CHAPITRE VI
LE RÈGNE DE THIEBAUT Ier (1189-1214)
À.— Thiébaut comte de Luxembourg. — B. Thiébaut comte de Bar. C. — La croisade, les donations, la mort, les mariages et la postérité de Thiébaut Er.
A. — Thiébaut comte de Luxembourg.
1. — Thiébaut, seigneur de Briey. 2. — Thiébaut, comte de Luxembourg. 3. — Le Gouvernement du comté de Luxembourg.
1. — A la mort de son père Renaud IT (1), Thiébaut reçut en partage les seigneuries de Briey et de Stenay, les avoueries de Saint-Pierremont et de Gorze. Les premiers actes que nous connaissons de lui sont ses interventions répétées dans l’archidiocèse de Trèves, désolé par les seigneurs voisins et en particulier Ferry de Lorraine @). Ferry, second fils du duc Mathieu I® avait recu, avant 1172 (), le comté de Bitche sur les confins des diocèses de Metz et de Trèves. Batailleur et entreprenant, le comte de Bitche se servait de
(1) Cf. Abbé Jehet, Les comtes et ducs de Bar, Thiébaut Ier, dans Mém. S. L. Bar-le-Duc, 3e série, t. X (1900), p. 195 et sq. — L. Germain, Observations relatives à Thiébaut Ie", comte de Bar, dans tbidem, t. XI (1901), p. 263 et sq.
(2) F. de Pange, Ferry de Bitche dans Mém. S. Arch. Lorr., 1892, p. 51-81. |
(3) E. Duvernoy, Le duc de Lorraine Mathieu Ier, p. 19 et Cat. des actes, n° 77.
204 à LE COMTÉ DE BAR.
sa situation pour piller et rançonner les sujets des évêchés. L'archevêque Arnold lui déclara la guerre en 1178 et avec l’aide de Thiébaut, le vainquit et le fit prisonnier ainsi que son fils Ferry II. Le comte de Bitche dut céder à l’archevéque le château de Siesberg (!) et renoncer aux droits qu'il prétendait avoir sur Neuerbourg ®). C’est peut-être durant cette guerre que le comte de Briey prit sous sa protection les biens de l’abbaye de Saint-Arnould à Cheminot et à Lay).
En 1183, à la mort d'Arnold, le siège de Trèves fut disputé entre Rodolphe de Wied, candidat impérial et l'archidiacre Folmar, ce dernier élu régulièrement. Dans l'impossibilité de prendre possession de son siège, Folmar en appela au pape Luce IIL. L'affaire ne fut terminée à Rome qu'en 1186, sous Urbain III qui donna raison à Folmar. Celui-ci partit pour prendre sa charge, mais craignant la colère de l'Empereur, il alla demander asile à l'évêque de Toul, Pierre de Brixey, qui le repoussa, puis à Thiébaut qui lui donna l'hospitalité dans l’abbaye de Saint-Pierremont (1). Folmar, bien que le pape l'eût nommé légat, ne put se maintenir sur le siège de Trèves, parce qu'on l'accusait d'avoir intrigué pour être élu. Réfugié sur les terres de l’archevêque de Reims, Guillaume de Champagne, il y convoqua à Mouzon un synode des évêques de sa province. Seul, celui de Metz s'y rendit. Folmar alors déposa l’évêque de Verdun, Henri de Castres 5) et excommunia Pierre de Brixey. Mais ses actes furent cassés par le pape Clément IT qui, à son tour, déposa Folmar. Celui-ci gagna l'Angleterre où le roi Henri I le pourvut de bénéfices (6). Fidèle continuateur de
(1) Province Rhénane. Cercle Sarrelouis, Commune de Rehlingen.
(2) C. de Bitthurg. Gesta Trevirensium ép., SS. VIII.
(3) B. N. fr. 11853, f’ 196 -— non daté antérieur à 1208.
(4) Gesta Trevirensium ep., SS. VIII. « Ad montem Sancti Petri in terra Thebaldi, comitis Briei situm ipso conductum prestante divertit ». Cf. Abbé Clouet, Hist. de Verdun, tome Il, p. 306 et sq.
(5) Bliesscastel dans le Palatinat Bavarois.
(6) Migne, Pat. lat., t. 204, col. 1442. — Cf. Gesta Trevirensium ep, SS. VIIT; Aubry de Trois-Fontaines, SS. XXIII, an. 1188. Le roi d’Angle-
terre lui donna des bénéfices en Touraine.
la politique traditionnelle des siens, Thiébaut défendit Folmar tant que celui-ci lui parut être l'évêque orthodoxe etil le soutint contre les impérialistes.
Cependant Thiébaut s'était rapproché de Ferry de Bitche. Celui-ci, soutenu par sa mère, Berthe de Souabe, avait livré à Simon II, son frère, une lutte acharnée au cours de laquelle le duc de Lorraine dut augmenter l'apanage du comte de Bitche. De son mariage avec Ludomille de Pologne, Ferry avait eu, entre autres enfants, un fils, Ferry Il, qui se trouvait être l'héritier du duché de Lorraine, puisque Simon n'avait pas d'enfant (1). C’est à ce Ferry II que Thiébaut maria sa fille Agnès en 1188 ou 1189 (2. Agnès apporta à son mari, outre Longwy, dot de sa mère Laurette de Loos, les châteaux barrois d'Amance et de Stenay. |
Veuf de Laurette de Loos, Thiébaut épousa Ermesinde de Bar-sur-Seine, veuve d'Anseau de Trainel qui le rendit père du comte Henri II. Ce qui ne l’'empêcha pas de la répudier pour se fiancer, en 1189, avec Ermesinde, fille et héritière d'Henri l'Aveugle, comte de Luxembourg.
2. — La situation du Luxembourg au moment des fiançailles de Thiébaut et d'Ermesinde était loin d'être brillante. Henri l’Aveugle qui régnait depuis 1136 était resté près de cinquante ans sans héritier. Sa première union avec Laurette d'Alsace, fille du comte de Flandre, avait été stérile. Il avait. répudié sa seconde femme, Agnès de Gueldre pour se livrer à tous les scandales et avait institué pour héritier du Luxembourg et du comté de Namur, son beau-frère, Baudoin de Hainaut, puis à la mort de celui-ci son neveu, Baudoin le Courageux, en 1171 L'un et l’autre l'avaient aidé dans ses guerres contre le Brabant et le Limbourg.
(1) Cf. Les ouvrages déjà cités de M. de Pange et E. Duvernoy.
(2) Ferry II de Lorraine et Agnès de Bar étaient mariés avant le départ d'Henri Ier pour la croisade en 1189. Cf. A. Lesort, Cart. de Saint-Mihiel, n° 123. -- Henri du consentement de sa mère Agnès de Champagne, de ses frères Thiébaut et Ferry, donne des biens à l’abbaye de Saint-Mihiel. L'acte n’est pas daté, mais d’autre part, dans la fondation de Beaufort en 1188, Thiébaut, prend encore le titre de comte de Stenay, ville qu'il cède
en dot à sa fille.
Malheureusement pour la maison de Hainaut, en 1183, Henri converti par une grave maladie rappela sa femme Agnès et en eut, vers la fin de 1175, une fille, Ermesinde. Celle-ci, encore à la mamelle (!) fut fiancée au comte Henri II de Champagne. Baudouin furieux en appela à l'Empereur qui l’investit du comté de Namur. Henri l’Aveugle demanda le secours du comte de Champagne et une guerre atroce en sortit (2). Elle fut terminée par la médiation de Philippe Auguste. Le roi décida que le comte de Hainaut prendrait Namur et le comte de Champagne Durbuy et Laroche. Le comté de Luxembourg serait remis à l'Empereur pour en disposer à son gré. Henri de Champagne trouva trop maigre la dot de sa fiancée et la renvoya. De son côté, le comte de Hainaut garda Namur (6).
