LE RÈGNE DE THIÉBAUT II JUSQU'A LA MORT DE SAINT-LOUIS
A. Le eomté de Bar jusqu’à la guerre de Flandre (1253). — B. Le comté de Bar jusqu'à la guerre de Ligny. — C. La guerre de Ligoy.
A. — Le comté de Bar jusqu’à la guerre de Flandre.
1. La succession de Henri II. — 2. Affaires de Champagne. Mariage du comte de Bar. — 3: Affaires de Verdun et de Toul. — 4. Difficultés avec la Champagne.
1. — Quand son père partit pour la croisade, Thiébaut n'avait pas encore vingt ans (1); il gouverna avec l’aide de sa mère, Philippe de Dreux. Celle-ci apparaît dans tous les actes — sauf dans les accords avec l'évêché de Verdun — jusqu'à sa mort. Elle a donc suivi l'exemple de sa voisine Blanche de Champagne, qui avait maintenu son fils en tutelle jusqu’à vingt et un ans ().
La nouvelle de la mort de Henri II parvint à Bar au plus tard, en juillet 1240, où Thiébaut prend le titre de comte. Fhilippe s'occupa, dès le mois de juin, de régler la question de la dot et du douaire de sa fille Marguerite promise au comte de Luxembourg et de faire célébrer le mariage. |
Les accords qui mettaient fin à une situation pendante
(1) Nous avons vu que le mariage du comte Henri IT et de Philippe de Dreux, remontait au plus tôt à novembre 1218.,C. plus haut, p. 300. (2) Luchaire, Manuel des institutions françaises, p. 171.
depuis neuf ans, ont étonné Berthollet et Clouet, qui y voient la solution d’un différend surgi à propos de la dot de Marguerite. Pour Berthollet, ce différend {venait de la mauvaise volonté de Thiébaut qui, fâché de voir une aussi belle portion que Ligny détachée du comté, refusait de compléter la dot de sa sœur et de livrer Ligny 1. Pour Clouet, le différend venait, au contraire, du comte de Luxembourg qui aurait eu, dès cette époque, l'intention de faire hommage de Ligny à la Champagne ). Berthollet prête gratuitement des intentions déloyales au jeune Thiébaut à peine en possession du comté de Bar; quant à l'hommage de Ligny au comté de Champagne, nous savons qu’il eut lieu seulement en 1262. La raison des traités de Philippe et d'Ermesinde n’est autre que la conclusion du mariage de leurs enfants que la mort du comte Henri fit sans doute hâter. Le traité de 1231 déclarait, en effet, que le mariage projeté n'aurait lieu qu'au moment où Marguerite aurait atteint l’âge nubile (3). Nous n'avons pas d'indication sur l'âge de Marguerite; nous savons seulement qu'en 1235, le mariage n’était pas en état d'être conclu (4).
Il fut célébré le 4 juin 1240. Ce jour-là, Philippe renouvelle les clauses du traité de 1231 en précisant encore que Ligny donné en franc alleu ne peut être repris de personne, sauf du comte de Bar, ni aliéné à personne sauf aux héritiers de la maison de Bar. Philippe reconnaissait en outre que la comtesse de Luxembourg laissait à son fils aîné, après sa mort, Luxembourg et ses dépendances, Arlon, La Roche, avec réserve de deux cents livres de rente à prendre en dehors des forteresses pour son second fils, Gérard. Marguerite obtenait en douaire Arlon et la châtellenie dont le
(1) Berthollet, Hist. des comtes de Luxembourg, t. V, livre 39, ch. 6.
(2) Abbé Clouet, Hist. de Verdun, t. II, p. 400-401.
(3) Dom Calmet, t. II, Preuves, p. 446. Cf. plus haut, p. 303, n. 2.
(4) Berthollet, op. cit., t. Il, pr., p. 51 : « De matrimonio quod debet contrahi inter Henricum flium meum et Margaretam filiam ejusdem comitis Barrensis ».
revenu devait être égal à celui de Ligny, c'est-à-dire à sept cents livres, dont elle jouira après la mort d'Ermesinde. En attendant qu'Arlon soit libre, elle recevra les revenus du douaire à Esternay et à Bidberg (1). De son côté, Ermesinde de Luxembourg dressait un acte confirmant toutes ces conditions (?).
L'affaire semblait donc réglée; elle le fut jusqu'à la mort de Philippe, survenue en 1242. À ce moment, Marguerite trouva qu'elle n'avait pas reçu assez sur l'héritage de ses parents et se plaignit, en particulier, que la châtellenie de Ligny ne rapportât pas la somme convenue. Thiébaut la compléta le 9 février 1243 et déclara que si son oncle, le comte de Bretagne, pris comme arbitre, trouvait trop faible la part de Marguerite, il était disposé à y ajouter encore. [l se réservait de distraire de la châtellenie de Ligny, deux ou trois villages en faveur d’une œuvre pieuse, à condition d'en rendre à sa sœur l'équivalent ailleurs 6).
Dès le début de son règne, le comte Thiébaut se trouva en présence de deux réclamations contre les entreprises de son père : l’une émanant de l'évêque de Verdun, l’autre, comme on pouvait s'y attendre, du duc de Lorraine. L’évêque de Verdun, Raoul de Thourotte reprochait au comte les empiétements faits sur les fiefs de l'évêché depuis cinq ans. Les deux partis recoururent à l'arbitrage de Robert, évêque = Langres, qui rendit sa sentence le 27 juillet 1240 (à), attribuant au comte contre Févêque les. fiefs d’Ambly F5), Refroicourt (6) et Dompcevrin (1). Raoul
(t) A. Duchesne, Hist. de la Maison de Bar, pr., p. 26. — Dom Calmet, t. IL, pr., p. 457 (extraits).
