‹ Le comte d'Egmont et le comte de Hornes (1522-1568) d'après des documents authentiques et inéditsChapitre 88 sur 187 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

même fut plus tard imputée à crime au comte d’Egmont. On lui reprocha non seulement d’avoir permis les prêches, mais encore d’avoir autorisé les sectaires à s’y rendre armés d’épées et de poignards. On l’accusa en outre d’avoir fermé l’oreille aux avertissements de ceux qui, l’informant du bris des images dans les églises de Poperinghe, appréhendaient les mêmes violences à Ypres. 11 avait même refusé, prétendait-on, de laisser mettre l’artillerie de la ville sur les murailles pour résister aux sectaires, si ceux-ci voulaient employer la force. Il avait répondu, en haussant les épaules, qu’il n’avait point cette mission (1). Il est très vrai que les échevins, ayant appris qu’un prêche devait avoir lieu dans les faubourgs, prièrent le comte de rester en ville le lendemain afin d’empêcher tout désordre par sa présence. Mais le comte répondit que les affaires pressantes dont il était chargé ne lui permettaient pas de prolonger son séjour, car il n’avait pas seulement h maintenir le bon ordre à Ypres. Il partit donc le 14 août dans l’après-midi pour Audenarde (2).

A peine le comte d’Egmont était -il sorti d’Ypres que le saccagement des églises et des cloîtres s’étendait comme un incendie dans la West-Flandre. Le 15, vers le soir, les bandes des iconoclastes furent introduites dans Ypres même par leurs complices et commencèrent le sac des temples catholiques sans rencontrer aucune résistance. Egmont, accusé plus tard de n’avoir point prolongé son séjour à Ypres afin d’empêcher ces actes de brigandage, répliqua que si sa présence à Ypres, sans un homme de guerre, eut pu servir de quelque chose, il y fût demeuré volontiers, mais que le danger qui menaçait les églises n’existait point seulement là, qu'il existait dans la Flandre entière (3). Au mois d’octobre suivant, il disait à Armenteros qu’il n’avait pu prévoir que les iconoclastes se seraient rendus maîtres d’Ypres, et que, d’ailleurs, il était là seul avec sa maison. Il ajouta qu’il ne s’en était pas excusé auprès du roi parce qu’il ne se sentait pas coupable; que c’était à la régente

(1) Libel accusatoire, n" 44 et 45.

(2) Justification du magistrat d’Ypres, .VS.

(3) Défense personnelle du comte d’Egmont, Procès, p. 138.

de l’excuser; qu’enfin il s’étonnait beaucoup qu’Armenteros, qui connaissait son zèle pour le service de Dieu et du roi, prêtât l’oreille aux calomnies dont il était l'objet (1).

Le 15 août, dans la soirée, le comte d’Egmont était arrivé à Audenarde, où les religionnaires dominaient également, car les partisans des doctrines nouvelles étaient dans la proportion de plus de six contre un. Le gouverneur était accompagné de son maître d’hôtel et de quelques autres gentilshommes de sa maison; quant à son escorte, elle consistait en douze hallebardiers. Comme à Bruges et à Ypres, le magistrat fit connaître son impuissance devant les manifestations chaque jour plus menaçantes des religionnaires. Le comte répliqua qu’il ferait mettre en vigueur à Audenarde l’ordonnance déjà publiée à Ypres. Le lendemain, l’ordonnance fut effectivement publiée, puis le comte se rendit à l’hôtel échevinal où un banquet lui était offert par le magistrat. Il était encore à table, avec les principaux bourgeois, lorsque le magistrat fut informé qu’une grande multitude revenant du prêche se trouvait à la porte de la ville et voulait, malgré la garde, entrer par troupes; le désordre devint tel que le magistrat dut se lever de table pour y remédier. Ce fut pis encore lorsque le comte eut quitté Àudenarde et se fut rendu à son château de Sottegem d’où il devait repartir pour Bruxelles. Les religionnaires se mirent à chanter publiquement leurs psaumes en signe d’allégresse; et ils soutenaient que c’était par le consentement du comte d’Egmont que les prêches avaient lieu, et qu’il était entièrement pour eux (2).

(1) Tomas Armcntcros à Antonio ferez. ( Corresp de Philippe II, 1. I", p. 477.)

(2) Mémoire justificatif du magistrat d’ Audenarde sur les troubles arrivés en cette ville, en 1566, avec de nombreuses pièces à l’appui, publié d’après les documents originaux conservés aux archives d’ Audenarde, par J. Vandcr Mcersch, p. 22.

On a prétendu que, par son attitude, le gouverneur de la Flandre encourageait les sectaires. Telle n’était point l’opinion des contemporains les plus dignes de foi. Lecomte d’Egmont, dit J. de Wesenbeek, « avoit fait son possible pour contenir le peuple, lequel de çà et de là commençoii fort à s’émouvoir... » Description de l’estât, succès et occurence advenus au Pois-Bas au faict de la religion. (Imprimé en 1569.)

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