‹ Le Comté de Bar des Origines au Traité de BrugesChapitre 21 sur 57 · II · texte numérisé non relu

II

C. — La croisade, les fondations, la mort de Thiébaut Ier Ses mariages et sa postérité.

1.— La croisade contre les Albigeois. 2. — Les fondations de Thiébaut Ier. 3. — Les testaments. 4. — Les mariages et les enfants de Thiébaut Ier.

1. — Thiébaut avait-il fait vœu d'aller à la croisade? Nous avons dit ailleurs, que nous ne croyons pas que ce vœu ait été formulé à propos du sac de Vic. En tous cas, vœu ou piété, la guerre contre les Albigeois allait donner à Thiébaut le moyen de satisfaire l’un et l’autre avec le moins de frais et de risques possibles. Il tenait peu aux aventures lointaines, dont la triste fin de son frère semble l'avoir détourné. L'occasion s'était, en effet, présentée pour lui d'aller en Terre Sainte dans des conditions particulièrement glorieuses. Après le refus du comte de Champagne et du duc de Bourgogne, Geoffroy de Joinville fut chargé d'aller demander au comte de Bar en 1201 de prendre le commandement de la quatrième croisade. Thiébaut déclina l'honneur 6); il était trop occupé dans le Luxembourg d’ailleurs pour pouvoir impunément quitter ses états.

En 1211, aucun obstacle ne s'opposait à son départ et le lieu de la campagne n'était pas loin. Dans la pensée de la Papauté, la guerre contre les Albigeois ne différait pas de la croisade musulmane; elle fut toutefois effroyablement plus atroce. La « Guerre Sainte » était commencée depuis deux ans quand Thiébaut s’y rendit.

(1) Guillaume le Breton, Hist. des Gaules, t. XNIX, p. 86..— Ex chronico anonymi Laudunensis canonici, tbidem, t. XVII, p. 716.

(2) Martene, Th. nov. aned., t. I, p: 1111.

(3) Geoffroy de Villehardouin, ch. 38 et 39.

Avant de partir, il rédigea son testament, daté du jour de Pâques, 3 avril 1211 (1); mais il ne devait quitter le Barrois qu'un mois plus tard; plusieurs actes datés de mai en font foi. Aubry de Trois-Fontaines assure que le comte Thiébaut emmena avec lui son fils Henri @). Cette assertion est fausse, Henri liquidait à ce moment-là la succession de sa mère, Hermance de Bar-sur-Seine; en juin, il était à Nogent auprès de Blanche de Champagne G). Le commandant en chef des croisés, Simon de Montfort, se trouvait vainqueur déjà et en possession de nombreux châteaux (4), quand le comte de Bar arriva à Carcassonne à la tête d’une forte armée. Heureux de ce renfort, Simon l’envoya chercher; les guides conduisirent le comte de Bar proche Toulouse où était l’armée des croisés 5). Une bataille fut livrée devant la ville au comte Raymond VI qui, vaincu, s’enferma dans les remparts. Le siège commença, siège incomplet, car les croisés n'étaient pas assez nombreux pour investir la place. Le comte de Bar y prit part avec plusieurs nobles d’Allemagne (6), dont le comte de Châlon et le comte de Grandpré. Une sortie des assiégés leur fut défavorable; ils perdirent Raymond de Castelbon et Guillaume de Rochefort, frère de l’évêque de Carcassonne.

Ils furent plus heureux une autre fois : les comtes de Comminges et de Foix, parents et alliés du comte de Toulouse, s'emparèrent des convois de vivres des assiégeants. Ceux-ci se vengèrent en dévastant systématiquement les vignes et les champs autour de la ville. Cependant la faim,

(1) A. Lesort, Chartes du Clermontois, n° 63.

(2) Aubry de Trois-Fontaines, an. 1211 : « Dominus abbas Cisterciensis publicam predicationem commisit, quorum unus Virduni et Metio predicavit, et quasdam guerras mortales pacificavit, comitem Barri, cum filio Henrico et alios innumerabiles cruce signavit ».

(3) B-2N:fr. 11853,1f2.20.

(4) Aubry de-Trois-Fontaines, an. 1211 : « Bene nostri jam acquisierant castra centum et quadraginta quando comes Barri advenit ».

