CHAPITRE V
A. — Le règne de Renaut (1 (1150-1170). — B. Le règne d'Henri 1° (1150-1189). — C. Les premières relations avec la France et la Croisade d'Henri I°*.
A. — Le Règne de Renaut II.
1. — Le règne de Renaut II. 2. — Le mariage et la mort de Renaut IL 3. — Les enfants de Renaut II.
1. — Renaut était, sans doute, le plus jeune des trois fils de Renaut I‘. Il est cité pour la première fois en 1135 (1) Comme il s’est marié seulement en 1155, on peut supposer qu'il avait environ vingt-cinq ans à son avènement. La charte de 1135 n’est pas un obstacle; les témoignages d’enfants ne sont pas rares dans les diplômes du moyen âge.
Son règne débute comme celui de son père par une lutte très vive contre l’abbaye de Saint-Mihiel. Soit que la situation de Renaut II ait été plus solide que celle de Renaut I‘, soit que les moines n'aient plus eu aucune concession à espérer de Jui, l'abbé ne se défend pas directement; il en appelle à larchevêque de Trèves Hillin, et au pape Eugène II 2). La plainte de l'abbé rappelle que l'abbaye
(4) Dom Calmet, t. II, pr., p. 305.
(2) Cart. de Saint-Mihiel, édit. A. Lesort, n° 99. Gallia Christiana, XIII, pr., p. 571. Dom Calmet, 2€ édit., t, VI, pr., p. 30.
M. Grospibier pe Marons. 12
fondée par le comte Vulfoad fut libre jusqu'à l'époque où Ferry s’en empara et la dépouilla pour construire le château de Bar. Depuis lors, les comtes de Bar n'ont cessé de l’appauvrir. Le comte Renaut [* y commit des exactions sans nombre; mais son fils pousse encore plus loin la tyrannie; lui et ses serviteurs font le vide dans les villages et cherchent à prendre ce qui reste aux moines (1).
La plainte fut entendue et de Segni, le pape Eugène III écrivit, le 25 mai 1152, une lettre aux évêques Etienne de Metz, Henri de Toul et Albéron de Verdun, pour les prier d’admonester le comte Renaut et le menacer des foudres ecclésiastiques ®). Cet avertissement toucha sans doute fort peu le comte, car il recommença aussitôt ses déprédations et le pape Adrien IV dut intervenir de nouveau, de Bénévent, le 3 mars 1156, auprès des mêmes évêques et de l'archevêque de Trèves, pour qu'ils excommunient Renaut s'il ne faisait satisfaction à l'abbaye (#. Nous ne savons si le comte de Bar répara ses torts, mais, par la suite, il dut se réconcilier avec les moines, puisque nous le voyons conclure un accord avec l'abbé Manégaud, au sujet du tonlieu de Saint-Mihiel (4).
Renaut posséda, sans doute comme ses ancêtres, l’avouerie de l’abbaye de Neubourg (5). Il en représenta l'abbé dans un acte où Vautier, abbé de Selz (6), promet les dîimes de Laubach (9 à Neubourg. Cet acte est de 1155 (8). C’est à la
(1) &« Hanc tyrannidem filio suo Raynaldo qui nunc est dereliquit contestans tamen ei publicie se hæc omnia injuste egisse. At ille malitiam patris in tantum impergressus est ut homines nostri oppressionem ejus ferre non volentes villas non vœnas relinquerint. Reliqui nostra nobis solvere vel non possunt vel contemnunt, illum solum timentes 1lli soli ser-
vientes. »
(2) Cart. de Saint-Mihiel, édit. A. Lesort, n° 98. Gallia Christiana, XII, pre p 071: e
(3) Cart. de Saint-Mihiel, n° 103.
(4) Cart. de Saint-Mihiel, n° 109.
(5) Commune de Dauendorf, Basse Alsace, arrondissement et canton aguenau.
(6) Basse Alsace, Wissembourg, sur la Sauer.
(7) Basse Alsace, Wissembourg. Woerth.
(8) A. Schœpflin, Alsatia diplomatica, II, p. 284.
même abbaye que Renaut léguera ses biens par testament à Selhoven (et un arbre sur trois dans la Forêt Sacrée (2). Cette donation testamentaire nous est connue par une confirmation impériale de 1175 6). Dans une autre donation testamentaire faite avec le consentement de sa femme et de ses fils, Henri et Thiébaut, Renaut dote l’abbaye de Trois-Fontaines de divers biens (4).
