I. Patmore, My friands and acqiiaintances, t. I, p
gham auquel le nom de d'Orsay est resté attaché en France. Le comte apparciît bientôt lui-même, tel que nous le voyons dans le portrait d'Aubry % montant un cheval blanc irréprochable de forme. Il porte une sorte d'habit de cheval, véritable i^iding coat aux pans plus écartés sur le devant que ceux de nos redingotes actuelles. Un double rang de boutons descend en se rapprochant vers la taille. Le haut collet est séparé par la mince ligne d'un gilet bfanc, d'une immense cravate noire dans laquelle le col est absolument enfoui. Les manchettes sont retroussées sur des manches longues et étroites. Le gilet blanc paraît encore sous le devant de l'habit, et, entre ses pans, descend assez bas sur une culotte collante. Les mains sont gantées de daim jaune ; la droite presse un stick que 1 "on
I. Ce portrait, d'abord lithographie par Villain, puis reproduit dans r///n5?r^/fou (septembre i852), a été placé en tête de notre travail.
dirait arraché à quelque haie et qui vaut une guinée. Des bottes à la Souwarow atteignent presque le genou. Tout cela a grand air, on ne saurait le nier, mais, étant toutefois quelque peu étriqué, reste beaucoup plus près dQs fashionables de 1820 que des lions de 1840, qui exagéreront l'ampleur dans le vêtement. Au reste, le costume du comte d'Orsay est bien fait pour ses qualités physiques de grâce et de force. A côté du cheval bondit un énorme mastiff lançant un joyeux aboiement à son maître. La tête du comte, donnée de profil, présente une coiffure trop frisée peutêtre, sous un chapeau de forme pointue, sorte de pot à fraises renversé. La face se tourne aussi trop vers le public, semblant réclamer l'admiration.
Tout, dans cette élégance exemplaire, était de la simplicité la plus aristocratique, mais aussi la plus ruineuse. Alfred d'Orsay ne tarda pas à le savoir et eut bientôt
à en faire part à lady Blessington. Peu de temps après son installation à Londres, il fut, en effet, arrêté à la requête d'un bottier, un certain Mac Henry, pour une misérable dette de 7,600 francs. Lady Blessington le tira aussitôt d'embarras. Sachant qu'il en serait toujours ainsi, le comte ne mit plus de limites à ses dépenses et continua, pour être l'homme le mieux tenu de Londres, à s'adresser aux meilleurs faiseurs de l'Europe entière. Certains d'entre eux étaient d'ailleurs heureux de l'habiller pour la recommendation et se gardaient bien de perdre, par l'impertinent envoi d'une facture, un semblable patronage.
D'Orsay poussa alors le souci du costume jusqu'à une inconcevable minutie, faisant venir de tous les pays ce qui, à Londres, ne lui paraissait pas atteindre la perfection suprême. « Voudriez-vous, écrit-il au banquier Moritz Feist, de Francfort, m'envoyer une douzaine de paires de gants
couleur feuille-morte, que l'on vend chez les tf volcan glove-sellers? Ils devront être pour votre main (ce qui était une flatterie) et (ce qui était une tromperie) je vous en remettrai le montant. » Mais le Francfortois ne s'y laissa pas prendre, et, en bon juif, sut rentrer dans ses débours en belle monnaie de réclame pour un vin du Rhin qu'il désirait placer. « J'ai reçu ce fameux vin, écrit d'Orsay à Moritz Feist, et nous l'avons fait goûter au prince Napoléon, à Soliman-Pacha, à Ouvrard, le Napoléon des financiers. Enfin, à nombre de connaissances qui l'ont trouvé parfait. » Et, quelques jours après : o Voici deux lettres pour Paris, mon cher Feist; l'une pour M. Eugène Siie, l'autre pour M. le comte de La Tour-du-Pin, qui recommanderont vos vins aux vrais amateurs ^.. )> Et les pauvres gants feuille-morte étaient