‹ Le Comté de Bar des Origines au Traité de BrugesChapitre 23 sur 57 · VAT ÈLE COMTÉMDE PAR · texte numérisé non relu

VAT ÈLE COMTÉMDE PAR

battre le comte de Bar (1), quarante jours après en avoir été requis et ce, sans repos ni trêve, avec tous ses gens; le comte de Rethel et Simon de Joinville sont les garants de l'engagement réciproque du comte de Champagne de soutenir le comte de Grandpré (?. Le comte de Rethel suivait donc lui aussi le parti du comte de Champagne; cependant le 21 janvier précédent il avait conclu avec Henri de Bar un accord au sujet de leur ville commune de Saint-Morel (3) où il était entendu qu'ils ne pouvaient se retenir leurs hommes(#. Par contre, le comte de Bar réussit en décembre à fire entrer dans son hommage un des vassaux du comte de Rethel, Nicolas du Bourg Dagars (5), en lui donnart des terrages et des moulins à Osches (6). Enfin, le 22 mars 1230, le comte de Champagne obtient de son ancien adversaire, Errard de Brienne, vassal du comte de Bar, qu'il quitte son suzerain, lui fasse la guerre ainsi qu'au duc et au comte de Bourgogne et prête à la Champagne ses châteaux de Ramerupt et de Vernizey (1).

Le comte de Bar se prépara à la guerre en s’alliant au comte Ferry de Toul (8), en s’assurant la fidélité de Geoffroy de Vaudémont, seigneur de Gondrecourt, par l’inféodation de Montfort (9 et de Demange (10) et celle de son beau-frère

(1) A. N. J. 911, n° 11. Chantereau Lefebvre, Traité des Fiefs II, p. 205. — D'Arbois de Jubainville, Cat., n° 1977. j

(2) Chantereau Lefebvre, Traité des Fiefs II, p. 196; d’Arbois de Jubainville, n° 1978.

(3) Ardennes, Vouziers, Monthois. Il y a lieu de noter qu’en mai 1240, le comte de Rethel rendra hommage au comte de Bar pour la partie de Saint-Morel qui lui appartient. B. N. fr. 11853, fo 27.

PNA) BON fr. 11853 27.

(5) Père de Baudoin Dagars, sire des Armoises. Cf. D' H. Vincent, La Maison des Armoises, dans Mém. Soc. Arch. Lorr., t. XXVII (1877), p. 205 et sq’

(6) Meuse, Verdun, Souilly, fr. 11853, fo 27 et 28.

(7) D'Arbois de Jubainville, Hist. des comtes de Champagne, Cat. des actes, n° 1991, et t. IV, p. 231.

. (8) Cf. traité du 9 décembre 1230, Dom Calmet, I, pr., p. 442.

(9) Auj. ruiné, commune de Demange-aux-Eaux.

(10) Meuse, Commercy, Gondrecourt, B. N. fr., 11853, f° 220; Lorr., 659 fo 609; Dom Calmet, IT, pr., p. 441.

Valeran de Limbourg, comte de Luxembourg, par la promesse de lui remettre Pierrepont, dès qu'ensemble ils l’auraient recouvré sur Conrad de Riste. Valeran tiendra ce château en fief du comte de Bar ainsi que ses enfants nés de lui et d'Élisabeth, sœur du comte. Mais au cas où Élisabeth mourrait sans hoir, Pierrepont reviendrait au Barrois (1). |

