‹ Le comte d'Egmont et le comte de Hornes (1522-1568) d'après des documents authentiques et inéditsChapitre 84 sur 187 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

L’assemblée de Saint-Trond el la conférence de Du (Tel accrurent encore la hardiesse et les espérances des protestants. Une telle affluence se porta aux prêches sous les murs d’Anvers, que l’on évaluait à trente mille le nombre des auditeurs et des assistants. Forts de l’appui des confédérés, les religionnaires attachèrent aux portes des églises et des autres édifices publics des billets qui contenaient ces mots : « Il est permis à ceux de « l’église réformée de vivre selon la profession de leur foi « pourvu qu’ils soient fidèles serviteurs du roi et obéissants « aux magistrats sans exciter troubles (1). »

Le 25 juillet, arrivèrent à Bruxelles douze délégués de l’assemblée de Saint-Trond. Louis de Nassau était en tête de la députation et remplaçait Bréderode retourné à Vianen. Marguerite reçut les députés le lendemain avec un déplaisir qu’elle ne dissimulait point. Elle refusa d’abord d’entrer dans aucune explication sur l’objet de leur mission; ils durent se borner à la saluer, puis ils se retirèrent avec le comte d’Egmont qui était seul présent. Le comte les conduisit au conseil d’État, où il était chargé par la régente, ainsi que le seigneur d’Hachicourt et le conseiller d’Assonleville, d’entrer en conférence avec eux. Les délégués, alléguant la mission expresse qu’ils tenaient de l’assemblée de Saint-Trond, dirent qu’ils ne pouvaient s’adresser qu’à la gouvernante elle-même. Le comte d’Egmont repartit que le prince d’Orange et lui, ayant été les mandataires de la duchesse de Parme à la conférence de Dulfel, la raison voulait

fut catégorique : « Ledit defendeur dit n’avoir esté à Duffel, ny aussi oneques « rien traité de cette affaire, estant tors en sa maison de Wcert et à Meurs, « occupé à scs négoces, et ne retourna à Bruxelles jusques au 18’ jour du « mois d’aoust, etc. » De son côté, le comte d’Egmont fut tout aussi forme} : • Combien que l’article faict mention du comte de Hornes, toutefois il n’y « fust point... » Comment une erreur aussi évidente avait-elle pu se glissor sous la plume du procureur -général ? Comment avait-il pu altérer aussi audacieusement des faits qui étaient de notoriété publique et consignés en outre dans les actes officiels de Marguerite de Parme?

(1) Pontus Payen, De la guerre civile du Pais-ltas, liv. II. — Richard Clough à Th. Grcsham, Anvers, 22 juillet 13GG (State Paper Office). Voir le rapport de M. F,. Van Bruyssel, inséré dans le Bullelin de la commission royale d'histoire, (3’ série, t. !•'.)

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que les délégués répondissent à leurs propositions; que, du reste, le prince d’Orange, ayant dû se rendre de Duffel à Anvers, se trouvait représenté par le seigneur d’Hachicourt et par d’Assonleville. Mais les députés répétèrent qu’ils étaient expressément chargés de s'adresser à la régente elle-même. Le comte, voyant que leur résolution était immuable, leur dit alors que, s’ils voulaient présenter une nouvelle requête, ils le fissent avec peu de bruit et par deux d’entre eux. Mais ils rejetèrent encore cette proposition sous prétexte qu’ils étaient députés de diverses provinces et de divers quartiers, et qu’ils devaient rester unis. Par cette fermeté, les délégués obligèrent la régente, malgré toute la répugnance qu’elle éprouvait et qu’elle manifestait, à les recevoir officiellement. Elle leur donna enfin audience le 30 en présence des membres du conseil d’État présents à Bruxelles, et les délégués lui remirent une nouvelle requête (1). Cette supplique tendait non seulement à faire garantir la sûreté de tous ceux qui avaient signé le Compromis ou présenté la mémorable pétition du 5 avril , mais elle avait encore pour objet de placer légalement la confédération sous le patronage et l'autorité des chefs du parti national. La régente devait être personnellement garante de l’inviolabilité des confédérés et ordonner en outre à tous les seigneurs et chevaliers de l’ordre de la Toison d’or dans les Pays-Bas de les prendre sous leur sauvegarde. « Comme le « prince d’Orange, le comte d’Egmont et le comte de Hornes, « ajoutaient les représentants de la Confédération, ont été le « plus activement mêlés à nos affaires depuis la présentation « de notre première requête, nous supplions V. A. de leur « commander qu’ils veuillent dorénavant nous assister de leurs « conseils et nous prendre sous leur protection. Enfin, nous « désirons que la charge que V. A. leur donnera soit telle qu’ils « puissent absolument pourvoir et donner ordre à tout ce qui « touche la garde et la conservation du pays, tant à l’intérieur « qu’à l’extérieur. » Marguerite fil examiner cette pétition par le conseil d’Etat et par le conseil privé. La majorité la blâma

(1) Renon de France, MS., 1" partie, chap. XVIII. — Correspondance de Philippe II, t. 1", p. CXXXIX, i37 et iii.

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