‹ Le comte d'Egmont et le comte de Hornes (1522-1568) d'après des documents authentiques et inéditsChapitre 77 sur 187 · CHAPITRE VIU · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIU

en son peuple et que le peuple ait confiance dans le roi. » Le marquis de Berglies et le baron de Monligny se rangèrent à l’opinion du comte d’Egmont qui, en résumé, se rapprochait beaucoup de celle du prince d’Orange : consulter d’abord les États particuliers, avertir le roi du résultat de leurs délibérations, puis réunir les États-Généraux (1).

Une autre question préoccupait vivement aussi les seigneurs des Pays-Bas. Pour neutraliser l’influence espagnole, ils proposaient depuis assez longtemps d’assurer la prédominance du conseil d’État et de lui attribuer la direction effective de toutes les affaires, même de celles qui jusqu'alors ressortissaienl au conseil privé et au conseil des finances. Le comte d’Egmont était d’avis que 'cette amélioration avait une telle importance qu’il fallait la représenter plus d’une fois au roi pour obtenir son assentiment. Il importait, selon lui, que le conseil d’État fut augmenté et que le gouvernement reposât effectivement sur ce conseil et sur la régente, dont l’autorité serait plus étendue et plus respectée. Cette amélioration serait également de nature à contenter le peuple. Le comte de Hornes se rangea à l’opinion exprimée par le marquis de Berghes et le prince d’Orange. Celui-ci, après avoir répété l’avis du comte d’Egmont, ajouta qu’il fallait aussi représenter au roi de ne plus ajouter foi aux délateurs et aux flatteurs et de ne point se défier des hommes qui, pour le bien de son service et du pays, parlaient librement, disant ce qui convenait. Le 23 avril, au matin, la discussion continua, et le comte d’Egmont fut plus explicite. « Il sert peu « de parler, » dit-il, en s’adressant directement à la régente, « si V. A. n’a pas l’opinion que le tout ne va pas bien et ne le « remontre au roi. Il faut donc que V. A., après avoir ouï toutes « les opinions, considère ce qui est convenable et s’adresse au « roi pour obtenir le remède. » Le comte de Hornes persista dans l'avis qu’il avait émis la veille, et le prince d'Orange développa l'opinion exprimée par le comte d’Egmont.

Le 24, le conseil délibéra sur les instructions qui seraient données au marquis de Berghes et au baron de Monligny. Le

(1) Kvtules du Conseil d'Etat (séance du lî avril avant midi).

LE COMTE d’EGMONT ET LE COMTE DE IIOFINES.

comte d'Egmont s’exprima avec le plus d’énergie. Montigny avait d’abord exposé les griefs du pays en général et ceux des seigneurs en particulier. Il avait rappelé le voyage du comte d’Egmont et la résolution qui avait suivi son retour, résolution contraire à ce que le roi lui avait dit de bouche. Il avait ajouté que le roi n’écrivait point à ces seigneurs et que, en Espagne, on les faisait passer pour hérétiques, sinon pour des factieux et des rebelles. Le comte d’Egmont dit alors que, pour ramener le calme, le roi devait, en premier lieu, consentir à l’abolilion de l’Inquisition et accorder la modération des placards. Il devait ensuite se rendre dans les Pays-Bas par l’Italie et sans être accompagné d’Espagnols; il devait se fier à ses plus anciens et plus loyaux vassaux et sujets. Sa venue porterait remède à beaucoup de choses; mais, avant tout, il devait abolir l’Inquisition. Le comte de Hornes soutint aussi qu’il fallait exposer au roi de ne pas venir avant qu’il eût aboli l’Inquisition et modéré les placards. Le prince d’Orange fut bien moins énergique que ses deux amis. Il était aussi d’avis que le meilleur remède pour obvier aux troubles était la venue du roi; mais il devait s’arrêter en Italie et y attendre les renseignements qui lui seraient fournis par la régente et alors, selon l’état des choses, il déciderait comment il viendrait, avec une armée ou sans armée (1).

Les États particuliers des provinces furent consultés, selon l’avis du comte d’Egmont, sur le projet de modération des placards. Le comte, s’étant rendu à Arras, écrivit au roi pour l'engager à approuver les amendements qui lui étaient envoyés parla régente. Il était venu à Arras, disait-il, afin de communiquer le projet aux États d’Artois et savoir d’eux si ces changements pourraient satisfaire le pays. Il se rendrait ensuite à Gand pour le même objet (2). Les États d’Artois décidèrent, à l’unanimité, que le projet de modération était fort convenable dans les nécessités présentes. La résolution du clergé de

(1) Kolules du Conseil d'État (séances du 22, du 23 et du 21 avril 1366).

(2) Le comte d’Egmont au roi, d’Arras, 3 mai 1566. ( Correspondance de Philippe II, 1. 1", p. 111.)

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