CHAPITRE VII
A. — Le comté de Bar de 1214 à 1220. B. — Le comté de Bar de 4220 à 4228. C! — Le comté de Bar de 1228 à 1239. D. — Les donations, la croisade, la mort de Henri 1°", sa postérité.
A. — Le comté de Bar de 1214 à 1220.
1. — Bouvines. 2. — Relations extérieures de 1214 à 1218. 3. — Guerre contre le duc de Lorraine. 4. — Relations avec l'évêché de Toul jusqu'en 1224.
1. La mort de Thiébaut I*' survenait au moment même où les ennemis de Philippe Auguste préparaient contre lui la plus formidable expédition. Le [°° février 1214, Jean sans Terre était passé en France, le comte de Flandre vaincu et Renaut de Boulogne dépouillé, mais nullement démoralisés l’un et l’autre, s’apprêtaient à attaquer l’Artois, l’'empereur Otton IV arrivait au secours des coalisés. On peut se demander quelle aurait été l'attitude de Thiébaut dans cette circonstance. Sans doute aurait-il été fort géné pour se prononcer en faveur de la France après l'hospitalité donnée à Renaut de Boulogne et les promesses que lui avait faites le roi d'Angleterre.
Son fils n'eut aucune hésitation et tandis que le duc de Lorraine, Thiébaut, envoyait à l’armée des coalisés des renforts, le comte de Bar se joignait à Philippe Auguste, suivant ainsi la politique traditionnelle des siens contre l’empereur excommunié Otton IV.
Henri rejoignit probablement l’armée dès le début des hostilités en avril 1214, car entre mars et novembre, nous ne possédons aucun acte de lui, ce qui indique qu'il était absent de ses états. Le mois d'avril se passe en opérations sur la Loire, puis dans l’Anjou et le Poitou. Au mois de mai, Philippe Auguste se dirige vers le nord et concentre son armée autour de Péronne tandis que son fils Louis maintient sur la Loire, le roi d'Angleterre. De son côté, l'empereur Otton attendait à Valenciennes une partie des contingents allemands et lorrains, avant de marcher sur Philippe Auguste. L'expectative dura jusqu'en juillet où Philippe, ayant appris le succès de son fils à la Roche aux Moines et la fuite du roi d'Angleterre, se décida à attaquer les Impériaux : parti de Péronne le 23 juillet, il marcha. sur Valenciennes par un mouvement tournant destiné à prendre l’ennemi à revers et campa successivement à Douai et à Tournai. Otton se porta à sa rencontré et le 27 juillet les deux armées se rencontrèrent à Bouvines. Le comte, dont Guillaume ie Breton nous trace un élogieux portrait « jeune d'âge, vieux de courage, beau de valeur et de forme »(l), était chargé avec Guillaume des Barres, Guy Mauvoisin, Gérard la Truie, Étienne de Longchamp, Guillaume de Garlande de la garde du roi). Il se trouvait donc au centre de l’armée royale commandée par leroi en personne, Il y combattit vaillamment et s'y distingua entre tous (3),
Otton vaincu s'enfuit, suivi dans sa retraite par les ducs de Lorraine, de Brabant et de Limbourg tous parents du comte de Bar (#). Le comte Renaut de Bourgogne resta seul,
(1) Guillaume le Breton, Hist. des Gaules, t. XVII, p.95. — « Henricus, comes Barri, juvenis ætate, animo senex virtute et forma venustas, qui patri suo Regis cosobrino nuper defuncto successerat, in honore et onere comitatus ».
(2) Chron. de Saint-Denis, Hist. des Gaules, t. XVII, p. 406 et 409. — . « Herris le cuens de Bar et li autre noble combateor qu'en la bataille le Roy orent esté espéciaument pour son côrs garder ». ‘
(3) Guillaume le Breton, loc. cit. : « Quos inter Barrensis erat non ultimus, unus multorum supplens defectum, viribus ».
(4) A. Luchaire dans Hist. de France de Lavisse, t. III, 1r partie, p. 194.
M. Grosoinirer DE MaATons, 16
le dernier sur le champ de bataille, il fut pris les aymes à : la main après une héroïque résistance. Il devait payer ses trahisons par une dure captivité dont la mort seule devait le délivrer (1). Henri, avant de retourner dans ses états, consentit à se porter caution de 400 livres vis-à-vis du roi de France pour Race de Gaure pris sur le champ de bataille (2).
La conséquence immédiate de la bataille de Bouvines fut la ruine d'Otton; réfugié à Cologne, il vit tomber de sa tête la couronne impériale. Son compétiteur Frédéric IL, le protégé de Philippe-Auguste, se fit couronner un an après, le 25 juillet 1215, à Aix-la-Chapelle. Le comte Henri de Bar assista à la cérémonie comme le prouve la souscription qu'il mit au bas du spème. impérial confirmant les privilèges d'Aix, le 29 juillet @
2. — Avant de on l'armée royale, Henri n'avait pas eu le temps de régler avec ses deux sœurs la succession de son père Thiébaut. Il s’en occupa dès son retour; son premier soin fut de traiter avec le fils d'Agnès, son neveu le duc de Lorraine, Thiébaut le Bel. L'acte d'accord rédigé le 13 novembre 1214 porte la souscription d’Agnès (4. Henri cède au duc de Lorraine, qui lui doit pour la es de sa mère l'hommage-lige, Wehecort (5), Hotrancort (6), Morville (?), Vilecers (8), Veteriville (), et lui abandonne < fief d’Arnoul de Louppy (0) et celui de Mont près Blenod (11). De part et
(1) A. Luchaire, op. cit., p. 197 et sq.
(2) Guillaume le Breton, loc. cit, p. 106 « hostagii pro Race de Gaure.. Comes Barri.. de cacc L ».
(3) Urkundenbuch für die Geschichte des Nieder Rheins, t. IE, p. 27.
(4) Orig. B. N. Lorraine, 251. fo 109 Copies : Lorr: 719. fs 152 et 206, fr. 11853, f° 262.
(5) Vouécourt, Haute-Marne, Chaumont, Vignory.
(6) Outrancourt, Vosges, Neufchâteau, Bulgnéville.
(7) Même canton.
(8) Villouxel, Vosges, arrondissement et canton de Neufchâteau. : (9) Viéville, Haute-Marne, Chaumont, Vignory.
(10) Louppy-sur-Loison. Meuse, arrondissement et canton Montmédy.
(1) Mont-le-Vignoble. Meurthe-et-Moselle, arrondissement et canton de
Toul.
d'autre des otages furent échangés qui se portèrent garants dece traité. C'étaient, pour le duc de Lorraine: Thierry d'Enfer, son oncle, Milon de Vandieres et Adam de Stenay et pour le comte : Renaut de Choiseul, Liébaut de Bauffremont, Gautier de Commercy, Garin de Mousson et Pierre de Bourmont.
Thiébaut devait rester bien peu de temps en bons termes avec son oncle. La politique qu'il avait suivie à Bouvines, ses intérêts heurtés à tout instant à ceux du comte de Bar, devaient en faire l'ennemi irréductible d'Henri. Leur accord dura toutefois bien deux ans. Non seulement dans le secours qu'il promet à l'évêque de Metz et de Spire, Conrad, en janvier 1215, Thiébaut excepte des gens qu'il doit combattre le comte de Bar (1), mais il lui accorde sa médiation et son appui pour régler la part d'héritage de la maison de Luxembourg dans la succession du comte Thiébaut. Il scelle l'acte par lequel Henri, au mois de juillet 1215, donne à Valeran de Luxembourg et à Ermesinde la moitié des villes de Marville et d'Arrancy avec le casamentum et toutes leurs dépendances, à la condition qu'ils ne pourront plus rien réclamer au comte de Bar et qu’à leur mort ces villes reviendront à Isabelle, demi-sœur d'Henri et fille d'Ermesinde. Au cas où Isabelle viendrait à mourir sans enfant, cette part d’héritage ferait immédiatement retour au comté de Bar (*. Alexandre de Villers se porta pleige de ces conventions et des promesses de Valéran et d'Ermesinde ().
Cette même année 1215, Henri fit une expédition dans la châtellenie de Briey contre le seigneur de Riste (4) dont il prit et rasa le château, le 28 mai, jour de l’Ascension. Nous ignorons les raisons pour lesquelles Henri combattit Conrad de Riste ®). Tout ce que nous dit Aubry de Trois
(1) Dom Calmet, I, pr., p. 424.
(2) B.N., fr. 11853, f° 46.
(3) Villers devant Orval. Belgique, Luxembourg, Neufchâteau, Florenville. Würth-Paquet, op. cit., n° 45.
(4) Commune de Homécourt, arrondissement de Briey. Cf. L. Germain, Le castrum Rista, Journal S. Arch. Lor., 1894, p. 201.
(5) Hist. de Metz des Bénédictins, IX, p. 415.