Henri l’Aveugle chercha un autre protecteur pour sa fille et Ermesinde fut presque aussitôt fiancée à Thiébaut de Bar. L'acte de fiançailles est daté de 1189, sans indication de mois. Thiébaut donne en dot à sa femme « mulieri suæ » Briey et les hommages de Briey et la moitié de toutes ses acquisitions et, si le comte Henri son frère meurt, le chàteau de Saint-Mihiel et les hommages de ce château. Le comte Henri appose son sceau à cet acte(#. Après ses fiancailles, Thiébaut entra en campagne contre le comte de Hainaut pour recouvrer le comté de Namur, mais il échoua dans sa tentative ); il retourna dans le comté de Luxembourg, s’y fortifia, attendant les événements. La succession de l'évêché de Liége, vacante en 1194, lui fournit l’occasion de rentrer en campagne. Albert de Louvain, frère du duc de Brabant, et Albert de Rethel, soutenu par le comte de
(1) « Adhuc lactantem » Sigeberti Gemblacensis continuatio, an. 1188.
(2) En août 1189.
(3) Berthollet, Hist. du Luxembourg, t. IN., livre 33-34; d’Arbois de Jubainville, Hist. des comtes de Champagne, t. IN., p. 11 et sq.
(4) Orig. parch. A. Meurthe-et-Moselle, B. 590, n°1. — Copie A. M. B. 239, f° 1. — L'acte est parfaitement daté de 1189, cependant Berthollet et Würth-Paquet. — Pub. Soc. Lux.. t. xiv, p. 68 —, placent les fiançcailles de Thiébaut et d'Ermesinde en 1192.
(5) Aubry de Trois-Fontaines, an 1193.
Hainaut se disputaient le siège. Henri de Luxembourg et son futur gendre se déclarèrent naturellement pour le premier, comptant qu'en reconnaissance du service rendu le duc de Brabant les aiderait à reconquérir Namur. Ils furent déçus une fois de plus et le comte de Haïnaut les battit les uns après les autres. Quand il mourut l’année suivante, le comte de Hainaut laissait à son second fils Philippe, le comté de Namur, tandis que l'aîné, Baudouin IX, héritait du Hainaut et de la Flandre.
Le comte de Luxembourg mourut en 1196 après soixante ans de règne; Thiébaut se hâta de faire célébrer son mariage avec sa fiancée qui avait alors une douzaine d'années}, Mais l'empereur Henri VI sous prétexte que les fiefs impériaux étaient des fiefs masculins et sans doute parce qu’il jugeait que le comte de Bar était un vassal très peu sûr dépouilla Ermesinde de tous ses biens, confirmant Philippe, fils de Beaudoin de Hainaut, dans le comté de Namur et donnant celui de Luxembourg au comte Otton de Bourgogne (?). ‘
Thiébaut, dans la circonstance, manœuvra habilement et moitié par persuasion, moitié par argent il obtint qu'Otton de. Bourgogne renonçât à son comté en sa faveur ). Quant à Philippe de Namur, réduit à ses seules forces, il n’était pas pour le comte de Bar un adversaire bien redoutable. Thiébaut envahit le comté de Namur et le ravagea; la guerre fut courte. Philippe, autant parce qu'il se sentait peu en état de résister que pour ménager Thiébaut qui pouvait être d'un utile secours contre le roi de France dans la guerre entre ce dernier et le comte de Hainaut, allié du roi d’Angleterre, consentit à traiter. L'accord fut conclu au monastère Saint-Médard près du pont de Dinant le 26 juillet 1199 (4)
(1) Elle était née en 1184.
(2) Abbé Jehet, Thiébaut Ier, p.193. — Alfred Lefort, La Maison française de Luxembourg dans Ons Hemecht (1° oct. 1900) p. 463, cité par L. Germain, Observations relatives à Thiébaut I°* comte de Bar, p. 7.
(3) Aubry de Trois-Fontaines, an 1196.
(4) Berthollet, Hist. du Luxembourg, t. IV, pr. 40. — Ernst, Hist. du Luxembourg, IX, pr. 29.
et confirmé par Ermesinde en novembre 12001). Le comte de Bar laissait à Philippe le comté de Namur; la Meuse devant servir de frontière entre les deux États. Pour le compenser de cette perte, Philippe donnait à Thiébaut cinq cents livrées de terre et la châtellenie de Laroche sous la suzeraineté du comte de Flandre. Le comte de Bar s'engageait à le servir contre tous, y compris le roi de France, sauf l'évêque de Verdun et le comte de Champagne. Pour l'aide apportée, le comte de Bar devait recevoir du roi d'Angleterre l'équivalent de la terre de Namur. Le comte de Hainaut et de Flandre s'engage en cas de refus du roi d'Angleterre à donner à Thiébaut deux cents livrées de terre. Quant à l'héritage de ces terres, il est ainsi réglé : si le comte de Bar laisse des enfants d'Ermesinde, elles appartiendront à ces enfants quels que soient les mariages que l’un et l’autre puissent contracter par la suite. Si la comtesse de Luxembourg se remarie, sans avoir eu d'enfant du comte de Bar, elles reviendront aux enfants qu’elle aura de son nouveau mari, sauf les cinq cents livrées de terre, qui demeureront au comté de Bar. Enfin, si les deux conjoints meurent sans avoir eu d'enfants, la totalité des terres reviendra au comté de Bar. Le comte de Namur s'engage en outre à ne pas faire la paix avec le roi de France sans le consentement de Thiébaut. En somme, malgré la perte de Namur, les avantages du traité sont pour le comte de Bar. Il est certain que l’un des signataires de l'acte, Renaut de Dommartin, l'adversaire acharné du roi de France, a agi énergiquement pour détacher son cousin de l'alliance française. Nous reviendrons bientôt sur cette conséquence du traité de Dinant.
3. — À partir du traité de Dinant, Thiébaut jouit paisiblement de sa terre de Luxembourg: il n'eut guère de difficultés qu'avec Henri de Pierrepont, évêque de Liége qui contestait quelques points frontières. Pour se garder contre lui, le comte de Bar se fit céder l’avouerie des
(1) Ernst, op. cit., p. 31.
abbayes unies de Stavelot et de Malmédy (!}, et obligea l'abbé à lui promettre de ne jamais aliéner, en d’autres mains que les siennes, le château de Logne (?). L'acte est du mois de mai 1209 (3). En 1212, le comte de Bar attaqua l'évêque, envahit le diocèse de Liége et rasa jusqu’au sol la tour d'Ouffei(#. Henri de Pierrepont se tint alors tranquille.
Nous ne connaissons qu'une douzaine d'actes relatifs au gouvernement du Luxembourg, entre autres deux chartes concernant Stavelot et Malmédy; la première sans date constate que l'abbé a mis sous la protection du comte son abbaye 5) et la seconde de 1212 où le comte règle les droits du châtelain de Combles(®. Le 18 août 1198, Thiébaut fonde pour l’abbaye de Rebais le prieuré de Marville et lui donne une charruée de terre (7); il y ajoute l’année suivante l’affouage des bois de Faïlly (8); en février 1201, il approuve le don fait par Guéry de Frandeu{?) de sa terre de Vohart!10 à l’église de Leffe (11); en 1209 il sanctionne la vente par PRembaut de Muraut de l’alleu de Bure à l’abbaye d'Orval(1?. En 1212, il renonce à ses prétentions sur l’église de Tohongne donnée par son beau-père Henri de Namur à l’abbaye de Floreffe (13),
(1) Avant le traité de Versailles la frontière belge-allemande séparait ces deux abbayes unies jadis sous le même abhé.