(5) Pierre de Vaux-Cernay, Hist. des Gaules, t. XIX, p. 48.

(6) Ibidem, « Fuit in obsidione illa comes de Barro et plures nobiles viri de Alemannia ».

la chaleur — onétait alors au plus fort de l'été —etles sorties des Toulousains infligeaient aux croisés des pertes si sensibles que le comte de Montfort leva le siège. L'évêque de Cahors venait justement de le prier de l'aider à secouer le joug du comte de Toulouse. Le comte de Bar et les seigneurs allemands consentirent à le suivre en Cahorsin; mais arrivé devant Chateauneuf, Thiébaut déclara qu'il n'irait pas plus loin, et malgré toutes les prières, il se dirigea sur Carcassonne, puis retourna dans son pays ({). On ignore les motifs de ce brusqué départ; il est probable qu'ayant accompli ses quarante jours de croisade, ayant vu mourir ses compagnons comme le comte de Grandpré et ses vassaux, il jugeait son sacrifice suffisant et son vœu accompli (?). Il était rentré à Bar au mois d'octobre ).

2. — Nous avons déjà noté les donations faites par Thiébaut aux abbayes luxembourgeoises, il n'oublia pas non plus celles du Barrois. À Jeand'heures, ilconfirme en 1195 la possession de Willeroncourt (*, donne en mai 1212 quelques biens à Andernay () et prend en 1213 le ban de Combles (6) sous sa garde (6). En 1198, il donne à l’abbaye de Lisle-en-Barrois une grange, un bois et un pré proche de Bar (M, Sainte-Glossinde de Metz reçoit de lui les dimes de Lacroix-sur-Meuse (8). En 1197, avec le concours de sa mère Agnès, il fonde à Ligny une collégiale desservie par un chapitre dont l'effectif n'est pas indiqué dans la charte

(1) Pierre de Vaux-Cernay, Hist. des Gaules, XIX, p.48 et sq. ; Guillaume de Puylaurens, ibidem, XIX, p. 141 et sq.

(2) Abbé Jehet. Thiébaut Ier, Mém. Soc. Lett. de Bar-le-Duc, IX (1900), p. 207 et sq. qui s'étend très longuement sur le récit de cette croisade, Cf. Hist. de France de Lavisse, t. III, 1'e partie, p. 259 et sq.

(3) B. N. fr. 11853, fo 172, ve.

(4) Meuse, arrondissement etcanton Commercy.H. Labourasse, Je andheures, p. 16.

(5) Meuse, Bar-le-Duc, Revigny, ibid. p. 159.

(6) Meuse, arrondissement et canton Bar-le-Duc, ibid. p. 158. B. N. mss. fr. 11853, fo 79,

(7) A. M. H. Lisle-en-Barrois, T. IV, n° 1.

(8) Meuse, Commercy, Saint-Mihiel, B. N. lat. 10.024, fo 48, r°.

de fondation (1), mais qui reçoit trente livres provenisiens sur le tonlieu de Ligny, le moulin sur l'étang de cette ville, le patronage de l’église de Bazaille @); cette charte règle en outre la justice du chapitre et la conduite à tenir à l'égard des chanoines qui auraient commis quelque délit. En 1202, comme les revenus de la collégiale lui paraissent insuffisants, il ajoute l'église de Graffigny (@). Le 11 novembre 1212, il donne aux Templiers de Doncourt le ban de Burey (4) et des bois à Avillers 6) et l’année suivante, également au mois de novembre, il ajoute le fief de a les Maranges (6) dans sa châtellenie de Briey (1. A l’abbaye de Trois-Fontaines . avait rendu à Agnès Ar services d'argent en 1192 (Set où la comtesse de Bar reposait, il donna en 1211 He biens à Remennecourt (9) et délivra d'autre part à tous les religieux de Clairvaux un sauf-conduit permanent sur ses terres (10),

Pour Saint-Mihiel, il confirme en 1213, les donations de Raoul de Saint-Aubin (11) à Jouy de Vignot (1?) et de Hugue d'Amel à Rupt devant Saint-Mihiel (13). Il fonde lui-même au

(1) Duchesne, Hist. maison de Bar-le-Duc, pr. p. 18. A. Meurthe- et- Moselle, B. 769, n° 1

(2) Vosges, arrondissement et canton Neufchâteau.

