‹ Le Comté de Bar des Origines au Traité de BrugesChapitre 17 sur 57 · C. — Le gouvernement du comté · texte numérisé non relu

C. — Le gouvernement du comté

1. Les relations avec l’abbaye de Saint-Mihiel. — 2. Les fondations de Renaut Ier. — 3. La croisade de Renaut. — 4. Les mariages et les enfants de Renaut.

1. — En 1106, Renaut vendit à l’abbé de Saint-Mihiel le château qui dominait l'abbaye. L'acte est daté de Commercy, c'est une notice rédigée par les moines et plusieurs termes n’en sont pas flatteurs pour le comte (?). Ce château dont nous avons vu la construction par la comtesse Sophie pour la défense de l’abbaye, mais bien un peu contre celle-ci, était devenuen 1105, un prétexte à incursions sur les terres abbatiales, incursions dont se rendaient coupables, non seulement le châtelain et. les siens, mais bien aussi le comte de Bar et son entourage. Wassebourg met ces incursions sur le compte de la jeunesse de Renaut qui s’y divertissait avec les nobles de son âge (). A vrai dire, les moines n'auraient-ils pas, eux aussi, profité de la jeunesse du comte pour reprendre ce château qu'ils étaient forcés d'entretenir contre leur gré?

Fatigué des déprédations commises, l’abbé Olry (4) se rendit auprès de Renaut et le supplia de lui remettre le cas{rum pourvu sur la prébende du monastère et « servant non pas pour la protection des biens de l'église, mais plutôt pour

(1) Bernardi, Konrad III, p. 205-218.

(2) Cart. de Saint-Mihiel, éd. A. Lesort, n° 61; Dom Calmet, t. I, HE

(3) Wassebourg, Antiquités de la Gaule Belgicque, f° 258.

(4) Sur Olry, qui fut abbé de 1095 à 1117, cf. Gillant, Pouillé du diocèse de Verdun, t, II. p. 304.

leur ruine (1) ». Olry employa d’abord la persuasion et exposa au comte qu'il ferait une bonne action, laquelle lui attirerait la bénédiction divine en cette vie et assurerait son salut en l’autre (?). Ces arguments ne convainquirent nullement le comte Renaut, qui refusa net. L'abbé Olry ne se tint pas pour battu, il insista et offrit deux cents marcs d'argent. Renaut devant cette offre tentante, consentit à entrer en pourparlers et finalement céda le château et toutes ses dépendances. Il promit en outre et jura solennellement de ne jamais le reprendre, ni de permettre qu'on le reprenne, de ne pas construire de nouvelles forteresses sur les terres de l’abbaye et au cas où, pendant une guerre — appelé par l'abbé — il occuperait le château, de n'y pas vivre au détriment du monastère et de s’en éloigner dès que l'abbé le voudrait. Les témoins de l’acte, vassaux du comte, promettent en outre, les uns par parole, les autres par serment, si le comte — ou ses héritiers — s’emparait du château de quelque façon que ce soit ou en construisait un autre, de l’en faire sortir dans le plus bref délai, soit dans les quatre-vingt-jours et de faire satisfaction à l’abbaye (3). Ces vassaux sont : Guéry de Belrain, Gauthier de Bar, Henri de Sorcy, Amauri de Liney (%), Thierry, châtelain de Bar, Hezelin, le prévot

(1) Cart. de Saint-Mihiel, n° 61 : « Quandoquidem ipsum castellum rebus ecclesiae ad tutelam non erat, sed potius ad direptionem ».

(2) Ibidem. — « Ut et sibi divina pietas vitae presentis prosperitatem subministraret et ipse saluti suæ animaeë per hoc aliquod in futuram provideret ».

(3) Cart. de Saint-Mihiel, n° 61 : &« Hujus rei confirmation testes adhibuit quos nobiliores habere potuit, ex quibus pauci fide tantum, plures vero jJuramenti attestatione se illigaverunt, quod si deinceps comes vel heres ipsius aut per se aut per alium vi aut qualibet occasione quidquid de his quo penitus abjuraverat invaderet aut munitionem aliam firmaret, id agere studerent infra breve temporis spacium, videlicet LXXX dierum, ut et sua ecclesiae redderet et abbati de juramenti infractione satisfaceret. —

(4) Ce nom est difficile à identifier; — M. A. Lesort, Cart. cit., hésite, p. 218, n° 3, entre Liny devant Dun (Meuse, Montmédy, Dun) et Lignyen-Barrois. Le premier fait partie du temporel de Vérdun dont le comte est voué, il est donc plus vraisemblable que le second qui ne deviendra Barrois qu’en 1155.

LE RÈGNE DE RENAUT It" (1105-1150). 161

Arnould, Liétard (!, Hugue, fils d'Harouin, le châtelain Renaud (®?) auxquels s'est jointe la mère du comte, Ermentrude.

Onze ans plus tard, les moines de Saint-Mihiel devaient remporter sur le comte une victoire plus décisive encore : obtenir de lui la renonciation à l'investiture des abbés. On se souvient comment Sophie et son fils Thierry avaient résolu la question. À la mort de l'abbé Olry, certains religieux pensèrent que la procédure suivie jusque-là pour l'installation des abbés était contraire aux Saints Canons et que le fait pour l'abbé d'aller prendre la crosse sur l'autel, conduit par la main du comte, ne valait guère mieux, au regard des règlements ecclésiastiques, que le fait de la recevoir des mains du comte lui-même. Ayant élu, comme successeur d'Olry, le moine Lanzon, ils l'installèrent eux-mêmes dans ses charge et dignité sans avertir le comte W).