(2) Province de Liége.
(3) Berthollet, Hist. du Luxembourg, t. IV, ch. 21 et pr. p. 43.
(4) Gesta ep. Leodiensium, SS. XXV, p. 134 — « Sed tune comes Barrensis terram episcopi ultra Mosam sitam invadit et turrem Ouffei solo adequat ».
(5) B. N. fr. 11853, f° 263.
(6) B. N. fr. 11853, f° 263.
(7) Berthollet, op. cit., t. IV, pr. p. 39.
(8) Meurthe-et-Moselle, Briey, Longuyon. — Berthollet, op. cit., t. IV, pr. p. 40.
(9) Frandeux, Luxembourg.
(10) Waha, Luxembourg.
(11) Berthollet, op. cit., IV, pr. p. 42.
(12) P. H. Goffinet, Cart. de l'abbaye d'Orval, p. 158.
(13) B. N. mss. fr. 11853, fo 181. — E. Tandel, Les Communes luxembourgeoises, V, pr. 299.
M. Grospinien De MATONs. 14
En ce qui concerne les acquisitions de Thiébaut dans le comté de son épouse, on ne peüt citer que deux actes: l'un daté de mai 1213 (1) par lequel Jacques d'Orchimont (?) rend hommage au comte de Bar après le comte ee Rethel pour le château de Laroche, les alleus de Laforest (3), Bellefontaine, Marlières, Mombrète, Chérisey et Mauss) et un acte non daté par lequel Thierry de Rochefort déclare devoir prêter au comte son château contre tous et ce avec l'assentiment de Thierry de Houffalize (4)
Enfin, il y a lieu de signaler la confirmation par Thiébaut de l’affranchissement de Beauraing fait, en 1209, par Simon de Beauraing (5)
B. — Thiébaut, comte de Bar.
1. — Thiébaut s'établit dans l’Argonne. 2. — Relations et guerres avec les évêchés lorrains et le duché de Lorraine. 3. — Relations avec Philippe Auguste.
1. — Thiébaut prit le pouvoir au comté de Bar aussitôt après le départ de son frère. La mort du comte Henri fut connue dans le Barrois dès 1192. Thiébaut, en effet, confirme cette année là, la donation que son frère mourant avait faite aux M ne du Temple d'une rente sur le tonlieu de Bar (6). La même année, il autorise sa mère Agnès à engager ses revenus de la vicomté de Troyes à l'abbé de Trois-Fontaines pour la garantie de quelques dettes ().
B. N. mss. fr. 11853, f° 92, r°.
Belgique, Namur, Gésinne.
B. N. fr. 14853, fo 92, vo.
B. N. Lorr. 719, fo 154.
Tandel, Les communes Luxembourgeoises, V, p. 456.
) Confirmation de Thiébaut, Orig. A. Meurthe-et-Moselle. B. 620, £ 1. Confirmation de Eude de Vaudémont, évêque de Toul. A. M. B. 228, fo 131. :
(7) Marie, comtesse de Troyes, déclare qu'Agnès de Bar, du consentement de son fils Thiébaut de Mousson, a mis en gage entre les mains de l'abbé de Trois-Fontaines, ses biens de la vicomté de Troyes pour le règlement de ses dettes. B. N, mss. latin, 11902, f° 177, w°.
Les premières années de son règne, Thiébaut eut trop à faire avec la difficile succession de Luxembourg, pour rien entreprendre. Mais dès que le traité de Dinant l’eut débarrassé de ces difficultés, il déploya une égale activité sur ses deux frontières de Champagne et de Lorraine. Le comté de Champagne n'avait pour souverain qu'une femme, Blanche de Navarre et un enfant au berceau, fils posthume de Thiébaut III. Le comte de Bar comprit que son véritable voisin de l'Occident était le roi de France, gardien du jeune comte et il prend ses précautions. Vers 1200, Blanche, ayant avec l'appui du roi fait passer des mains du comte de Rethel dans les siennes le château de Sainte-Menehould, Thiébaut se souvient qu'il a, en face de cette ville, un castrum que ses ancêtres ont quelque peu négligé, Clermont-en-Argonne. Il en déloge les châtelains héréditaires soit par la force, soit par des présents. La prise de possession des deux châteaux par les suzerains, causa la plus grande joie aux populations voisines. Car, l’Argonne avec ses forêts inaccessibles, son fouillis de coteaux et d’étangs était devenue un véritable repaire de brigands. Par là passaient les routes qui, dé Metz et de Verdun, menaient en France et les châtelains de Sainte-Menehould et de Clermont détroussaient volontiers les voyageurs (1). |
Donné en 1131, avec Vienne et Hans au comte Renaut I* par Albéron de Chiny, Clermont n'avait jamais été occupé. En 1142, le comte de Bar avait aidé le même évêque à en chasser les ravageurs, Regnier de Baulny et le comte de Grandpré , mais les châtelains n'avaient pas tardé à reprendre le cours de leurs méfaits. Arnoul de Chiny se décida, ‘en 1181, à agir vigoureusement contre eux avec l’aide du
(1) Aubry de Trois-Fontaines, SS. XXIIT, p. 1204. « Comitissa Campaniae Blancha castrum nobile et fortissimum quod dicitur Sanctae Menechildis firmabat super Axonam fluvium ad tutelam gentis facta tamen pro loco eodem commutatione quadam apud castellanum Vitriaci de voluntate regis Franciae similiter comes Barri castrum obtinuit Clarimontis Virdunensis diocesis, heredibus tam vi quam muneribus alienatis. Per ista duo refugia spoliabantur praetereuntes : unde gaudium fuit vicinis quod praedones alienati sunt ab eis ».
duc Simon de Lorraine, mais il fut tué par l’un d'eux, Albert Pichot, devant Sainte-Menehould (1). A la décharge du comte de Bar, il faut noter que l'accès du Clermontois ne fut rendu facile que par la prise en garde de l’abbaye de Beaulieu. Maître de cette terre, Thiébaut put passer à Clermont et s'établir fortement dans l’Argonne.
Il y était incité, d'autre part, par le désir de réunir, à travers les vallées de l’Aiïre et de la Biesme, ses possessions du sud et du nord. A partir de 1200, époque où, selon toute vraisemblance, il s'établit à Clermont ®), il ne cessa d'étendre et de fortifier de ce côté-là ses acquisitions. Au mois de juin 1203, le comte de Grandpré engagea à Thiébaut pour quelques centaines de livres, sa terre d’Andevanne Get le ban de Bettemberch (4. En octobre 1211, Bernard d'Autry, met en la garde du comte de Bar ses trois villes de Binarville 5), Condé 6) et Wiseheri (6) et déclare ne pouvoir les en retirer (1). En 1212, il rend hommage pour ces mêmes villes (3). En juillet de la même année, par l'intermédiaire de Gaucher de Nanteuil, les châtelains de Clermont font un accord définitif avec le comte de Bar, en lui cédant tout ce qu'ils avaient à Clermont et à Auzéville, par contre, Thiébaut promet de ne rien retenir de leurs hommes de Chaumontsur-Aire (9), Tarincourt (0) et Jubécourt (H1).
(1) Laurent de Liège, SS. X. p. 528.