(2) A. Meurthe-et-Moselle, B., 765, n° 3, B. N., mss. fr. 11853, fo 47.
(3) B.N., mss. fr. 11853, £ 49 ro. — P. Berthollet, Histoire des Comtes de Luxembourg, t. V, p. xx.
(4) Orig., B. N. mss. Lorr. 336, n° 3. — Edit. N. de Wailly, Not. des mss.,t. 28, n° 19.
(5) Meuse, arrondissement et canton de Verdun.
(6) Auj. Les Paroches, Meuse, Commerey, Saint-Mihiel.
(7) Meuse, Commercy, Pierrefitte.
s’inclina sans difficulté le 4 août (1) et le même jour fit avec Thiébaut deux autres accords qui mettaient fin à la plupart des contestations. Le comte se reconnaissait vassal de l'évêque pour tous les fiefs que son père avait tenus de Verdun, mais recevait en accroissement l'important château de Trognon (?) qui dominait la Woëvre; il s'engageait à rendre personnellement l'hommage à Verdun ou dans tel lieu que l'évêque désignerait. Il reconnaissait ne pouvoir retenir les hommes de l’évêque, ni l'évêque les siens sauf ceux des villes affranchies qui pourraient aller où ils voudraient. Le comte et l’évêque autorisaient les mariages de leurs sujets de la châtellenie verdunoiïse de Dieulouart et de la terre barroise de Mousson. Le comte renonçait en faveur de l'évêché aux fiefs de Delut 6) et de Mesnil-en-Woëvre (4). Dans le second accord, le comte de Bar déclare que l'évêque de Verdun n'est pas tenu de garder envers le comte de Luxembourg en ce qui concerne la terre de Ligny, la paix conclue entre lui-même et Raoul, évêque de Verdun 65). Pour les questions encore en litige, Hugue Tevenet et Jean Hungrel étaient désignés comme arbitres; leur sentence devait être rendue avant Noël (6) et l’évêque de Langres
(1) Orig. B. N. mss. Lorr. 254, n° 105. — Edit. N. de Wailly, op. cit., n° 21.
(2) Auj. Heudicourt, Meuse, Commercy, Vigneulles.
(3) Meuse, Montmédy, Damvillers.
(4) Meuse, Verdun, Fresnes-en-Woëvre. Edit. Roussel, Hist. de Verdun, preuves 21.
(5) Orig. A. N. J. 914, n° 2. Edit. Delaborde, Layettes,Supp., n° 417. A. Lesort, Les Chartes du Clermontois, n° xix. Cet acte concerne évidemment la question de l'entrecours : l’évêque peut poursuivre à Ligny ses sujets forfuyants. Aucune autre clause du traité ne semble, en effet, pouvoir intéresser Ligny. Cf. Clouet, Hist. de Verdun, t. I, p. 400-401. De ces traités, Philippe, châtelain de Bar, Garnier, châtelain de Mousson, Joffroy de Nonsard, Hugue Tevenet, Joffroy de la Tour, Erard de Maizey, Garnier et Jean de Cumières, Guillaume de Pierrefitte, Bertrand de Longeville, Hugue d’Orne et Jacque de Maire étaient pleiges pour cinq cents marcs d'argent. Orig. B. N. Lorr. 254, n° 106. Edit. N. de Wailly, Notice des mss. t. 28, n° 20.
(6) Orig. B. N. Lorr., 265, n° 4. N. de Wailly, op. cit., n° 22.
devait, en cas de désaccord, les départager. Il s'agissait de la propriété des fiefs ou gar Ve de Longeau (1), Verrières (2), Laheymeix &@), Thiaucourt (4), Haumont 5) et Mediee 6) et des blantés de Se gens de l'évêché, qui prétendaient avoir été lésés par le comte de Bar (1). Ces difficultés ne furent liquidées qu’en juillet 1242 où le comte abandonna à l'évêque la garde de Verrières, dépendance de l'abbaye Saint-Paul de Verdun et celle de Longeau, dépendance de l’abbaye de Saint-Benoit-en-Woëvre, mais garda, par contre, celle de Ronvaux (8), de Rupt (9 et l’héritage de Simon d'Hannonville (0),
Quelles sont les raisons qui poussèrent le duc de Lorraine contre le comte de Bar? Il est bien possible que Mathieu ait cru devoir profiter de la jeunesse de Thiébaut pour essayer de reprendre ce qu'Henri I] lui avait arraché; mais, par les termes mêmes du traité qui termine leur querelle, il est certain que le comte avait empiété sur les droits judiciaires du duc de Lorraine. Dès 1240, Mathieu conclut un traité d'alliance contre le comte de Bar avec Gérard de Rodemack, seigneur de Richemont (1), tandis qu’en octobre 1241, il s’assurait l'hommage de Geoffroy. de Vaucouleurs en lui inféodant Taillancourt (12).
De son côté, le comte de Bar, après s'être fait renouveler
(1) Commune d’'Hannonville-sous-les-Côtes, Meuse, Verdun, Fresnes.
(2) Commune de Récicourt, Meuse, Verdun, Clermont.
