‹ Le Comté de Bar des Origines au Traité de BrugesChapitre 12 sur 57 · Thierry n'était plus jeune à la mort de sa mère, il · texte numérisé non relu

Thierry n'était plus jeune à la mort de sa mère, il

devait avoir près de cinquante ans, puisque nous avons vu qu'en 1057 il souscrivit avec son père ane charte d'Udon, contre les habitants de Varangéville (1).

Après la mort de Louis, Thierry prit possession des biens au sud de l'Alsace et gouverna les ehâtellenies de Monthéliard, Ferrette et Altkirch tout en assistant sa mère dans le gouvernement du comté de Bar. D’après le Père Benoit Picart, qui appelle à tort Thierry, « le comte Thierry de Mousson », le sire de Montbéliard aurait ravagé les terres de l'évêché de Metz, en 1072, mais l’évêque Adalberon, aidé de Thierry, fils de Gérard d'Alsace, l'aurait châtié ®). Le

(1) Cf. plus haut, p. 86. Il souscrit également la charte d'Udon pour Saint Gengoult le 20 juin 1065.

(2) Père Benoit Picart, Origine de la Très illustre maison de Lorraine, p. 23, d’après les archives de Metz, dit le Père Benoit, qui déclare que dans le traitéles deux alliés s’engageaient à fournir 25 écuyers accompagnés chacun de 4 frondeurs.

Père Benoit Picart prétend également que Thierry soutint le parti de l'Empereur contre Grégoire VII et qu'en 1076, il accompagna Pibon, évêque de Toul, à la diète de Worms réunie contre le pape (1). Aucune source originale ne mentionne la présence de Thierry à Worms. De plus, bien que maintenant l'investiture à Saint-Mihiel, comme sa mère, Thierry ne s’est jamais trouvé du côté des schismatiques. Sans même tenir compte de l'appui que son frère Frédéric et sa cousine Mathilde de Toscane donnaient au Saint Siège, le fait d’avoir combattu Thierry de Verdun excommunié et d’avoir soutenu Saint Mihiel, qui n'avait d’autres griefs contre l’évêque que son excommunication, prouve amplement que le futur comte de Bar se trouvait du côté de Rome.

D'ailleurs Thierry multiplie les fondations pieuses. En 1074, il établit en Alsace près de Haguenau une abbaye dédiée à Sainte Walpurge qu'il confie aux Bénédictins @). En 1080, il fit rebâtir l’église de Montbéliard, jusque là dédiée à Saint Pierre, en l'honneur de Saint Mainbœuf et y installa un chapitre de chanoines (3). C’est peut-être lui qui fonde vers 1093 le prieuré de Méroux (#), près de Ferrette, dont la fondation est attribuée à de à Renaut et à son frère Frédéric, enfants de a. . Ce prieuré appartenait à l’abbaye de Saint-Mihiel (6

Tout en s’occupant de son comté bourguignon, Thierry ne cessait d'assister sa mère dans le comté de Bar, comme

(1) Père Benoit Picart, Hist. de Toul, p. 393-394.

(2) Schæpilin, Alsatia Illustrata t. I, p. 449; Gallia Christiana, V, p. 835 qui rapporte l'inscription placée au-dessus de la porte : « Anno MLXXIV, tempore Gregorii VII Papae, Theodoricus nobilissimus comes de Monbegliard incœpit fundationem hujus monasterii ordinis S. Benedicti ».

(3) Société d'Emulation de Montbéliard, Mémoires, 1868-69, p. 492; Bibl. de Besançon, mss. Duvernoy, IL, f° 263 cité par L. Viellard, Documents pour servir à l'histoire de Belfort, p. 135.

(4) Haut-Rhin, canton de Belfort.

(5) Schæpflin, op. cit., II, p. 449 ; L. Viellard, op. cit., p. 153-154.

(6) Dom Calmet, t. I, pr, p. 515; A. Lesort, Cart. de Saint-Mihiel, n° 59 où est cité Albert, prévôt de Méroux.

en font foi les chartes de celle-ci. Il est témoin du privilège de Pibon pour Laître sous Amance en 1076 (1), du règlement des droits de l’avoué de Condé en 1080 @2). C’est sur son conseil et avec son consentement, que Sophie donne à Saint- Mihiel Bathelémont, Ansauville et Tyrei @}, enfin c'est par ses soins qu'elle construit le château de Saint-Mihiel, pour la protection de l’abbaye (1).

Nous avons expliqué la raison qui nous fait croire que Thierry commença de régner à Bar en 1092 5). Son premier acte fut de traiter vers 1095 avec Pibon, évêque de Toul, au sujet de la paroisse de Bar, dont Pibon renouvelle l'abandon à Saint-Mihiel. Le fait nous est connu par le Père Benoit Picart, qui le rapporte d'après un acte ancien aujourd'hui perdu. Cet acte était signé d'Hezel de Nançois et Thierry s'engage à donner quelques revenus dans sa terre (6).