Fontaines qui rapporte le fait, c’est que ce château faisait beaucoup de mal à la ville de Metz (1). Conrad se soumit au comte de Bar, lui fit hommage en 1218 pour Chaumont (2), et y ajouta deux cents livres messines pour dédommager Henri des frais occasionnés par la guerre (3). En 1222, Conrad de Riste légua au comte de Bar, pour en jouir après sa mort, son fief de Saint-Nicolas-de-Port (1). L'expédition d'Henri contre Conrad de Riste n’était probablement qu’une simple mesure de police féodale. Conrad était le vassal du comte de Bar comme seigneur de Briey; ramené en 1218 à l'obéissance, il resta fidèle jusqu’en 1231, où, entraîné contre son suzerain par le duc de Lorraine, il perdra tous ses fiefs pour cause de forfaiture. Nous avons l'acte par lequel il rend hommage à Henri, le 30 août 1228, pour Pierrepont qui relevait de Bar (5). La famille de Riste était d’ailleurs puissante, vassale à la fois du comté de Bar et du duché de Lorraine, car, si Conrad tenait Riste de Bar, son frère Hugue était comte de Lunéville et de la Petite-Pierre (6).
En 1216, Henri devait être appelé à intervenir dans l’affaire de la succession de Champagne. Le comte de Champagne, Henri IL, était parti en Terre Sainte, en 1190 en même temps que le comte Henri I‘, laissant le comté à son frère Thiébaut Il. Henri épousa en Palestine, Isabelle, fille d’Amaury I‘, roi de Jérusalem et héritière du royaume, mais déjà mariée en premières noces à Henri de Turon,
(1) Aubry de Trois-Fontaines, an. 1215 « Castrum quod dicebatur Rista, in diocesi Metensi, ipsi civitati injuriarum satis et damnorum., comes Barri Henricus in Ascensione Domini potenter cepit et subvertit ».
(2) Chaumont-la-Ville. Haute-Marne, Chaumont, Bourmont.
(3) Inv. de Lorraine, t. 2, f° 277.
(4) Lepage, Les Communes de la Meurthe Saint-Nicolas. — B. N. fr. 11853, f° 93 et 194.
(3) B. N. fr. 11853, fo 194.
(6) Lützelstein, Bas-Rhin, Saverne, chef-lieu de canton. — Cf. Le Mercier de Morière. Catalogue des actes de Mathieu II, p. 7, 28, 56 et n° 14,230, 240, 265, 266, 267, 269, 270, 296, 297, 298, 299. — Hugues possédait les châteaux de Spitzemberg (sur lequel nous aurons à revenir), de Gerbéviller et de Bergheim.
encore vivant. De cette union, considérée comme adultère, naquirent trois filles dont Alix, épouse de Henri de Lusignan, roi de Chypre, et Philippe, épouse d'Errard de Brienne. Thiébaut III mourut en 1201, laissant son comté sans héritier mâle; sa femme Blanche prit le pouvoir sous la protection de Philippe Auguste. Elle était enceinte et l’on attendait sa délivrance pour régler la succession du comte (1), Par bonheur l'enfant qui naquit était un fils qui fut accepté par tous, jusqu'au jour où Errard de Brienne revint en France, au début de l’année 1216 Bien que Philippe Auguste eut tout fait pour l'empêcher de gagner la Champagne, il y parvient néanmoins et trouve aussitôt un allié sûr dans le duc de Lorraine à qui il rend hommage pour une partie de son futur comté (2). De son côté, le pape prend le parti de la veuve et de l'orphelin et excommunie Errard 6). C'était plus qu'il n’en fallait pour décider le comte de Bar à se mettre à la disposition de la comtesse de Champagne, puisque sa conscience catholique et son hostilité contre le duc de Lorraine se trouvaient d'accord. Au mois d'août 1216, il marie sa sœur à l'un des principaux vassaux de Champagne, Hugue de Chatillon, et la comtesse Blanche se porte garante du contrat pour son vassal (4). La même année, il Sue sur la LE un pes fief composé de Laimont 5), Herpremont ®), Fontenoy (5), Brabant-le-Comte (6) et Ve -aux- Vents ( : qu'il D à son cousin Gaucher de Nanteuil, fidèle serviteur de la comtesse de Champagne (). L'année
(1) A. Luchaire dans Hist. de Francede Lavisse, t. II], 1'e partie, p. 208.
(2) D’Arbois de Jubainville, Hist. des Comtes de Champagne, IV, p. 132.
(3) D’Arbois de Jubainville, op. cit., p. 152.
(5) Commune de Laimont. Meuse, Bar-le-Duc, Revigny.
(6) Même canton. Brabant le comte, commune de Brabant-le-Roi, indique l’ancienne frontière.
(7) Gaucher de Nanteuil, fils de Thiébaut de Crépy et de Clémence de Bar mourut en 1224 etsa succession fut disputée parce que lecomte de Bar ne voulait pas donner à sa veuve le fief, les conditions n’en n'ayant pas été remplies. L'affaire fut arrangée en mars 1225 parle comte de Rethel
précédente, en avril 1215, le comte Henri s'était fait rendre hommage par Renaut de Dampierre en Astenois pour Laheycourt sur cette frontière (1).
3. — Les premières hostilités ne furent pas heureuses pour Errard qui sollicita unetrêve et fit appel au roi de France. Philippe Auguste notifia lui-même la trêve au comte de Bar et au duc de Lorraine @), mais il fit condamner Errard par sa curie). La guerre recommenca; Érrard de Brienne trouva une aide puissante auprès de certains vassaux de Champagne, Simon de Joinville, son parent (), Simon de Chateauvillain et Renier de Choiseul (). Deux trêves successives obtenues par le comte de Bar, arbitre désigné de Blanche et par le sire de Chassenay, arbitre désigné d’Errard, le 5 décembre 1217 (6) et le 24 février 1218 (*), ne terminèrent pas la guerre que soutenait toujours le duc de Lorraine. De concert avec le comte de Bar, Blanche prépara une expédition contre le redoutable protecteur d'Errard et tandis qu'Henri IT fortifiait son château de Foug (#), et faisait rentrer dans son hommage Geoffroy de Deuilly (9), l’un des principaux vassaux du duc de Lorraine et l’un des garants du traité de novembre 1208 (9, Blanche se faisait
et Henri de Vienne. B.N. mss. fr. 11853, f° 91 vo. Cf. d’Arbois de Jubainville, op. cit., t. 1, p. 125-126. A. Lesort, Chartes du Clermontois, p. 66, n. 1.
(1) E. de Barthélemy, Le comté d’Astenois, p. 21.
(2)B. N. mss. fr. 4846, fo 171. L. Delisle. Cat. des actes de Philippe Auguste, n° 1689. Edit. Chantereau-Lefebvre, Traité des fiefs, IL,”p. 87.
(3) D’Arbois de Jubainville, Hist. des comtes de Champagne, IV, p.135- 136. La cour du roi dont faisait partie l’oncle du comte de Bar, Renaud, évêque de Chartres et son futur beau-père le comte Robert de Dreux, ordonna à Errard d'attendre, pour intenter son procès en revendication de succession, la majorité de Thiébaut IV.
(4) Aubry de Trois-Fontaines, SS, XXIIE, p. 903.
{5) D’Arbois de Jubainville, op. cit., p. 136.
(6) D’Arbois de Jubainville, op. cit., Cat. des actes, n° 1095.
(7) D’Arbois de Jubainville, n° 1105.
(8) F. Lemaire et Dr Pol Serrière. Foug, ses premiers possesseurs, son château. Nancy. Crepin Leblond, 1913, in 8°, p. 5.
(9) Commune de Sérécourt. Vosges, Neufchâteau, Lamarche. Geoffroy rend hommage en mars 1214, avec garantie de Liébaut de Bauffremont et
prêter son château par Aubert de Darney (1). Une occasion favorable ne tarda pas à se présenter pour les inciter à agir contre Thiébaut de Lorraine. L'ancien partisan d'Otton avait fait avec peine sa soumission à l'empereur Frédéric et en 1217, il avait attaqué le bourg impérial de Rosheim. Frédéric le poursuivit, entra en Lorraine et se porta sur Amance où le duc s'était réfugié (2). La comtesse de Champagne accourut, passa par le Barrois où le comte Henri de Bar et le duc de Bourgogne se joignirent à elle 6). Ils ravagèrent Nancy (#) et s’arrêtèrent devant Amance (5). Thiébaut se sentant perdu implora sa grâce et Frédéric lui imposa le traité du 15 juin 1218 conclu en présence du comte de Bar, de l'archevêque de Trèves et de l’évêque de Metz (6). Thiébaut. s'engageait à payer une indemnité à la comtesse de Champagne, à se reconnaître son vassal pour certaines de ses terres, à ne plus soutenir ni Errard, ni aucun des héritiers du comte Henri II de Champagne, ni leurs partisans. Comme gage de sa fidélité, Thiébaut livrait à Blanche pour cinq ans les fiefs que le comte de Bar tenait de lui ainsi que Hugue de la Fauche et au duc de Bourgogne son château de Châtenois. Cette soumission et ce traité ne l'empêchèrent
en mai 1217. Cet hommage sera renouvelé en mars 1239 (B. N. fr. 11853, 1223/1233) k
(1) Vosges, Mirecourt, chef-lieu de canton. D'Arbois de Jubainville, op. cit., n°5 931 et 1053.