(2) Aubry place ce fait en 1204, M. d’Arbois de Jubainville, Hist. des comtes de Champagne, t. V, p. 22 en 1200. L'engagement d'Andevanne en 1203, semble donner raison à ce dernier.
(3) Ardennes, Vouziers, Buzancy.
(4) Probablement Bettembourg, Grand-Duché de Luxembourg, où nous savons que le comte de Grandpré possédait des biens. Berthollet, Hist. du Luxembourg, t. IV, preuves, p. 376.
5) Ardennes, Vouziers, Monthois.
6 Ouchery, partie d'Ivry-le-Petit, commune de Condé:-les-Autry.
7), B::N.,tfr.,11853;10172,v°.
S) BEN tr 1803 M/S ve
9) Meuse, Bar-le-Duc, Vaubecourt.
10) AuJ. détruit, commune Érize-la-Grande, même canton.
11) Meuse, Verdun, Clermont. A. Lesort, Les chartes du Clermontois, n° V.
Par Cornay ( et par Raucourt (!) que le comte de Bar possédait aussi, le Barrois rejoignait la châtellenie de Stenay, qui sortira momentanément du comté et celle de Dun dont le titulaire doit l'hommage, après l’évêque de Verdun. Là encore, Thiébaut possède en partie la ville importante de Beaumont @). Il est fort possible que ces acquisitions ne se soient pas faites sans protestation de la part du comte de Champagne; car, sans que nous puissions préciser ni quand ni comment, l'importante châtellenie de Belrain fut reprise par Thiébaut du comte de Champagne 6), peut-être pour le dédommager de toutes ces reprises du Barrois en Champagne.
Plus au sud, Jean du Chatelier () est homme-lige du comte de Bar 5). Aïnsi cette prise de possession de l’Argonne éloigne de plus en plus le Verdunois de la Champagne. Henri I et Thiébaut II compléteront l’œuvre et le jour est proche où Verdun, isolé de tous côtés, ne sera plus qu'une enclave au milieu des terres barroises. Notons en passant que Thiébaut ne semble pas être intervenu dans les affaires de l'évêché, pourtant bien troublées, avant l'élection de Robert de Grandpré en 1208. En juin 1210, le comte de Bar tend encore des approches vers Verdun, Gille de Souilly met en la garde d'Henri, fils de Thiébaut, sa ville de Belleray (5). En 1212, l'abbé de Saint-Vanne de Verdun associe le comte et son fils à la possession de la ville neuve d’Auzécourt (9. Cependant en 1213, quelque temps avant'sa
(1) Ardennes, Vouziers, Grandpré. A. Longnon, Documents relatifs au comté de Champagne et de Brie,t. Ier, fiefs n° 2231. Eudes de Cornay rendit hommage au comte de Bar en 1215'et 1216.
(2) En 1258, le sergent de Stenay reconnaît que le comte Thiébaut Ier et son fils Henri Il, ont possédé le tiers de la justice de Beaumont et le droit de chevauchées et que Thiébaut en usa. À. Lesort, op. cif., n°
(3) A. Longnon, op. cit., n° 2465.
(4) Marne, Sainte-Menehould, Dommartin.
(6) A. Longnon, Documents relatifs au comté de Champagne et de Brie, I, Fieïs, n° 2465.
(6) Meuse, arrondissement et canton Verdun, B. N. fr. 11.853, fo 79.
(7) Meuse, Bar-le-Duc, Vaubecourt, B. N. fr. 11.853, fo 91 vo,
mort, Thiébaut avec l’assentiment de son fils Henri fit don à l'Église de Verdun en aumône, de l’avouerie de Lemmes (1.
Par l’Argonne, Thiébaut s’achemine vers les possessions barroises du Nord. Si le Luxembourg se sépare du Barrois à sa mort, du moins lui-même aura contribué à rejoindre au nord de Stenay, momentanément lorrain, l’Argonne à la châtellenie de Briey par l'hommage qu'il reçut du comte de Chiny. En octobre 1204, Louis, comte de Chiny, déclare qu'il est homme-lige du comte de Bar pour Chiny et tous ses autres fiefs; il doit prêter ce château contre tous hommes sans aucune restriction et ses chevaliers et ses bourgeois doivent à Bar la même fidélité ®. Louis ajoute que son père a rendu au même comte hommage pour Chiny @). Plus proche de Briey, en décembre 1208, Nicolas de Han lui prête hommage et reprend de lui Han-devant- Pierrepont (4) et Bazeilles ().
Au sud du comté, Thiébaut recoit en 1213 l'hommage de Ferry de Vaucouleurs et de son fils Louis pour Sauvoye (6), Francheville (6) et Mauvages (,de Renaut de Gondrecourt (8), et de Gautier de Vignory (). En juillet 1200, il avait réglé avec Guy de Dampierre les duels de ses vassaux avec ceux de Guy à Saint-Dizier. L'homme du comte qui provoquera un sujet du seigneur de Saint-Dizier se batira à Bar; si c'est au contraire un homme de Guy de Dampierre qui est le provocaleur, le combat aura lieu à Saint-Dizier (10), Les rapports directs du comte de Champagne avec le Barrois
(1) Meuse, Verdun, Souilly, Wassebourg, { cecxzvin r°; Clouet, Hist. de Verdun, t. II, p. 292.
(2) Wurth-Paquet, Publ. soc. Lux. t. XIV (1858) n° 23, B. N.fr. 11853, fo 137, r°.
(3) L'acte antérieur a disparu. Cf. Abb6 Jehet et Léon Germain, op. cit.
(4) Meuse, Montmédy, Spincourt.
(5) Meurthe-et-Moselle, Briey, Longwy. Wurth Paquet, loc. cit., n° 26.
(6) Meuse, Commercy, Void: Francheville est probablement Villeroy.
(7) Meuse, Commercy, Gondrecourt. B. N. fr. 11853, f° 291-ro0. ;
(8) B. N. fr. 11853, fo 221, vo.
(9) B.N.fr. 11853, { 248.
(10) Dom Calmet, t. II, pr. 412.
si fréquents sous Henri Il n'existent à peu près pas sous Thiébaut. À peine peut-on citer un acte d'avril 1206, où Thiébaut échange quelques-uns de ses serfs avec Blanche de Champagne et règle les formariages entre le Barrois et le comté voisin (1) et une souscription du comte de Bar au bas d'un acte de Blanche, réglant le droit héréditaire des filles en Champagne ®). En novembre 1206, Blanche juge un différend qui s'était élevé entre le comte de Bar et Gérard de Juilly ). C'est que Thiébaut hérite du chef de sa grand'tante probablement, Clémence de Bar, dame de Clermont en Beauvaisis, puis de Dommartin, de Juilly, des Alnes (* des Istes, de Buru Ü), et de Flavigny (6). Nous verrons plus loin qu'outre ces fiefs éloignés, le comte de Bar reçut d'Hermance de Trainel divers biens vers Bar-sur Seine, Nogent-sur-Seine, Provins et Sens.
2. — L'une des plus importantes acquisitions de Thiébaut fut celle de la mouvance du comté de Vaudémont. Ce fief important passa dans son hommage avant 1200, sans qu'il soit possible de préciser autrement la date. D’après Jean de Bayon, le comte Henri de Vaudémont aurait perdu de grosses sommes d'argent dans sa guerre contre le dut Ferry de Lorraine et aurait été obligé de rendre à Thiébaut à perpétuité l'hommage de Vaudémont, de Châtel-sur-Moselle (?) et du château de Bainville (#). Après qu'il fut parti en Sicile se refaire, son fils rendit hommage pour le comté 9%). Il y a probablement fort peu de chose d'exact dans le récit de Jean de Bayon, en tous cas, il: se trompe
(1; Chantereau-Lefèvre, Traité des fiefs, II, p. 30; A. N. J, 911, n° 1. 2) A. Teulet, Trésor des chartes, t. I, n° 1031.
