I. The Idler in Italy, p
Pauvre cher ^Mountjoy! Carlo Fonte, le courrier, n'a mis que huit jours à venir de Londres. On peut bien dire que les mauvaises nouvelles voyagent vite ! » La mort de l'unique héritier de son titre permettait alors au comte de Blessington de prendre en faveur de ses autres enfants des dispositions à sa convenance. 11 consulta à ce sujet le comte d'Orsay, qui, aidé de l'influence de lady Blessington, lui fît rédiger un testament inconcevable l'instituant, lui d'Orsay, exécuteur testamentaire, et lui offrant en mariage une des deux sœurs de lord Mountjo}^, Harriett ou Mary, à son choix; et la fiancée choisie par le bel Alfred devait seule hériter de la fortune paternelle!
Les pauvres filles, confiées aux soins d'une sœur de lord Blessington, avaient été élevées à Dublin,. au froid soleil d'Irlande, pendant que le mari imposé à l'une d'elles mûrissait à loisir, au chaud soleil d'Italie, le plan matrimonial qui devait
assurer sa fortune. Ces noces criminelles — le mot ne nous semble pas trop fort — ne furent toutefois célébrées qu'en 1827, à Rome, sur les pressantes instances delady Blessington. Harriett Gardiner, désignée pour le sacrifice, était alors une pensionnaire de quinze ans, qui ne connaissait encore du monde que les austères roiits de son oncle, l'évêque d'Osory. Elle fut, en arrivant à Rome, éblouie bien naturellement par les splendeurs du palazzo Negroni et abasourdie plutôt que charmée par les façons victorieuses de d'Orsay.
C'était alors une véritable enfant, au visage sans couleur et sans expression, parlant peu, remuant peu, passant inaperçue et ne s'intéressant à rien, parce que nul ne s'intéressait à elle. Un jour vint pourtant où l'enfant, devenue femme, comprit qu'elle n'avait pas seulement à se plaindre de l'indifférence qu'elle rencontrait autour d'elle, mais d'un inqualiiiable calcul dont
elle avait été victime. Elle abandonna alors fièrement le bel Alfred à lady Blessington et se vengea, comme les femmes savent se venger, en devenant de son côté, et sans qu'il pût même s'attribuer le mérite de ses succès fashionables, la belle comtesse d'Orsay, Nous n'aurons plus ici à parler d'elle.
En 1829, les Blessington, lassés à l'excès de l'Italie, de ses grands palais et de ses petits princes, revinrent à Paris, accompagnés naturellement de Gupidon marié.
Fidèles à leurs habitudes de prodigalité, ils louèrent, rue de Lille, un hôtel immense, qui avait appartenu au maréchal Ney % et le meublèrent avec la même extravagance que leurs résidences anté-
I. Cet hôtel appartenait alors au marquis de Lillers. L'ouverture de la rue de Solferino l'a fait disparaître. Nous nous rappelons, dans ses derniers jours, y avoir vu rassemblée l'élite de la société française, à une heure où nous ne pensions pas devoir parler de lady Blessington et de ses réceptions internationales.
rieures d'Angleterre et d'Italie. Lord Blessington eut le galant caprice de commander lui-même, avec l'assistance de d'Orsay, bien entendu, le mobilier de la chambre de la comtesse. Tenant de plus à lui en ménager la surprise, il ne lui permit d'y entrer que le jour où tout fut prêt. Alors elle vit, dans une alcôve tendue de satm blanc et festonnée de soie bleue, un lit quasi-royal, soutenu par les ailes de deux cygnes d'argent. Et le même jour, enthousiasmée, elle écrivit à une amie, sans rire : (( The effect of the whole is cliasteljr beautiful! »
Ces jours d'un luxe exagéré, sans doute, mais justifié dans une certaine mesure par la situation de lord Blessington, allaient malheureusement avoir bientôt un terme.
Le comte, déjà quelque peu indisposé, avait dû aller passer une semai-ne à