Quand Renaut apprit ce qui s'était passé, il entra dans une violente colère et s'étant rendu à l’abbaye, il la menaça des pires excès si l'abbé Lanzon ne descendait immédiatement de son siège (4). Cependant de sages conseillers parvinrent à l’apaiser et le comte consentit à fixer un jour pour. venir défendre ses droits, contradictoirement avec ceux des moines ).

Au jour dit — l'acte, qui n'est encore qu'une notice de l’abbaye, ne nous donne pas plus de précision — les deux partis ayant pris le conseil des évêques, l'assemblée se réunit à Saint-Mihiel. Elle était composée des abbés Laurent de

(1) Peut-être le sous-voué de Condé de ce nom.

(2) Châtelain de Saint-Mihiel.

(3) Cart. de Saint-Mihiel, n° 65.

(4) « Quod nisi celeriter corrigeretur, sic scilicet ut abbas de sede egrederetur multis assertionibus affirmabat quod ecclesiam oppressionibus quibus posset persequeretur ».

(5) « Sed tandem et eo virorum prudentium consilio mitigato, dies determinabatur in quo jus suum antiquum omnibus convenientibus recitaret et injuriam quam a monachis perpessus fuerat, revelaret },

M. Gmospioier pe MaTows, 11

Saint-Vanne (), Thiemar de Saint-Mansuy ®, Gerbert de Saint-Maurice (), des ecclésiastiques : le doyen Aubry, le prêtre Lambert, leclerc Raoul, Lambert de Condé, Gautier, chanoine de Sainte-Marie-Madeleine (4), et d'un grand nombre de laïcs parmi lesquels Guéry de Belrain et son fils Baudoin, le châtelain de Bar, Thierry et son fils Gérard et Conon d'Apremont. L'abbé Lanzon s'efforca de prouver qu'il n'avait agi ni par orgueil, ni par insolence, mais par religion et par prudence). Il cita les canons ecclésiastiques (6), le concile d'Antioche (*), le synode de Nicolas [°*($) qui défen- daient de recevoir d’un laïc l'investiture d’une charge d'église. Renaud se laissa assez facilement convaincre, peut-être parce qu'affaibli par la lutte qu'il venait de soutenir contre l’'Empereur et ayant besoin de toutes ses forces pour celle qu'il livrait contre Verdun, il était pressé d'en finir avec cette affaire ou simplement parce que, très orthodoxe comme tous les siens, il se reconnaissait des torts. Il consentit à tout ce que désiraient les moines. Désormais, seuls les religieux (fratres religiosi) éliront l'abbé sans que le comte, les laïcs ou les prêtres séculiers (clerici) puissent intervenir en aucune façon; seuls ils conduiront l'abbé à l'autel prendre la crosse, ensuite l'abbé paraîtra en public et recevra l'hommage des vassaux du monastère 9). Puis, si le comte est dans la ville

(1) Laurent dont il est souvent question dans la lutte de Renaut contre Verdun fut abbé de Saint-Vanne de Verdun de 1110 à 1139.

(2) A Toul. Sur Thiemar, cf. A. Lesort, Cart. de Saint-Mihiel, p. 222, n° 1.

(3) Beaulieu en Argonne.

(4) Collégiale de Verdun.

(5) Cart. de Saint-Mihiel, n° 65 « Monachi nichil superbe, nichil insolenter, sed religiose, sed prudenter fecisse quod fecerant inveniuntur ».

(6) L'acte cite ici le canon XXXI du canon apost. Cf. dans Labbe et Cossard, Sacrosancta Concilia, t. I, col. 50.

(7) L'acte cite le canon XXX du canon apost., ibidem.

(8} L'acte cite en partie le canon VII du Concile de Constantinople tenu en 869-870 sous le pape Adrien II successeur de Nicolas Ier et non sous celui-ci. Cf. Labbe et Cossard, op. cit., t. NII, col. 1826.

(9) Cart. de Saint-Mihiel, n° 65 : « His expletis abbas ad publicum exeat et felicitates suas juxta consuetudinem a quibus debet suscipiat ».

ou quand il y viendra, deux ou trois religieux iront en ambassade lui faire connaître le nom de l'élu en lui disant : « Nous avons constitué un tel notre abbé; nous vous prions, comme avoué de notre Église, de l'aimer, de lui donner conseil, de le soutenir dans ses nécessités » (4). C’est là tout l'hommage que recevrait désormais le comte de Bar de l'abbaye de Saint-Mihiel. Les moines se félicitent grandement de leur victoire et d’avoir délivré le chapitre électif de l'ingérence du comte et de la comtesse (?). Selon l'usage, ils terminent leur notice par un anathème solennel contre ceux de leurs successeurs qui aliéneront de nouveau la liberté de : leur Église. Ceci se passait cinq ans avant le concordat de Worms.

Le comte de Bar devait se venger au cours de sa longue carrière de ces deux échecs. Il ne se gêna pas plus avec les terres de l'abbaye que ses prédécesseurs. Si nous en croyons la plainte adressée par les moines à l'archevêque de Trèves vers 1152 contre son fils G), Renaut aurait levé, sur les terres de Fabbaye, des tailles, ce que n'avaient jamais fait ses prédécesseurs, emprisonné les hommes, extorqué leurs biens par la force et les supplices, les aurait forcés à construire des châteaux avec leurs propres ressources, aurait séjourné, trop fréquemment, sur les terres monastiques, vivant non de ses biens, mais du bien des pauvres(#). Les moines pourtant

(1) « Tlum dominum nobis abbatem constituimus; precamur sicut advocatum ecclesiae ut eum diligatis et consilium ei datis et necessitatibus suis subvenietis ».