(2) Le Mercier de Morière, Cat. des actes de Mathieu IT, Introduction, p. 2et sq. | |
(3) D'Arbois de Jubainville, Hist. des comtes de Champagne, t. IV, p. 154.
(4) Digot. Hist. de Lorraine IL, p. 34. D’Arbois de Jubainville, op. cit., p- 154. Chr. Pfister, Hist. de Nancy, t. Ier, p. 123.
(5) Reiner de Liége, Chr., an 1214. « Dux de Nanceio Frederico regi cognato suo, pravo seductus consilio, rebellat quem Fredericus rex fretus auxilio suorum et maxime Henrici comitis de Bar et comitisse Campanie fortiter impugnet et castra ejus capit, villas succendit et devastat ad ultimum in deditionem compellet et secum Alemaniam dueit ».
(6) Outre le traité lui-même, A. N. J. 681. n° 1; A. Teulet, Trésor des Chartes, n° 1293, il existe les confirmations de l’empereur, du cemte de Bourgogne et de l’évêque de Metz; cf. d’Arbois de Jubainville, Cat. n° 1177 et sq.
pas d’être emmené en captivité par l’empereur qui ne le relâcha que l'hiver suivant, moyennant une rançon de mille deux cents livres (1). Il est fort possible que le comte de Bar contribua au paiement de cette rançon, garanti par l’évêque de Metz (1, car, nous voyons qu'Henri s'est porté caution pour le due de Lorraine de mille livres vis-à-vis d’un bourgeois de Metz et que Thiébaut l'en indemnisa au mois de novembre 1219 (3)
Après le siège d'Amance, Henri avait suivi et ramené la comtesse de Champagne dans ses états. Il y reçut au mois de mars 1219 l'hommage de Jean d’Arcis que Guillaume de Dampierre autorise à reprendre sa terre de Loisy-les-Vitry du Barrois (4 et en février 1220, celui de Pierre de Bourlémont qui promet de l'aider contre tous, sauf contre la Champagne (). Libre du côté dela Lorraine, Blanche, avec l’aide de ses alliés, vainquit Errard de Brienne et ses partisans. Pour se débarrasser d'Errard, elle lui consentit une trêve de quatre ans, pendant laquelle elle s'engageait à lui payer annuellement trois mille livres, somme dont “ comte de Bar avec d’autres seigneurs se porta garant (6. Quant à Simon de Joinville, vaincu également, il AE dans la fidélité de la comtesse le 7 juin 1218. Il mit en gage son château de Joinville et livra son fils comme otage. Il obtint la sénéchaussée de Champagne à titre héréditaire, mais dut. abandonner le fief que le sire de à Fauche tenait de lui contre une promesse d'indemnité (0. Il faut peut-être voir cette indemnité dans l'inféodation que lui fit en avril le comte de Bar des terres de Bure et de Ribeaucourt au sud du comté (8).
Delaborde, Jean de Joinville et les seigneurs de Joinville, p. 54. 8) A. M. H. Saint-Mihiel, Cart. J?,;f° 39. Ces terres appartenaient à l'abbaye de Saint-Mihiel avec laquelle Simon conclut nn accord à leur
(1) Le Mercier de Morière, op. cit., p. 5.
(2) Dom Tabouillot, Hist. de Metz, t. I, p. 417.
(3) B. N. Lorr. 348, f°4
(4)B. N:, fr 11853;"f° 93.
(5) B. N. fr., 11853, f° 249. |
(6) D'Arbois de Jubainville, Hist. des comtes " Champagne, t. IV, p.154. (7)
Henri s'était conduit vis-à-vis de Blanche en vassal fidèle et loyal, cependant il faut noter que la prudente comtesse s'était ménagé des gages contre une défaillance possible et qu'avant son départ pour Amance, le 6 avril 1218, elle avait demandé au comte de Rethel, vassal Commun de Champagne et de Bar, de se porter garant de la fidélité d'Henri (). La captivité de Thiébaut avait été mise à profit par les deux alliés : outre que Blanche construisait sur sa frontière orientale le château de Montéclair (®), Henri se fortifiait à Foug @), et s'emparait du château de Stenay (4), dot desa sœur et d’ailleurs rendable au comte de Bar en cas de guerre avec la Lorraine 6). Le château de Stenay fut sans doute rendu au duc de Lorraine en 1219, car, en 1222 la duchesse Agnès en fit hommage au comte de Luxembourg comme ses prédécesseurs les comtes de Bar en avaient eux-mêmes fait hommage (6).
sujet en juin 1228. A. M. H. Saint-Mihiel 4 G édité par Jacob. Chartes inédites des sires de Joinville dans J. Soc. Arch. Lorr., 1879, p. 201.
(1) Jolibois, Hist. de Rethel, p. 207.
(2) Commune d’Andelot. Haute-Marne, Chaumont, chef-lieu de canton.
(3) Aubry de Trois-Fontaines, SS. XXIIT, an. 1218 « Comes vero Campaniensis consilio et industria suae matris, firmavit castrum fortissimum quod dicitur Montes Claire, in finibus Tullensis diocesis, et comes Barri castrum quod dicitur Fou ante Tullum firmavit ».
(4) Aubry de Trois-Fontaines, SS, XXIIL, an. 1218 : « Dissensio quædam fuit inter comitem Barri Henricum et ejus nepotem Teobaldum ducem unde et castrum de Satanagio ab eodem comite subvertitur et postea pacem fecerunt ». s
(5) C’est du moins ce qui résulte du traité du 2 novembre 1208. Édit. cit. de M. Dieterlen, p. 51. « Si contigerit ducem velfratres vel homines suos dictam pacem infringere praedicta tria castra (Longwy, Amance, Stenay) filio comitis et aliis heredibus suis sine ducissa uxore ducis (Agnès) et suis heredibus in perpetuum hereditarium remanebunt ». On s'explique mal la phrase de Dom Calmet qui semble accuser le comte de Bar d’un acte injuste : « Vers le même temps, profitant de l'absence de ce prince infortuné, le comte de Bar attaqua, prit et rasale château de Stenay qui appartenait à Thiébaut à cause de sa mère à qui il avait été donné en dot», t. II. 1. 23, ch. 14.Ilest vrai que Dom Calmet, vient d'écrire que le comte de Champagne fortifiait Montéclair et le comte de Bar Foug «pour tenir en bride le duc Thiébaut qu’ils avaient si indignement traité à Amance ».
(6) J. Berthollet, Hist. du Luxembourg, t. IV, p. 52. Le Mercier de Morière, Cat. des actes de Mathieu II, n° 23, 7 juillet 1222.
4, — Quant au château de Foug, resté entre les mains du comte de Bar, il donna lieu à bien des difficultés avec l’évéque de Toul qui protesta violemment dès sa construction. Gérard de Vaudémont, évêque depuis 1217, dans une lettre au comte Henri, lui rappelle les précautions prises par ses prédécesseurs pour éviter la construction de châteaux si proches de la ville épiscopale (1) et le menace de l’excommunication et d’une plainte au Roi de France et à l'Empereur (2). Le comte de Bar tint sans doute fort peu de compte de ces observations. Le successeur de Gérard, Eudes de Sorcy, renouvela dès son élection à la fin de 1218 ces protestations et empêcha son vassal, Thomas de Belrain, châtelain et sujet du comte de Bar de faire ses reprises pour les terres qu'il possédait sur le territoire de Toul à Aulnoiïs (), Commercy et Pagny-sur-Meuse (#). Le comte de Bar prenant fait et cause pour son vassal entra sur les terres de Toul et les ravagea, il brûla même sept ou huit villages (5). Le duc de Lorraine Mathieu II et l'évêque de Metz intervinrent en faveur d'Eudes de Sorcy et le roi des Romains Henri VII se joignit à eux; mais la protection du roi Louis VIII couvrit le comte de Bar qui continua ses déprédations. Henri VIL appelé par l’évêque de Toul, jugea personnellement le différend: il assigna le comte de Bar et son châtelain Ferry de Brixey à comparaître devant lui et comme ceux-ci ne se présentèrent pas, il les mit au ban de l’Empire, en janvier 1224 (6). Ils n'y devaient pas rester longtemps. Le roi de France et l'Empereur avaient trop intérêt à rester unis pour ne pas chercher à arranger l'affaire et comme Louis VIII et
(4) & Un ancien privilège de l'église de Toul établi, dit-on, par Dagobert interdisait aux seigneurs du pays (de Toul) de construire des châteaux forts à moins de quatre lieues des murailles de la ville ». E. Duvernoy, Le Duc de Lorraine Mathieu Ier, p. 59. Confirmation de cette interdiction par Arnoul, roi de Germanie (Gallia Christ. XIII, col. 451).
(2) P. Benoit Picart, Hist. de Toul, livre IV.
(3) Meuse, arrondissement et canton de Commercy.
(4) Meuse, Commercy, Void.
(5) P. Benoit Picart, Hist. de Toul, 1. IV.