(3) Meuse, Commercy, Pierrefitte.
(4) Meurthe-et-Moselle, Toul, chef-lieu de canton.
(5) Meuse, Commercy, Vigneulles.
(6) Meuse, arrondissement et canton de Verdun.
(7) Gervais de Creüe, Guillaume de Rigny, Garnier de Grimaucourt, Gueisse d'Hannonville, Gautier de Menonville, Guillaume de Pierrefitte, Bertrand Josselin de Souilly, Sarrazin d’Issoncourt, Erard de Maizey, Jean Maindroite de Marney, Forque de Mousson et Jean le Beau.
(8) Meuse, Verdun, Fresnes.
(9) Meuse, Arrondissement et canton de Verdun.
(10) Abbé Clouet, Hist. de Verdun, t. Il, p. 422 et sq.
(11) P. Benoit Picart, Supplément à l'histoire de Lorraine, p. 66.
(12) Meuse, Commercy, Vaucouleurs. A. M. B. 256, f° 9.
les fidélités que lui devaient le sire de Vaudémont (), le comte de Chiny () et Jeoffroy d’Apremont () et les seigneurs de Tremblecourt (4%, fit promettre à Olry de Chatel de ne jamais entrer en guerre contre lui, faute de quoi il perdrait ses fiefs de Stenay et de Mouzay 6). Il se rapprocha ensuite de Conrad de Riste qui n'avait pas pardonné à Henri II les humiliations que ce prince lui avait fait subir. Le 2 juin 1242, l’évêque de Toul, Roger de Marcy amena Conrad à renoncer en partie à ses réclamations (6). Moyennant trois cents livres de terre que le comte de Bar lui donne en fief, Conrad abandonne à Thiébaut Pierrefont et Riste et s’en remet pour les autres questions au jugement de Jean de Briey, sire d’Affleville, de Joffroy de Nonsard, de Jean de Haucourt et sur leur sentence cède au comte la terre de Norroy (1). En septembre 1242, le comte de Bar se ménagea l'appui de Ferry de Salm, en lui donnant sa sœur Jeanne en mariage (®) et en mars 1244 celui d'Olry de Ribeaupierre, vassal du comte de Salm ().
Cependant le duc de Lorraine gagnait à sa cause le comte de Rethel malgré les engagements récents que
(1) Pour Montfort et Demange-aux-Eaux, B. N. fr. 11853, fo 220.
(2) Jeantin, Chron. de l’Ardenne, I, p. 263. Il s’agit ici non seulement d’un renouvellement d'hommage mais d’un accord fort important (février 1241) où le comte de Chiny déclare être obligé de soutenir la comtesse de Bar avec toute sa terre et tous ses gens, d'amener à première réquisition trente chevaliers à ses dépens pour toute guerre entreprise par Philippe et Thiébaut. Arnoul de Chiny donne une caution de deux mille livres. L'obligation doit durer sept ans, après quoi Arnoul n'aura plus d’autres charges que celles qu'il avait auparavant, résultant de sa vassalité vis-à-vis de Bar.
(3) Pour Dun et la Châtellenie. B. N, fr. 11853, fo 58.
(4) Pour Novéant, H. Lepage, Les communes de la Meurthe.
(5) B. N., fr. 11853, fo 180.
(6) A. M. B. 253, f° 52. B. N. fr. 11853, fo 83.
(7) B. N. fr. 11853, fo 88.
(8) B. N. fr. 11853, fo 135.
(9) B. N. fr. 11853, f° 197.
celui-ci avait conclus avec le Barrois (1), et Jean de Tilchatel, vassal de Thiébaut, qui se déclarait contre son suzerain (). Le comte de Bar se vengea du sire de
Tilchatel en faisant rentrer dans son hommage l'un de ses vassaux, Jean d'Apremont sur Saône (3).
Les hostilités n'éclatèrent pas cependant; les deux princes, en dépit de leurs préparatifs préférèrent s’accorder le 23 juillet 1245 (4. Le comte de Bar céda sur les points principaux pour garder Ja paix. IL abandonna au duc de Lorraine les châteaux de Neuville et de Fontenoy que celui-ci n'avait cessé de réclamer. Quant aux procès des gentilshommes que Mathieu reprochait à Thiébaut d’avoir évoqué devant sa Cour, alors que le droit de les juger était un fief que le duc reprenait de l'Empereur 5), le comte distingua. Il consentit à ce que le duc jugeât tous les différends des gentilshommes qui ne seraient pas ses vassaux directs, mais il se réserva les siens et ceux du comté de Chiny (6. Pour les vassaux du comté de Vaudémont, on s'en remit au comte de Luxembourg pour savoir à qui appartiendrait le jugement de leur procès. Le même comte de Luxembourg de concert avec Thomas de Coucy devait décider à qui appartiendrait la justice féodale dans l'évêché de Verdun. Tous les autres litiges pendant entre le duc et le comte seront réglés par Jeoffroy d'Amance, arbitre de la Lorraine et Hugue Tevenet, arbitre de Bar.
2. — Thiébaut avait aussi conclu un accord avec le comte de Champagne, pour éviter une guerre. Le comte de Champagne se plaignait de nombreuses usurpations de
(1) Le Mercier de Morière, Actes de Mathieu II, n° 278.
(2) Ibidem, n° 255, 18 août 1242.
(3) Acte daté du mois de novembre 1245. B. N.fr. 11853, fo 247.