(2) « Erunt forte qui judicent nos ista supervacue retulisse, sed noverint nos, qui laborem certaminis sustinuimus, circa fratres in hanc ecclesiam nobis successuros piam sollicitudinem suscepisse et eorum utilitati dilectionis studio deservisse, ut in his percipient quanta servitute hoc cœnobium olim depressum fuerit cum, quoties abbas moveretur non solum comites, sed et comitissae capitulum ingrediebantur ut eorum potestate alter subrogaretur ».

(3) Cart. de Saint-Mihiel, n° 99.

(4) Cart. de Saint-Mihiel, n° 99 : « Nostri quoque temporis comes Raynaldus, quod majores sui nunquam fecerant, pecuniarum rapinas, quas vulgus talliatas vocat, per nostram terram primus agere cepit,

devaient obtenir gain de cause contre lui dans une autre affaire. Vers 1120, le comte détenait l’église Saint-Georges de Bar-le-Duc et s'était empressé de lever pour son compte les dîmes qui appartenaient à l’abbaye. Celle-ci s’en fit confirmer la possession par l’évêque Ricuin de Toul aussitôt que le comte Renaut l’eût rendue(f.

A l’exemple du comte, les sous-voués dans leur avouerie en prennent à leur aise avec les terres dont ils ont la garde, et par deux fois () Renaut dut intervenir, comme sa mère Sophie, contre les voués de Condé.

Vers la fin de sa vie, si nous en croyons Wassebourg, le comte de Bar se serait repenti des maux qu'il avait infligés à l'abbaye de Saint-Mihiel et aurait exhorté son fils à ne pas l’imiter (3). Ce qui est certain, c'est qu'il construisit en faveur de l’abbaye un prieuré proche son château de Mousson, auquel il donna la chapelle Saint-Cyr du château avec ses fondations, les dîmes grosses et petites et celles de la ville, le droit de vaine pâture sauf réparation des dommages, le droit d'usage de la forêt sans aucune restriction, le droit de pêche dans la Moselle avec une famille de pêcheurs, toute la terre qui s'étend jusqu'à l'Hôtel-Dieu de Pont-à-Mousson et une vigne. De plus, il concéda que toute personne libre ou serve, qui voudrait faire un don à ce prieuré aurait la liberté absolue de le faire. Le comte se

homines incarcerbre, vi et suppliciis sua eis extorquere ad firmanda castella sua cum suis sumptibus eos cogere, nimis frequenter per terram nostram dictare, nec suis, sed pauperum sumptibus vivere ».

(1) Cart. de Saint-Mihiel, n° 71 : « Dotem quoque sancti Georgii hac- ‘tenus a comite Raynaldo retactum nune vero Sancto Michaëli restitutum ». Même Cart. frag. narr., n° n, p. 412 « Raynaldus Comes reddidit Sancto Michaëli dotem Sancti Georgii in Barri villa ».

(2) En 1116, au château de Bar (Cart. cit., n° 64) et le mercredi, 6 janvier 1135 (même Cart., n° 79. Dom Calmet, tome I, pr., p.303). Nous étudierons plus loin en détails ces deux chartes, ainsi que celle de Sophie.

Cf. 3e partie, ch. 1v. 5

(3) R. de Wassebourg, Antiquités de la Gaulle Belgicque, f° cccu. « Confessant les extorsions et exactions par luy faictes du passé avoir esté eontre Dieu et l'équité. Partant commande à son fils ne faire telles choses üranniques. }

réserve seulement pour lui et les siens, le droit d'approuver la nomination du chapelain faite par l'abbé (1). Nous ignorons la date de cette fondation, mais elle est très probablement de la fin du règne. En 1135, Renaut approuve la donation faite par son vassal Hébert de Bussey À), en faveur du prieuré de Saint-Thiébaud (3) dépendant de l’abbaye de Saint-Mihiel, des cens que celui-ci possédait sur les moulins de Pichaumeix (, et en 1145, la donation que fait au même prieuré Bernaicre, militaire du château de Mousson, de biens -à Creüe 6) et à Haumont (6).

2. — Reuaut fut, au titre de seigneur de Briey, l’avoué de Saint-Pierremont et problablement, au moins, en partie de Gorze. Il le fut aussi, sans doute, des abbayes de Maurmoutier (7) et Sindelsberg (1), établies proche de ses terres d'Alsace; en 1120, il souscrit un accord entre ces deux monastères (S).

Sous le règne de Renaut, deux ordres furent introduits en Lorraine auxquels « le triple prestige de la nouveauté, de la rigueur et de la pauvreté », qui commençait à manquer à l’ordre de Saint Benoit, allait permettre un développement rapide et considérable (9) : l'ordre de Citeaux et celui de Prémontré. Nous aurons l'occasion de signaler les nombreux voyages que fit à Metz, en Lorraine et dans le Barrois, saint Bernard, dont l'influence contribuera beaucoup à l'établissement du premier de ces ordres. Le plus ancien monastère cistercien établi dans le Barrois est celui de La Chalade, en Argonne !U. Un moine bénédictin de Saint-

(1) Notice Cart. de Saint-Mihiel, n° 92.