Ses donations cependant ne sont pas nombreuses (5). Aucune des abbayes fondées dans le Barrois sous son règne ne peut le reconnaître pour auteur. S'il donne à l’abbaye de Lisle-en-Barrois, fondée par l’évêque de Toul et les seigneurs de Lisle, les vaines pâtures de Louppy (6) et s’il approuve les donations que font à ce monastère, en 1166, le châtelain Philippe de Bar de biens à Vaubecourt et à Courcelle et Faucon de Belrain de dîmes à Lammermont (), il reste, par contre, totalement étranger à l'établissement dans ses états ou proche de ses frontières des abbayes de Prémontrés de Jovilliers (5) et de Rangéval (*), ainsi que des monastères Augustins de Châtillon (10) et de Châtrices (11), dont ses successeurs deviendront en partie les protecteurs. Renaut ‘vit également fonder proche de Bar, l’abbaye de Prémontrés de Jeandheures (2), en 1154, il sanctionne cette fondation faite
(1) Seelhofen, commune Rothbach. Basse Alsace, Haguenau, Niederbronn.
(2) Proche d'Haguenau.
(3) A. Schæpflin, op. cit., II, p. 347.
(4) A. Marne, H. Cart. de Trois-Fontaines.
(5) Nous ne savons s’il faut attribuer à Renaud II, ou à son père, la donation sans date dont nous avons déjà parlé p. 172 des dîmes de Puxe, Velle, Souveraincourt, Gelaucourt et Battigny à l’abbaye de Belval. Ruyr. Recherches sur les Saintes Antiquités de la Vosge, p. 390.
6) Meuse, Bar-le-Duc, Vaubecourt. A. M. H. Lisle-en-Barrois, Cart., fo 633.
(7) Commune de Vaubecourt. Cart. cit. et loc. cit.
8) Commune de Stainville. Meuse, Bar-le-Duc, Ancerville.
9) Commune de Corniéville. Meuse, arrondissement et canton de Commercy.
10) Commune de Pillon. Meuse, Montmédy, Spincourt.
(11) Marne, arrondissement et canton Sainte-Menehould.
(12) Commune de Lisle-en-Rigault. Meuse, Bar-le-Duc, Ancerville.
par Géry, son châtelain de Bar (1), et les dons faits par Géry, de son alleu de Lavarenne, par Winiland de Ligny de son alleu de Ville-sur-Saulx (®) et par Jean de Mares de terres dans la même ville 3).
À propos de l’avouerie de Verdun, nous trouvons dans Wassebourg les lignes suivantes : « L’evesque Albero retira en ses mains le comté de Verdun (après la mort du comte de Bar) et n'en bailla la charge et garde au nouveau comte de Bar Raynaldus le ieune, craignant qu'il y feist telles et semblables fascheries et molestes que son père avait autrefois infligé aux clergé et citoyens de Verdun; mais de si heure esleut le dit evesque quatre hommes à son advis les plus notables gens et bourgeois de la cité ausquelz il donna la garde pour un an seulement l'exercice et administration dudict comté de Verdun (#). » Dom Calmet répète la même chose (5); ni l’un ni l’autre ne nous apprennent où ils ont trouvé les sources de cette information que Clouet combat, d’ailleurs avec raison (6). Il est vrai qu'en 1156, l'évêque de Verdun, obtient de l'Empereur la confirmation des biens de l'évêché et la reconnaissance de son immédiatité vis-à-vis de l'Empirel), mais ceci n'a rien à faire avec la vicomté qu'ont possédé les comtes de Bar, puisque ceux-ci ont, en 1131, renoncé définitivement à l'hérédité de cette charge. En réalité, bien que l'évêché ait repris toute sa liberté en face de la maison de Bar, il semble que Renaut II, comme son père, a été comte de Verdun à titre viager (S).
C'est sans doute à ce titre, qu'il aide Albert de Mercy à régler les droits du châtelain d'Hattonchâtel, Garnier de
1) A. Meurthe-et-Moselle. B. 476, fos 1 et 7, H. Labourasse, Cart. de Jeandheures, p. 141. Les Sires de Narcy, Paris, in-8, pr., p. 29.
2) Meuse, Bar-le-Duc, Ancerville. H. Labourasse, op. cit., p. 142.
3) Labourasse, op. cit., p. 150.
(4) Wassebourg, Antiquités de la Gaulle Belgicque, fo 307.
5) Dom Calmet, liv. 21, ch. 158.
(6) Clouet, Hist. de Verdun, t. IL, p. 276 et sq. (7) Dom Calmet, t. IL, pr., p. 350.
