‹ Le comte d'Egmont et le comte de Hornes (1522-1568) d'après des documents authentiques et inéditsChapitre 79 sur 187 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

seigneur ne pourrait avoir aucun fruit (1). Les lettres secrètes de Philippe II étaient d’ailleurs conformes à ses dépêches ostensibles. Il venait d’avertir confidentiellement la régente qu’il ne pouvait donner son consentement ni à la modération des placards ni à la réunion des États-Généraux (2).

Le comte d’Egmont était alors appuyé, avec plus ou moins de sincérité, et par la régente et même par cette fraction du conseil qui agissait encore sous l’influence du cardinal de Granvelle. Le 21 juin, Marguerite de Parme, invoquant l’avis de Berlaymont et de Viglius, demandait de nouveau au roi d’accorder l’abolition de l’Inquisition et la modération des édits de Charles-Quint. Elle insista encore dans une lettre datée du 1 er juillet, le jour où le marquis de Berghes partit enfin pour l’Espagne (3).

Pendant les importantes délibérations qui avaient marqué le mois de mai, le prince d’Orange et ses amis n’avaient pas interrompu les joyeux banquets qui étaient alors dans les usages du pays. On incrimina plus tard le dîner que, le dimanche de la Trinité, Antoine de Stralen, bourgmestre sortant, avait donné, en la maison de ville d’Anvers, au comte d’Egmont, au comte de Hornes et au comte de Hoogstraeten. On fut tout aussi sévère pour un souper que l’abbé de Saint-Bernard offrit à ces mêmes personnages dans le cloître de son abbaye. Le procureur-général du conseil des troubles soutint que, dans ces banquets, le prince et ses amis avaient bu à la santé des gueux et crié : Vivent les Gueulx! N’était-ce point une grande faute aussi de s’être trouvé en la compagnie d’un moine, qui devait un jour jeter le froc aux orties pour embrasser la religion de Galvin (4)?

(1) La duchesse de Parme au roi, 21 juin 1566, dans la Correspondance de Philippe II, 1. 1", p. 421.

(2) Philippe II à la duchesse de Parme, 12 mai 1566. Ibid., 1. 1”, p. 415.

(8) Correspondance de Philippe II, l. I", p. 423 et 427.

(4) On lit dans le mémorial d’un contemporain, sous la date du 1" septembre 1567 : < ... Fugit et abbas quidam S. Bemhardi non procul ab Antvcr- « pia auferens secum magnam pecuniæ summam, venit hue Coloniam ubi « excusso cucullo extra regis Philippi ditlones abiens, viduam quandam » opulentam duxit uxorem. » De leone belgico, p. 70.

LB COMTE d'eQBOST. 11

LE COMTE d’EGMONT ET LE COMTE DE MORNES.

Le comte de Hornes objecta qu’il avait toujours tenu l’abbé de Saint-Bernard pour homme de bien et bon catholique; que ceux qui venaient en compagnie n’étaient pas responsables des désordres auxquels ils assistaient; que, s’ils voulaient faire prévaloir en tout leurs désirs, ils devaient demeurer en leurs maisons; que, d’ailleurs, on avait vu en tout temps, dans les Pays-Bas, des gens d’Église, évêques et abbés, commettre de grands désordres ou les tolérer en leur présence. Il donna sur le dîner qui avait eu lieu en la maison de ville d’Anvers des détails qui peignent les mœurs de la noblesse au xvi e siècle. Il dit qu’il joua tout le jour « à la prime. » Le soir un souper fut offert aux dames et particulièrement à une dame portugaise, qui avait accompagné, dans les Pays-Pas, la princesse Marie, maintenant la femme d’Alexandre Farnèse, et qui s’en retournait dans son pays. Le comte de Hornes fut d’avis qu’on lui fit tout honneur : aussi la reconduisit-il, avec le prince d’Orange, jusqu’au cloître de Saint-Michel où elle était logée (1).

Cependant Montigny était arrivé à Madrid le 17 juin. Le 20, il eut de Philippe une audience qui dura deux heures. Il crut devoir lui dire qu’on était persuadé dans les Pays-Bas que le roi était mal satisfait et mal informé de beaucoup de personnes, même de plusieurs seigneurs, ce qui n’avançait en rien son service. Philippe II lui répondit en dissimulant, selon son habitude constante, que l’on avait cette opinion h tort et qu'il était fort satisfait et content de tous ces seigneurs, comme de ceux dont il avait reçu tant de bons et grands services, et que nul ne l’avait informé à leur désavantage. Il voulait même regarder comme des ennemis, ajoula-t-il, ceux qui s’avisaient de propager ces fausses rumeurs (2).

Mais la profonde astuce de Philippe II ne remédiait point à la redoutable agitation qui se manifestait dans les Pays-Bas. La démarche solennelle faite par les confédérés afin d’obtenir

(1) Procès du comte de Hornes, dans le Supplément aux guerres civiles de Flandre, 1. 1", passim.

(î) Montigny à la duchesse de Parme, Madrid, 29 juin 1566, dans la Correspondance de Philippe II, 1. 1", p. 426.

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