(2) Probablement Bussy, commune de Saulx-en-Voëvre, Meuse, Verdun, Fresnes.

(3) Commune de Saint-Mihiel.

(4) Commune de Saint-Mihiei. Cart. de Saint-Mihiel, n° 80.

(5) Meuse, Commercy, Vigneulles.

6) Même canton. Cart. de Saint-Mihiel, éd. A. Lesort, n° 90.

7) Alsace, Saverne, chef-lieu de canton, Sindelsberg, même commune. :

(8) A. Schæpflin, Alsatia diplomatica, E. n° 247.

9) E. Duvernoy, Le duc de Lorraine, Mathieu Ie", p.78,

(10) Meuse, Verdun, Varennes.

Vanne y avait fondé, en 1127, un ermitage; la terre sur laquelle il était construit appartenait en arrière-fief à Gautier, châtelain de Vienne, et à sa mère Mathilde, lesquels la tenaient de Baudoin de Belrain. Ce dernier en avait été investi par le comte Renaut qui en reconnaissait l’'hommage à l’évêque de Verdun. Ces divers seigneurs ayant renoncé à la possession de ce fief, l’évêque de Verdun, Henri, put le donner à l’ermite Robert. Mais l'année suivante, Robert fut élu abbé de Beaulieu. Sur le conseil de Saint Bernard, l’évêque Henri fit appeler dans l'ermitage abandonné, des moines cisterciens de Trois-Fontaines qui construisirent l’abbaye (1). Le comte de Bar resta étranger à la fondation des autres monastères cisterciens du Barrois; Vaux-en-Ornois ©) et Écurey ) établis par Geoffroy de Joinville, le premier en 1132 (4), le second en 1144), à l'extrême frontière du comté, et Saint-Benoit-en-Woëvre (5), fondé en 1129, par Geoffroy d’Apremont (1) et dont les successeurs de Renaut deviendront, dans la suite, les maîtres. Par contre, Renaut contribua à la fondation de l'abbaye de l'Étanche au duché de Lorraine, mais proche de sa frontière. La duchesse Adélaïde et quelques nobles dames lorraines retirées à l’abbaye du Tart en Bourgogne, conçurent le projet d'établir dans leur patrie, un monastère cistercien de femmes. Elles demandèrent des terres au duc Mathieu, et en 1148, vinrent s'établir à l'Étanche ®. Le comte Renaut

1) Gallia Christiana, XI, p. 568. Abbé Clouet, Hist. de Verdun, t. I, p- 138 et sq.

2) Au]. Évaux, commune de Saint-Joire, Meuse, Commercy, Gondrecourt.

3) Commune de Montiers-sur-Saulx, Meuse, Bar-le-Duc, chef-lieu de canton. :

4) Gallia Christiana, XII, p. 113. Simonet, Essai sur l'histoire des sires de Joinville, 301.

(5) B. N., mss, lat. 17048, fo 519. Dom Calmet, I, PL DO29e

(6) Meuse. Commercy, Vigneulles. :

(7) Dom Calmet, I, pr., p. 287, 301, 305 et sq.

(8) Vosges. arrondissement et canton Neufchâteau. Dom Calmet, I, pr., p. 332. E. Duvernoy, Mathieu 1e", p. 74 et sq. |

est nommé parmi les donateurs dans l'acte de confirmation d'Henri, évêque de Toul, donné à Varangéville, le 10 août 1149 (1. Enfin, le comte de Bar donne encore, à l’abbaye cistercienne de Trois-Fontaines en Champagne, des biens divers situés à Contrisson (21.

Le premier monastère de Prémontrés établi dans le Barrois fut celui de Belval %. Le terrain en était un fief de l'évêché de Verdun inféodé au comte de Bar et par celui-ci au comte Henri de Grandpré. Les deux bénéficiaires consentirent à le rendre en faveur de l’œuvre pieuse et la construction de l'abbaye commença aussitôt (. Renaut n'allait pas tarder ailleurs à faire, pour ‘son propre compte une fondation similaire, et il choisit ce même ordre de Prémontré, nouveau, sévère et pauvre comme celui de Citeaux. Dans sa terre de Commercy, avec le concours de sa fille Étiennette à qui cette terre était peut-être déjà donnée en dot, il établit, en 1141, le monastère de Riéval ®). Nous-n'avons plus la charte de fondation, mais une donation de Geoffroy de Joinville nous en fait connaître l’année (5) et la confirmation d'Henri, évêque de Toul, les termes et les conditions (7). Quatre bulles confirmatives furent aussi données par Eugène [1 en 1148, Alexandre II en 1179, Lucius III en 1181(% et Clément en 1188 (9. L'abbaye de Riéval devait donner naissance à quelques filiales

(1) Dom Calmet, IL. pr., p. 333.

2) Meuse, Bar-le-Duc, Revigny, La charte de Renaut est perdue, mais elle est connue par une confirmation d'Henri, évêque de Toul, qui l’analyse. B. N. Coll. Champagne, 45, f° 66. Cf. A. Lesort, Cart. Saint-Mihiel, p 289, n. 4.

3) Belval, Bois-les-Dames, Ardennes, Vouziers, Buzancy.

(4) Hugo, Ann. Prémont, Il, pr., p. 203. Abbé Clouet, Hist. de Verdun, H, p. 245.

(5) Commune de Ménil-la-Horgne. Meuse, Commercy, Voïid.

(6) Gallia Christiana, XIE, p. 1124.

(7) A. M. H. Rieval, carton 1.