3) Seine-et-Marne, Meaux, Dommartin, A. Teulet, op. cit., n° 1067. 4) Aulnay-aux-Planches et Aulnizeux. Marne, Châlons, Vertus.
(b) Les Istres et Bury. Marne, Epernay, Avize.
6) Même canton. A. Longnon. Documents, etc. Fiefs, II, p. 19 et sq. 7) Vosges, Épinal, chef-lieu de canton.
8) Meurthe-et-Moselle, Nancy, Haroué.
9) Allusion à l'hommage rendu en avril 1216 au comte Henri IT par Henri de Vaudémont. Cf. P. Benoit-Picart. Réplique aux deux lettres qui servent d’apologie sur l’origine de la maison de Lorraine, Toul 1713, in-12, p. 199.
certainement pour la date, Ferry ne devint duc de Lorraine qu'en 1205 et dès 1200, le comte de Vaudémont relève du comte de Bar (!}, par contre, il est peut-être vrai que la mouvance ait été acquise à prix d'argent (?:. |
Thiébaut n’est guère intervenu dans l'évêché de Toul. En 1197, l'évêque Eudes de Vaudémont adresse une plainte contre le comte de Bar qui a inquiété son église (). Nous ne savons à propos de quoi fut faite cette plainte, ni quelle suite fut donnée à l'affaire. Eudes mourut d’ailleurs l’année suivante et fut remplacé par Maheu de Lorraine, fils de Ferry de Bitche et frère du duc Ferry I. Maheu ne sortit guère de son évêché; pillard de la pire espèce, il était déjà en procès à Rome en 1205 {#; excommunié, puis absous P), puis enfin déposé en 1209 (6), il ne fut jamais sacré. Après la déposition de Maheu, Thiébaut intervint et obtint du roi de France son intervention pour faire élire un de ses parents. Espérait-il par là étendre son influence sur l'évêché de Toul comme il le faisait déjà sur celui de Verdun? C'est ainsi qu'il porta au siège de Toul son cousin Renaut de Senlis (7. Renaut était fils de Guy de Senlis, seigneur de Chantilly et de Marguerite de Clermont, fille elle-même du dernier comte de Clermont et de Clémence de Bar. Thiébaut passera les trois dernières années de sa vie à aider Renaut à rétablir la paix dans son évêché et à se défendre des entreprises du duc de Lorraine.
On aurait pu croire que le mariage d'Agnès avec l’héritier du duché de Lorraine ferait cesser les hostilités entre la maison de Bar et le duc. Il n’en fut rien. Peu de temps
1) En avril 1200, le comte de Vaudémont déclare qu'il est homme-
lige de la comtesse de Champagne sauf la ligeance du comte de Bar.
Chantereau-Lefèvre, Trailé des fiefs, I, p. 17.
2) Jean de Bayon, ch. 23.
3) P. Benoit Picart, Hist. de Toul, livr. 4, ch. 12.
4) Migne, Patr. Latine, t. 215, p. 659.
5) Migne, Patr. Latine, t. 215, p. 861 et 1087.
(6) Migne, Patr. Latine, t. 216, p. 169.
7) P. Benoit Picart, liv. N, ch. xiv. Dom Calmet IE, liv. XXI, BY
ch.
sans doute, après le traité} de Dinant, Ferry II se disputa avec son beau-père. Nous n'avons aucun détail sur les origines et les péripéties de la lutte, nous possédons seulement les traités qui la terminèrent. Il est facile de se rendre compte en les examinant que le comte de Bar a profité de sa situation vis-à-vis de Ferry et de sa puissance pour prendre des gages sur la Lorraine.
Ferry IL, puisque Simon, son oncle, n'avait pas d'enfant, se trouvait être l'héritier du duché de Lorraine; mais il n'était pas sûr de lui succéder sans conteste, autant à cause de l’avidité deson père Ferry de Bitche que de celle de son oncle, Mathieu, comte de Toul. Au traité conclu en novembre 1202 (1), Ferry promit à son beau-père de l'aider contre tous hommes et s’il manque à sa fidélité de renoncer à la dot de son épouse : Amance, Longwy et Stenay (?). De plus, il abandonne au comte de Bar l'hommage du comté de Vaudémont que celui-ci possédait déjà et qui désormais ne relèvera plus que de lui et celui d'Erard de Sorcy; pour gage de ces conventions, Thiébaut relient le château de Gerbéviller P) et celui d'Ormes (4. En retour, il promet à Ferry de l'aider à retenir et à conserver ses droits héréditaires au duché de Lorraine. Dans ce même accord cependant, Thiébaut déclare réserver les droits de Mathieu de Toul qui obtiendra à la mort de Simon les fiefs de Chatenois) et de Gondreville (6). En même temps, Thiébaut obtenait du comte de Toul, que celui-ci se reconnüt son vassal pour
(1) B: N: Coll. Lorr. 719, f° 148, v°, fr. 11853, f° 262, r°. — Edit: de Pange, Mém. Soc. Arch. Lorr., 1892, p. 75.
(2) Clause précieuse qui permettait au comte de Bar de rentrer à la première occasion dans ces biens magnifiques. Si Amance entre pour toujours dans le duché, Stenay et Longwy ne tarderont pas à revenir à des dates différentes dans le comté de Bar.
(3) Meurthe-et-Moselle, Lunéville, chef-lieu de canton.
(4) Meurthe-et-Moselle, Nancy, Haroué. Ces deux châteaux avaient été donnés à Ferry de Bitche par son frère Simon en 1179. Dom Calmet, t. IL pr, p. 382. :
(5) Vosges, Neufchâteau, chef-lieu de canton.
(6) Meurthe-et-Moselle, arrondissement et canton de Toul.
Fontenay (1)et Blainville @). L'hommage de ces deux chàteaux appartient au comte de Bar, à son fils Henri, où à défaut, à Ermesinde de Luxembourg et à ses héritiers, nés de Thiébaut, ou enfin, si tous mouraient, aux héritiers d'Agnès de Bar, duchesse de Lorraine 8. Ces clauses ne aurent d’ailleurs pas remplies, elles étaient subordonnées à la possession par Mathieu de Toul des terres de Gondreville et de Chatenois; or, à la mort de Simon, le comte de Bar préféra que celles-ci restassent à la Lorraine (4.
La paix ne dura guère au delà de l’avènement de Ferry II qui eut lieu en 1205 5). Sans doute pour se débarrasser de la tutelle de son beau-père, Ferry s’allia à l'évêque de Metz, Bertram, en 1207. Sans attendre qu'on lui déclare la guerre, Thiébaut pénétra dans les terres messines, assiégea et prit le château de Vic que l’évêque venait de construire, fit prisonnier cent bourgeois, détruisit le château et se tourna ensuite vers la Lorraine, la dévasta et rasa le château de Prény. Ferry à son tour ravagea les terres de l’abbaye de Gorze, dont le comte avait la garde et qui paya souvent par la suite les querelles des deux pays. Thiébaut, pour venger l’abbaye, entra de nouveau en Lorraine, surprit à l'improviste le duc le 3 février 1208, le battit et le ft prisonnier ainsi que ses frères, Philippe de Gerbéviller et Thierry d'Enfer (5). Le duc et ses frères restèrent captifs jusqu'à la paix qui fut conclue le 2 novembre 1208 en présence de la noblesse des. deux pays \’). Le duc Ferry et ses frères promettent de
(1) Meurthe-et-Moselle, arrondissement et canton de Toul.