(4) Edit. Dom. Calmet, tome II, pr., p. 359. Le Mercier de Morière, op. cit., n° 284-285.
(5) Le Mercier de Morière, op cit. Introduction, p. 18 et 41.
(6) Il y a lieu de remarquer qu’en 1219, le comte de Bar avait consenti à ce que le désaccord entre le comte de Chiny et les seigneurs de Chauvency fût porté devant le duc de Lorraine. Cf. plus haut, p. 288. A. M. B. 256, f° 299. F. Comte, Mém. Soc. Bar-le-Duc, 1900, p. 354.
Henri II et même de Thiébaut. Celui-ci d’ailleurs, dès le début de son règne, n'avait pas manqué de poursuivre dans l’Argonne la politique active de son prédécesseur. Au mois de mai 1240, Hugue comte de Rethel lui rend hommage pour Saint-Morel (1). On sait par ailleurs qu'Henri II accompagnait déjà le comte de Rethel à Saint-Morel (). Hugue reprend en fief de Thiébaut la partie qui lui appartenait et le 7 septembre de la même année, il reconnaît que son frère Jean du Chatelet 6) est entré dans l'hommage du comte de Bar pour le moulin de Bergnicourt (. L'année suivante, en février, Jean de Rethel reprend de Thiébaut les fours de Beaumont ).
Le comte de Champagne rentra de la croisade, où Henri II avait trouvé la mort, en février 1241 (6). Sans doute, il formula immédiatement ses réclamations contre le comte de Bar, mais ce fut seulement un an après que les deux comtes s’en remirent à l'arbitrage de Jean de Thourotte et de Thomas de Cerizy (7. Le roi de Navarre accusait Thiébaut d’avoir usurpé la suzeraineté du comté de Grandpré, la garde des villes de Fontenoy (8, Charmontois l'abbé (9), Hauterive (10), ce que les moines de Beaulieu avaient acquis des seigneurs de Dampierre et de Huard d'Élise 40), à Sommeilles (1), Auzécourt (1), et la garde du prieuré d’Auzécourt, la vouerie de Laheycourt (11), la ri-
(1) Ardennes, Vouziers, Monthois sur la rive gauche de l'Aisne. B. N. fr. 11853, fo 27.
(2) Cf. plus haut, p. 270.
(3) Ardennes, Rethel, Juniville, 4) Ardennes, Rethel, Asfeld; A. Lesort, Les Chartes de Clermontois,n° xx. (5) A. Lesort, op. cit., n° xx.
6) D'Arbois de Jubainville, Hist. des comtes de Champagne, IV, p. 325. 7) D’Arbois de Jubainville, op. cit., Cat. d'actes, n° 2630. Le comte de Grandpré se porte garant au mois de janvier 1243 que le comte de Bar se soumettra au jugement des arbitres.
8) Commune de Laimont, Meuse, Bar-le-Duc, Revigny ou Ardennes, Vouziers, Buzancy.
(9) Marne, Sainte-Menehould, Dommartin-sur-Yèvre.
(10) Arrondissement et canten de Sainte-Menehould.
(11) Meuse, Bar-le-Duc, Vaubecourt.
vière (1) depuis Rancourt (?) jusqu’à Alliancelles (3), les bois des moines de Jandheurs, de Sainte-Marie, de A Pierre, de la Ferrière, du Chesnois derrière Trois-Fontaines (1), le fief de Cernay en Dormois (5) et a de Mssiges D.
dépendant de Cernay, le fief de Loisy (6) que Jean de Narcy a repris de Henri IH, les fiefs acquis de Philippe de Nanteuil, l'hommage de (Gérard de Vaudémont pour Saint- Christophe (1), Saint-Joire (8), Reffroy, Demanges et la garde de Vaux-en-Ornois (9%. L'accord définitif fut conclu en juillet 1243, Le comte de Champagne abandonnait à peu près toutes ses réclamations sous la réserve que le comte de Bar lui rendrait hommage pour Cernay et Raucourt, pour ce que le comte de Rethel tenait de Bar à Saint-Morel, pour Provenchères (10), les revenus de la vicomté de Troyes, Bardenoy (1) et les biens acquis de Philippe de Nanteuil. Quant au comte de Grandpré, il sera à la fois le vassal du comte de Bar et du comte de Champagne et ne pourra les servir l'un contre l’autre. S'ilétait appelé en service, il devrait combattre celui qui l’appellerait. Si les deux comtes ont guerre avec d’autres seigneurs, le comte de Grandpré doit servir celui des deux qui l’appellerait le premier. Aux termes du traité, on ne pourra construire de pont à Hauterive, mais celui de Vandange (1°) sera maintenu;les moines de Beaulieu
1) Le bras dit « le canal de l’Ornain ».
2) Meuse, Bar-le-Duc, Revigny.
3) Marne, Vitry-le-François, Heiïltz-le-Maurupt.
A Forêt de Trois-Fontaines entre les abbayes de Jandheurs et de .
Fiefs n°0 6429 (latin).
(10) Haute-Marne, Langres, Montigny.
(11) Sans doute, il s'agit de Bourdenay, Aube, Nogent-sur-Seine, Marcilly-le-Hayer provenant de l'héritage d'Isabeau de Bar-sur-Seine.