(8) À. M. H. Rieval, carton 1.

(9) Migne, Patr. latine, t. 204, p. 1278.

importantes : Jovilliers (1), Jeandheures @®) et Rangéval 6).

Les Templiers ont dû également paraître dans le Barrois sous le règne de Renaut et peut-être que les commanderies de Marbotte, Doncourt et Avillers remontent à cette époque.

Donc, ce prince qui a couru sur les terres du temporel de Verdun et de Liége, qui a molesté et pillé Saint-Mibhiel — son abbaye — est par ailleurs le plus généreux des pieux donateurs. Ses ancêtres ont agi comme lui, ses successeurs agiront comme lui, ses contemporains les féodaux du xu* siècle font de même, alliant à un manque de scrupules absolu vis-à-vis des biens d'Église qu'ils convoitent, une piété sincère, une foi très vive (4).

3. — Sur ce caractère aventureux et pieux, la prédication de la croisade devait faire impression. On connaît les origines de cette. seconde croisade, voulue par le roi de France Louis VII, malgré le peu d'enthousiasme de la féodalité et l'indifférence du pape Eugène IIT. Elle était rendue nécessaire par la mauvaise situation des Latins d'Orient qui venaient de perdre Edesse et se trouvaient menacés dans Antioche. Quand Saint Bernard, après s'être fait prier, eût pris en main la cause des lieux saints et prêché avec sa fougue ordinaire, un grand nombre de chevaliers se rangèrent autour de Louis VII et de Conrad II, persuadé lui aussi. Pour la circonstance, Saint Bernard se rendit en Lorraine à Metz 5) et peut-être qu'il y rencontra Renaut auprès de son frère Étienne. Le comte de Bar se croisa de bon cœur.

Bien que sujet de l'Empereur, Renaut attendit le roi de

(1) Commune de Stainville. Meuse, Bar-le-Duc, Ancervillé. Cf. Gallia Christiana, XII, p. 1124.

(2) Commune Lisle-en-Rigault, même canton.

(3) Commune Corniéville, arrondissement et canton Commercy.

(4) Cf. ce que dit M. E. Duvernoy du contemporain de Renaut, le duc Mathieu Ier, op. cit., p. 82 et sq : « On aurait tort de voir dans les actes de ces hommes de l'hypocrisie : 1l faut y voir seulement la discordance entre leur caractère resté primitif et sauvage et leur foi hautement idéaliste, entre la nature et la grâce dirait un théologien ».

(5) Abbé Vacandard, Mist. de suint Bernard, t. I, ch. 27.

France et partit avec lui de Metz(!) au mois de juin 1147, quelques jours après la Pentecôte. D’autres princes impériaux l’accompagnaient, son frère Étienne, évêque de Metz, son beau-frère le comte Hugue de Vaudémont, l’évêque de Toul, Amédée de Turin et Guillaume de Montferrat (2. Quelques seigneurs lorrains s'étaient joints à eux, comme Simon de Parroy et Thierry de Saint-Hilaire 8). À Ratisbonne, ils trouvèrent l’armée de Conrad. Les Lorrains se réunirent aux Allemands et descendirent avec leur suzerain jusqu'au Bosphore. Mais ils supportaient mal leurs compagnons, gens grossiers, ivrognes et pillards dont ils ne comprenaient pas la langue (#. Devant Constantinople, ils s'en séparèrent et tandis que Conrad traversait le détroit et s'enfonçait sur les routes inconnues de l'Asie Mineure, le contingent lorrain passait avec le roi de France. Cependant l’armée impériale, égarée et volée par les Grecs, harcelée par les Musulmans, fondait littéralement au passage des montagnes asiatiques; elle fut vaincue à Dorylée 5) au mois d'octobre 5). Louis VII se hâta de rejoindre le malheureux empereur. Les Lorrains, y compris le comte de Bar et les Italiens avec le comte de Maurienne, retournèrent dans son armée et l’ensemble des croisés passa les fêtes de Noël à Ephèse, après que l'empereur démoralisé et malade eût gagné Constantinople, où régnait son beau-

(1) Il était passé par Verdun et fut reçu dans ces villes, dit Odon de Deuil, avec autant d'éclat que si elles avaient été de son domaine.

(2) Otton de Freisingue, chron. an 1147 : « Francorum rex Ludovicus non multo post Pentecosten cum suis subsecutus est, ducens secum ex nostris Lotharingos quorum principes seu primores erant Stephanus Metensis, Henricus Tullensis, Reginaldus Munzunensis; Hugo Waldemontensis comes, et de Italia Amedeum Taurinensem, fratremque ejus . Guillielmum marchionem de Monte Ferrato avunculos suos et alios quamplures.…. ».

(3) E. Duvernoy, Le duc de Lorraine Mathieu Ie, p. 40.

(4) Odon de Deuil dans Migne, Patr. latine, t. 185 bis, col. 1218 et sq. — E. Duvernoy, Le duc de Lorraine Mathieu Le', p. 37 et sq.