(3) Haute-Marne, Chaumont, Bourmont.

(4) Non identifié, soit commune d’Allondrelle, soit commune de Saint- Pancré, canton de Longuyon.

(5) Meuse. Verdun, Fresnes, A. M. H. Commanderie de ALLO.

(6) Moselle, arrondissement et canton Metz.

(7) A. M. B. 239, f0 97 et 98.

(OBAN At 11.902 10177, vo;

(9) Meuse, Bar-le-Duc, Revigny. B. N. fr. 11.853, f° 46. Lorr. 718, n° 3.

(10) Orig. A. Aube,H. Clairvaux « Th. comes Bar et Luceb. fidelibus suis in Domino salutem. Vestre omnium universitati notum facimus quod res fratrum Clarevallis per terram nostram et per terram amicorum nostrorum conducimus ». Cf. d’Arbois de Jubainville, Étude sur l'état des abbayes cisterciennes, n° XXII, p. 393.

(11) Meuse, arrondissement et canton de Commercy.

(12) Jouy-sous-les-Côtes même canton. À. M. H. Saint-Mihel 2X* et cartulaire J?, f° 170.

(13) A. M. H. Saint-Mihiel 4V! et J? f° 26.

mois de mai 1211, dans son château de Saint-Mihiel, une chapelle qu'il dédie à Sainte-Catherine et affecte pour le service du chapelain une rente annuelle de six mesures de froment sur le moulin de Morvaux et soixante sous sur les fours de la ville (1). C’est dans ce château sans doute qu'il mourut; son dernier acte est pour l’abbaye où reposent ses ancêtres et où lui-même va dormirson dernier sommeil @). Il lui donne le moulin de Morvaux, soixante sous qu'Henri de Chatel tenait de lui, deux fours et un péage. Cette charte est datée du 13 février 1214 (3). Thiébautétait mort, comme l'indique M. Firmin Comte (#), quand cette charte fut expédiée après approbation de son fils Henri. Thiébaut mourut en . ou le 11 février comme le veut l'obituaire de Saint-Mihiel (5) ou le comme le notent le nécrologe de la cathédrale de Re let celui de l’abbaye de Gorze (7). Il est possible que Thiébaut ait été malade assez longtemps, car, les actes de la dernière année de sa vie reçoivent presque toujours l'approbation d'Henri.

3. — En relatant la mort du comte, le chroniqueur Reiner de Liège porte sur lui un des rares jugements que nous possédions sur nos premiers souverains et ce jugement est un bel éloge de Thiébaut : « Ce comte, dit-il, fut sauvage, cependant il fut remarquable dans les armes et belliqueux; dans ses jours, il fit régner dans l’Ardenne de son épouse une paix telle que jamais il n'en fut auparavant et à peine dans la suite » ®). Ceci en dit long sur l’état, où

(1) A. M. H. Saint-Mihiel, layette Sainte-Catherine. B. N. fr. 11.853, f° 121,

(2) Aubry de Trois-Fontaines, an. 1212. « Comes de Barri Theobaldus moritur et juxta patrem suum comitem Raynaldum in abbatia Sancte- Michælis sepelitur.

(3) À. M. H., Saint-Mihiel, 2 Z’ J? fo 274.

(4) Cité par M. Léon Germain, Observations relatives à Thiébaut Ier p-12 et 13.

(5) À. M. H., Saint-Mihiel, N1.

(6) Ch. Aimond, Nécrologe de la Cathédrale de Verdun, p. 50.

(7) Ch. Aimond, Nécrologe de Gorze, dans Bul. Soc. A. Lorr., 1914.

(8) Reiner de Liège, Hist. des Gaules, t. XVIII, p. 628 « Iste comes licet

fuerit ferus, praecipuus tamen fuit in armis et bellicosus; iste in diebus

les guerres féodales à peu près ininterrompues réduisaient le pays.