(2) Meurthe-et-Moselle, Lunéville, Bayon.
(3) BAN; Lorr: 719, 5 148 fn. 11853 PI264 Édit. Ferry de Pange, Mém. soc. Arch. Lorr., 1892, p. 76.
(4) Ferry de Pange, op. cit.
(5) Avec M. de Pange nous admettons que Ferry, père de Ferry IL, n’a jamais été duc de Lorraine.
(6) Aubry de Trois-Fontaines, an. 1207 et 1208. — Thiébaut aurait vaincu Metz avec une armée de Français, de Bourguignons et d'Aquitains.
(7) Ce traité a été édité par Dom Calmet, IL, pr., 375 et tout récemment par M. Dieterlen dans Mém. Soc. Arch. Lorr., t. LXIII (1913), p. 48 et sq. € Le Fond Lorrains aux Archives de Vienne » d'après l'original déposé dans ces archives.
garder fidèlement la paix qu'ils vont faire. Le comte conservera les châteaux qu'il tenait avant la guerre; après la mort du comte, ses héritiers possèderont en paix tout ce que luimême aura possédé. Toutefois, sa fille Agnès ne sera pas admise au partage, elle n'aura que sa dot : Longwy, Amance et Stenay dont le comte jouira d’ailleurs sa vie durant.
Sa situation ainsi réglée vis-à-vis de la Lorraine, Thiébaut en arrive à l'objet du litige. Les vassaux du due comme ceux du comte garderont leurs possessions, telles qu'ils les avaient avant la guerre jusqu'à satisfaction. Le duc fera démolir le château de Romont (1), si le comte le désire et ne pourra le reconstruire qu'avec sa permission. Pour garantie de cette clause, Ferry remet entre les mains de son beaupère le château de Chatenois ®). Si le duc fait la paix avec le seigneur de Romont, Thierry, il associera à cette paix le comte et ses alliés et s'il ne fait pas la paix, il devra aider le comte contre Thierry.
Le duc paiera les frais de la guerre s’élevant à deux mille livres pour lesquelles il donne des cautions, lesquelles, en cas de non-paiement, devront se rendre aux prisons du comte, faute de quoi Thiébaut saisira leurs châteaux. Ces cautions sont : Eudes de Bourgogne pour deux cents marcs, Simon de Joinville pour deux cents mares, Philippe de Florange pour deux cents marcs, Ferry comte de Toul pour deux cents mares, Aubert de Darney ‘? pour deux cents marcs, Gilon de Cons (), Aubry de Rozitres ®), Guéry de Prény, Simon de Passavant (5, Simon de Parroy M, Simon de Ville $), Charlon de Gondreville, Arnould de
(1) Vosges, Épinal, Rambervillers.
(2) Ce château de Chatenois devait, nous l'avons vu, revenir au comté de Toul. Conservéau duché de Lorraine par la bienveillance de Thiébaut, il tombe entre les mains de l’habile comte de Bar.
(3) Vosges, Mirecourt, chef-lieu de canton.
(4) Cons-la-Grandville. Meurthe-et-Moselle, Briey, Longuyon.
(5) Meurthe et-Moselle, Nancy, Saint-Nicolas.
(6) Haute-Saône, Vesoul, Jussey.
(7) Meurthe-et-Moscelle, arrondissement et canton Lunéville.
(8) Ville-sous-Illon. Vosges, Mirecourt, Dompaire.
Volkrange (1) et Arnoul de Sierck (@), chacun pour cent marcs.
Le duc promet de ne pas donner sa fille en mariage au fils de Gautier de Vignory G) et, en tous cas, s’il ne pouvait s'opposer au mariage, de ne pas la doter.
S'il arrive quelque différend entre le duc et le comte ou leurs hommes, le duc sera tenu de réparer le dommage dans les quarante jours. Si le duc et ses frères faisaient la guerre au comte ou à son fils ou prenaient ses châteaux, les pleiges de la paix passeraient dans la mouvance du Barrois. Enfin, si l’un des pleiges venait à faire la guerre au comte, le duc devrait aider le comte contre lui.
Moyennant ces concessions, le ducest libre, mais non ses frères qui restent en prison. Au cas où la paix serait enfreinte par le duc ou ses frères, le comte conservera Amance, Longwy et Stenay qui, dans ce cas, feront retour à ses héritiers, Agnès excepté. Le duc devra en outre fournir comme otage le «roi » d'Allemagne que le comte voudra avec ses lettres ouvertes () et remettre entre les mains du comte le château de Sierck. Chatenois et Sierck seront rendus au duc après l'exécution des clauses du traité.
Le duc donne comme otages le duc Eudes de Bourgogne qui a ses lettres ouvertes et son serment F), les seigneurs précédemment nommés comme caution des deux mille marcs et en plus le comte Henri des-Deux-Ponts (6), Hugue de la Fesche (1), le comte Henri de Salm, Milon de Vandiè-
(1) Moselle, arrondissement et canton Thionville.
(2) Moselle, Thionville, chef-lieu de canton. (8) Haute-Marne, Chaumont, chef-lieu de canton.
(4) © Daturus est etiam Dux Comiti in ostagium hujus pacis Regem Alemanie quem comes voluerit, cum suis apertis ». Le mot Rex Alema-
nie doit se traduire par prince allemand ou vassal de l'Empire et non par l'Empereur ou le Roi des Romains.
(5) Le duc Eudes de Bourgogne serait donc le « Rex Alemanie » désigné par le comte de Bar.
(6) Palatinat Bavarois, chef-lieu de cercle.
(7) Lafauche. Haute-Marne, Chaumont, Saint-Blin.
res (1), Gérard de Dalem (?), Olry d'Offroicourt ), Gérard de Villacourt (1), Simon le jeune de Parroy, Simon avoué de Metz, Geoffroy de Deuilly 5), Aubert de Volkrange, Valéran de Limbourg, Jean de Montelair (6), Gilon de Berg (1), Ferry du Pont-de-Trèves (8), Guéry de Fontoy (9, Tougré: de Bitche, Thierry de Chambly (0), Olry de Neuviller (11), Gauthier de Prény et Aubert de Parroy. Au cas où le duc ne remplirait pas ses engagements, ces otages passeraient avec leurs fiefs dans la mouvance du Barrois.
Quant aux ravages faits en l'évêché de Metz, sur la plainte de l'évêque, le pape Innocent III nomme Gautier, abbé de Saint-Urbain pour en informer. Sur son rapport, Innocent excommunie Thiébaut qui, pour se racheter, promet de se croiser contre les Albigeois. Telle est la version de l’histoire de Metz des Bénédictins (1?) Elle ne concorde pas du tout avec les documents contemporains. Le pape Innocent n'est intervenu qu'incidemment dans la querelle entre le comté de Bar et ie duché de Lorraine, mais Thiébaut se trouve bien, comme ses prédécesseurs, dans le parti pontifical. Entre les deux compétiteurs qui se disputaient l'Empire au temps de Thiébaut, Otton de Brunswick et Philippe de Souabe, le pape s'était déclaré pour Otton. Lorsque Philippe de Souabe fut assassiné en 1208, pour assurer à son protégé contre un successeur de Philippe l'appui du roi de France, Innocent III écrivit à ce dernier une lettre où il lui énuméra les raisons qu'il avait de combattre le duc de Souabe (#3). L'une de ces.
(1) Meurthe-et-Moselle, Nancy, Pont-à-Mousson.