(5) Proche Eski Cheir, vilayet de Brousse, Cf. A. Luchaire dans Hist. de France de Lavisse, HI, 1'e part., p. 11 et sq.

frère Emmanuel Comnéne(l). On ignore si ies Lorrains le suivirent, en tous cas le comte de Maurienne resta avec le roi de France. Louis VII continua sa route et après une affreuse défaite qui lui coûta la moitié de son armée, il arriva à Attalia ) où il s'embarqua pour Antioche. Il quitta cette ville en mars: pour Jérusalem; au même moment, Conrad s’embarquait à Constantinophe pour Saint-Jean d'Acre. Les deux souverains se retrouvèrent en Palestine. Avec Baudoin de Jérusalem, dans un conseil tenu à Palma (3), le 24 juin, ils résolurént d'attaquer Damas. Parmi les membres de la curia de l'Empereur, à ce conseil, figurent l’évêque de Metz et l'évêque de Toul, mais Renaut n'est point nommé #). On sait que le siège de Damas aboutit au plus lamentable échec. Joués par les chrétiens de Syrie qui traitaient avec leurs ennemis, les Occidentaux n'eurent plus qu'à se retirer. Conrad se rembarqua en septembre 114865), tandis que le roi de France s’attardait en ses dévotions au Saint-Sépulcre, jusqu'après les fêtes de Pâques 114916. Renaut était rentré, comme son frère et l'évêque de Toul, au moins avec l'Empereur, car, il est cité dans une charte par laquelle Henri de Toul confirme le 10 août 1149 la fondation de l’abbaye de l'Etanche().

À son retour, Renaut se retira à Mousson, il n'y devait guère vivre plus d’une année. D’après Wasseboursg, il aurait dès 1146 partagé ses biens afin de prévenir toute dissension, donnant à Hugue les terres de Bar et Mousson et l’avouerie de Verdun, à son second fils Renaut l’avouerie de Saint- Mibhiel ®). Il est possible qu'avant de partir pour la croisade

Epist. Conradi, Hist. des Gaules, XV, p. 533. Adalia, vilayet de Konieh.

1) 2) ) Proche Saint-Jean d’Acre.

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( eu

(4) Guillaume de Tyr, 1. XVI, ch. I.

(5) Hist. des Gaules, XV, p. 534-535. s (6) Lettres de Louis VII dans Hist. des Gaules, t. XV, p. 508 et 515. Cf. Odon de Deuil, Patr. latine, t. 185, col. 1205 et sq. — Otton de Freisingue an. 1149. — Guillaume de Tyr an. 1149. — Louis VII sur le chemin du retour était à Rome en octobre 1149.

(7) Dom Calmet, t. I, pr. p. 334. — déjà cité.

(8) Wassebourg, Antiquités de la Gaulle Belgicque, © cec ü : « L'an

— et non à cause de sa vieillesse comme le croit Wassebourg — le comte de Bar ait confié à son fils Renaut l'administration de ses états, du moins, il n'eut pas à les partager, car Hugue n'existait plus depuis cinq ans. Renaut I mourut le 24 juin 1150. Le quantième nous est fourni par l’obituaire de Saint-Clément de Metztt}. Pour l'année, elle n'est pas connue directement. Ce n'est pas 1149 comme le veulent Wassebourg ®) et Dom Calmet ?, puisque le 10 août de cette année là, il est encore vivant; d autre part, en 1151, son fils régnait déjà (4. D’après Dom Calmet, Renaut fut enterré au prieuré de Mousson qu'il avait fondé, fait assez surprenant puisque sa première femme et son fils aîné avaient été inhumés à Saint-Mihiel. Nous avons un léger renseignement sur le physique du comte, il louchaït, les chroniqueurs lui donnent le surnom de Strabus (©).

4. — Renaut avait épousé d'abord Gisèle, fille de Gérard, comte de Vaudémont et d'Hedwige d'Eguisheim, petite nièce du pape Saint Léon IX (5). Le mariage eut lieu, au plus tard, en 1112, puisqu'en 1113, pendant le siège de Mousson, elle deviendra mère de Hugue. Si on la juge par

mil cent quarante et six, Raynaldus, comte de Bar, administrateur du comté de Verdun, voué de l’abbaye de Saint-Mihiel et seigneur de Mousson : Lors fort vieil, sentant son ancien aage et à ce moyen sa mort prochaine, considérant aussy les dommages, maulx et tirannies qu'il avait fait en son temps Aux églises, délibéra diviser ses seigneuries à ses enfants pour prevenir les futures dissensions qui pourraient estre entre eulx ». :

(4) B. N. mss. latin 11902, fo 163. « VIIT kal. Jul. Rainaldus comes Barrensis ».

(2) Wassebourg, Antiquités, fo ccLxxv ET ceci.

(3) Dom Calmet, /ntroduction, t. 1er, p. cxcv.

(4) B. N. mss. lat. 10027 fo vi. Charte du duc de Lorraine pour Ver- - gaville. Cf. E. Duvernoy, Le duc de Lorraine Mathieu Ie", Cat. des actes. n° 24.

(5) C'est Aubry de Trois-Fontaines qui emploie pour la première fois ce nom inconnu à Laurent de Liége.

(6) Aubry de Trois-Fontaines, an 1170, « Iste comes Gerardus (Vadinimontis) duxit filiam comitis de Daburc neptem Sancti-Leonis, PP. de qua genuit comitem Vadinimontem Hugonem et sororem ejus Gislam quæ fuit comitissa Barri ». | £

sa conduite lors de ce siège, c'était une femme énergique. Malheureusement, nous n'avons d'elle que cette unique mention. Elle apporta en dot au comte de Bar divers villages du comté de Vaudémont, parmi lesquels Puxe (), Velle 1), Souveraincourt (1, Gelaucourt ?, Battigny ©) dont Renaut — ou son fils Renaut II — donna les dimes à l'abbaye de Belval 6). Gisèle mourut avant 1127 — un 26 décembre — (4), car, cette année là, Renaut se remaria avec la veuve du comte de Toul, mère du comte Ferry, de Thierry et de Guery W), sur la famille de laquelle nous n'avons aucun renseignement; nous ignorons jusqu'à son prénom.