2. — Quand Thierry succéda à sa mère, il pouvait se dire le plus puissant des vassaux de l’ouest de l'Empire. Le duc Thierry de Lorraine qui, d’ailleurs, n'avait pas succédé sans conteste à son frère Gérard d'Alsace, sortait à peine de la lutte, qu'il avait dû entreprendre contre son frère Gérard. Le duché de Lorraine en restait amoindri, puisque Thierry le Vaillant avait cédé à son frère la plus grande partie du Xaintois, où celui-ci allait très prochainement construire sur la colline de Sion l’inexpugnable château de Vaudémont (M). De plus, les territoires lorrains morcelés, dispersés, sans cohésion, étaient la proie d’une féodalité nombreuse, turbulente et puissante qui, déjà, s’organisait et ne laissera jamais, au cours de l’histoire, l’autorité des ducs absolue. L'évêché

(1) Cart. de Saint-Mihiel, cit. n° 39.

(2) Cart. de Saint-Mihiel, n° 41.

(3) Cart. de Saint-Mihiel, n° 45. « Consilio et laude filii mei Theodorici comitis contulit ».

(4) Cart. de Saint-Mihiel, n° 49, € per industriam fihi sui scilicet egregii comitis Theodorici ».

(5) Cf. plus haut, p. 95.

(6) Père Benoit Picart, Hist. de Toul, p. 9, « quatuor solidos de rotatico in terra ejus ».

(7) Jean de Bayon, c. 83 dans Dom Calmet, t. If, pr. p. 222 et sq.

de Verdun était vacant depuis 1089, année où le schismatique Thierry était mort(i), et ne possédait qu’un pasteur élu, Richer, que le pape ne permettait pas de consacrer. A n'obtiendra ses pouvoirs que le jour de Pâques 1096 @). L'histoire extérieure de l'évêché de Verdun n'est guère se brillante. Profitant des discordes de l’évêque Richer avec le Siège Apostolique, le comte Henri de Grandpré ravage les terres épiscopales et, bien que battu en plusieurs rencontres par les citains, il ne se lasse pas de ses brigandages (). L'évêché de Metz est encore plus malheureux; après la mort de l'évêque Heriman, survenue en 1090 (%), Burkard, Brunon, Albert et Poppon se disputent le siège vacant. La lutte reste bientôt circonscrite entre Albert, l’évêque investi par l'Empereur, et Poppon, l'évêque élu par le Saint Siège et cette lutte durera jusqu’à la mort de Poppon en 1103 (5), Seul l'évêché de Toul jouit d’une certaine tranquillité sous l'évêque Pibon, d’ailleurs l'ami du comte Thierry.

Quant au lien de vassalité qui retenait Thierry à l’'Empire, il devait être bien faible. On était alors au plus fort de la querelle des Investitures qui, loin de cesser avec la mort de Grégoire VI[, avait repris une acuité nouvelle sous Urbain II. Henri IV, maintenu six années durant en Italie de 1091 à 1097 6), voyait par surcroît les princes allemands se révolter et surtout les Saxons etles Souabes. Or les Souabes avaient pour chef le parent du comte Thierry, le duc Berthold de Zæringhen. Berthold sera vaincu par Frédéric de Hohenstaufen lequel fera peser sur les Souabes un joug de fer; l'empereur lui-même remportera quelques succès en

(1) Nécrologe de Saint Vannes, 6d. H Bloch dans Iahr. G. L. G., 1902, p. 147.

(2) Annales Trevirenses, an. 1094; Hugue de Flavigny, Chr., an. 1094.

(3) Laurent de Liège, SS., X, P- 497, « Solus Henricus de Grandi Prato antiquas inimicitias adhuc exercebat, qui quoniam latrocinanti similis, clamulo deprædatas quæcumque posset, mox refugiebat facile opprimi non poterat ».

(4) Hugue de Flavigny, an. 1090.

(5) Laurent de Liège, SS., X, p. 543; Dom Calmet, t. I, p. 1066-1070.

(6) Eckard, Chron. Universale, SS., VI, p. 227.

Italie, traînant après lui son antipape, Clément II. Mais, usant de représailles, le pape Urbain II aidé du comte Guelf de Bavière, troisième mari de la comtesse Mathilde, déchainera contre lui le plus formidable orage. Le Pape poussera à la révolte le fils même de l'Empereur, Conrad, roi des Romains. Maître de l'Italie, soutenu par lacomtesse Mathilde et par le duc Roger des Deux Siciles dont il épouse la fille, il recevra du pape, à Crémone, la promesse de la dignité impériale. La guerre se continuera avec des intermittences entre le père et le fils jusqu'à la mort de ce dernier à Florence en 1101. Cette mort ne devait pas rétablir la paix puisque Henri, le futur Henri V, se substitue à son frère Conrad comme chef de la révolte, jusqu'au jour où le malheureux Henri IV, vaincu et abandonné de tous, abdiquera la couronne en 1106.