2. — Ces dispositions prises, Henri attaqua le premier et sans attendre les quarante jours que le comte de Champagne avait fixés pour l'entrée en campagne. Dès le début de 1230, le comte de Bar entra en Lorraine et brûla soixantedix villages. Le duc de Lorraine et le comte de Champagne, aidés de Simon de Joinville, répondirent à cette agression en ravageant à leur tour le Barrois et en construisant sur la frontière même du comté le château de Montiers-sur- Saulx, qu'Henri ne tarda pas à prendre et à détruire. Les Lorrains rasèrent celui de Pont-à-Mousson et les Messins leurs alliés brûlèrent le pont de Maïdières, qui permettait au comte de Bar d'aller de Mousson à sa capitale (2). Telles sont les vagues notions que nous avons sur cette partie de la guerre. Le comte de Champagne dut bientôt cesser les hostilités, car un grave danger le menaçait à l’est de ses états. Ses ennemis qui ne luiavaient pas pardonné sa soumission à Saint-Louis, le comte de Boulogne, le comte de Saint- Pol, le comte de Nevers, le comte de Bourgogne, le comte Robert de Braine, Thomas et Enguerrand de Coucyenvahissaient la Champagne, marchaient sur Troyes après avoir pris Sézanne, Damery, Épernay, Vertus et Provins 3). Un vassal de Thibaut, resté l'ami du comte deBar, Errard de Chassenay, s’entremit et obtint une trève par laquelle le comte de Bar consentait à cesser les hostilités contre les Champenois et les Lorrains depuis le 6 août jusqu'au 29. Durant ce temps,

(1) B. N. Coll. Lorr., 983, n° 3.

(2) Aubry de Trois-Fontaines, SS. XXII, p. 926. Cf. aussi Dom Calmet, t. II, p. 229-230. — D'Arbois de Jubainville, op. cit., p. 233-234. Elie Berger, Hist. de Blanche de Castille, p.158.

(3) D’Arbois de Jubainville, op. cit., p. 240 et sq.

le comte de Bar pourra en toute sécurité traverser la Champagne pour aller au secours des barons coalisés contre Thibaut, mais de son côté le duc Mathieu pourra passer par le Barrois pour unir ses forces à celles du comte de Champagne (1). Thibaut profita de cette trêve pour implorer le secours du roi de France et du comte de Flandre. Louis IX accourut à Troyes que venait de sauver Simon de Joinville (2) et ordonna aux barons de sortir de Champagne. Après quelques tergiversations, le comte de Boulogne se sépara des coalisés et rentra dans la fidélité du roi de France 6). Les autres barons n’eurent plus qu’à s'exécuter; ils le firent, non sans commettre de nombreux dégâts sur leur passage. La paix fut conclue entre Thibaut et ses ennemis le 25 septembre 1230 (4.

Quant au différend entre le comte de Bar et le duc de Lorraine, les négociations pour le régler commencèrent le 25 septembre par l'entremise de Philippe Hurepel, comte de Boulogne, et de Thibaut, la reine Blanche devant être appelée éventuellement comme tiers arbitre 5). L'accord définitif fut signé le 12 décembre (6. Aux termes de cet accord, le duc de Lorraine rendra au comte les droits et les propriétés que celui-ci possédait à Amance, comblera les fossés qu'il a indûment fait creuser et s’il a fait abattre des maisons appartenant au comte ou à ses hommes, il paiera les dommages. De son côté, le comte de Bar rendra au duc de Lorraine les

(1) Dom Calmet, t. Il, pr., p. 442; d’Arboiïs de Jubainville, Hist. des comtes de Champagne, Cat. des actes, n° 2053 « In hunc modum quod ego in auxilium baronum si eis necesse fuerit et ipsi voluerint cumipsis baronibus esse potero, salve eundo et redeundo quantum treuga ipsa durabit et similiter dux Lotharingiæ in auxilium comitis Campanie contra barones esse poterit salve eundo et redeundo quamdiu treuga durabit ».

(2) Delaborde, Jean de Joinville et les seigneurs de Joinville, p. 60.

(3) Elie Berger, Hist. de Blanche de Castille, p. 41.

(4) D’Arbois de Jubainville, op. cit., t. IV, p. 249-2583.

(5) Chantereau-Lefebvre; Traité des fiefs, I, p. 208. Philippe déclare que le comte de Bar et le duc de Lorraine l’ont choisi comme arbitre pour régler les difficultés survenues entre eux depuis le traité de Vitry.