Renaud eut trois fils : Hugue, Renaut et Thierry. Hugue était, sans doute aucun, l'aîné, ainsi le désigne l’auteur du Triomphe de Saint Lambert (6): Il était donc né en 1113 pendant que l'Empereur assiégeait Mousson. Il apparaît pour la première fois en 1134, comme commandant du château de Watronville dans la guerre contre Verdun. Il avait donc à ce moment vingt et un ans (1). Nous le retrouvons l’année

(1) Commune Laleuf. Meurthe-et-Moselle, Nancy, Vézelize.

(2) Mewthe-et-Moselle, Toul, Colombey.

(3) La charte est indiquée par Ruyr, Les saintes antiquités de la Voge, p. 390.

(4) € Jam sol post triduum splendebat se Capricorno » dit son épitaphe.

(5) Aubry de Trois-Fontaines, SS. XXIII, p. 828 « Comes Raynaldus Barri fit vitricus Frederici Tullensis et fratrum suorum Theodorici et Widrici ». Wassebourg ignore ce second mariage et prétend que Gisèle n’est morte qu'après son fils Ilugue, il en donne pour preuve l'épitaphe du tombeau de la comtesse : &« De splendore patrum prolis magnique mariti. Nil (quia vanius erat) Gisla tenere potes — Sed tua manus tanta, mens solvia, lingua modesta — Spem facere dari splendidoria tibi — Jam sol post triduum splendebat se Capricorno — cum juxta Nati corpus et ipsa Jacet ». Si la rédaction de cet épitaphe avait suivi la mort de Gisèle, il faudrait évidemment rejeter le second mariage, Hugue ayant été inhumé en 1141; mais il est certain qu'elle est de beaucoup postérieure. Elle ne peut nous être d'aucun secours. Cf. Wassebourg, f cecvi)-

(6) Reiner, Triomphale Sancti Lamberti, SS. XX, p. 586.

(7) Laurent de Liége, SS. X, p. 508.

suivante comme témoin de la charte relative au différend entre Henri de Salm et l'abbé de Senones (1). En 1141, il prend la plus grande part à la défaite du comte de Grandpré, défaite due à son habileté et à sa bravoure (2). Nous avons vu qu'il mourut au mois d'octobre de la même année au château de Bouillon.

Cette mort racontée par Reiner de Liége et par Aubry de Trois-Fontaines n’est cependant pas admise par Wassebourg, Dom Calmet et l'abbé Clouet. Tous trois s’obstinent à faire de Hugue un comte de Bar, qui aurait régné entre Renaut [°° ét Renaut II Wassebourg, qui d’ailleurs fait de Hugue un enfant dans l'affaire de Bouillon en 1141, place son trépas en 1155 (), répétant avec l'épitaphe du tombeau de Saint-Mihiel que Hugue mourut dans la fleur de son âge (4). Or, si Hugue était mort en 1155, il aurait eu plus de quarante ans. Il est juste d'ajouter qu'à un autre endroit de son livre, le même Wassebourg fait mourir Hugue en 1150, aussitôt, dit-il, après la défaite des Messins devant Mousson sur laquelle nous reviendrons bientôt P.

Dom Calmet ne fait que répéter Wassebourg; il place également la mort de Hugue en 1155, toujours « dans la fleur de son âge ». Cependant l'historien de la Lorraine ajoute : € Il (Hugue) lui (Renaut I‘) succéda en 1149, j'ai un titre de cette année-là où il est nommé comte de Bar » et plus loin : « Je trouve Renaut, frère du comte Hugue en 1150 » (6. L'autorité de Dom Calmet a entrainé celle de

(1) Dom Calmet, t. II, pr., p. 305.

(2) Laurent de Liége, SS. X, p. 515.

(3) Wassebourg, Antiquités de la Gaulle Belgicque, f° cccx. (4) Wassebourg, op. cit., £° cecvi — Hugo vir emeritæ decus et flos stirpis avitæ.

Tutor cras patrie, legis et ecclesie Flore novo juvenis, carnis resolutus habenis Consul amande Jovis, fracte ruina tuis Nunc tibi de cœlis precibus satrape Michaëlis Præmia det fidei gratia celsa Dei.

(5) Wassebourg, op. cit. F° cccv].

(6) Dom Calmet, t. I, Introduction, p. cxcv.

Clouet qui admet aussi le règne de Hugue (). Or, le fils aîné de Renaut [* n'apparaît plus nulle part dans aucune chronique, aucun document à partir de 1141; le règne de son père se termine sans aucun doute en juin 1150, en 1151 son frère Renaut IT règne. Il faut donc bien admettre, contrairement à l'opinion de Clouet, que l’auteur du Triomphe de Saint Lambert était parfaitement renseigné.

Le troisième fils de Renaut, Thierry, fut destiné à l'Église. : On J'envoya auprès de son oncle le cardinal Étienne de Metz, qui fut chargé de le pourvoir. Il fut d’abord princier du diocèse. On sait que cette charge — particulière aux évêchés de l'Est — la plus importante du diocèse, faisait de celui qui en était investi le chef des clercs et de l’officialité ©. Nous ignorons à quelle époque Thierry fut nommé princier; mais en 1137, il souscrit une charte de l'évêque Étienne confirmant la fondation du prieuré de Laître avec ce titre ().

