I. The Idler in France, p
Londres pour prendre part, à la Chambre des lords, au scrutin relatif à V Emancipation Act. Il était revenu en France plus souffrant ; mais, néanmoins, le 20 mai 1829, par une chaleur excessive, il s'obstina à monter à cheval aux Champs-Elysées. Il eut, au cours de sa promenade, une attaque d'apoplexie, tomba de cheval et fut ramené mourant, par son groom, à l'hôtel de la rue de Lille, où il expira quelques heures après.
Voilà donc d'Orsay et lady Blessington abandonnés non point sur le pavé, mais dans un somptueux hôtel de Paris, avec d'incurables habitudes de grande vie ! Et l'assistance de la fortune patrimoniale de lord Blessington, déjà insuffisante à soutenir leur train, allait leur être définitivement retirée ! Mais, telle était leur foi dans leurs destinées mondaines, qu'ils ne s'émurent ni l'un ni l'autre de cette situation nouvelle, et, le corps du très honorable John Gardiner correctement reconduit en Irlande, ils se remirent à vivre comme par le passé, sans s'inquiéter un seul instant de l'avenir.
Ce fut même la période la plus brillante de l'existence parisienne du couple aventureux. Elle fournit à la comtesse de Blessin^ton les éléments d'un bien curieux livre, The Idler in France^ publié en Angleterre, une quinzaine d'années après. Les beaux salons de l'hôtel Ney, puis ceux de la maison de la rue Matignon, où lady Blessington s'installa ensuite, étaient en effet une sorte de cercle international, fréquenté non seulement par les étrangers de passage, mais encore par les représentants les plus jeunes de l'aristocratie française, fatigués de ce que d'Orsay appelait la société de la vieille cour. Toutes les notabilités britanniques qui traversaient Paris tenaient en outre à se montrer chez lady Blessington, et l'on y vit successivement paraître sir Francis Burdett et le colonel Leicester Stanhope, lord Lansdowne et lord John Russell, le duc de Hamilton et lordPalmerston. Mais la comtesse, tou-
jours quelque peu Philaminte, recevait avec un plaisir particulier les littérateurs et les artistes anglais susceptibles de révéler sa splendeur à Londres. C'est ainsi qu'elle fêta successivement l'acteur Charles Kemble et sa fille Fanny, auteur d'une mauvaise pièce, Francis the First, M. et Mrs Mathews, le tragédien Young et le poète William Spencer. Parmi les Français, elle préférait aussi ceux qui joignaient aux qualités mondaines le charme de l'intelligence et de l'esprit : le comte Alexandre de Laborde, qui parlait savamment de choses antiques, et le comte Charles de Mornay, qui contait plaisamment les choses nouvelles; le comte de Maussio-n, auteur d'une Eniilia aujourd'hui bien oubliée, et le comte Walewski, qui devait donner une Ecole du monde dont on se souvient encore. Enfin elle' comptait, parmi les plus fidèles habitués de son salon, les
Français semi-anglais comme le comte
de Flahaut, en qui elle voyait plutôt l'époux fortuné de lady Keith que l'heureux amant de la reine Hortense, et les Anglais à moitié Français, comme M. Standish qui avait épousé une Française charmante, ^^iie Finguerlin, en qui la comtesse de Blessington vénérait une nièce de M"^^ de Genlis. N'oublions pas deux amis particuliers de la maison : lord Stuart de Rothesay, alors ambassadeur d'Angleterre, et lord Pembroke, qui maintenait la réputation du goût anglais en matière d'écuries et excitait, par ses chevaux et ses voitures, Tadmiration et l'envie des Parisiens.
A ces jouissances de société que lady BJessington prisait plus que toute autre chose, elle ajoutait encore les satisfactions d'amour-propre que lui procuraient les manifestations incessantes d'une incomparable élégance. Et, quand elle était fatiguée de tout cela, elle avait alors recours à la sentimentalité, au tout petit
brin de sentimentalité qui existait en elle. Elle se laissa ainsi, un jour, guider mélancoliquement aux ruines du château d'Orsay. « Été hier à Orsay, écrit-elle dans The Idler. C'était assurément une belle demeure avant que la Révolution ait amené non seulement le pillage, mais encore la destruction presque complète du château. Une aile seule est restée debout. La chapelle elle-même n'a pas été épargnée par la bande sacrilège; l'autel a été mutilé par les barbares et le monument de la princesse de Groy, la mère du général d'Orsay, rasé au niveau du sol. Si quelque chose pouvait accroître mon horreur pour les révolutions, ce serait la vue des ruines de ce château et des débris de cette chapelle où la cendre des morts a été ainsi violée. )) Et comme la belle comtesse est en veine de tristesse, elle s'attendrit, en passant par Palaiseau, sur l'infortune d'une pauvre fillette qui, moins heureuse que
l'héroïne des Bouffes, a été mise à mort tout de bon pour le vol de la célèbre gû:i^a ladra.
Un autre pèlerinage de sentiment à l'ancien hôtel d'Orsay produit des impressions plus lamentables encore : « Été aujourd'hui à l'hôtel d'Orsay. Même dans son état d'abandon, il conserve encore des vestiges de sa splendeur passée. La salle à manger où le père du général d'Orsay avait fait transporter de Rome les colonnes du temple de Néron est à présent, le croirait-on? transformée en écurie. Les salons, autrefois remplis des plus précieux objets d'art, s'écroulent de tous côtés, et le vaste jardin, jadis orné de statues admirées aujourd'hui aux Tuileries, est maintenant aménagé en paddocks pour les chevaux M »
Eh bien, malgré la perte du château et