Nous possédons deux testaments de Thiébaut. Le premier daté du jour de Pâques 1211 (3 avril), et dont nous avons déjà parlé fut fait avant le départ pour la croisade albigeoise (1). Thiébaut y assigne à son épouse Ermesinde de Luxembourg et à son fils Renaut les châteaux de Briey, d'Arrancy et de Marville avec les châtellenies, dépendances et acquisitions, Arkenay @), les ligeités de Chiny, Riste et Pierrepont, le fief-lige de Louppy ), les terres de Flandre et de Hainaut. Le reste de ses biens appartient àson fils Henri, y compris l’'hommage du comte de Rethel et du sire de Donchery (), les fiefs de la Tour en Woëvre et de Dun. À sa fille Élizabeth, il donne en dot deux cents livrées de terre payables par Henri et deux cents livrées de terre et mille livres en deniers assignées par Ermesinde et par Renaut. De plus, comme il a reconnu que sa femme était enceinte, il se réserve, s’il revient sain et sauf, de prendre d’autres dispositions. Le second testament est du mois de février 1214 6), du lit de mort de Thiébaut par conséquent (6. Le comte de Bar a perdu son ‘fils Renaut et l’une de ses filles que malheureusement il ne nomme pas (1); il change ses premières dispositions — il ne se soucie pas, puisque sa femme n’a plus d'héritier mâle de lui, de voir passer en des mains étrangères un lambeau de son patrimoine aussi considérable que Briey. Il ne donne plus à sa femme et à ses héritiers nés d'elle, que le château et la ville de Marville, la ville de Vezin &) et le fief de Louppy :

suis tantam pacem fecit in uxoris suae Ardenna qualis ante non fuerat, aut vix erit postea }, (1) A. Lesort, Les Chartes du Clermontois, n° 4, p. 63. (2) Argancy, Moselle, Metz, Vigy.

(3) Louppy-sur-Loison, Meuse, arrondissement et canton Montmédy. (4) Ardennes, arrondissement et canton Sedan. (5) A. Lesort, Chartes du Clermontois, n° 6, p.68; Berthollet, Hist. du Luxembourg, t. IV, p. 54. .

(6) « Ego in lecto ægritudinis jacens consideravi ». (7) « Quod filius meus Renaldus, filiarum mearum altera defuncti sunt ». (8) Commune de Charency, Meurthe-et-Moselle, Briey, Longuyon.

toutes les autres terres qui lui viennent de son père ou qu'il a acquises doivent revenir à son fils Henri.

4. Ces deux testaments ne nous aident qu’un peu à établir la postérité de Thiébaut. Aubry de Trois-Fontaines ne nomme que trois enfants : Agnès, Henri et Elizabeth alors que nous en connaissons plusieurs autres. Le problème de la descendance de Thiébaut est délicat à résoudre. Nous avons déjà vu qu'il eut trois épouses : la première Laurette de Loos était fille de Louis, comte de Loos et d'Ermesinde de Renecke ; les quelques renseignements que nous donne sur elle Aubry de Trois-Fontaines éclairent, malgré leur brieveté, un point demeuré obseur dans l'histoire du Barrois : l'acquisition de la châtellenie de Longwy. Cette chàtellenie a constitué la dot de Laurette. Celle-ci, par sa mère Ermesinde, était la petite fille d'Helvide de Castres (Bliescastel), fille elle-même de Mathilde de Luxembourg, qui avait reçu Longwy en héritage (1). De Laurette de Loos, Thiébaut n'eut qu'une fille Agnès, duchesse de Lorraine, sur laquelle nous nous sommes amplement expliqué et qui, précisément, apporta à son mari la châtellenie de Longwy (!). . Le mariage de Thiébaut avec Laurette de Loos eût lieu, sans doute, en 1176; car Agnès sera mère de Thiébaut [°', duc de Lorraine, vers 1193 (); en comptant qu'elle pouvait avoir seize ans, cela reporte sa naissance à 1177. Thiébaut de Bar, il est vrai, en 1176, n'avait pas plus de dix-huit ans, car n'étant pas l’aîné et le mariage de son père ayant eu lieu en 1155, il naquit au plus tôt en 1157, mais rien ne s'oppose à ce qu'il fût marié à cet âge.