Quand son oncle mourut, le 29 décembre 1164, il fut élu -à sa place sans difficulté. Ce fut un prélat pacifique et pieux. Il s’efforça de débarrasser son évêché de tous les bandits qui l'infestaient. Il conserva à l'église de Metz une telle paix et tranquillité, dit la chronique, que « tous soldats, prêtres et peuple le vénéraient comme un maître et l'aimaient comme un père (4 ». Il mourut le 11 août 1171, ayant gouverné l'Église de Mec environ sept ans (5).

(1) Abbé Clouet, Hist. de Verdun, t. Il, p.213 note. (Dom Calmet, déclare avoir une charte de 1149 où Hugue est qualifié de comte de Bar; en conséquence, l'auteur du Triomphe deSaint-Lambert, bien que contemporain, doit avoir fait quelque confusion en disant que Hugue périt en 1141 en défendant le château de Bouillon envahi par le Comte Renaut ».'

(2) Cette charge, qui à peu près partout fut supprimée et englobée dans celle de premier archidiacre existait encore à Metz au xvure siècle.

(3) Cart. de Saint-Mihiel, édit. A. Lesort, n° 83. « Theodoricus Metensis primicerius, filius comitis Raynaldi ».

(4) Chron. ép., Mettensium, SS. X, p. 545 — « Hic paci et tranquillitati Ecclesiam, omniumque sibi creditarum commoditatibus ea prividit diligentia, est eum mules, clerus et populus venerentur ut dominum et ut patrem diligerent ».

(5) Chronici Mettensis appendix prior apud Dom Calmet, t. I, pr., p. 65 et 66.

Aubry de Trois-Fontaines (1) et la généalogie de Saint- Arnoul ®) donnent à Renaut quatre filles : la première que la plupart des documents nomment Agnès et que Dom Calmet appelle aussi Sophie 8}, épousa le comte Louis II de Chiny, dont elle eût Louis IV et l'abbesse de Clairefon-

taine, Béatrice (4). Une autre fille de Renaut est également bien connue, c 'est Étiennette, que Dom Calmet appelle aussi Éléonore; elle eut en dot la seigneurie de Commercy — dont

nous avons exposé l’origine — qu’elle apporta à son mari Hugue de Broyes W), tige des damoiseaux (6).

La troisième fille de Renaut s'appelait Clémence (1). Elle épousa, en premières noces, Renaud de Clermont-en- Beauvoisis (8), dont elle eut, outre Renaud [‘, cinq fils et deux filles, l’une de celles-ci, Marguerite, épousa Guy de Senlis, leur fils Renaut devint, grâce à la protection des comtes de Bar, évêque de Toul, entre 1211 et 1217. Clémence, épousa, en secondes noces, Albéric [°, comte de Dommartin (®). Leur fils Albéric IL, fut père du fameux comte de Boulogne, Renaut, l’aventurier sans scrupule,

(1) Aubry de Trois-Fontaines, ad annum 1170.

(2) Dom Calmet, t. I, pr., p. 77.

(3) Dom Calmet, t. I, Introduction, p. 231.

(4) Aubry de Trois-Fontaines, loc. cit.

(5) Marne, Épernay, Sézanne. Cf. Firmin Comte, Bull. Soc. des Let., Bar-le-Duc, juin 1913, p. 115.

(6) Hugue et Étiennette eurent pour fils, Simon, le fondateur de la a de Commercy. Dom Calmet, t. I, Introduction, 237, et avec

, le P. Benoit Picard, Hist. de Toul, liv. I, ch. XVII ; M. de Maillet,

ie Barrois; Dumont, Hist. de Commercy, t. I, p. 21, ne de Simon, le gendre d’ Étiennette. D’après eux, Étiennette aurait possédé Commer cy, non du chef de son père, mais par son mariage avec Thiébaut, seigneur de Commercy, elle aurait eu, de celui-ci, une fille Nicole, mariée à Simon de Broye. L'histoire de Commercy a besoin d’être entièrement refaite, surtout jusqu’à la fin du x siècle; le savant M. F. Comte n’a donné jusqu'ici sur cette question, qu'une communication verbale dont nous avons cité, dans la note 4, le très court compte rendu.

(7) Dom Calmet l’ignore ainsi que la suivante.

(8) Oise, chef lieu de canton.

(9) Seine-et-Marne, Meaux, chef-lieu d’arr idicomeut,

l'adversaire le plus acharné de Philippe-Auguste. Veuve une seconde fois, Clémence se remariera avec Thiébaut IIT, seigneur de Nanteuil-le-Haudouin ().

La dernière fille de Renaut dont Aubry de Trois-Fontaines, la seule source qui nous en parle , ne donne pas le nom, épousa un Wildgraf®), dont elle eut, entre ‘autres enfants deux filles : Mathilde, épouse du comte Manassès de Rethel et Cunégonde, épouse du seigneur de Riste (4).

(1) Oise, Senlis, chef-lieu de canton.

(2) La généalogie de Saint-Arnoul mentionne que Renaut eut quatre filles, mais sans les nommer.

(3) « Comes Silvestris in Alemannia » dit Aubry. Nous n'avons pu dentifier ce Wildgraf.

(4) Commune d'Homécourt, Meurthe-et-Moselle, arrondissement et canton de Briey, vassal du comte de Bar. Aubry de Trois-Fontaines, SS., XXIIL ad annum 1170.

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