(6) P. Benoit Picart, Hist. de Toul, B. N. Lorr., I fo 14
Henri VII se rencontrèrent à Toul le 17 novembre 1224 (1), une réconciliation y fut ménagée entre l’évêque de Toul et le comte de Bar qui garda son château de Foug (?). Quelque deux ans après, le comté de Bar devait encore s'enrichir du côté de Toul d’un important château, celui de Void, qui appartenait au chapitre de la cathédrale. Les chanoines ne pouvant confier cet important domaine à un châtelain sûr le placèrent avec tous ses villages en 1226 sous la garde du comte Henri de Bar. Les chanoines permettent au comte de prendre dans la châtellenie une mesure d'avoine, une poule et un sou toulois par feu, en retour le comte doit les défendre contre tous — le roi, l’empereur, les évêques de Metz et de Verdun exceptés —, ne pas faire occuper le château par plus de dix hommes agréés par le chapitre, ne pas attaquer à l’aide du château aucun de leurs sujets sans leur consentement, enfin rendre la forteresse à première réquisition (6). Quelles que soient les restrictions apportées à cette possession, par elle le comte Henri se trouvait maître de la haute vallée de la Meuse entre Commercy et Neufchàteau. En 1220, l’abbaye de Saint-Evre de Toul avait déjà cédé la moitié de Liffol à Henri II qui possédait déjà l’autre moitié, mais elle se réserve les produits du moulin etides dîimes pour son prieuré de Chatenois (4).
() Le Mercier de Morière, Cat. des actes de Mathieu II, p. 9; Huillard Bréholles, Hist. diplomatica Frederici II, tome II, 2e partie, p. 812.
(2) Cf. F. Lemaire et D' Pol Serrière, Koug et ses premiers possesseurs, son château, Nancy, 1913, in-8°, p. 7. La forteresse barroise de Foug dans Mém. Soc. L., Bar-le-Duc, 1913, p. 283. Le 5 juin 1236, Renaut de Marville vend au comte de Bar ce qu’il possédait à Foug, A. M.B. 245, fo 298; B. N. fr. 11853, fo 218.
(3) P. Benoit Pieart, Hist. de Toul, livre IV.
(4) B. N.fr., 11853, fo 226.
B. — Le comté de Bar de 1220 à 1228.
1. — L'Alliance avec la Champagne. 2. — Guerres contre les comtes de Bourgogne. 3. — Difficultés avec Metz et Verdun. 4. — Guerre de la minorité de Saint-Louis.
1. — Le duc de Lorraine Thiébaut mourut au début de l’année 1220, (1), laissant à son frère Mathieu II une succession difficile, car, si la paix était faite avec l'Empire, il restait à régler la situation créée par les agissements des comtes de Champagne et de Bar pendant son absence. Un mariage imprévu vint aider au règlement de cette succession. Quelques semaines après la mort du duc de Lorraine, le comte de Champagne, qui n'avait que dix-neuf ans, épousa sa veuve, Gertrude de Dagsbourg, qui lui apporta en dot ses biens patrimoniaux : les comtés de Metz et de Dabo, auxquels son beau-frère, Mathieu II, ajouta les châtellenies de Gondreville et de Nancy ?). Une série d'accords stipulèrent les conditions de cette dot. Dans le premier, Mathieu s'engage à défendre le comte de Champagne contre les filles du défunt comte Henri IL, en l'occurence surtout la femme d'Errard de Brienne, à donner Gondreville et Nancy et aussi la châtellenie de Gondrecourt, que Guy de Plancy tenait de lui (@), Dans un acte réciproque, le comte de Champagne et sa mère s'engagent à aider Mathieu contre tous, sauf Le roi de France, et au cas où Gertrude mourrait sans hoir, à rendre Nancy et Gondreville, ainsi que toutes les chartes relatives aux comtés de Metz et de Dagsbourg (4). Un troisième acte règle le paiement des dettes de Thiébaut et de Gertrude 6);
(1) Le Mercier de Morière, Cat. des actes de Mathieu IX, p. 6.
(2) D’Arbois de Jubainville, Hist. des comtes de Champagne, t. IV, p. 188.
(3) Mai 1220. Dom Calmet, II, pr. p. 430. Schæpflin, Alsatia Diplomaltica, 1, n° 428.
(4) Mai 1220. A. M., B. 256, f° 215, v°.
(5) Août 1220. Schæpflin, op, cit., I, m° 422. — D'’Arbois de Jubainville, op. cit., Cat. des actes, n° 1290.
pour celles contractées envers les bourgeois de Metz, elles seront payées par moitié par le comte de Champagne et le duc de Lorraine, celles du comté de Dagsbourg seront supportées par le comte de Champagne; le duc de Lorraine se charge de toutes les autres. Comme Nancy faisait partie du douaire d'Agnès de Bar, mère de Mathieu, la duchesse consentit à s'en dessaisir, moyennant indemnité sans doute (1), à la condition que son fils ne se livrerait contre elle à aucune violence, ce pour quoi le comte de Champagne et sa mère se portent garants (®. Il est probable qu'à la même époque Blanche avait rendu à Mathieu II le château de Darney puisque Aubert de Därney s'engage envers le duc à ne pastenir son château d’autres que lui ().
Ses affaires réglées avec la Champagne, il restait à Mathieu à s'entendre avec le comte de Bar, en particulier pour Foug et Stenay. Nous savons que Foug resta entre les mains du comte et que Stenay fut rendu. Nous n'avons pas malheureusement l'acte d'accord; nous savons seulement qu'un traité fut conclu entre Henri II et Mathieu à Vitry le 1% septembre 1220. Le texte a disparu, il ne reste que les actes par lesquels Mathieu déclare que Blanche et son fils Thiébaut se sont engagés à prendre le parti du comte de Bar, si le duc n’exécutait pas le traité (4), et à fournir au comte trois mille livres messines si, avant Noël, Mathieu n'avait pas donné les otages promis (). Il est probable que Mathieu engageait ou cédait à Henri certains de ses châteaux, car, nous voyons après ce terme de Noël, en janvier 1221, Robert de Neuviller déclarer son château rendable au comte (6) et Gauthier de Preny lui rendre hommage pour ses possessions de Nancy (7. Mathieu et Henri sont restés
(1) D’Arbois de. Jubainville. Hist. des comtes de Champagne t. IV. p. 191.
2) Juin 1220. Dom Calmet, t. I, pr. p. 429 et 430. A. M. B. 256, f° 37, vo.
artène. Th. anecd. I, 882.
artène. Th. anecd. I. 881.
BP: Nr411853, F7 91.
B. N. fr. 11853, fo 192.
ensemble plus d’un mois à Vitry; le 1° octobre, ils s'y trouvaient encore (1). : |
Au mois de Juin 1220, le comte de Bar avait passé avec le comte de Champagne deux importants accords. Dans le premier, ils s’engagent réciproquement à ne pas retenir les hommes de leurs domaines ou de leur garde à moins que, depuis un an, ces hommes n'aient échappé à la garde de l'un pour entrer dans celle de l’autre et à ne pas attirer mutuellement leurs Juifs (2). Par le second accord, Blanche et son fils s'engagent, tant que le comte de Bar remplira son devoir à leur égard, à ne pas grever les fiefs qu’il possédait en Champagne et à ne pas être contre lui pour qui que ce soit (3). La comtesse de Champagne fit également régler en décembre 1220 les droits d’Agnès de Chaumont et de son fils. Le comte de Bar s'engage à ne rien réclamer d'eux plus que les coutumes de Saint-Thiébaut affranchi par son père ne lui permettent (4).
Les deux comtes 2Ilaient bientôt trouver l’occasion d'agir de concert. Thiébaut de Champagne ayant essayé d'entrer en possession des biens de sa femme, se heurta au refus des Messins, soutenus par l'empereur Frédéric IE (®), quand il voulut prendre le comté de Metz plus nominal que réel. Pour réduire les bourgeois, Thiébaut s’allia au comte de Bar et au comte de Luxembourg, Valeran de Limbourg. Le comte de Bar s'était même fait prêter par Pierre de Jussey son château de Châtel-sur-Blaise, contre l’évêque et les habitants de Metz (6). Les trois princes vinrent mettre le siège devant la ville, mais leurs efforts furent inutiles,
(1) A. M. B. 256, f° 83, v°. Hommage du sire de Reulant au duc Mathieu. Témoin : le comte de Bar.
(2) A. N. J. 911, n° 5. B. N. fr. 11853, f> 20. Un acte analogue fut fait en 1198 entre le roi de France et le comte de Champagne.
(3) B. N. fr., 11853, fo 20.
(4) Chantereau Lefebvre, Traité des Fiefs, II, p. 122.
(5) D’Arbois de Jubainville, Hist. des comtes de Champagne, t, IV, p. 192.
(6) B. N. fr. 11853, f° 254.