(2) Moselle, Boulay, Bouzonville.
(3) Vosges, Mirecourt, Vittel.
(4) Meurthe-et-Moselle, Lunéville, Bayon.
(5) Commune de Serécourt. Vosges, Neufchâteau, Lamarche. 6) Commune de Besseringen, Province Rhénane, Mertzig. 7) Province Rhénane, Cercle de Sarrebourg.
8) Château situé en face de Trèves.
9) Moselle, Thionville, chef-lieu de canton.
0) Meurthe-et-Moselle, Toul, Thiaucourt.
1) Meurthe-et-Moselle, Nancy, Haroué.
2) Dom Tabouillot, Hist. de Metz, t. IX, p.314. 3) Migne, Patr. Lat., t. 216, p.1153.
raisons, c'est que Philippe de Souabe a tenté d'intervenir — intervention que seule sa mort a arrêtée — contre « l’aimé et fidèle cousin du roi, le comte de Bar » et même qu'il en voulait au roi de France qui n'aurait pas permis l’'écrasement du comte de Bar (1). Le ton de la lettre du pape à l'égard de Thiébaut n’est pas du tout celui qu'on tient vis-à-vis d'un homme qu'on vient excommunier.
Cette intervention de Philippe de Souabe dans les affaires de Lorraine et de Bar est, à vrai dire, la seule mention que nous ayons des relations du Barrois et de l'Empire, au temps de Thiébaut, depuis l'ingérence d'Henri VI dans la succession du Luxembourg, en 1197. L'Empire d’ailleurs, pendant tout le règne d'Otton IV qui dura jusqu’à 1215, est en pleine anarchie.
Quant au traité du 2 novembre 1208, on a dit qu'il plaçaïit le duché de Lorraine dans la dépendance politique du Barrois (2). Il était, en effet, difficile au souverain lorrain de bouger sans léser les intérêts du comte Thiébaut et de fait, Ferry ne bougea plus pendant les cinq dernières années de son règne. D'autre part, nous verrons que toutes les obligations du traité n'ont pas été remplies; le château de Romont, en tout cas, n'a pas été démoli, mais Thiébaut en obtint l'hommage que lui prêta Thierry de Romont 6). D'autre part, Gautier de Vignory, dont une clause du traité interdisait le mariage avec la fille de Ferry, rentra aussi dans la vassalité du comte de Bar en 1213 (#.
(1) « Tertio quoque cum comes Barri dilectus et fidelis consanguineus tuus ducem Lotharingie infestaret eumque in sua terra cepisset, tu prefato Philippo pacem de ipso duce pro memorato comite obtulisti, quæ modio omnibus ad ipsorum videlisset Philippi et ducis, cedebat honorem quemadmodum tibi et aliis pluribus videbatur : qui super hoc et nuntium suum indebite tibi respondens ad aggrediendum praedictum comitem precum tuorum immemor, exercitum jam cilaret, sed Domino permittente, in illo fuit itinere interfectus..….. necnon etiam quia te non sustinere putabat quod ipse per injuriam comitem exhaeredebat ».
(2) Clouet, Hist. de Verdun, NW, p. 335.
(3) Sans date B. N., fr. 11853, f 92. Consentement de Ferry de Lorraine, tbidem, f° 253. ,
(4) B. N. fr. 11853, f° 248. Lorraine 718, f° 50.
Quand Renaut de Senlis fut élu à l'évêché de Toul en 1210, le duc Ferry ne semble pas s'être opposé personnellement à l'élection voulue par le comte de Bar. Par contre, de nombreux seigneurs lorrains du voisinage avaient profité des difficultés de l’évêque Maheu pour piller l'évêché. En 1213, après la mort de Ferry, Renaut, pour se débarrasser des pillards, mit garnison dans les châteaux de Bourron ({)et de Liverdun. Le duc Thiébaut qui venait de succéder à Ferry en prit ombrage, il accusa l’évêque de vouloir s’allier au comte de Bar pour lutter contre lui et finalement attaqua le château de Bourron et le rasa.
Renaut se réfugia à Bar, il ne revint à Toul qu'en 1215 après que la paix eut été faite par l'entremise de l’évêque de Metz. Thiébaut de Lorraine consentit à payer les frais de la guerre et ceux de la reconstruction du château de Bourron (?. Renaut avait accompagné le comte de Bar à la croisade contre les Albigeois. Si le récit du P. Picart est exact, il aurait transporté à son retour, devant l'attaque de Bourron, le siège de l'évêché et de l'officialité à Bar, il aurait ainsi vécu auprès de Thiébaut jusqu’à la mort de celui-ci et aurait assisté le jeune Henri dans la première année de son règne. Renaut mourut en 1217, et eut pour successeur Gérard de Vaudémont.
3. — Philippe Auguste ne s’attarda pas longtemps en Terre Sainte. La succession du comte de Flandre mort en Palestine et les affaires du Royaume intéressaient davantage ce roi pratique que la conquête de Jérusalem. A la fin de l'année 1191, il était revenu en France. Richard Cœur de Lion s'était fait arrêter lors de son retour à travers l’Allemagne. L'occasion était belle pour Philippe de reprendre sa politique un instant interrompue contre les Plantagenets et de récupérer les fiefs français du roi d'Angleterre. Il envahit presqu’aussitôt la Normandie et traita avec Jean Sans Terre impatient de régner à la place de son frère (3).
(1) Meurthe-et-Moselle, arrondissement et canton Toul.
(2) D’après le Père Benoit Picart, Hist. de Toul, L. IV, ch. 14. Gallia Christiana, XIII, p. 1010 reproduit le même récit.
(3) A. Luchaire dans Hist. de France de Lavisse, t. II, 2 partie, p. 110.
Malheureusement pour Philippe et pour Jean, l'empereur Henri VI devenu possesseur de Richard Favait remis en liberté moyennant une énorme rançon et Richard rentrait en Angleterre le 20 mars 1194 bien résolu à châtier le roi de France (t). Une guerre de cinq ans, où rouliers et sou: dards s’en donnèrent à cœur joie, débuta au mois de mai. Jean Sans Terre réconcilié avec son frère lui livra Evreux et Richard reprit au roi de France le château de Loches. Philippe vaincu envoya ses barons pour traiter. Une conférence. fut réunie au Vaudreuil le 16 juin 1194; l'archevêque de Reims, le comte de Nevers et le comte Thiébaut de Bar y représentent le roi de France 2). Sans doute, Thiébaut se trouvait-il à l’armée de Philippe Auguste dès le début de la campagne ?
La conférence n’aboutit pas et la guerre reprise aussitôt fut défavorable au roi de France qui perdit à Fréteval, le 3 juillet 1194, son trésor et ses archives. La guerre dura avec quelques alternatives de paix très courtes jusqu'à la mort de Richard, à la fin de mars 1199. Thiébaut n'y prit aucune part après la conférence de Vaudreuil. Il était trop occupé par ses fiançailles et la difficile succession de son beau-père.
Richard ne laissait pas d’héritier direct. Deux compétiteurs se disputaient ses états : Arthur de Bretagne, fils de son frère Godefroy et Jean sans Terre. Jean fut reconnu par la Normandie et par l'Angleterre. Par contre Guillaume des Roches, sénéchal des comtés d'Anjou et de Touraine, reconnut Arthur de Bretagne. Philippe Auguste, de même qu'il avait soutenu Jean contre Richard, soutint Arthur contre Jean. Le roi d'Angleterre chercha des alliés en France, il en trouva facilement et tout d'abord en la personne de Renaut de Dommartin. Nous avons déjà eu l’occasion de parler de ce personnage. D'une illustre famille de l'ile de France, vassale immédiate du roi, il fait figure de bandit, aventurier sans foi, pilleur d'église, excommunié perpétuel, il avait
(1) Ibidem, p. 113.