(8) Clouet. op. cit., p. 285 et sq.
Sampigny, le 12 juin 1158 (1). De Verdun le comte de Bar se rend avec l'évêque à Briey pour constater la mauvaise gestion des seigneurs de Dombras ®)}, comme voués de l'abbaye de Saint-Paul à Villiers 8). La même année, parun acte daté de Mousson, le comte Renaut et sa femme Agnès, prennent la garde de Villiers et l'avouerie de l’abbaye (4). Enfin, comme voué de Saint-Maur, Renaut déclare que cette abbaye ne peut laisser les dimes de Mandres 6) qu'à un seigneur nommé Guéry ou à ses frères (6). Ces chartes trop peu nombreuses, il est vrai, permettent de conjecturer avec beaucoup de vraisemblance que Renaut continua d'être le voué de Verdun; il conserva en tous cas durant tout son règne d'excellents rapports avec l'évêché.
Les relations de Renaut avec l'évêché de Metz occupé pourtant successivement par son oncle et son frère (7), sont, loin d'être aussi pacifiques. En 1153, pour une cause que nous ignorons, les Messins entrèrent en guerre avec Renaut et vinrent attaquer le château de Mousson (8). Malgré leur supériorité numérique, le comte de Bar réussit à les déloger et à leur infliger une sanglante défaite à Tyrei; plus de mille hommes furent tués ou blessés (9. Renaut pénétra dans les terres de l'évêché et les ravagea jusqu'aux portes de Metz. La guerre menaçait de s'éterniser quand l'archevêque de Trèves Hillin écrivit à Saint Bernard, pour le prier de venir apaiser le conflit. L'illustre saint dont les forces commençaient à
(1) M. Grosdidier de Matons, Les seigneurs de Sampigny au xur siècle, dans Bull. Soc. L., Bar-le-Duc, 1914, n° 2.
(2) Meuse, Montmédy, Damvillers.
(3) Meuse, Montmédy, Spincourt. Bibl. mun. Verdun, Cart. de Saint- Paul, f° 141.
(4) Même cartulaire, f° 142, Clouet, op. cit., p. 293 et 294. (5) Commune de Chatillon-sous-les-Côtes. Meuse, Verdun, Etain. (6) Orig. A. M. H., Saint-Maur, n° 1.
(7) Étienne de Bar de 1120 à 1163, Thierry de 1164 à 1171.
(8) Dans cette guerre Renaut avait pour allié le comte Henri de Salm. Cf. Berthollet, Hist. de Luxembourg, 1. 32.
(9) Richer de Senones, Chr. II, ch. 26. — Jean de Bayon, éd. Dom Calmet, t. IL, pr., p. xix.
décliner, mais qui n’avait jamais épargné ni son temps ni sa peine en Lorraine (!), répondit à l'invitation. Renaut sûr de la victoire définitive, de peur d’être influencé par la parole persuasive de Saint Bernard ne parut pas devant lui. L'abbé de Clairvaux ne se découragea pourtant pas; il réussit à amener le comte à une conférence qui se tint dans une île de la Moselle proche Mousson. Une paix honorable, dit-on, fut conclue entre les deux partis (). C'est un des derniers actes de Saint Bernard.
La souscription de Renaut se trouve au bas de trois chartes de l’évêque de Metz, toutes trois rendues en faveur de l’abbaye de Gorze dontle comte était le voué: celles de l'évêque Étienne en 1158 abandonnant à l’abbaye onze salines, de l'évêque Thierry reconnaissant la promesse faite par l'abbaye de brûler chaque année trois cierges devant le tombeau de l’évêque Étienne, et le don que Becelin d’Amance fait de trois charretées de vin ().
Avec l'Empire, les documents ne citent pas de relations fréquentes. Renaut a-t-il assisté aux diètes si nombreuses du règne de Barberousse? Nous n'en savons rien et c’est peu probable : un seul diplôme impérial, en effet, porte sa souscription. Le 25 septembre 1166, lecomte de Bar se trouve à Haguenau auprès de l'Empereur revenu d'Italie. Il y a avec lui beaucoup de princes lorrains, le duc Mathieu, le comte de Salm, le comte de Malberg, le comte de Linange, les évêques de Toul et de Verdun. Ils souscrivent une confirmation de donation faite à l'évêché de Metz ().
De même avec le due de Lorraine, Mathieu L°, les relations sont peu fréquentes et en tous cas pacifiques. Outre cette
(1) Eug. Martin, Hist. des diocèses de Toul, Nancy et Saint-Dié,], p.240. — E. Duvernoy, Le duc de Lorraine Mathieu Ie, p.87. — P. Benoit Picart, Hist. de Toul, p. 416.