Metz ne se rendit pas et resta libre (1). Thiébaut en éprouva un vif mécontentement et répudia sa femme, parce qu'elle était stérile, dit Richer de Senones ®), parce qu'elle était sa parente à un degré prohibé, dit Aubry de Trois Fontaines (3); c'est du moins ce dernier prétexte que retint l'autorité ecclésiastique. Gertrude reprit son héritage qu’elle apporta en troisième noces à Simon de Linange (1); Gondreville et Nancy revinrent au due de Lorraine, mais le comte de Champagne ne perdait pas tout, il gardait la mouvance de Gondrecourt que Mathieu lui avait donnée sans aucune condition (), et celle de Neufchâteau que le duc de Lorraine avait ajoutée le 30 juillet 1220 (6). La mouvance de Gondrecourt ne génait d'ailleurs pas le comte de Bar, qui avait pris ses précautions dès 1219. Guy de Plancy, seigneur de Gondrecourt, lui avait assigné la terre qu'il tenait du sire de Reynel moyennant mille livres; si Guy de Plancy venait à échanger la terre de Gondrecourt avec le comte de Champagne, le comte de Bar retiendrait la terre mouvante de Reynel jusqu'au rembousement des mille livres (?). Au même moment, la maison de Joinville étend l'hommage qu'elle doit au comte de Bar. Simon et son fils Geoffroy reçoivent en accroissement de fiefs Biencourt, Germay et
1) Chron. S. Vincentir Metensis : « Suburbium Metense a comite Campanie et a Comite Barrensi et a comite Lucemburgensi cum omni potestate éorum obsessum est et confusi recesserunt ».
2) Chr. Richeri, éd. Dom Calmet, II, pr. p. 31.
(3) Aubry de Trois-Fontaines, SS. XXIII, p. 910.
4) Aubry de Trois-Fontaines, SS. XXIIE, p. 916. — Reiner de Liége, Hist. des Gaules, XVHIE, p. 636.
(5) Le Mercier de Morière, Cat. des actes de Mathieu IT, n° 7. — Un accord dut intervenir par la suite à propos de Gondrecourt, car si Guy de Plancy déclare en février 1222 que son château de Gondrecourt est rendable au comte de Champagne, en juin de la même année, il avoue qu’il meut du duc de Lorraine (A. M. B. 256, fo 28 vo). Gondrecourt releva en effet de la Champagne et de la Lorraine jusqu'au jour où il rentra dans le Barrois sous Thiébaut II.
(6) Le Mercier de Morière, op. cit., n° 7.
Juvigny-en-Perthois (1). En février 1221, Pierre de Bourlémont fait savoir qu'il doit prêter son château de Bourlémont contre tous excepté la Champagne et que ses hommes doivent fidélité au Barrois @). Dans la Champagne même, en mars 1219, Jean d'Arcis au moment de partir pour la croisade s’est déclaré fomme lige du comte de Bar6), en juin de la même annéel) et le 29 avril 1230 6), son fils Guy rendra également l'hommage; enfin en septembre 1220 Henri rachète à Mauvoisin de Sorcy les fiefs que celui-ci tenait de lui à Arcis (6).
Le 30 mai 1222, le comte de Champagne déjà divorcé fut déclaré majeur (0. Il vécut les premières années de son règne personnel en bonne intelligence avec le comte de Bar qui. continua au fils les secours efficaces qu'il avait donnés à la mère. Nous avons de leurs relations étroites des preuves nombreuses. Le 3 décembre 1221 et le 24 janvier 1222 le comte de Bar est appelé à témoigner des promesses de fidélité de Hugue de Brécy (8); le 27 décembre 1222, Henri II qui se trouve à Épernay AR six cent vingt marcs d'argent pour lesquels le comte de Champagne se porte caution (9. Henri cautionne à son tour le 5 avril 1223 les engagements de Poincede Choiseul enversThiébaut(10), Quand Guy de Dampierre (41) se révolte la même année contre son suzerain et refuse au comte de Champagne de lui rendre
(1) Simonnet, Essai sur les Sires de Joinville, p. II. — B. N. Lorr. 718, fo 37 — fr. 11853, fo 42.
(2) B. N. fr. 11853, f° 249.
(3) B. N. fr. 11853, fo 92.
(4) Tbidem. — Deux actes : l’un est une déclaration d'hommage lige, le second un reçu de la somme de trente livres pour l'hommage.
(5) BYNr 0853092;
(6) B. N. fr. 11853, 1° 92;
(7) D’Arbois de Jubainville, Hist. des comtes de Champagne, t. IV, p. 200.
(8) Chantereau Lefebvre, Traité des fiefs, II, p. 130 et 127.
(9) Chantereau Lefebvre, op. cit., p.139.
(10) ANT 911, n° 6.:B::N\fr. 4847,15978.
(11) Il s’agit de ce Guy de Dampierre, époux de Yolande de Flandre, dont nous avons eu déjà occasion de parler sous Thiébaut Ier.
hommage pour Saint-Dizier, c'est Henri de Bar, de concert avec Enguerrand de Coucy, qui s'entremet, obtient du roi de France sa bienveillance pour Thiébaut et prépare l'entrevue d'Épernay où doit se conclure la paix). L'année suivante, en mai 1224, le comte de Bar se constitue pleige pour Guy et Henri de Châtillon, auxquels le comte de RUERE TS accorde la paix moyennant cinq cents marcs d'argent (®); de son côté le comte de Champagne garantit Henri de Er qui doit pareille somme à l’évêque comte de Châlons (3). En même temps que le comte de Bar augmentait ses possessions en Champagne, Errard de Chassenay déclarait, en février 1225, qu'il devait l'aider dans toutes les guerres, qui ne seraient pas dirigées contre la Champagne, le duché de Bourgogne ou l'évêché de Langres (4). La même année Anselme de Garlande devient son vassal (5) et en novembre 1226, le fameux Errard de Brienne, seigneur de Ramerupt, lui rend hommage pour Ramerupt et Nogentsur-Seine (6).
2. — Quand en 1225, le comte de Champagne fut attaqué par le comte Étienne d'Auxerre, il trouva dans le comte de Bar un allié d'autant plus puissant, que celui-ci s'était ménagé sur la frontière de Bourgogne des châteaux et des alliances, le château de Ccolombey(?) que lui prête Renaut de Choiseul (8), celui de Faucogney que lui cède Hugue pour son service. Hugue devient d’ailleurs, avec la permission de son fils Simon, vicomte de Vesoul (?, son homme lige pour Francalmont (10), et Saint-Loup (0), enfin Thiébaut de
(1) D’Arbois de Jubainville, Hist. des comtes de Champagne, Cat. n° 1576. .
2) Chantereau Lefebvre, op. cit., p. 157.
) Chantereau Lefebvre, op. cit., p. 127.
) B. N. fr. 11853, f° 94.
) B. N. fr. 11853, fo 93.
) A. Lesort, Chartes du Clermontois, n° X.
) Haute-Marne, Choiseul, Clefmont.
) B. N. ms. fr. 11853, f° 237.
) B. N. ms. fr. 11853, f° 254.
avril 1225.
M. GrospipieR dE Marons. 17
Neuchâtel(!), déjà vassal de Thiébaut I‘, lui renouvelle l'hommage (1). Déjà en 1215, Henri de Fontaine avait repris de lui le château et le bourg de Morey (?), en juin 1221, Josserand de Brancion le château de Fains 3) et Étienne de Chaussin le château de Vaulgrenant (4. La guerre fut malheureuse pour le comte de Bar qui, vaincu dans un combat, fut fait prisonnier la veille de Noël 1225 par le comte Jean de Chälon-sur-Saône, fils du comte Étienne Sr e et par le comte Henri de Vienne et emmené prisonnier (5). Le comte de Bar ne fut relâché que le jour de la Pentecôte 1226, contre une forte rançon : soixante mille livres provinesiens d’après Aubry (6). Cependant les conditions du traité furent trouvées trop onéreuses et l’année suivante en juillet 1227, sur l'intervention de cardinal Romain de Saint-Ange, légat du pape, le comte de Châlon remit à Henri de Bar les lettres que celui-ci avait faites pour sortir de prison, le tint quitte de toutes dettes, lui, ses pleiges et ses otages (7). A la
1) Doubs. Montbéliard, Pont de Roide. B. N. fr. 11853, f° 255 — avril 1225.
(2) Haute-Saône. Vesoul, Vitrey. B. N. fr. 11853, f° 250.
(3) Commune et canton Morez. Jura. Saint-Claude. B. N. Lorr. 719, fo 135.
(4) Commune de Pagnoz. Jura, Poligny, Villiers-Farlay. — Orig. B. N. Lorr. 184, fo 1. — B. N. fr. 11853, f° 247.
5) Chron. de Saint-Martin de-Tours, Hist. des Gaules, t. XNIIE, p. 311: « Tunc Joannes, comes Cabilonensis Henricum comitem Barriqui terram suam quoddam oppidum contra jus de novo firmaverat inito certamine, cum aliis multis coepit et carcera mancipavit » — Aubry de Trois-Fontaines an. 1225 : « Sed cum comes idem (Henri) captus fuisset ante Natale in Burgundia a Joanne Cabilonensi filio comitis Stephani et ab Henrico Viennensi fratre Gerardi jam defuncti ».