(12) Auj. Pont-aux-Vendanges, Commune de Passavant, Marne, arrondissement et canton de Sainte-Menehould.
percevront la moitié des péages et paieront la moitié des frais. Enfin, le roi de Navarre décide que, si des hommes du comte de Bar passent sous lui « dans le Royaume », ou si certains de ses hommes passent sous le comte « dans l'Empire », celui de qui ils meuvent aura la € remenance » sauf si la franchise des lieux l’enlève au seigneur ().
Le même mois, Thiébaut s'accorde avec l’un des négociateurs du traité, son oncle, Thomas de Coucy, seigneur de Vervins. Il devait, en vertu d'anciennes conventions, asseoir à celui-ci quatre-vingts livres de térres à Clermont. Thiébaut lui donne à la place le fief de Bourron 6) et le 16 octobre de l'année suivante Thomas cède à son neveu le fief d'Avocourt contre des rentes à Varennes ().
Thiébaut se fiança au mois de mai 1243 avec Jeanne de Flandre, sœur de Guillaume II de Dampierre-sur-Auve. Avec le consentement de sa tante Jeanne, comtesse de Flandre et de Hainaut et de sa mère, Guillaume donnait en dot à sa sœur deux cents livres de terre et quatre mille livres de fors dans la terre de Dampierre, et autant en Flandre. La moitié des huit mille livres sera définitivement acquise au comté de Bar, l’autre moitié reviendra à la maison de Flandre au cas où Thiébaut décéderait sans hoir et cette moitié serait reprise à Stenay. De son côté le comte de Bar donne en douaire à sa femme deux mille livres de terre en la châtellenie de Clermont au jugement de Gérard de Haïnaut et de Baudoin d’Avesnes (4).
(1) B. N. mss. Lorr., 199, n° 8, mss. fr. 11853, fo 22 vo. D’après le texte de Longnon cité € Sciendum autem quod comes non potest retinere aliquem hominem de feodis Campanie seu de gardianis ejus, nec dominus Campanie de suis in Regno : et si irent ad Imperium, ille de sub quo moveret haberet remanentiam ». Il y a lieu de remarquer, comme nous le ferons plus loin, à propos des affranchissements que le comte de Bar, dans la plupart des chartes de franchise, s'empressa de se réserver la « remanence » rendant ainsi illusoire pour les intéressés cet accord.
(2) À. Duchesne, Hist. de la Maison de Bar, pr., p. 28.
(3) B. N. fr., 11.853, fo 158 vo. |
(4) A. Lesort, Les Chartes du Clermontois, n° xx. — Les témoins du contrat étaient Eustache de Rœulx, Gautier de Fontaines en Hainaut,
Jeanne, fille de Guillaume I* de Dampierre et de Marguerite de Flandre, comtesse de Hainaut, était probablement beaucoup plus âgée que son mari. Fiancée d’abord au comte Jean de Roucy-Pierrepont (1) ‘elle était veuve de Hugue de Rethel auquel elle avait été mariée onze ans et elle possédait en douaire la ville de Mézières que Jean de Rethel réclama. L'affaire fut arrangée par Thomas de Coucy le 31 août 1245 (). Le comte de Bar rendit Mézières au comte de Rethel, mais reçut en échange la châtellenie de Beaufort (3) et cinq cents livres de terre à Machault (4).
3. — L'évêque de Verdun, Raoul de Thourotte, étant mort le 22 mai 1245, Guy de Trainel, parent du comte de Bar, chanoine de la cathédrale et délégué du Chapitre au Concile de Lyon fut aussitôt élu 6); mais il n’eût pas le temps de gagner sa ville épiscopale et mourut à Hattonchâtel le 15 septembre (6). Le comte de Bar profita de la vacance de l'évêché pour régler la question de Dun. Joffroy d’Apremont, comte de Sarrebrück, reconnait avoir augmenté le fief du comte à Dun qui lui devient rendable à tous besoins, à toute requête, à grande et à petite force. Les chevaliers et les fiéffés de Dun et de la châtellenie, les bourgeois et tous les gens de Joffroy doivent la même fidélité et sont de plus tenus de
Baudry de Roisin, Gautier de Lens, Gérard de Ville-Strépy (Luxembourg belge), Gautier de Jeulain, le châtelain de Beaumetz, Raoul de Beaumetz, Fastré de Ligne, Gérard et Guillaume de Haïnaut, Giraud de Jauche, tous gens de Flandre et de Hainaut et Joffroy de Bourlémont.
(1) A. Duchesne, Hist. de la maison de Bar, p. 36.
(2) Orig. B. N. mss. Lorr., 252 f° 1. — Edit. N. de Wailly. Not. des mss., t. 28, n° 24. :
(3) Meuse, Montmédy, Stenay.
(4) Ardennes, Vouziers, chef-lieu de canton. — A noter qu’au mois de mars Saint Louis avait à Vincennes accordé entre eux les enfants de Marguerite de Flandre, ceux qu'elle avait eus d'une part de Guillaume de Dampierre, parmi lesquels Jeanne de Bar, ceux d'autre part qu'elle avait eus de Bouchard d’Avesnes. — Cf. A. Duchesne, Histoire de la maison de Bar, pr., p. 28.
(5) L'élection s'était faite d'autant plus rapidement que le Chapitre craignait avec raison un soulèvement communal pendant la vacance.