(2) Patr. latine de Migne, t. 185, col. 264 et 527. — P. Benoit Picart, op. cit., Liv. 13. — Dom Calmet, t. IL, liv. 21.
(3) Cart. de l’abbaye de Gorze, éd. A. d'Herbomez, n9S 171, 209, 189.
(4) Cart. de l'évêché de Metz, éd. Marichal, p. 481. — Cet acte ne figure pas au Catalogue de M. E. Duvernoy, Le duc de Lorraine Mathieu Ier,
rencontre à Haguenau, nous les avons vus à Verdun en 1158 (1). En 1151, le comte de Bar est témoin d’un acte par lequel Mathieu confirme un don fait à l’abbaye de Vergaville (7.
2. — L'acte principal de ce règne, sur lequel nous savons si peu de choses, est le mariage de Renaut autant par les relations que cette alliance lui apportait, que par les conséquences qui allaient en résulter pour le Barrois. Il épousa en 1155 Agnès, fille de Thibaut le Grand, comte de Champagne et de Blois, qui lui apporta en dot la terre de Ligny (3). Nous avons vu combien jusqu'ici les relations des comtes de Bar avec les seigneurs àl’ouest de leurs états sont insignifiantes; le comté reste tout impérial. Ce mariage sera le point
de départ d’une nouvelle orientation politique : désormais le comté de Bar se détache insensiblement de l'Empire pour entrer dans l'alliance française. Les querelles de la Papauté et de l'Empire y aideront encore; les comtes, fidèles à leur tradition orthodoxe, verront dans le roi de France un appui de la Papauté et comme le duché de Lorraine s’alliera à l’'Empire, c'est aussi le début d’une lutte sans merci entre les deux états voisins. C'est que les liens de parenté qui unissent déjà les maisons de Bar et de France vont encore se resserrer davantage. En effet en 1160, la seconde fille de Thibaut, Alix, épouse le roi de France Louis VII. Si les relations entre le comte de Bar et le roi de France sont nulles encore sous Renaut, elles deviendront extrêmement fréquentes sous ses deux premiers successeurs.
Le comté de Ligny (4), qu'Agnès de Champagne apportait au Barrois, comprenait une vingtaine de villages entre l'Ornain et la Meuse (); mais cette acquisition ne fut que .
(4) Cf. plus haut, p. 181.
(2) B. N. mss. lat. 10027, fo 7. — E. Duvernoy, Le duc de Lorraine Mathieu Ie", Cat. des actes, n° 24,
(3) Aubry de Trois-Fontaines, Chr. an 1155. — D’ Arbois de Jubainville, Hist. des Comtes de Champagne, t. II, p. 403 à 406.
(4) Ce terme de comté ne sera appliqué à Ligny qu'en 1367.
(5) Cf. Bonnabelle, Notes sur Ligny-en-Barrois, Mém. S. L. Bar-le-Duc,
momentanée ; le comté servira de dot à la fille de Henri IT quatre-vingts ans plus tard. Il fera par la suite retour au Barrois. Les comtes de Champagne l'ont cédé en franc alleu; mais quand Ligny sera passé avec la fille du comte Henri II dans la maison de Luxembourg, les comtes de Champagne s'en feront rendre l'hommage, ce qui sera le point de départ d'une guerre terrible avec le Barroïs.
3. — De son mariage avec Agnès, Renaut eut quatre enfants: Henri et Thiébaut qui régneront successivement, Renaut et Hugues. Renaut fut attiré dans les états de Champagne, par ses oncles. D'abord trésorier de Saint- Martin de Tours, il parvint à une belle fortune et fut élu évêque de Chartres en 1182 (1); compagnon de Philippe : Auguste à la croisade en 1190 (), nous le voyons faire partie du tribunal royal 6). Son influence fut particulièrement grande dans le comté de Champagne sous le comte Thiébaut IIL, qu'il avait marié en 1199 avec Blanche de Navarre et pendant la minorité de Thiébaut IV (. Il mourut le 9 décembre 1217 6)
Hugue resta en Lorraine. Destiné lui aussi à l'Église, il fut archidiacre de Toul et princier de Metz sous son oncle Thierry. Il occupa cette charge au moins à partir de 1170 (6) à un âge fort jeune par conséquent, car, étant sans doute le dernier des fils de Renaut, il ne pouvait avoir à ce momentlà plus de douze ans. On le destinait à l'évêché de Metz et la maison de Bar n'aurait pas mieux demandé, que de voir pour la troisième fois l’un de ses membres occuper le siège épiscopal le plus important de la Lorraine. Cet espoir ne fut
1881, p. 145 et sq. — Ch. Aimond, État ot et dénombrement du duché de Bar, p. 38.