(1) Mathilde de Luxembourg dame de Longwy épousele comte de Castres. | Helvide de Castres épouse Gérard de Renecke.

Ermesinde épouse Louis fils de Philippe comte de Loos. |

. Gérard de Loos épouse Laurette épouse la fille du comte deGueldre. La duchesse de Bavière. Thiébaut de Bar.

(2) Cf. Le Mercier de Morière, Cat. des actes de Mathieu IL, p. 6.

Après la mort de Laurette de Loos (1), Thiébaut épousa la fille du comte Guy de Bar-sur-Seine, qu'Aubry de Trois-Fontaines appelle Isabelle et que les chartes nomment Hermance. Elle avait été mariée en premières noces à Anseau de Trainel @®)., Aubry de Trois-Fontaines ne donne à Isabelle qu’un fils du comte de Bar, Henri; mais il est certain qu'elle eut d'autres enfants. Thiébaut la répudia pour épouser Ermesinde de Luxembourg. Isabelle retourna en Champagne où elle mourut au début de 1211 (3). Sa succession donna lieu à quelques difficultés entre Henri de Bar et ses deux demisœurs, filles d' Érs Isabelle : Ide de Foissy (9 et Marie, dame de. Chamoy (). Henri obtint, par l'intermédiaire de Blanche de Champagne, en mai 1211, puis en juin, puis en mars 1212 (6) outre le fieftrès jmportant de Sormery (1), vingt livres de terres à Marcilly (8)et à « Poisiacum », (*), des droits sur le péage de Provins (0), une vigne à Sens et la terre de « Fontibus » (1). La terre de Sormery avait pour châtelain une famille qui demeura au service du comte de Bar. En 1220, Henri accorde entre eux Etienne de Sormery, sa femme Théoline, leur fils Milon et la femme de ce dernier, Agnès, au sujet de la succession de Sybille, mère de Théoline (12). En mars 1237, le comte de Bar acheta à Milon

(1) Aubry de Trois-Fontaines, an. 1189. & Secundam vero duxit post mortem Isabellam nomine relictam domini Anselmi de Triangulo ».

(2) Le texte d’Aubry laisse croire qu'elle fut répudiée par son premier mari. |

(3) Léon Germain dans Journ. Soc. Arch. Lorr., 1885, p. 83 et sq. L'abbé Defer, Hist. de Trainel dans Mem. Soc. Acad. de l'Aube, 1884, t XXI, p. 283, ignore le second mariage d'Isabelle.

(4) Yonne, Sens, Villeneuve-l’Archevêque.

(5) Aube, Troyes, Ervy.

(6) B. N. fr. 11853, fo 20 et 21, Le second de ces actes est daté de Nogent-sur-Seine.

(7) Yonne, Tonnerre, Éloshy.

(8) Aube, Nogent-sur-Seine. Chef-lieu decanton. 9) Pouy, proche de Marcilly.

10) « In porta Pruvini ».

11) Non identifié. 12) B. N.. Coll. Lorr. 719, f° 142.

toutes ses propriétés à Sormery pour la somme de sept cents livres en lui concédant toutefois pour lui) et pour sa femme (2) ou ses enfants la faculté de les racheter, moyennant le paiement de ces sept cents livres, plus les dépenses faites pour l'amélioration du château (3%. A la mort de Henri I, le fief de Sormery passa à son troisième fils Renaut; celui-ci étant mort sans postérité, le fief retourna au comté de Bar 4). Agrandi encore par Thiébaut IL, il passa entre les mains de sa veuve, Jeanne de Toucy et de Puisaye ) qui le céda au roi de France Philippe le Bel en 1301 (6). Thiébaut épousa en troisièmes noces, Ermesinde de Luxembourg; nous avons longuement expliqué ce mariage. Veuve à l’âge de vingt-huit ans, Ermesinde se remaria presque aussitôt avec Valeran [I de Limbourgdont elle eût le comte Henri de Luxembourg, marié à Marguerite de Bar, fille du comte Henri IL, Gérard et la duchesse de Lorraine, Catherine (7). De son mariage avec Thiébaut, Ermesinde avait eu au moins quatre enfants que le comte de Bar nomme dans son premier testament : un fils Renaut à qui devait échoir la châtellenie de Briey et le comté de Luxembourg, une fille dont nous ignorons le nom — ces deux enfants étaient morts en 1214 &) — une fille Elizabeth et un enfant inconnu dont Ermesinde était enceinte en 1211. Ces deux derniers survécurent sans doute à leur père, puisque Thiébaut dans son second testament parle de ses héritiers d'Ermesinde au pluriel; mais l'enfant anonyme dut mourir bientôt; dans les règlements subséquents, il ne sera jamais question que d'Elisabeth. Elisabeth ou Isabelle — les