(2) Roger de Howden, Hist, des Gaales t. XVII, p. 569.
réussi, grâce à la protection de Philippe Auguste, à épouser en 1190, Ida, héritière du comté de Boulogne. Il avait déjà, en 1181, trahi le roi qui lui avait pardonné et avait fait sa fortune. Il le trahit une seconde fois en 1196. Or, Renaut était le cousin germain de Thiébaut par sa mère Clémence de Bar, fille de Renaut I. Avec Renaut, le comte de Flandre et de Hainaut, Baudouin IX, passa au roi d'Angleterre. Cette défection fut cause sans doute de la rapidité avee laquelle fut conclu l'accord de Dinant qui laissait au comte de Bar le Luxembourg. Renaut n’eût pas de peine à persuader le comte de Flandre de ménager son cousin pour s’en faire un allié. Thiébaut, qui n’était nullement le vassal du roi de France et ne lui devait rien, crut de bonne politique de s’allier avec eux, d'autant qu'on lui promettait d'intervenir auprès du roi d'Angleterre pour qu'il lui inféodât des terres 4). Thiébaut eut une entrevue avec le roi d'Angleterre, la même année, aux Andelys ) et il est certain que la promesse fut mise à exécution (). Nous ignorons la situation et la valeur des terres anglaises qui furent alors inféodées au comte de Bar. |
Nous n'avons pas à entrer dans le détail de la guerre qui suivit entre Jean Sans Terre et Philippe Auguste. Arrêtée par la défection de Guillaume des Roches, elle se termina par Ja paix du Goulet, en mai 1200. Cette paix, dans la pensée du roi de France, n'était qu'une trève. Tandis que Jean sans Terre était occupé à réduire les barons d’Aquitaine qu'avaient exaspérés ses maladresses, Philippe se ménageait des alliés dans le nord du royaume. Renaut de Dommartin obtint une seconde fois son pardon et rentra dans ses fiefs, il entraîna sans doute avec lui le comte de Bar; quant à Baudouin de Hainaut, il était parti, en
(1) Cf, plus haut, p. 208.
(2) Robert de Mont, Hist. des Gaules, t. XVIII, p. 340 c. « Comes de Bar, comes Flandrensis et comes Boloniae et omnes contra regem Franciae conjuraverunt ».
(3) Ceci résulte d’un acte postérieur où le roi d'Angleterre rend au comte de Bar les terres qu’il lui a jadis inféodées, puis retirées. Cf. plus
loin, p. 227.
M. Grosoiniër pe Marons. 15
1201, pour la Terre Sainte. De plus, le comte de Champagne, Thibaut, venait de mourir et Philippe, gardien des biens de son fils mineur, ajoutait à ses propres forces celles des comtés dont il avait la garde. Sûr de la victoire, le roi de France cita Jean à comparaître devant sa curie et celuici, s'y étant refusé, fut condamné à la fin d'avril 1202 à la perte de ses fiefs. Pour mettre la sentence à exécution, Philippe Auguste envahit la Normandie, tandis qu'Arthur de Bretagne se jetait sur le Poitou, mais Arthur fut vaincu et fait prisonnier.
La guerre reprit au printemps de 1203. Les Français s'emparèrent de la vallée de la Seine, de la Touraine et de l’'Anjou. Jean Sans Terre s'en vengea en faisant assassiner lâchement son neveu Arthur de Bretagne. Cette nouvelle maladresse, ajoutée à tant d’autres, légitimait la conduite du roi de France qui, en février 1204, attaqua l'énorme forteresse de Château Gaillard. L’ayant prise le 6 mars, il sempara de toute la Normandie que lui livrèrent les routiers anglais mal payés par le roi d'Angleterre. Seule, la capitale des États continentaux de Jean sans Terre résista vigoureusement. Les Rouennais, bourgeois d’une ville indépendante, riches au surplus et concurrents des marchands de Paris, ne tenaient pas à devenir les sujets du roi de France. Ils tinrent quarante jours, mais, ne recevant aucun secours du roi d'Angleterre, ils se rendirent le 24 juin 1204. Le comte Thiébaut figure dans l'acte de reddition de la ville (©. Il a donc fait toute une partie de la campagne avec le roi de France et, comme aucun acte n'émane de lui, entre juin 1203 et octobre 1204, nous pouvons supposer, avec beaucoup de vraisemblance, qu’il avait rejoint l’armée royale, en Normandie, en juillet 1203 et qu'il la quitta après la capitulation de Rouen.
Le comte de Bar ne prit plus aucune part aux guerres du roi. Nous ignorons de quelle façon Philippe-Auguste récompensa Thiébaut, alors qu'il donnait à Renaut de Dommartin, Morlain, Aumale et Varenne et qu'il fiançait
(1) L. Delisle, Cat. des actes de Philippe Auguste, n° 828.
son fils légitimé, Philippe Hurepel, à la fille du comte de Boulogne? Du moins, le roi intervint-il pour protéger son allié contre Philippe de Souabe, en 1208, et pour faire nommer Renaut de Senlis, parent du comte, à l'évêché de Toul. De son côté, en 1209, Thiébaut accepte d'être caution vis-à-vis de Philippe-Auguste, du comte de Rethel, qui avait promis d'indemniser des églises ravagées par lui (1). Cette bonne entente ne dura pas jusqu’à la fin du règne de Thiébaut et la faute en est encore à Renaut de Boulogne, qui reprochait au roi de ne l'avoir pas soutenu dans sa guerre contre l'évêque de Beauvais.
Renaut se révolta une fois de plus et entra en pourparlers avec Jean Sans‘ Terre et l'Empereur Otton. Philippe le dépouilla de ses biens et Renaut fut réduit à s'enfuir en terre d'Empire. En 1212, il vint demander asile au comte de Bar qui le reçut et le garda près de lui ®). Le comte de Boulogne s’empressa de reconnaître cette hospitalité en obtenant du roi d'Angleterre, le 23 mai 1212, que celui-ci rendit à Thiébaut les fiefs qu'il lui avait autrefois donnés (). Toutefois, comme le comte éprouvait sans doute quelques scrupules à entrer dans l’hommage de Jean Sans-Terre, ce fut son fils Henri qui rendit le service. Le roi l’invita même en Angleterre, mais il n’est pas probable qu'Henri s’y soit rendu (.
Pour cette raison, nous ne croyons pas que Thiébaut assista à la célèbre entrevue du fils de Philippe Auguste avec l'adversaire de l'Empereur Otton, le candidat à l'Empire, déjà reconnu par une partie de l'Allemagne, Frédéric IL. Cette entrevue, destinée à préparer la coalition qui devait renverser Otton, eut lieu cependant à la frontière du Barrois à Rigny-la-Salle 5) le 11 novembre 1212 et Renaud de Senlis, évêque de Toul, l’ami et le parent de Thiébaut, ainsi que le
(1) L. Delisle. op. cit., n° 1431. Avril à Hesdin. (2) Hist. des Gaules, t. XVII, p. 86.
(3) Rymer Foedera, I, p. 160.
(4) Ibidem.
(5) Meuse, Commercy, Vaucouleurs.
duc de Lorraine y assistaient (!). Le nom du comte de Bar ne figure pas parmi les témoins du traité d'alliance conclu à Toul le 19 novembre entre le roi de France et Frédéric