‹ Le comte d'Egmont et le comte de Hornes (1522-1568) d'après des documents authentiques et inéditsChapitre 83 sur 187 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

qui s’aboucheraient avec les deux seigneurs au village de Duffel, pour la plus grande commodité du prince d’Orange, alors chargé de pacifier Anvers, cette Babylone des Pays-Bas, comme disaient les inquisiteurs. Le comte d’Egmont et le prince arrivèrent à Duffel le 18 juillet, à dix heures du soir. Ils trouvèrent au rendez-vous, comme mandataires des confédérés, Bréderode, le comte de Culembourg, Beckerzeel et huit autres gentilshommes. La conférence commença immédiatement. Les mandataires de la régente, se conformant aux instructions qu’ils avaient reçues, la disculpèrent d’avoir méconnu la promesse qu’elle avait faite en recevant la requête du o avril ; elle avait même envoyé le marquis de Berghes et le baron de Montigny en Espagne pour appuyer cette requête; maintenant elle sollicitait du roi l’autorisation de convoquer les États-Généraux. Ils engagèrent en conséquence les confédérés à contenir les religionnaires et à faire connaître d’une manière effective que leur intention était bonne et ne tendait qu’à bonne tin. Le comte d'Egmont fut accusé plus tard d’avoir promis aux confédérés et aux consistoires de les prendre sous sa sauve-garde, de se joindre à eux et de mourir à cheval, en les défendant. Il paraît plus vraisemblable qu’il dit aux députés ou leur fit dire par Beckerzeel que, s’ils n’excédaient point la requête du 5 avril, il ne souffrirait pas qu’aucun tort leur fût fait (1). Bréderode

(1) On lit, en effet, dans la Résolution des gentilhomme s députés à St-Tron, (juillet 1566) : « Messieurs les députez aians oy le rapport et bon offre qu’a « faiet M. de Bacquerseele de la part de Mg'. d'Egmont, pour l'assurance de la « noblesse icy assemblée, ont résolu de rcmerchier S. E. de sa bonne volonté et « affection, luy donnant a cognoistrc que en tous endroits qu’ilz se porront « offrir, réciproquement estre pretz à luy faire très humble service. Encoires « est résolu pour l’assurance de la compaignic, sy d'advanture l’on volloit « machiner quelquechose servante Mcur ruyne et desadvantaige, qu’ils por- « ront tenir intelligence avecq gens de service dehors le pais... Âussy est ■ conclu, pour l’appaisement du peuple, de faire rapport à Mgr. le prince « d’Orenge et Mgr. le comte d’Egmont de nostre besoigne, et donner à cognois- « tre que nostre intention est de faire meilleur debvoir qu’il sera possible » vers ledit peuple pour soy contenir en bon office, moyennant qu’il plaise à « S. A. (la régente) et messeigneurs d’asseurer ledit peuple, que si longtemps • que les Estais Généraulx (ne) soient rassemblez, qu’on ne leur fera aulcun

ayant pris note des points discutés avec les mandataires de la régente, ceux-ci reçurent pour réponse que la négociation devait se poursuivre à Bruxelles même. Le prince d’Orange retourna à Anvers le lendemain, à six heures du matin, et le comte d’Egmont quitta Duffel dans la journée, sans jamais plus revoir Bréderode. Le chef nominal des confédérés ne cessa point toutefois de correspondre avec le comte d’Egmont. De retour h Vianen, il pria Louis de Nassau de communiquer à ce seigneur des renseignements concernant les intelligences d’Eric de Brunswick, qui levait des troupes pour Philippe II, avec les comtes de Megen et d’Arenberg (1).

Les députés des confédérés étaient retournés à Saint-Trond, enchantés de l’accueil que leur avaient fait le prince d’Orange et le comte d’Egmont. Ils se vantèrent hautement, trop hautement, que ces deux personnages s’étaient déclarés pour eux. C’était d’ailleurs un bruit général, même hors des provinces, que le prince aussi bien que les comtes d’Egmont et de Hornes étaient les chefs des confédérés et avaient promis de soutenir la cause protestante (2).

« tort, estans résolus aider le peuple de tout notre pouvoir soy conduisant en « toute modestie. » Ce document important a été publié dans l’appendice de l’ouvrage intitulé : Betjaar 1568, par M. L. Van Deventer (La Haye, 1856), p. 76.

(1) Archives de la maison d'Orangc-tiassau, t. Il, p. 187.

(S) Pour approcher, autant que possible, de la vérité, nous avons comparé attentivement l'acte d’accusation, les interrogatoires, la défense personnelle et les autres pièces du procès du comte d’Egmént. 11 faut attacher une importance moindre, ce nous semble, aux informations transmises à la régente par le comte de Megem, quoiqu’il les tînt, disait-il, d’un docteur ès lois, principal conseiller des confédérés, pour lequel il demandait, comme prix de ces délations, une place au conseil de Brabant ou de Malincs. ( Correspondance de Philippe II, t. 1", p. 435 et 436.)

Il y a, dans l’acte d’accusation qui fut dressé en 1568, contre le comte de Hornes par le procureur-général du conseil des Troubles, une preuve manifeste d'incroyable légèreté ou d’insigne mauvaise foi. L’organe du tribunal de sang fait, à l’article 36, un crime au comte de s’être trouvé à Duffel et d’y avoir conspiré contre le roi. Dans le « libel accusatoire » contre le comte d’Egmont, il est dit également que le comte de Hornes se trouvait à Duffel avec le prince d’Orange et le comte d’Egmont. La réponse du comte de Hornes

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