(6) A. N. J. 911, n° 13. — B. N. mss. fr. 4846. f° 190, Dom Calmet, II, pr, p. 442; Teulet, Layettes du Trésor des Chartes, II, p. 191, n° 2081.

engins et les hommes qui se trouvaient dans Pierrepont au moment de la prise de la place. Le duc se désintéressera de Pierrepont et de Riste ainsi que du sort de Conrad leur possesseur. Par contre, le comte ne réclamera rien à Charmes et à Mirecourt, possessions du comte de Toul. Les deux vassaux infidèles sont donc abandonnés par leurs suzerains respectifs qui n'oublieront ni l'un ni l'autre leur vengeance. Le comte de Bar gardera les fiefs de Neuviller et de Thibort et renoncera à l'hommage du seigneur de Darney, lequel devra rembourser les sommes qu'il lui doit. Ce renoncement ne concerne d'ailleurs que le château de Darney, car, le même jour, ce seigneur rendra hommage au comte de Bar pour les fiefs d'Acreigne (1), de Germiny ®), pour ce qu'il a. à Mandres () et à Gondreville sauf la ligéité du duc (4.

Le comte de Champagne et le duc de Lorraine s'engagent à reconstruire à frais communs et par moitié le château et le pont de Mousson ou plus exactement à payer au comte de Bar les frais de reconstruction à dire d'experts. Donmart aux-Bois sera rendu au comte de Vaudémont, selon la promesse que le duc lui a faite au mois de mai précédent (5), promesse qui n'a pas jusque là reçu d'exécution. La fille du sire de Taidon, ravie pendant la guerre, sera rendue à ses parents si elle n'est pas mariée à son ravisseur.

Quant aux vassaux qui auront quitté l'hommage du comte ou celui du duc, ils devront rester dans l'hommage de l’un ou de l’autre commeils étaient avant la guerre, sous peine de voir leurs fiefs confisqués au profit de leur suzerain. Les prisonniers faits de part et d’autreseront quittes, excepté ceux qui ont déjà payé une rançon, laquelle sans doute reste acquise. Sont également exceptés de cette mesure les prisonniers ‘faits par le duc sur le comte de Toul à Charmes et à Foucherolles et ceux faits par le comte sur Conrad de Riste. Ce

Auj. Frolois. Meurthe-et-Moselle, Nancy, Vézelize. Meurthe-et-Moselle, Toul, Colombey.

Vosges, Neufchâteau, Bulgnéville.

M. GROSDIDIER DE MAToNs. 18

traité fut conclu à Melun en présence du roi Louis IX, des comtes de Saint-Pol, de Chalon, des sires de Courtenay et de Coucy l‘).

Il n'est pas difficile de voir aux conditions de l'accord que le comte de Bar était vainqueur sur toute la ligne. Le duc de Lorraine n'y gagnait rien de s'attaquer au Barrois. Mathieu sortit de cette guerre criblé de dettes et pour faire face aux engagements du traité, il fut obligé d'emprunter dix sept cent vingt cinq livres à des Lombards, comme on disait alors, en l'occurrence des marchands de Sienne; le comte de Champagne se porta caution pour cette somme (2).

Conrad de Riste payait encore plus cher que Mathieu son intervention dans la lutte ; pour sa forfaiture, il perdit définitivement ses châteaux de Pierrepont et de Riste qui furent incorporés au Barrois. () Il est juste d'ajouter, par contre que Ferry, comte de Toul, vassal du duc de Lorraine, qui avait aidé le comte de Bar, se vit, lui aussi, confisquer son château de Mirecourt par son suzerain. (4).

Le comte de Bar se réconcilia avec le comte de Rethel et se porta garant de sommes dues par celui-ci 5); il inféoda enfin à Raoul de Senlis qui l'avait aidé des rentes sur les foires de Troyes (6).

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