(6) Aubry de Trois-Fontaines. SS. XXIII an. 1226. — « Comes Barri Henri cum esset captus in Burgundia ut supra tetigenus fuit ubi usque ad Pentecostem, redemptus ergo post sexdecem millibus librarum Provinensium liber dimissus est permittendo quod pacem, eum tisdem principibus haberet qui ipsum temerant, nec ipsis fidem servavit ». — Ex. Chron. Saint-Martin de-Tours, loc. cit., p. 311 : « Sed sequenti anno eum immunera redemptum pecunia e carcere liberavit ».
(7) A. Duchesne, Hist de la Maison de Bar, pr. p. 23. — D'Arbois de Jubainville, Hist des comtes de Champagne, Cat. des actes, n° 1762.
LE RÈGNE DE HENRI It (1214-1240). 259
même époque le 29 juin, Henri de Vienné entra aussi en pourparlers et les deux ennemis ayant choisi Thibaut de Champagne pour arbitre lui remirent en gage de soumission à sa sentence, le comte de Vienne le château de Chàtillon-sur-Seine (1) et le comte de Bar le château de Bourmont (2. Par le traité de Langres conclu en novembre, Henri de Vienne s'engage à payer au comte de Bar cent livres stéphanoises à la foire Saint-Jean de Troyes pour lesquelles Thiébaut se porte caution 6) et cinq cents livres pour lesquelles Thibaut autorise Henri IT, en cas de nonpaiement, à saisir les revenus du comte de Vienne sur les foires de Champagne (4). Enfin, l’un des derniers alliés du comte de Châlon, qui d’ailleurs était vassal du comte de Bar), Josserand le Gros, seigneur de Brancion (6) donne en satisfaction à Henri trois cent quatre vingts livres sur les salines de Salins (septembre 1228) (1). Le comte de Châlon s'engage personnellement à réparer les torts que pourrait commettre Josserand contre le comte de Bar). Ce dernier recevait donc, quoique vaincu, des compensations pécuniaires. La cause de la guerre indiquée par Aubry de Trois- Fontaines — à savoir la construction contre tous droits par le comte de Bar de châteaux sur les terres châlonnaises et viennoises — n’est donc pas la vraie. En réalité cette guerre est un épisode de la lutte soutenue entre les deux fractions de la maison. comtale de Bourgogne pour la succession du comté. La descendance de Renaut IL, frère de la com-
(1) Chantereau Lefebvre, Traité des fiefs, II, 174. — D'Arbois de Jubainville, op. cit., n° 1761.
(2) D’Arbois de Jubainville, Cat. n° 1762.
(3) D’Arbois de Jubainville, Cat. n° 1800.
(4) D’Arbois de Jubainville, Cat. n° 1801.
(5) Josserand de Brancion prête hommage au comte de Bar en 1221, juillet. — B. N. Coll. Lorr. 719, f° 135. — Il deviendra plus tard vassal du duc Mathieu de Lorraine. Le Mercier de Morière, Cat. des actes de Mathieu II n° 301, le 13 novembre 1246.
(6) Saône-et-Loire. Mâcon, Tournus.
(7) B. N: fr. 11853, f° 247.
(8) B. N. fr. 11853, f° 246,
tesse de Bar, Ermentrude, s'était éteinte en 1127. Le comté revint alors au neveu de Renaut II, Renaut III, qui règna jusqu’en 1148. Renaut III n’eût qu'une fille Béatrice, femme de Frédéric Barberousse dont nous avons noté l'intervention à propos de Briey en 1178 (1). Après la mort de Frédéric le comté de Bourgogne échut à son fils Otton I°* qui, à son tour, ne laissa qu’une fille mariée à Otton II, duc de Méranie. Cette succession au comté de Bourgogne par les femmes fut contestée par les fils de Guillaume de Mâcon, frère de Renaut II, Étienne d’Auxonne, Gérard de Mâcon et Henri de Vienne (2. La lutte du comte de Bar contre Étienne de Bourgogne n'a pas d'autre origine; Henri II fut l’allié du duc de Méranie et c'est Thiébaut de Champagne dont la fille était promise au fils d'Otton II, Otton III le jeune, qui l’entraîna dans cette alliance. Le 19 janvier 1226, Otton déclare que s’il entre en guerre à cause du ‘comte de Bar-le- Duc — alors prisonnier — le comte de Champagne lui donnera un secours de cent quarante hommes dont soixante à pied et quatre-vingts cavaliers (3). Il est vrai que si le comte de Bar n’a pas construit de châteaux en Bourgogne, il a acquis l'hommage de beaucoup, mais par la suite, surtout à partir de 1233, ses acquisitions du côté de la Franche- Comté seront autrement considérables, sans que la Maison d'Auxonne-Mâcon en prenne ombrage. Au fond. l'alliance n'avait pas été sans profit pour le comte de Bar; Henri II avant de s'engager dans cette aventure s'était fait chèrement payer. Otton IIT, qui en 1222, au mois d'octobre, reçoit l’hommage du comte de Bar et lui promet de le protéger contre tous ses ennemis (4), le tient en 1225 quitte de tout hommage :
(1) Cf. plus haut, p. 198.
(2) P. Fournier, Le Royaume d'Arles et de Vienne, Paris, 1891, in-8° passim. W. Bernhardi, Lothar von Supplinburg (Jahr. der D. R). passim et 3° appendice,
(4) B. N. mss. fr. 11853, f 255. « Ego O. Dei gratia dux Meranie, comes Burgundie palatinus notum facio universis presentes litteras ins pecturis Henrico comiti Barri tanquam hoc meo integraliter reddidi feodum quod pater suus ab nobis tenuit et illud bona fide adversus omnes.
et abandonne la suzeraineté de Briey que désormais les comtes de Bar tiendront directement de l'évêché de Metz{), C'était là une grosse concession; Briey représentait pour la maison comtale de Bourgogne une part d’héritage éloignée sans doute, mais à la possession de laquelle elle semblait avoir particulièrement tenu. Otton, prince étranger à la Bourgogne, fait facilement bon marché de cette suzeraineté de Briey, mais par la suite ses héritiers et surtout Philippe le Bon et Charles le Téméraire la revendiqueront âprement.
Etienne d'Auxonne et Jean de Chalon ayant fait la paix avec le comte de Bar, à leur détriment ou presque, conclurent avec Otton de Méranie un accord qui devait remettre, par un mariage, cette succession de Bourgogne si disputée, entre leurs mains. En 1230 Alix, fille d'Otton, épousa Hugue, fils de Jean de Châlon, et comme Otton III le jeune mourut prématurément en 1248, sans héritier, Hugue devint comte de Bourgogne (2). Le comté était resté exactement un siècle, entre les mains des femmes et des étrangers.
3.— Si nous en croyons Dom Calmet et Clouet la captivité du comte de Bar serait venue fort à propos pour délivrer Jean d’Apremont des difficultés qu'Henri lui créait à propos de sa succession à l'évêché de Verdun 6). Jean d'Apremont était évêque de Verdun depuis sept ans quand il fut transféré au siège de Metz en 1224. Avant de gagner son nouveau diocèse, il tint à placer sur le siège de Verdun quelqu'un qui lui fut dévoué. Sur ses instances, le chapitre choisit Raoul
La"
de Thourotte, chantre de l’église de Laon, son cousin
hostes garantire promisi. In cujus rei testimonium presentem paginam sigilli mei appensione roboravi. Actum anno D. mccxxn mense octobris ».
(1) B. N. fr. 11853, f° 255. « O. Dux Meranie comes Burgundie notum facio universis presentes litteras inspecturis quod ego castrum que dicitur Briey quod comes Barri de me tenebat eodem comiti concessi quod voluntatem suam de eo plenarie faceret quia de cetero illud de me non tenet. Actum anno D. mccxxv.
(2) P. Fournier. Le Royaume d'Arles et de Vienne, p. 111, note 2.
(3) Abbé Clouet, Hist. de Verdun, t. II, p. 381 et sq.
germain (1 Henri de Bar s’opposa à cette élection et aidé de Henri Malapete, archidiacre de Montfaucon, il réussit à faire élire par une minorité importante du chapitre l'archidiacre de Châlons. L'affaire fut portée à Rome (® où le procès resta pendant et fut finalement jugé en 1227 par l'évêque de Toul Eude de Sorcy et le légat du pape en Allemagne, Conrad, en faveur de Raoul de Thourotte (5). Mais dès avant, Henri s'était réconcilié avec l’évêque. Est-ce bien sa captivité qui interrompit la campagne du comte de Bar contre l’évêque de Verdun, comme semble le faire croire un passage d'Aubry de Trois-Fontaines (), ou comme le veut Clouet la crainte d’avoir sur le dos un ennemi de plus 6)? En réalité, l’assentiment du comte de Bar’ à l'élection de Raoul fut acheté par Jean d'Apremont. Le 5 octobre 1225, deux mois et demi avant sa captivité, Henri rend hommage . à l'évêque de Metz'et reconnaît qu'en augmentation du fief de Briey qu'il tenait de lui, l'évêque lui a donné les deux villes de Thicourt (6) et de Fribourg!{?); ils doivent en outre se
() Geoffroy d’Apremont Jean de Thourotte épouse épouse Elisabeth de Dampierre. — sœur de — Odette de Dampierre. dont Jean d'Apremont. dont Raoul de Thourotte,
(2) Aubry de Trois-Fontaines, an. 1224 : « Apud Virdunum in cathedra pontificali, de voluntate et concilio Metensis episcopi Joannis punctus fuit cosobrimus ejus cantor Landunensis Rodolfus, filius domini de Toroto appellantibus ad Papam archidiacono Heurico Malapeta Montis Falconis preposito cum aliis personis quae erant in pacte ejus; et ejus causae ventilatio ultra annum processit eo quod pars appellantium innitebaturconsilio et auxilio comitis Barrensis ». Clouet, op. cit.,t.Il,p. 382.