(1) A. Lesort, Chartes du Clermontois, n° 16; B. N. Coll. Lorr. 719, 4 139,

(2) B. N. Coll. Lorr. 719, fo 140 v° et fr. 11853, fo 72.

(3) Deux actes font connaître cette concession, l’un émane de Milon, l’autre de Eudes, official de Sens. B. N. Coll. Lorr. 719, fo 142.

(4) Cf. plus loin.

(5) A. Lesort. op. cit., n° 109, 1er décembre 1291. (6) C£. plus loin.

(7) Berthollet. Hist. du Luxembourg, passim.

(8) Cf. plus haut, p. 233.

chartes lui donnent tantôt l’un, tantôt l’autre de ces noms — épouse Valeran de Limbourg, sire de Poilvache, fils de son parâtre et en secondes noces ce même parâtre et beau-frère, mari de sa mère et père de son premier mari, Valeran Il comte de Limbourg. Ermesinde de Luxembourg mourut en 1253. Isabelle apporta à son mari Marville et Arrancy, douaire de sa mère Ermesinde{(t), Ces deux villes reviendront aux comtes de Bar et de Luxembourg pour moitié à chacun par rachat en 1269. (®) Deux actes d'Isabelle intéressent le Barroïs : en 1241, le 25 août elle autorise Olry, voué de Billy, à échanger avec Thiébaut II de Bar les terres qu'Olry possédait en fief à Saint-Maurice (4) contre des biens à Billy, (4) et en juillet 1261 O) elle donne « à son cher neveu Thiébaut comte de Bar » ses fiefs d'Othe (6!.

Thiébaut I eut encore deux filles. La première, dont nous ignorons le nom, épousa en août 1216 Hugue, fils de Gaucher de Chatillon-sur-Marne, comte de Saint-Pol. Le comte Henri de Bar dote sa sœur de cinq cents livres de terres et le comte de Saint-Pol promet, que lui et son fils ne réclameront jamais rien en plus, ils donnent Blanche de Champagne comme caution de leur promesse(1). Nous n’entendrons jamais plus parler de cette fille de Thiébaut ; cependant en 1224 Hugue se portera pleige pour son beau-frère de cinq cents livres envers lecomte de Champagne 8). Il est fort probable, étant donné qu'Henri seul intervient dans ce ma-

(1) A. Lesort, Chartes du Clermontois, n° 36. — Partage de la succession d'Ermesinde le 10 mars 1254.

(2) B. N. fr. 11853, fo 51:r°. — Cf. A. Lesort, op. cit., n° 67.

(3) B. N., fr. 11853, f° 47 r°.

(4) Meuse, Commercy, Vigneulles.

(5) B: N:, mss. fr., 11853, f° 49 vs.

(6) Meurthe-et-Moselle, Briey, Longuyon.

(7) Duchesne, Hist. dela Maison de Bar, p. 23. — Hist. de la Maison de Chatillon, p. 52.— D’Arbois de Jubainville, Hist. des Comtes de Champagne, Cat. d'actes, n° 1017.