(6) Abbé Clouet, Histoire de Verdun, t. I, p. 430.
rendre eux-mêmes la ville, si le sire d'Apremont n'obéissait pas à la requête. Joffroy rend en outre hommage pour Broville (!, Vertuzey (2) et Aulnois @) et accompagne le comte de Bar dans ses revenus de Mouzay. Aïnsi Dun se trouvait dans la même dépendance que Chiny vis-à-vis du comté de Bar. L'acte est du 22 juillet (). Le 8 avril 1246, Julienne, dame de Dun, mère de Joffroy, reconnaît que le comte Thiébaut a la moitié de Mouzay et elle-même l’autre moitié dont son fils venait, sans doute, de lui céder les revenus (4). Comme le craignait le Chapitre, la bourgeoisie verdunoise avait aussi profité de la vacance du siège pour étendre son droit de gouvernement sur la cité. On a dit que « la commune de Verdun était née, non pas d’une brusque explosion d'indépendance, mais de l'évolution lente des institutions, servies par des circonstances exceptionnellement favorables » 5). Le mauvais état des finances de l'évêché fut précisément une de ces circonstances. En 1236, Raoul de Thourotte avait vendu — en se réservant pour lui et ses successeurs la faculté de rachat — moyennant deux mille livres les revenus et l'administration de la vicomté. L'acte stipulait que le magistrat municipal serait choisi annuellement par le doyen du chapitre, les abbés de Saint Paul et de Saint Vanne de Verdun et prêterait serment de fidélité à l’évêque. Après la mort de Raoul de Thourotte, les bourgeois remplacèrent de leur propre chéf ce magistrat par vingt jurés (6). Le chapitre ayant élu à la place de Guy de Trainel, Guy de Melle (7), doyen et délégué du chapitre d'Auxerre au con-
) Commune d’Hautecourt, Meuse, Verdun, Étain.
) Meuse, arrondissement et canton de Commercy.
)B. N., mss. fr., 11853, f° 58.
) A. Lesort, Les Chartes du Clermontois, n° xxvm.
) Chanoine Ch. Aimond, Les relations de la France et du Verdunois,
(6) CF. H. Labande, Étude sur l'organisation municipale de la ville de Verdun (Introduction à l'inventaire des archives municipales de Verdun). Verdun, 1891, in-4°. H. Rogé, Droit coutumier de Verdun, Nancy, 1904 in-8°.
(7; Guy de Melle était le neveu du connétable de France, Dreux de Melle
cile de Lyon, le pape Innocent IV ordonna aux vassaux de l'évêché et aux citains — en l'absence de l'empereur Frédéric excommunié et canoniquement déposé — de lui conférer la régale et de lui prêter l'hommage dû. Les citains refusèrent. Guy de Melle essaya de les persuader, il harangua les bourgeois, exposa ses droits, leur démontra que le droit d'exercer la justice et d'administrer le comté appartenait aux seuls évêques et finalement leur offrit conformément au traité de 1236 de leur rembourser les deux mille livres payées à Raoul de Thourotte. Craignant de perdre le fruit d'une lutte dont les débuts remontaient au xu° siècle, les citains ne voulurent rien entendre. L'évêque sortit alors de la ville, la mit en interdit, puis en entreprit le siège, — siège dont les abbayes de Saint Paul et de Saint Vanne eurent surtout à souffrir (1).
Le comte de Bar lui envoya des troupes, ainsi que Gobert d'Apremont; mais faute d'argent pour conserver les auxiliaires, — le siège trainant en longueur — l'évêque le transforma en blocus, en mettant des troupes aux châteaux de Charny, de Dieue, de Watronville et en arrêtant tous les convois. Enfin le 27 août, treize mille hommes, au dire des chroniques, qui semblent avoir considérablement grossi le nombre, sortirent en désordre de la ville et attaquèrent les trois cents chevaliers réunis autour de l’évêque. L'armée des bourgeois ne sachant pas se battre, ayant le soleil en face et occupant un terrain défavorable, fut vaincue @). L'évêque rentra dans la ville ‘et lui imposa le traité du 29 novembre par lequel les bourgeois durent abandonner à l'évêque
mort en 1218. Cf. Labbe, Bibl. nov. I, p. 497 et sq.; Abbé Clouet, loc. cit. — Cf. Aimond, op: cit., p. 38, note 8.
(1) Abbé Clouet, Hist. de Verdun, t. IT, p. 427 et sq.
(2) Laurent de Leodio continuatio SS. X, p. 524. — Annales Sancti Vitoni Virdunensis SS. X, p. 528. Ex gestis Antissiodorensium episcoporum secunda narratio ap. Migne, Patrol. latine, t. 204, p. 979 et sq. et Labbe, Bibl. nova, t. I, p.498. On trouvera tous les détails de cette guerre sur laquelle nous avons cru devoir passer très rapidement dans abbé Clouct, loc. cit, Cf. aussi Wassebourg, Antiquités de la Gaule Belgicque, f° 565 et sq.
M. Grospibier DE Maro &. 2
toutes leurs prétentions et payer une amende de vingt mille: livres (1), La ville dut, par surcroît, payer au comte de Bar le concours que celui-ci avait apporté à l'évêque. Le: 4 décembre 1246, Thiébaut obtenait des citains un acte par lequel ceux-ci s'engageaient à n'être contre lui pour qui que ce soit, l'empereur et l’évêque exceptés, à ne pas aider l'évêque s’il entrait en guerre avec le comte sauf dans l'enceinte de la cité, à recevoir à Verdun les sujets du comte qui y viendraient pour leurs affaires et à leur fournir ce dont ils auraient besoin, à ne point acheter de fief mouvant de Bar, à n’en pas prendre en gage sans son consentement, à n'ac cepter dans leurs murs aucun des sujets taillables du comte et à n'y recevoir que ceux des franches villes dont les coutumes autorisent la forfuyance (2.