(3) Clouet, Hist. de Verdun, t. Il, p. 383. Roussel, Hist. de Verdun, t11%p: 290:
(4) Aubry de Trois-Fontaines, 1226 : « Tandem post redemptionem et revertionem cum eodem electo Rodulfo pacem habuit et cum ipso Virdunum obsedit ».
(5) Clouet, loc. cit : & Le comte de Bar qu'attaquaient alors celui de Champagne et le duc de Lorraine se réconcilia avec lui (Raoul de Thourotte) et devint son allié de peur sans doute qu'il ne se joignît aux Lorrains et aux Champenois » Clouet commet une erreur de date au moins, la guerre n'ayant eu lieu qu’en 1228.
(6) Thicourt. Lorraine, Metz, Faulquemont.
(7) Freybouse, Lorraine, Sarreguemines, Grostenquin.
défendre réciproquement contre tous hommes. Au cas où Henri décéderait sans hoir, ces villes reviendraient à l'évêché de Metz (1). En même temps, le comte Otton de Bourgogne dispensait de tout hommage le comte de Bar pour Briey, comme nous l'avons expliqué plus haut.
Jean d'Apremont avait alors besoin du comte de Bar pour régler les difficultés surgies autour de son nouvel évêché par la mort de Gertrude de Dagsbourg (2), Gertrude, nous l'avons vu, avait été mariée trois fois : veuve du duc de Lorraine, divorcée du comte Thibaut de Champagne, elle avait épousé le comte Simon de Linange et n’en avait pas plus eu d'héritier que de ses deux premiers maris. Son héritage, dispersé dans l'évêché de Metz avec le comté de cette ville, Sarralbe 6), Sarrebourg, Turquenstein (4), Herrenstein () et Dagsbourg et dans celui de Liège avec Moha, était disputé aux évêques de ces diocèses par le comte de Linange, le margrave de Bade et le duc de Brabant (6). L'’évêque de Metz surtout fut obligé d'entreprendre une guerre en règle contre le comte de Linange et cette guerre ne futterminée qu'en 1227, grâce à l’aide précieuse que Jean d'Apremont rencontra auprès du comte deBar (7). Cependant l’année n'était pas finie que Jean d’Apremont et le comte de Bar se querellaient de nouveau ; Jean avait échangé avec Hugue de Pierrepont, évêque de Liège, la ville de Maiïdières (%), contre des biens que l'évêché de Metz tenait à Saint-Trond et à Hastières. Sous
(1) Cart. de Metz, édit. Marichal, p. 401.
(2) Cf. plus loin, p. 275. Le Mercier de Morière, Cat. des actes de Mathieu II, p. 24 et sq.
(3) Meurthe, Sarreguemines, chef-lieu de canton. (4) Moselle, Sarrebourg, Lorquin.
(5) Commune de Neuviller. Bas-Rhin, Saverne, La Petite Pierre. : (6) Le Mercier de Morière, Cat. des actes de Mathieu IT, p. 25 et sq. (7) Aubry de Trois-Fontaines, an. 1227 « Longos concertationes habuit Metensis episcopus contra comites qui castra dicta comitissae (comtesse Gertrude) sibi vindicabant maxime ex vicinitate, et ille de Linanges ex dote vel remanentie uxoris que recipere debebant de manu episcopi qui per comitem Barri de ipsis triumphum obtinuit ». (8) Meurthe-et-Moselle, Nancy, Pont-à-Mousson. Aubry de Trois-Fontaines, an. 1227.
le prétexte qu'il était voué de cette ville et que l'accord avait été conclu sans son consentement, le comte de Bar saisit Maidières. En juillet 1228, le différend fut apaisé, il fut entendu que le comte de Bar garderait Maidières, mais qu'il rendrait le château de Fribourg (1). L'acte fut confirmé au mois d'août par le chapitre de Metz, co-propriétaire des biens échangés avec Liège (?).
Raoul de Thourotte avait eu lui aussi besoin du comte de Bar pour réduire les bourgeois de Verdun (?), qui avaient profité des difficultés de leur évêque pour ériger leur ville en commune et extorquer au roi des Romains Henri VII une charte de franchise (*). Raoul aidé des troupes du comte et de celles de l’évêque de Toul mit le siège devant la ville, s’en empara et obtint d'Henri VII la révocation de sa charte (). Raoul ne prit possession de son siège qu'à la fin de l'année 1227 (6).
4, — Le roi de France, Louis VIII mourut mystérieusement le 8 novembre à Montpensier (7 après un court règne detrois ans ; le royaume tomba entre les mains d’une femme et d’un enfant. Ce fut l'occasion pour la féodalité de relever la tête et de chercher à reconquérir ce que la politique habile de Philippe Auguste lui avait fait perdre d’indépendance. Le comte de Bar qui, jusque là, avait été l'ami fidèle du roi de France, qui assista même au sacre de Saint- Louis (8), se départit de sa politique d'amitié sur les ins-
(1) B. N. fr. 11853, fo 196 (acte de Jean) et f° 307 (acte d'Henri). (2) B. N. fr. 11853, f° 196. L'acte fut confirmé par Henri, roi des Romains et l'archevêque de Cologne.
) Aubry de Trois-Fontaines, an. 1226.
) Aix-la-Chapelle, 31 mars 1227.
) Worms, 26 avr. 1227.
(6) Wassebourg, Antiquités de la Gaule Belgicque, fo 358. Clouet, Hist. de Verdun, t, II, p. 381 et sq.
(7) Petit-Dutaillis. Étude sur le règne de Louis VIII.
(8) Elie Berger, Hist. de Blanche de Castille, p. 26. La présence du comte de Bar est attestée par Philippe Mousket, v. 27.654 et Mathieu de Paris, édit. Luard, t. III, p. 118. Par contre Roger de Wendover, t. II, p. 315, déclare que le comte de Bar n’assistait pas au sacre.
tances de Thibaut de Champagne. Thibaut en voulait à Louis VII, parce qu'on lui avait refusé le commandement de la croisade contre les Albigeois (1), que le fils de Philippe Auguste d'abord comme prince royal, puis comme roi avait conduite en personne. Au siège d'Avignon où Thibaut était arrivé en retard, les choses s’envenimèrent et Thibaut malgré les menaces du roi quitta l’armée avant la fin du siège. Craignant les représailles, il s'empressa de fortifier ses châteaux. Après la mort de Louis VIII, Blanche de Castille lui ayant refusé, en raison de sa conduite passée, l'entrée de Reims au jour du sacre de Saint Louis, Thibaut s’allia avec tous les ennemis de l'autorité royale, le roi d'Angleterre, le comte de Bretagne, le comte de la Marche et le comte Raymond de Toulouse, protecteur des Albigeois @. Le comte de Bar entra dans cette alliance attiré par son beau-frère, le comte de Bretagne @), et par Thibaut. On s’en explique mal les raisons, d'autant que pour rejoindre ses alliés à Thouars, Henri obtint un sauf-conduit qui lui permettait de traverser les terres du roi de France (4).
La guerre fut très courte; Blanche de Castille étant entréeavec beaucoup de résolution en campagne le 20 février 1227 (5), on aboutit aussitôt à des négociations. Henri de Bar — et même Thibaut — ne demandaient qu’à se réconcilier avec la reine de France. Ils s’enfuirent du camp des alliés — qui n'avaient d'ailleurs aucune confiance en eux et avaient même tenté de s'assurer de leurs personnes lt) — et vinrent se soumettre à la régente. Une trêve fut conclue le 2 mars à Vendôme et les deux comtes rendirent l’hom-
(1) D’Arbois de Jubainville, Hist. des comtes de Champagne, IV. p. 202, 203, et Cat. des actes, n° 1189 fer.
(2) Chron. Turonense, Hist. des Gaules, t. XVIII, 316 b. D'Arbois de Jubainville, op. cit., p. 206.
(3) Le comte de Bar avait épousé en 1218, Philippe de Dreux, sœur de Pierre Mauclerc, comte de Bretagne, Cf. plus loin et Elie Berger, op. cit., p. 80.
(4) D’Arbois de Jubainville, op. cit , p. 212.
(5) Chron. Turonense, loc. cit., p. 319. Guillaume de Nangis, p. 313.
