‹ Le comte d'OrsayChapitre 16 sur 18 · I. Les très curieuses lettres du vicomte d'Arlin · texte numérisé non relu

I. Les très curieuses lettres du vicomte d'Arlin

Après les hommes du passé, conventionnels adoucis et royalistes militant encore, l'on vit paraître, dans l'amusant défilé politique de Gore House, les hommes du lendemain, à la recherche, comme Jérôme Paturot, de la meilleure des républiques. Ce fut d'abord Ledru-Rollin qui, avocat à la cour ro3^ale de Paris, prêta en 1844 son assistance au comte d'Orsay dans une cause assez hardie. « M. Pierre- Marie-Gaspard, comte d'Orsay, — lisonsnous dans la bien curieuse consultation contre la liste civile signée par Ledru- Rollin, — qui comptait au nombre de ses aïeux maternels le duc de Sully, ministre et ami de Henri IV, ne put échapper aux mesures révolutionnaires qui, en 1793, menaçaient la noblesse française. Atteint par les lois rendues contre les émigrés, ses biens furent confisqués par l'État et mis

court à lady Blessington ont été publiées dans l'ouvrage de R. Madden. (T. II, p. 190-19G.)

LE COMTE D'ORSAY. laj

SOUS le. séquestre... L'hôtel et le château d'Orsay (où nous avons vu lady Blessington faire une sorte de pèlerinage sentimental), les jardins et le parc, qui en faisaient partie, contenaient une grande quantité de statues, de groupes, de bustes et de vases en marbre et en bronze d'une immense valeur... Maître de cette collection précieuse et unique, le gouvernement français se garda bien de la vendre. Il la conserva avec le plus grand soin et bientôt après en enrichit ses musées, ses palais et leurs jardins. Plusieurs des statues, groupes, bustes, vases, qui se trouvent aujourd'hui dans les palais et les jardins des Tuileries, du Luxembourg et de Saint-Cloud, qui en font l'ornement et qui font l'admiration des artistes et des étrangers, ont appartenu à la riche collection de M. le comte d'Orsay ^ » Et Ledru-Rollin, sans le

I, Consultation pour M. le comte d'Orsay contre la liste civile, reproduite par R. Madden. (T. I, p. 457.)

moindre succès, bien entendu, rédama du domaine de l'État pour le comte Alfred d'Orsay la possession des objets d'art confisqués pendant la Révolution. Réclamation formulée en termes si révérencieux pour les choses passées, et même pour la principauté souveraine de Delain, que d'Orsay dut bien rire en 1848!

Un ancien hôte de Gore House qu'il rencontre à Londres le 18 octobre, l'amuse aussi singulièrement cette année-là. C'est « ce pauvre petit Louis Blanc, dont on fait l'hydre de Lerne, lui qui circule en Angleterre comme l'agneau pascal! »

Et, à force de sourire en face de ces républicains multiples, le comte d'Orsay finit par railler pour de bon la République.

« Vous voilà plantés, écrit-il en 1849 à un ami de France, entre deux républiques qui se lorgnent, et vous ne pourrez bientôt plus arrêter les Robert Macaire, de crainte d'entraver le progrès. Cette dernière révo-

lution vous conduira au despotisme ^ »

Voilà un lion dédaigneux de la politique, qui, en dépit de sa crinière, paraît certes y voir clair! Mais sa lucidité n'est qu'à moitié surprenante, car, si à Gore House il a entrevu Ledru-RoUin et Louis Blanc, il y a pu étudier à loisir le futur despote.

I. Lettre du comte d'Orsay à John Forster. (R. Madden,t. I, p. 387.)

Par une belle journée de mars 1828, lady Blessington était sortie du palais Negroni à Rome, pour se rendre chez la duchesse de Saint -Lea. La comtesse, habituellement sûre de son charme, était agitée ce 'jour-là plus que de coutume, particulièrement soucieuse de plaire à une princesse qui, plus qu'elle même, plus qu'aucune autre femme du siècle peutêtre, avait possédé l'art de séduire. Car la duchesse de Saint-Leu était la reine Hortense, cette charmeuse couronnée. Dès la première entrevue, lady Blessington, qui sut d'ailleurs être agréable de son côté, subit le charme de la gracieuse et spirituelle

princesse, a J'étais préparée, dit-elle dans ses souvenirs, à rencontrer en Hortense Bonaparte, ex-reine de Hollande, une femme douée de toutes les séductions ; mais, je dois en convenir, elle a dépassé, et de beaucoup, mon attente. Jamais pour moi heures ne passèrent aussi vite que celles où j'eus le plaisir de l'entendre parler et chanter les douces romances françaises écrites et composées par elle. » Or, pendant que l'aimable reine chantait la Syrie et le beau Dunois, un jeune homme, qui songeait déjà peut-être, à transformer ces couplets larmoyants en strophes nationales, était curieusement observé par lady Blessington. Il fit sur-le-champ la conquête de la comtesse, comme sa mère l'avait faite. « Le prince Louis-Napoléon — écrit lady Blessington dans ses notes — vit avec sa mère la reine Hortense, et je n'ai jamais vu affection plus grande que celle qui existe entre la mère et le fils. C'est

un jeune homme ardent et beau, élevé à merveille et doué de nombreux talents, qui unit aux façons martiales d'un soldat les manières courtoises d'un preux chevalier. Mais comment pourrait-i.l en être autrement avec une semblable mère? Le prince Louis Bonaparte est estimé et aimé de tous ceux qui le connaissent; il ressemble, dit-on, physiquement et moralement à son oncle, le prince Eugène de Beauharnais, dont il a la générosité, l'honneur et la vaillance ^ »

Aussi quand, après des jours mauvais et des heures cruelles, l'affaire de Strasbourg et la mort de sa mère, le prince Louis-Napoléon crut, en i838, devoir se réfugier à Londres, ce grand asjliim of Eiii^ope, il rencontra à Gore House une amitié et un dévouement qui ne se démentirent point. Alfred d'Orsay, en mémoire

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