La ville soumise, Guy de Melle se défit de son évêché en février 1247 pour occuper celui d'Auxerre, où il était resté doyen du chapitre %). Guy parti, le comte de Bar se fit remettre par le Chapiître toutes les dettes qu'il pouvait lui devoir. Le traité est du 22 avril ( ; l'année suivante, em mars 1248, le traité fut renouvelé; le chapitre tint le comte de Bar quitte de tous les torts et de la dette d’un certain Perrin de Cavene (5). Le successeur de Guy de Melle, Jean d'Esch, neveu de Raoul de Thourotte, se hâta de s’accorder avec les bourgeois et de leur rendre leurs prérogatives pour: cette même somme de deux mille livres jadis payées à Raoul (6). On a accusé Jean d'Esch de faiblesse, cependant
(1) Abbé Clouet, op. cit., p. 428.
(2) B. N. mss., fr. 11853 f° 165 ter. — Abbé Clouet, Hist. de Verdun, t. Il, p.432.
(3) Guy de Melle qui avait environ 32 ans, au dire de son biographed'Auxerre, quand il fut élu à Verdun, mourut en 1270. Ses talents militaires lui auraient valu d’être choisi par le Pape Urbain IV pour conduire: la croisade en Sicile contre les Sarrazins.. Cf. Roussel, Hist. de Verdun, t. I, p.301 et 303.
(4) B.N. mss. Lorr., 267, n°1.
(5) B. N. mss. Lorr., 267, n° 2. — Édit. Roussel, op. cit:, t. II, Preuves,. n° 24. — N. de Wailly, Notice des mss., t.-28, n° 27.
(6) Wassebourg, Antiquités de la Gaule Belgicque, f° 369-370. |
c'était lui qui avait poussé Guy de Melle à résister aux citains (1). La vérité, c'est que le malheureux évêque, qui ne fut jamais sacré, se débattait comme son prédécesseur au milieu des pires difficultés financières. Vers la fin de son épiscopat, en décembre 1251, il emprunta une somme de sept cents livres au comte de Bar 2).
A Toul, la situation était sensiblement identique, mais elle se compliquait de l'attitude de son protecteur le duc Mathieu de Lorraine. Mathieu, qui avait un instant mis la : main sur le comté vite racheté par l’évêque (), s'empara de la garde de la cité. Les citains de Toul s'étaient autrefois placés sous la garde du comte Henri II. A l'avènement de Thiébaut, l'acte n'avait pas été renouvelé. Par contre, le comle de Bar vivait en excellents termes avec l’évêque Roger de Mercy. Or, dès le début du règne de Thiébaut, les bourgeois étaient eéhtrés en conflit avec leur évêque. En 1240, celui-ci avait demandé aux bourgeois de participer à la dépense des fortifications de la ville; en 1243, il avait pris des mesures pour réglementer à Toul la fabrication des draps. Les drapiers déclarèrent que l'évêque n'avait nul- : Jement le droit de faire un règlement sans l'avis de l’'Empereur et des corporations. Roger excommunia les mutins qui en appellèrent à Frédéric, dont ils prirent le parti contre - Févêque et contre le roi des Romains, Guillaume de Hol- - Jande, favori du Saint-Siège. Sachant Roger de Mercy
(1) Roussel, op. cit., t. I, p. 304-305. À
(2) B. N. mss. Lorr., 266 bis, n° 265. — Edit. N. de Wailly, op. cit.,
(3) Le 5 octobre 1235, le comte Ferri de Toul déclare qu'il ne peut engager son comté qu'entre les mains de Mathieu ou de l'évêque (Cat. de Lemercier de Morière, n° 187). — En juillet 1240, Ferry engage le comté à Mathieu pour 300 livres en se réservant la faculté de rachat (ibidem, n° 235). — Le 16 mai 1248, Ferri et son fils Eude avec le con- :sentement de leurs femmes Agnès et Isabelle, engagent de nouveau le comté au duc pour cinq cents livres provénésiens (ibidem, n° 326). — Roger de Mercy, évêque de Toul, protesta et le 13 février 1219 racheta le comté en rendant au duc les 500 livres. Le duc s'engagea à en garantir la possession à l'évêque et à l'aider contre tous ceux qui voudraient
s’y établir (ibidem, n° 345).
soutenu par l’orthodoxe comte de Bar, les bourgeois s'empressèrent d'opposer à Thiébaut le duc Mathieu, en se plaçant sous sa protection exclusive contre ,tous comme ils étaient « de la warde dou conte de Bar Henry son oncle » et pour cette garde, ils s’engageaient à lui payer annuellement cent sous toulois, le 10 septembre 1249 (1). Cependant Mathieu n’était plus l'adversaire de l’Église, ni le partisan de Frédéric depuis qué son frère, l’évêque Jacque de Metz l'avait détourné de l’obéissance à l'Empereur excommunié (2).
Pour cette raison, peut-être, et craignant de ne pas trouver dans le duc de Lorraine un appui suffisant, les Toulois envoyèrent à Metz, en 1250, leur maître échevin Nemeric Burot, afin de conclure avec les Messins contre tous et surtout contre Guillaume de Hollande et ses partisans une alliance offensive et défensive (3).
