‹ Le comte d'Egmont et le comte de Hornes (1522-1568) d'après des documents authentiques et inéditsChapitre 80 sur 187 · CHAPITRE VIII. — 15G · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII. — 15G

la révocation des édits qui menaçaient les dissidents et les sentiments de tolérance hautement exprimés par les principaux seigneurs du pays avaient été un puissant encouragement pour les missionnaires venus de l’Allemagne, de la Suisse, de la France et de l’Angleterre. Quittant les bois et les lieux inaccessibles, les disciples de Calvin et de Luther prêchèrent en plein jour dans les champs, les villages et les bourgs; ils s’avancèrent enfin jusqu’aux portes des principales villes, attirant des milliers d’auditeurs.

La régente essaya, mais en vain, d’arrêter ces prédications en faisant publier, le 3 juillet, un placard général qui menaçait de mort et de confiscation des biens les ministres hérétiques ainsi que les sectaires qui les accueilleraient et leur donneraient un asile; le banissement était prononcé contre ceux qui fréquenteraient les prêches avec des armes; des peines arbitraires devaient atteindre les autres auditeurs. Ce placard ne fit qu'accroître l’audace des religionnaires. La régente dut exposer îi Philippe II que, nonobstant les mesures qu’elle prenait journellement, par l’avis des seigneurs et des membres du conseil d’État, elle ne pouvait plus empêcher les prêches publics « qui se faisaient en tous lieux et quartiers et en fort grande multitude de peuple, même avec armes, comme arquebuses, pistolets, javelines, piques et demi-piques. »

Avant d’expédier cette dépêche, datée du 7 juillet (1), la régente avait chargé le conseiller d’Assonleville de la communiquer au prince d’Orange et au comte de Homes. Elle désirait savoir comment ces deux seigneurs envisageaient les événements qui s’accomplissaient et ce qu’ils pensaient des mesures à prendre pour en prévenir les conséquences. L’un et l’autre se prononcèrent posr des moyens de douceur. Hornes insista beaucoup sur l’assemblée des États-Généraux; il protesta d’ailleurs que, quant à lui, il était catholique et voulait le demeurer (2).

Marguerite indiqua confidentiellement au roi les moyens d’apaiser les troubles. Il devait contenter ses vassaux, en ce

(1) Correspondance de Marguerite d’Autriche, duchesse de Parme, etc., p. 7t.

(î) Correspondance de Philippe II, t. II, p. 428.

LE COMTE d’eGMO.NT ET LE COMTE DE IIORNES.

qui concernait l’Inquisition et la modération des placards, accorder un pardon général aux confédérés et autres qui avaient pu l'offenser et envoyer une bonne somme d’argent pour que, les concessions faites, on pût agir par les armes contre ceux qui voudraient élever des prétentions nouvelles. Le comte d’Egmont et d’autres seigneurs avaient offert, si le roi faisait les concessions demandées, de réduire par la force les perturbateurs, sans épargner, s’était écrié Egmont, ni frères, ni fils, et en exposant, s’il le fallait, sa propre vie pour le service de Dieu et du souverain. Mais, dans les conjonctures présentes, ce seigneur n’avait pas voulu prendre les armes, comme la duchesse le lui avait demandé afin de la défendre, disait-elle avec exagération, si, comme le bruit en courait, quarante ou cinquante mille sectaires armés arrivaient à Bruxelles. Lorsque Marguerite représenta ensuite au comte d’Egmont qu’elle ne pourrait se dispenser de faire rassembler au moins les bandes d’ordonnances, pour s’opposer au progrès des prêches, ce seigneur répondit qu’il ne combattrait que si les confédérés et les sectaires prenaient l’offensive ; qu’il ne voulait pas porter les premiers coups. Le comte d’Arenberg, Berlaymont et d’autres déclarèrent à leur tour que, si le comte d’Egmont ne donnait pas l’exemple, la régente gagnerait peu h ce qu’ils s’armassent eux-mêmes. Elle crut alors devoir appeler en particulier tous les seigneurs pour savoir si leurs compagnies d’hommes d’armes la soutiendraient. Le comte de Homes répondit que sa compagnie ferait tout ce que la duchesse lui commanderait et que, si elle s’y refusait, il avait à sa disposition cent gentilshommes par lesquels il remplacerait ses hommes d’armes. Le comte d’Egmont repartit que sa compagnie ferait ce qu’il lui ordonnerait. Quant au prince d’Orange, il déclara qu’il n’était pas sûr de la sienne, parce qu’il ne l’avait pas vue depuis nombre d’années, mais qu’il croyait qu’une partie des hommes, dont elle était composée, ne voudrait servir contre les sectaires ni empêcher les prêches (1).

(1) La duchesse de Parme au roi, 7 juillet 1866, dans la Correspondance de Philippe II, t. I", p. 438-430.

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