(8) À noter que Hugue était remarié au moins en 1229 avec Marie d’Avesne — Duchesne, op. cit., p, 23.

riage et que d’autre part ni en Lorraine, ni en Luxembourg il n’est fait allusion à cette princesse de Bar qu’elle était fille d'Isabelle de Bar-sur-Seine. La seconde fut Marguerite de Bar, beaucoup mieux connue. Marguerite épousa Henri, fils ainé du comte de Salm et de Joette de Lorraine 4); Dom Calmet, après Duchesne, la nomme Sybille, Fahne la nomme Adèle ). Elle est considérée généralement comme fille de Henri II, ce qui est une grosse erreur, facilement explicable par ce fait qu'Henri II eut une fille Jeanne de Blamont, mariée à Ferry, frère d'Henri de Salm (). La tante et la nièce ont ainsi épousé les deux frères. Il serait impossible que Marguerite fût fille d'Henri II, puisqu'elle était mère en 1222 et qu'Henri II ne fut marié qu'en 1219. D'autre part, bien qu’elle ne se dise nulle part fille de Thiébaut [*, sa parenté ne fait aucun doute; Henri comte de Salm, fils d'Henri et de Marguerite, appelle toujours dans ses chartes Thiébaut IL fils d'Henri II de Bar, son « noble seigneur et cousin (4). » Marguerite reçut en douaire la Neuville devant Viviers (5), Donjeux (5) et Hannocourt 5). En 1222, Henri de Salm, avec la permission de son père Henri, de sa mère Joette, de sa femme Marguerite fait hommage de ces trois villes au comte de Bar, déclare que sa femme et son fils doivent en faire hommage après lui, età leur défaut son père ou son frère Ferry ; faute de cet hommage les trois villes tomberaient en la possession du comte de Bar (6. En 1226, au mois de mai, Henri de Salm renouvelle le même hommage () et déclare en outre que si les châteaux de Viviers (8) et de Morhange () lui échoient en

(4) Le Mercier de Morière, Cat. des Actes de Mathieu II p, 88. (2) Fahne, Geschichte der Gräfin zu Salm.

(3) Cf. plus loin.

(4) ‘Actes du comte de Bar. B. N. mss. fr. 11853 f° 134 et s. (5) Meurthe, Château-Salins. Delme.

(6) À. M. B. 3109 n° 13. — B. N. Lorr.718 fo 171.

(7) B. N. fr. 11853, f 133 ve.

(8) Meurthe, Château-Salins, Delme.

(9) Moselle, Sarreguemines, Gros-Tenquin.

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héritage, il en fera hommage au comte de Bar (1). Ainsi la baronnie de Viviers entra dans la mouvance du comté. Henri mourut avant son père, sans doute à la fin de 1228 ou au début de 1229 @). De son mariage avec Marguerite, il eut un fils Henri qui continua la lignée des comtes de Salm. Nous ignorons la date du décès de Marguerite.

En résumé, Thiébaut a eu huit enfants : Agnès, Henri, la dame de Châtillon, pee Renaut, Elizabeth et deux anonymes (2).

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(2) Son testament est daté du 20 septembre 1228 — A. Meurthe-et- Moselle, 601 cité par Le Mercier de Morière Cat. des actes de Mathieu II, p- 88. Cependant il vivait encore le 30 novembre 1228 Cf. Le Mercier de Morière, op. cit. n° 87.

(3) Le P. H. Goffinet dans son histoire des comtes de Chiny (p. 227 et 228) signale d'après Bertels (p. 149) et Foppens (Abrégé de l’histoire d'Orval, mss. Bibl. royale de Bruxelles, fonds V. Hulshem m. 540) l’existence d'une fille du comte Thiébaut de Bar nommée Mathilde ou Mechtilde. Cette Mathilde aurait été la première femme de Louis IV, comte de Chiny. Le P. Goffinet ajoute : Outre ces témoignages déjà concluants (Bertels, Foppens et le prieur Roussel de Suxy) en faveur du mariage de Louis IV avec une princesse de Bar, on trouvera plus loin une preuve qui paraît incontestable, c’est la parenté qui existait entre Arnulphe, comte de Looz et Chiny, arrière petit-fils de Louis IV et les enfants du comte de Luxembourg Henri II. En vérité, aucune charte ne signale cette Mathilde ni aucune chronique contemporaine, de plus le petit-fils même de Louis IV, Louis V épousera, nous le verrons, une princesse de Bar, petite-fille de Thiébaut Ier et belle-sœur de Henri II de Luxembourg. Il n'y a donc pas lieu d'insister sur cette opinion du savant P. Goffinet. Cf. Léon Germain, Observations relatives à Thiébaut Ier, p. 13 et 14.

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