CHAPITRE IX
vivement parce qu’elle tendait, croyait-on, à soustraire le gouvernement du pays des mains de la régente pour en investir un triumvirat. Le comte d’Egmont et un membre du conseil privé ayant rapporté que quelques-uns des délégués leur avaient déclaré le même jour que l’intention véritable des pétitionnaires ne concordait pas avec celle qui était exprimée dans la requête, il fut résolu que l’on rechercherait plus amplement la vérité. La régente désigna en conséquence le comte d’Egmont, le président Viglius et le conseiller d’Assonleville pour ouïr le comte Louis de Nassau et Eustache de Fiennes, seigneur d’Esquerdes, c’est à dire le chef et l’orateur de la députation. Ils leur firent diverses questions et leur conseillèrent enfin de reprendre la requête pour la corriger. Mais Nassau et d’Esquerdes objectèrent que cette révision était impossible parce que la pétition remise à la régente avait été arrêtée par l’assemblée dont ils n’étaient que les délégués (I).
Les fières représentations des confédérés avaient indigné les conseillers de la princesse, qui étaient partisans absolus de la politique espagnole. Le comte d’Egmont, au contraire, opina pour que les confédérés obtinssent, sauf la ratification du roi, l'assurance qu’ils demandaient ainsi que la convocation des États-Généraux (2).
Le 6 août il fut arrêté que tous les chevaliers de la Toison d’or seraient appelés à Bruxelles pour le 18 afin de prendre une résolution définitive sur la requête des confédérés. Le même jour, le comte d'Egmont notifia cette décision à leurs députés et leur promit sur son honneur, par charge et de la part de la régente, que, jusqu’à ce qu’ils eussent reçu la réponse de celle-ci, la sûreté des gentilshommes confédérés serait pleinement garantie à condition que, de leur côté, ils n'entreprendraient rien pour fortifier leur ligue (3).
Philippe II venait enfin de consigner ses résolutions dans une dépêche du 31 juillet. Il consentait que l’Inquisition cessât,
( 1 ) Renon de France,, VS., 1“ partie, chap. 18.
(î) Notules du conseil d’État, séance du 31 juillet. (3) Ibid., séance du 6 août.
pourvu que l’exercice de la juridiction épiscopale fût établi comme il appartenait de droit. Il .consentait que la régente apportât quelque tempérament aux anciens édits concernant les hérétiques; mais il voulait avoir connaissance de l’ordonnance et l’approuver avant qu’elle fût publiée dans les Pays- Bas. Il consentait enfin, pourvu que les troubles cessassent, que la régente publiât une amnistie soit pour les confédérés seuls, soit aussi pour les conventiculaires, hérétiques, etc. Mais, dans un post-scriptum, il commandait à la régente de ne souffrir, d’une façon quelconque, l’assemblée des États-Généraux. La même défense était réitérée dans une lettre secrète du 2 août où le roi mandait h sa sœur de faire en sorte cependant qu’on ignorât aux Pays-Bas quelle tenait cet ordre de lui. « Il faut qu’on croie, lui disait Philippe, que ce n’est que pour « le moment qu'il lui a défendu de convoquer les états, et « qu’elle s’attend à en recevoir l’autorisation plus tard, afin « qu’on ne désespère pas d’obtenir cette assemblée, quoiqu’il « soit résolu à s’y opposer, sachant fort bien ce qu’on prétend « par là, et n’ayant pas voulu pour ce motifle permettre aupa- « vant(l). »
Philippe II repoussait donc, par une obstination fatale, le seul moyen d’empccher des troubles plus graves dans les Pays-Bas et peut-être la ruine de ces florissantes provinces. Il dédaignait les conseils patriotiques du héros de Saint-Quentin et de Gravelines; il suspectait les instances si pressantes du comte de Hornes; il fermait même l’oreille aux suggestions des ministres secondaires dont la fortune était étroitement liée au maintien de son autorité (2).
(1) Correspondance de Philippe II, t. I", p. 439.
(8) Le conseiller d’Assonleville écrivait au comte de Hornes, le 23 juillet : «... A peine scay-je si la convocation des Estats-généraux (qui du commen- « cernent estoit le vray remède) servira à ccstc heure de beaucoup. Neant- « moins s’il y en a au monde pour à cest heure, c’est ceslui-lù, comme Sa ■ dicte Altesse a amplement représenté à S. M. et tout ce qui en tout cas sur « cela se pourra ensuivre par ung discours qui a esté veu au conseil. Pour- « quoy, j'estime que, pour le moindre inconvénient, S. M. s’accordera de faire • assembler sesdicts Estats, sans l'ayde cl intercession desquels certaine-