‹ Le comte d'Egmont et le comte de Hornes (1522-1568) d'après des documents authentiques et inéditsChapitre 82 sur 187 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Popularité dn comte d’Egmont. — Les confédérés se réunissent à Saint-Trond. — Entrevue de leurs députes à Du (Tel avec le comte d’Egmont et le prince d’Orange. — Espérances des protestants — Les délégués de l'assemblée de Saint-Trond à Bruxelles. — Conférence avec le comte d'Egmont. — Seconde requête des confédérés. — Triumvirat. — Promesses faites aux mandataires de l’assemblée de Saint-Trond. — Concessions illusoires de Philippe II. — Les prêches en Flandre. — La régente est suppliée par les députés de la Flandre de permettre au comte d’Egmont de se rendre dans son gouvernement pour contenir les sectaires. — Autorisation tardive. — Le comte d’Egmont à Gand, à Bruges, à Ypres et à Audenarde. — Dévastation des églises. — Le comte d’Egmont justifie sa conduite : vivo discussion avec la régente. — Correspondance de Montigny avec le comte de Hornes ; détails sur la cour de Philippe II. — Le comte d’Egmont, le comte de Hornes, etc., empêchent la régente de quitter Bruxelles et de se retirer à Mous. — Importantes délibérations du conseil d'État ; opinions émises par Ios comtes d’Egraont et de Hornes; protestations contre l’Inquisition, etc. —Concessions de la régente.— Lettres d J assurance données aux confédérés. —Ceux-ci promettent d’aider do tout leur pouvoir A faire cesser les troubles, etc. — La régente accuse secrètement le comte d’Egmont et ses amis de s’ëlrc déclarés, en paroles et en fait, contre Dieu ot le roi. — Beckerzeel, secrétaire et conseiller du comte d’Egmont. Il châtie près de Grammont une bande d’iconoclastes.— Accord qu'il conclut avec les calvinistes d’Audenarde. — Concessions faites aux religionnaires d’Anvers : le comte d'Egmont déconseille de désavouer le prince d’Orange. — Le comte do Hornes à Tournai ; transaction avec les réformés; méfiance de la régente; elle désapprouve plusieurs des concessions faites par son mandataire, etc. — Difficultés de la mission dont le comte de Hornes s’était chargé.

Le comte d’Egmont éclipsait alors par sa popularité tous les autres seigneurs des Pays-Bas. S’il avait été ambitieux ou déloyal , il aurait pu soulever les provinces contre la domination espagnole. Un des confédérés les plus hardis et les plus intelligents écrivait, le 4 juillet, que le comte d’Egmont tenait jusqu’alors « la balance droite » et que le côté où pèserait son

épée l’emporterait (1). Mais le comte d’Egmont, tout en continuant sa résistance au despotisme politique et à l’oppression religieuse, ne voulait point violer les serments qu’il avait prêtés à Philippe II, son suzerain. Fermement attaché à l’indépendance des Pays-Bas, qu’il avait défendue avec une vaillance admirable, il craignait et repoussait l'intervention des Français dans les troubles de ces provinces. De là les irrésolutions et les incertitudes qui donnaient à sa conduite les apparences de la faiblesse. De là le reproche adressé au vainqueur de Gravelines de « nager entre deux eaux (2). »

Le 15 juillet, les confédérés, au nombre de plus de deux mille, se réunirent à Saint-Trond, dans le pays de Liège. Ils y contractèrent l’engagement d’accorder une protection égale aux calvinistes et aux luthériens dont les mandataires se trouvaient auprès d’eux. Ils prirent aussi des mesures secrètes pour opposer, le cas échéant, la force à la force. Marguerite, que ce nouveau rassemblement alarmait au plus haut point, résolut d’empêcher par de nouvelles promesses des manifestations plus violentes, et surtout la présentation d’une seconde requête par cette multitude de gentilshommes, dont la marche sur Bruxelles aurait pu avoir les plus graves conséquences. Elle eut recours au prince d’Orange et au comte d’Egmont, étroitement unis (3), les priant de négocier avec les confédérés et de les amener à se séparer. Les confédérés furent invités à désigner des députés

(1) Nicolas de Hammes à M‘ Gilles Leclerc, son bien bon ami, de Bruxelles, 4 juillet 1566 : « ... Les choses sont en grand branle et doubte. M. d'Egmont « tient jusqu'à présent la balance drnicte ; s'il mcct l’cspée sur l’une, elle « l’emportera. Le seigneur luy donne bon conseil cl à nous force d’endurer « pour son nom... Procès du comte d'Egmont. MS., 1. 111. (Arch. du Royaume.)

(2) Un écrivain du parti catholique s'exprime en ces termes . «... Le comte d'Egmont, qui estoit l’espoir du Païs-Bas et que les confédérés pensoient avoir pour chef et general nageoit entre deux eaux et embrassoil si froidement leur cause que les plus fins ny scavoient asseoir jugement... » Pontus Payen, De la guerre civile du Païs-Bas, MS., livre II".

(3) On parlait même d’un projet d'union entre le fils du comte d’Egmont et Marie de Nassau, issue du mariage de Guillaume le Taciturne avec Anne d’Egmont, comtesse de Buren. (Correspondance de Philippe II, t. I", p. 423.) Mais ce projet fut ensuite abandonné.

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