(1) Chron. de Robert du Mont Saint-Michel édité par A. Duchesne, Hist. de la Maison de Bar, pr. p. 20.
(2) Benoit de Peterborough, Vita Heinrici dans Hist. des Gaules, XNII, p. 504.
(3) D’Arbois de Jubainville, Hist. des comtes de Champagne, IV, p. 89.
(4) Ibidem, p. 136 et 142.
(5) Obituaire de Chartres cité par A. Duchesne, op. cit., pr. p. 18, édit. À. Molinier, t. IL, p. 177, E. F. G.
(6) Cart. de Gorze, éd. A. d'Herbomez, n°° 209 et 200.
pas réalisé; Hugue mourut dans les dernières années du x1r° siècle (1).
Les historiens ne sont pas d'accord sur la date de la mort de Renaut IT. Aubry de Trois-Fontaines la place en 1170 (2. Cette date est acceptée par M. d'Arbois de Jubainville 6) et par M. A. Lesort (#. D'autre part le même Aubry affirme que cette mort eut lieu sous l’évêque de Verdun Arnoul de Chiny ; or Arnoul ne fut élu qu'en 1172. Se basant sur cette dernière affirmation d’Aubry, Richard de Wassebourg d'abord (5), puis le chanoine Roussel (6) et après eux M. Duvernoy (1) ont admis que Renaut n’est mort qu’en 1173. Nous serions fort embarrassés pour trancher la question, si heureusement nous n'avions une charte d'Agnès, qui conclut en faveur de l’année 1170. Cette charte est une confirmation des dons faits testamentairement par Renaut à l'abbaye de Trois-Fontaines de terres et de vignes à Bar, depuis la fontaine de Spargemaille jusqu'aux bois de Marsolles (8), auxquels Agnès ajoute pour l’obit de son mari les bois de Marsolles eux-mêmes. Cette charte est datée du 24 janvier 1170 (soit 1171 n. st.) (9. Pour le jour, nous avons deux indications différentes; celle d'Aubry qui donne la Saint-Laurent (10 août) et celle de l’obituaire de la cathédrale de Chartres qui donne le 25 juillet (10). Comme l'obi-
(1) Son nom figure jusqu’en 1198. Cf. A. Lesort. Cart. de Saint-Mihiel, p. 362, note 4.
(2) Aubry de Trois Fontaines, Chron. 1170.
(3) D’Arbois de Jubainville, op. cit., t. II, p. 406.
(4) A. Lesort, op. cit., p. 396, note 2. Il faut noter que M. Lesort fait ailleurs terminer le règne de Renaut II en 1163 même op. p. 381, n. 5 et ce d’après Dom Calmet, t. I, Introduction, p. excv.
(5) Wassebourg, Antiquités de la Gaulle Belgicque, f° cccxv.
(6) Roussel, Hist. de Verdun, p. 286. Clouet, Hist. de Verdun, t. I, p- 286, donne 1163 d’après Dom Calmet.
(7) E. Duvernoy, Le duc de Lorraine Mathieu Ier. p. 52.
(8) Charte de Renaut 1170. A. Marne, H. Cart. de Trois Fontaines.
(9) Même Cart. Ces dons furent confirmés par Pierre de Brixey, évêque de Toul, en août 1171.
(10) Obituaire de Chartres, éd. A. Molinier. Obituaires de la province de Sens, t. IL p. 77, E. et 122 F.
tuaire relate une donation de l’évêque pour l'âme de son père le comte de Bar, nous pensons qu'il a plus de chance d’être exact que l'historien du xurr° siècle: cette différence de quinze jours a d’ailleurs peu d'importance. Renaut est donc mort fin juillet ou début d’août 1170. Il fut enseveli dans l'abbaye de Saint-Mihiel (1). Sa femme lui survécut de longues années, elle joua un rôle fort important durant les règnes suivants et jusqu'à 1197 (2), époque où elle disparait de l’histoire sans qu’on puisse préciser autrement l’année de sa mort. Elle mourut le 7 août (3) ou le 13 ‘août (#) et fut enterrée dans l’abbaye de Trois-Fontaines à laquelle elle fit plusieurs donations (). ,
B. — Le Règne d'Henri Ier,