On comprend que l'Empereur, sur qui pesaient si lourdement ces révoltes et ces querelles, se soit peu soucié de ses vassaux de l'Ouest. Thierry a pu agir comme il a voulu et il est plus que probable qu'il ne prêta, pour sa terre, aucun hommage. Son successeur Renaut l’imitera et il faudra que le souverain se fasse rendre l'hommage les armes à la main.

Thierry allait être témoin du grand fait, qui modifia si profondément notre moyen âge. La croisade fut prêchée en 1095. Le comte de Bar n'y prit pas part, pas plus qu'il n'avait assisté au concile de Clermont; mais il y envoya son fils Louis. Il vit partir un grand nombre de ses voisins et de ses vassaux avec Renard IV, comte de Toul () et avec son beau-frère Renaut de Bourgogne (2), à côté de son compatriote et parent Godefroy de Bouillon. Thierry signa à ce moment la restitution que fit, avantde partir pour la croisade, son vassal Quinon, d’un bénéfice qu'il tenait de l’abbaye de Saint-Mihiel 6).

(1) Abbé E. Martin, Hist des diocèses de Toul, Nancy, Saint-Dié, t. I, p. 224. Ë

(2) Qui partit avec son frère Étienne de Varasc. Cf. L. Jacob, Le Royaume de Bourgogne sous les Empereurs franconiens, p. 110, n 1.

(3) Cart. de Saint-Mihiel, édit., A. Lesort, n° 54.

Le comté de Bar devait hériter indirectement de la croisade. Avant de partir, Godefroy de Bouillon céda la vicomté de Verdun qu'il tenait par héritage de Godefroy le Bossu à son frère Baudouin qui, pressé de partir à son tour, la vendit à l'évêque Richer. L'intention de Richer fut probablement de se débarrasser du vicomte gênant pour son autorité, mais il se convainquit bientôt qu'il ne pourrait ni défendre luimême son évêché, ni en confier la défense à l'Empereur toujours embarrassé dans sa querelle avec Rome. Le comte Thierry étant le plus puissant des seigneurs voisins, il le Jui donna. Ilest probable que non seulement Richer avait pensé, comme le fait remarquer Laurent de Liége, que Thierry était le plus capable de nuire à son évêché, mais que la vicomté dut être payée par le comte de Bar en riches présents (1).

La puissance de Thierry était maintenant à son apogée; le comté de Bar ne sera jamais beaucoup plus grand. Le comte aurait pu jouer un grand rôle; il n'en eut pas l'occasion. Il est peu probable, malgré ce qu'en dit la Chronique Saxonne, qu’il ait suivi le comte Henri de Limbourg dans sa révolte contre l'Empereur et qu'il l'ait aidé en 1101 (2). L

3. — Comme sa mère Sophie, Thierry eut maille à partir avec Saint-Mihiel à propos des investitures. L'abbé Sigefroy étant mort en 1094 (%), Thierry prétendit comme ses ancétres investir son successeur. Les moines refusèrent, objectant les canons de l'Église. L'affaire menaçait de mal tourner quand on découvrit un moyen terme: le comte Thierry poserait la crosse sur l'autel et l'abbé, conduit par le comte, - l'y viendrait prendre. Ainsi la dignité du comte se trouvait sauve aussi bien que les canons ecclésiastiques. On agit

(1: Laurent de Liège, SS. X, p. 498 — « Episcopus receptum (comitatum) Theodorico Barrensi comiti donis et obsequiis ejus delinitus, ex consilio suorum tradidit ut quia multum pro loco et viribus prodesse et nocere videbatur, totus nostrae utilitati intenderet ».

(2) Chron. Sax, dans Hist. des Gaules, XIE, p. 717.

(3) Dumont, Hist, de Saint-Mihiel, p. 44.

donc de cette façon pour l'abbé Ornat qui remplacait Sigefroy et pour son successeur Olrv, en 1098 (1.

En 1100, Thierry fonda dans ses possessions d'Alsace l'abbaye de Bibliesheim, dont sa fille Gunthilde fut la première abbesse ®), et en 1102, il donne le prieuré d'Isming à l'abbaye de Saint-Mihiel &', Le comte, tombé malade à Altkireh et craignant que la mort ne vienne, fonde ce prieuré en aumône ‘et y ajoute la ville de Solzeling, de son héritage, en réparation de la faute qu'il a commise en dérobant à l’abbaye un calice et divers biens ®). La charte nous apprend que les ancêtres de Thierry sont inhumés dans l’abbaye.

C'est le dernier acte ‘que nous possédions de Thierry. Il est possible que, malade, il n’ait plus eu depuis lors beaucoup d'activité. [l mourut en 1105 (6), le 2 janvier (1).

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