(6) Elie Berger, Hist. de Blanche de Castille, p. 82.
mage (1). Cette soumission entraîna celle des autres alliés qui firent la paix, à contre cœur, il est vrai, car ils gardérent une haine implacable contre Thibaut.
Pour se venger du comte de Champagne, le comte de Bretagne, le comte de Saint-Pol, le comte de Boulogne Philippe Hurepel, les sires de Courtenay et de Coucy presque tous parents du comte de Bar, formèrent une coalition contre lui et lui opposèrent la reine Alix de Chypre dont ils soutinrent les prétendus droits, comme ils avaient soutenus jadis ceux de sa sœur, femme d'Errard de Brienne. Thibaut trouva des secours du côté de la Bourgogne : Alix, régente du duché et son fils Hugue IV, le comte de Bourgogne, Otton de Méranie, auxquels se joignit le comte de Bar. Alix de Bourgogne conclut avec le comte de Champagne, en juillet 1227, un traité par lequel elle s’interdisait toute alliance avec la Maison de Dreux à laquelle appartenait le comte de Bretagne (. Cette alliance devait durer un peu plus d’un an. Le dernier acte qui nous assure encore de la bonne entente des comtes de Bar et de Champagne est daté du 28 octobre 1228. Le comte Henri s'y constitue caution de Thibaut, qui a juré au cardinallégat Romain de Saint-Ange de se soumettre à la juridiction du pape ou des arbitres, dans le différend qu'il a avec les Templiers à propos des acquisitions de ceux-ci en Champagne (3).
(1) Chron. Turonense, Hist. des Gaules, XVIII, 319 c. d. — Philippe Mousket, v. 27.838. D’Arbois de Jubainville, Hist. des comtes de Champagne, . t. IV, p. 213. C’est le premier hommage d’un comte de Bar au roi de France dont nous entendions parler. Il dût être rendu pour les fiefs mouvants du comte de Champagne, et probablement pour Sormery.
(2) Duchesne, Hist. de la Maison de Vergy, pr., p. 157. D'Arbois de Jubainville, op. cit., Cat. des actes, n° 1773.
(3) Chantereau Lefebvre, Traité des fiefs, II, 188. D'Arbois de Jubainville, op. cit., n° 1861.
1. — Rupture de l'alliance champenoise. — 2. Guerres avec la Lorraine et la Champagne. — 3. Relations avec la Lorraine. — 4. Avec Verdun. — 5. Les dernières années.
1. — Ce fut la duchesse de Bourgogne qui, la première, rompit l'alliance en mariant, au mépris du traité, son fils Hugues IV, avec Yolande, fille de Robert IIL, comte de Dreux, Furieux d'avoirété joué, Thibaut s’en prit au négociateur du mariage, l'archevêque de Lyon, Robert d'Auvergne. Robert d'Auvergne revenant de Paris traversait la Champagne, quand Thibaut s'empara de lui et le mit au secret, le faisant voyager de nuit de château en château pour dérouter toute poursuite; mais l'archevêque fut délivré par le comte Henri de Bar (1). M. d'Arbois de Jubainville attribue l’acte du comte de Bar à l'indignation. Sans vouloir diminuer la loyauté du rôle de notre comte, il faut bien avouer que l’indignation ne fut pas son seul motif d'agir. La jeune princesse mariée au duc de Bourgogne était sa nièce; des pires ennemis de Thibaut, l'un, le comte de Bretagne était son beau-frère, l’autre le comte de Saint-Pol, le père du mari de sa sœur. Jointe à ces liens, qui, quelque jour, eussent dû fatalement l’entraîner contre Thibaut, la politique même d'extension qu'à la suite de ses prédécesseurs il menait dans l’Argonne, devait tôt ou : tard le mettre en conflit avec le comte de Champagne. Le mariage du duc de Bourgogne ne fut que l’occasion et la délivrance de l'archevêque de Lyon l'accident qui firent éclater les hostilités.
Emporté comme toujours, le comte de Champagne ne chercha plus qu’à se venger. Il trouva des appuis chez tous
(1) D’Arbois de Jubainville, Hist. des comtes de Champagne, t. IV, p. 220 : « Le secret de cette scandaleuse captivité se dévoila et l’indignation donna pour libérateur à l'archevêque le plus ancien allié de Thibaut, Henri, comte de Bar-le-Duc ». Cf. E. Berger, Aist. de Blanche de Castille, p. 151. — Aubry de Trois Fontaines, ss. XXIII, p. 924.
ceux que la politique du comte de Bar avait lésés et tout d’abord chez le duc de Lorraine, qui n'avait pas pardonné à son oncle l’humiliation du traité de Vitry, d'autant que les intrigues d'Henri pouvaient à juste titre l'inquiéter. Celui-ci venait d'obtenir en août 1227 d'Hugue de Vaudémont, déjà son vassal pour le comté de Vaudémont, la déclaration que le fils d'Hugue était homme lige pour la Re de Chàtel-sur-Moselle, excepté le te de Moréville (1) qui mouvait du comte de Bourgogne (?). Par un acte daté du 22 oct.
1229, le comte de Champagne me « à son très cher consanguin et fidèle Mathieu » qu'aussitôt après la Noël, il repoussera le comte de Bar de son hommage et quarante jours après entrera contre lui en campagne; il ne fera ni paix, ni trêve sans l’expresse autorisation du duc de Lorraine (3), Le même jour sans doute, l'évêque de Metz, Jean d'Apremont, apporte son adhésion et par deux actes successifs Thibaut de Champagne pe d'aider Jean contre Mathieu, si celui-ci violait le traité (%) ou Mathieu contre Jean si c'était ce dernier qui défaillait (©). Mathieu se préparait d’ailleurs depuis longtemps contre - comte de Bar, puisque dès le mois précédent, il avait entraîné Conrad de Riste à . briser le lien d’étroite vassalité qui l’unissait au comte de Bar. Conrad se déclare l’allié du duc de Lorraine, il ne peut faire la paix sans l’assentiment du duc et comme le duc lui a jadis causé quelques dommages dans son fief de Lunéville, - il en reçoit trois cent cinquante livres, cent cinquante payables à Pâques et le reste à la saint Remi. Il reprend en fief du duc la terre de Norroy (6), s'engage à commencer la guerre contre le comte de Bar, à prêter son château et à l'ouvrir à tous les hommes du duc, qui combattront contre
(1) Vosges, Epinal, Châtel.
(2) B. N. fr. 11853, fo 130. — En 1235, Henri appose son sceau au testament de Hugue. — Dom Calmet, II, pr. p. 448.
(3) A. M. B. 256, fo 289. — Dom Çalmet, t.I, pr.p. 441.
(4) D’Arbois de Jubainville, Aist. des comtes de Champagne, Cat. des actes, n° 1948.
(5) Ibidem, ne 1947.
(6) Meurthe et Moselle. Nancy. Pont à Mousson.
le comte (1), Quatre mois auparavant, le 11 oct. 1228, le duc de Lorraine s'était déjà allié à Thierry, comte de Montbéliard qui lui avait fait hommage de son château de Belfort s'engageant à le lui prêter contre tous (2) et au comte Jean de Chalon, qui lui rendit hommage pour Sartres (3) et Pompierre (). Ces accords semblent prouver que la guerre entre le Barrois et la Lorraine était commencée avant la rupture avec la Champagne. C'est ce que pense Dom Calmet qui ajoute ignorer les motifs de cette guerre. La date des accords aussi bien que certaines stipulations du traité de-paix, qui s'en suivra, peuvent nous aider à les trouver. Ce doivent être les difficultés surgies à l’occasion de la succession de la duchesse de Lorraine, Agnès de Bar, morte en 1226 (®). Nous savons que la duchesse avait emporté dans sa dot les seigneuries barroises de Longwy, Stenay et Amance. Mais sur cette dernière en particulier les comtes de Bar avaient conservé quelques droits de suzeraineté. Mathieu avait empiété sur certains de ces droits, notamment en faisant augmenter les fortifications d’Amance, et la guerre était sortie de là (6). Au cours de la campagne, le duc de Lorraine détachera encore du comte de Bar son vassal, Haimon de Faucogney. Le 24 août 1230, Haimon rend hommage à Mathieu et promet de devenir son homme, si, à cause de cet hommage, le comte de Bar qui reste son suzerain, l'inquiétait ou le repoussait (1). De son côté, Thibaut ne restait pas inactif. En avril 1229, il obtient de Pierre de Bourmont la promesse que ni celui-ci, ni le comte de Bar ne se servirait du château de Mussey (8. Le 10 janvier 1230, il obtient du comte de Grandpré la promesse de com-
A. M. B. 256, fo 436, — Dom Calmet, t. II, pr. p. 440.
A. M. B. 256, f° 20. — Dom Calmet, t. II, p. 440.
Vosges, arrondissement et canton Neufchâteau.
\Même canton. B. N. Lorr. 185, f° 100. A. M. B. 256, f° 28.
Le Mercier de Morière, Cat. des actes de Mathieu IT, p. 33.
Le Mercier de Morière, Cat. des actes de Mathieu IT, p. 33.
À: Meurthe et Moselle. B. 707, n° 2. — Le Mercier de Morière,