-uns des principaux confédérés. Mais il objectait que, lorsque plus de huit cents gentilshommes se trouvaient réunis à Bruxelles, il n’était pas surprenant que quelques-uns fussent venus d’eux-mêmes dans son hôtel. Il niait d’ailleurs de la manière la plus formelle que l’on eût crié en sa présence : Vivent les gueulx (2) !

Déjà le conseil d'État avait proposé d’envoyer immédiatement un de ses membres au roi pour lui faire connaître le véritable état des choses. Cette mission fut d'abord offerte nu comte d’Egmonl. Ce seigneur la refusa, par le motif que le roi n’avait point tenu les promesses qu’il lui avait faites et proposa à sa place le marquis de Berghes. Alors s’élevèrent de nouvelles difficultés. Le marquis ne cacha point qu’il n’espérait pas grand fruit de ce voyage. N’avaient-ils pas tous excité le mécontentement du roi en s’opposant aux nouveaux évêchés, en réclamant le départ des troupes espagnoles, en résistant au cardinal de Granvelle, en se réunisssant enfin à Breda et à Hoogstraeten, lorsque les troubles présents avaient éclaté? Il déclara en outre que, en tout cas, il ne se rendrait point en Espagne s’il n’était accompagné par le baron de Montigny, frère du comte de Hornes (3).

(1) Par une lettre qui lui était adressée de Breda, le 7 février 1586, Beckerzeel avait été chargé de témoigner à Lcefdacl le mécontentement que causait au comte d’Egmont la conduite qu’il tenait, à l’égard de la religion, » tant en devises publiques que autrement. » Cette conduite donnait lieu à beaucoup de discours, parce que Leefdacl avait été nourri en la maison d’Egmoat, et ces rumeurs pouvaient non seulement nuire beaucoup au comte mais encore mettre en danger la personne de l’imprudent gentilhomme. Egmont l’exhorlait en conséquence à se montrer plus réservé. Voir le fac-similé de cette lettre dans le Procès du comte d' Egmont.

(2) Procès du comte d’Egmont, passim.

(3) La duchesse de Parme au roi, 13 avril 1560, dans le Supplément aux guerres civils, t. II, p. 340 et dans la Correspondance de Philippe II, 1. 1", p. 107.

Page 1