Enfants du soleil, âmes de feu
2. « When persons like you condescend so to ask, how are poor poets to refuse i At the same time, I confess, I hâve a horror of albumi:{ing, annualiiing and periodicali:^ing ». (Lettre de Thomas Moore à lady Blessington, Sloperton, feb. 19, 1834.)
ç6 UN ROI DE LA MODE.
VOUS chanterai-je ? Ce qu'il va chanter, ou mieux ce qu'il va dire, ce soir, au piano, est la mélodie célèbre : When Jîrst I met thee. C'est un récitatif mélodieux plutôt qu'un air, qui pénètre au fond du cœur, comme il en a été tiré. Le chant a cessé depuis longtemps déjà que l'on en subit encore le charme et que l'on reste rêveur. Thomas Moore en profite, selon son habitude, pour prendre son chapeau et quitter prestement la maison.
Et d'Orsay? Pendant ce temps, étendu sur un sofa, in a careless attitude, il converse à -demi-voix avec quelques foreigfiers, une altesse allemande, un prince russe, un duc italien et un comte français. Tous s'inclinent devant son élégance accomplie de perfect english gentleiiian. Et pourtant, cette perfection britannique (le prince russe s'en est bien aperçu tout à l'heure, quand d'Orsay entretenait lord Wellington) ne s'étend point jusqu'au lan-
gage. Le comte parle encore avec un léger accent la langue anglaise, qu'il possédait fort insuffisamment à Naples, au temps de lord Blessington ^ Langue perfide qui souvent a fait confondre aux Français en général et au grand Chateaubriand en particulier, Dorset avec d'Orsay. Mais notre langue française a bien aussi ses traîtrises. Une méprise rapportée dans une amusante lettre de sir Edward Bulwer l'établit. Le baron d'Haussay, ancien ministre de Charles X, vieux beau en ruine, on the wrong- si de of fifty, était un des familiers du salon de Seamore Place. Grande fut un jour l'indignation du comte d'Orsay, alors au comble de la splendeur, en se trouvant, dans un article de revieiv dû à une célébrité d'outre- Manche, pris pour
I. « The count, who still speaks the language wilh a very slight accent. » Willis, Pencillings by the ivay, p. 335. V. dans l'ouvrage de R. Madden (t. I, p. 102) un amusant passage relatif à d'Orsay et au capitaine Smith, Smid, dans le broken english du comte.
98 UNROIDELAMODE.
d'Haussay, alors déjà en décadence affligeante. La célébrité distinguait néanmoins nettement leurs personnes ; mais, embrouillée dans nos consonnes et nos diphtongues, elle ignorait absolument hoiv to spell the différence bettven d'Orsay and d'Haussay ^
I. « Quelle différence d'épellation il y avait entre d'Orsay et d'Haussay. » Nous tenons à reproduire in extenso ce passage de la lettre si piquante de sir Edward Buhver. C'est du badinage le plus enjoué et le plus fin, délicat au point de ne pouvoir être traduit :
« I can fully sympathise with poor count d'Orsay in the horror that must haveseized upon him when he saw himself an ex-minister, on the wrong side of fifty !... It seems as if there were a magical conspiracy against him. He is not only killed, but transformed; he is not only to be a dead man, but a Pythagorean, they want to make him believe, not only the soûl is out of his own body, but that it is transmigrated into the body of baron d'Haussay. I don't wonder at his anxiety on the matter, and hâve already written to assure himihat the mistake was only orthographicai. *** knew the différence between d'Orsay and d'Haussay, buthe did not know how to spell the différence between them ! » (Lettre de sir Edward Buhver Lytton à lady Blessington, Baih, 19 janvier i833.)
Tout le monde de l'élégance et des lettres londonniennes voulut bientôt apporter ses hommages à la maison de Seamore Place, transformée par la comtesse de Blessington en temple de la Beauté et des Muses. Haydon présente cette maison, dans son Journal, comme le centre de la mode et de l'esprit, autour duquel se mouvait, à Londres, tout ce qui se parait et tout ce qui pensait ^ En voyant la foule de ses adorateurs et de ses fidèles devenir chaque jour plus nombreuse, la déesse de Seamore Place dut bientôt songer à se mettre en quête d'un sanctuaire plus vaste. La prudence, toutefois, eût dû l'en dissuader; car, si elle recevait de l'encens à en être aveuglée, elle ne réclamait point à ses adorateurs d'offrandes en monnaie, et même il lui fallait souvent rassasier son peuple, ce qui coûtait bon, étant donnés