D'ailleurs, la paix continue à régner entre le Barrois et la Lorraine. En mai 1248, les deux princes reçoivent ensemble la garde de l'abbaye de Luxeuil et de ses bourgeois. Le monastère, les villages de Froideconche (4, Saint-Sauveur (4), La Chapelle 4}, Aïlloncourt (4), Baudoncourt (4), Villers 6), Ehuns (6), ainsi que les biens de l'abbaye allant depuis la route qui conduit à Remiremont jusqu'à leur limite vers l'Allemagne, sont placés sous la garde spéciale du duc. Les villages d’Ainvelle (1), Briaucourt (1), Anjeux (8), Bassigney (8), Breuches(9,), Abelcourt (10) et Neurey-en-Vaux (0, et
(i) Le Mercier de Morière, Catalogue des actes de Mathieu II, n° 358.
(2) Ibidem, n° 309. —- Le 23 avril 1248, le duc promet de défendre l'Église et Guillaume de Hollande, élu roi des Romains et reçoit pour son concours et la défense pendant cinq ans du château de Kasserberg une somme de 40.000 marcs d'argent.
(3) Cf. Benoit Picart, Hist. de Toul, liv. 4, ch. 18.
(4) Haute-Saône, Lure, Luxeuil.
(5) Haute-Saône, Lure, Saulx.
(6) Haute-Saône, Lure, Luxeuil.
(7) Haute-Saône, Lure, Saint-Loup.
(8) Haute-Saône, Lure, Vauvillers.
(9) Haute-Saône, Lure, Luxeuil.
(10) Haute-Saône, Luxeuil, Saulx.
tous les autres biens de Luxeuil sont sous la garde du comte de Bar. Le duc et le comte doivent s’aider mutuellement dans la défense et reçoivent chacun cinquante livres stéphanoiïises payables dans la ville de Luxeuil à Noël. Le comte de Bar recevait en outre le fief que le seigneur de Darney tenait du seigneur de Deuilly et que celui-ci tenait de l’abbaye (1). Quand en juin 1249, le duc Mathieu maria son fils Ferry à Marguerite de Champagne, le comte se porta garant des engagements qu'il avait pris vis-à-vis du comte de Champagne (2).
Le comte de Luxembourg avait beaucoup aidé à cette bonne entente entre le Barrois et la Lorraine. Dès août 1246, prévoyant que la succession de Mathieu ouvrirait en Lorraine une régence difficile dont sa sœur aurait tout le poids, Henri de Luxembourg s’allia à son beau frère le comte de Bar contre tous sauf l'Empereur, l'archevêque de Trèves et la comtesse de Hainaut. Thiébaut promettait, en Cas de mort du duc de Lorraine, d'aider le comte de Luxembourg à protéger Catherine et ses enfants, Par contre si Catherine attaquait le comte de Bar, Henri s'engageait non seulement à ne pas aider sa sœur, mais à la combattre 6). En septembre 1248, les deux comtes réglèrent leurs rapports vis-à-vis de la cité de Verdun, en même temps qu'ils renouvelaient leur alliance contre tous sauf la Champagne, l'Empire, l'évêque et la ville de Verdun. En cas de difficulté entre le Luxembourg et les Verdunois, le comte de Bar était arbitre : il devait aider Henri au cas où les citains n'auraient pas accepté l'arbitrage (4). Dans cette même année, le 28 mai, le comte de Luxembourg s'était porté garant vis-à-vis de Thiébaut que le sire de Vaudémont ne mettrait
() B. N., mss. fr. 11853, f° 241. — Il était entendu que si l’un des deux gardiens venait à mourir, l’autre conservait la garde sa vie durant.
(2) Le Mercier de Morière, Catalogue, n° 348. — D'Arbois de Jubainville, Catalogue, n° 2805.
(3) Le Mercier de Morière, op. cit., n° 300. — Edit. N. de Wailly, Not. des mss., t. 28, n° 25.
(4) J. Berthollet, Hist. du Luxembourg, t. V, p. xxxiv.
pas Bettegney (1) hors de ses mains (2) et le comte de Bar avait donné sa caution pour qu'Henri puisse emprunter quatre cents livres à Etienne Fouquenel de Metz ).
Le duc Mathieu mourut le 9 février 1251 (4, ne laissant qu2 des enfants mineurs. Catherine de Limbourg prit. done le pouvoir en attendant la majorité de Ferry. Thiébaut fut fidèle à sa promesse d'aider la duchesse ; car les affaires de Toul le préoccupaient autant qu'elle et le comte de Luxembourg. L’évêque Roger venait de les appeler tous les trois à son secours contre les citains. Le comte de Bar accourut le premier et mit le siège devant la ville qu'il emporta le 3 juin 1251 6). Les citains acceptèrent la paix, renoncèrent à leur ligue avec les Messins, reconnurent Guillaume pour roi des Romains, et Roger pour leur seigneur; celui-ci accorda une pleine amnistie. Quelques mois plus tard, le 10 avril 1252, la duchesse de. Lorraine demandait aux comtes de Bar. et de Luxembourg de s'entendre avec elle pour assurer entre eux une paix perpétuelle. Cette sorte d'association de paix entre les trois princes de la Lorraine fut conclue en présence du roi de Navarre. Les contractants mettaient fin aux différends qui pouvaient exister entre eux pour le passé et pour l'avenir, déclaraient qu'ils ne feraient jamais de guerre, mais s'en rapporteraient pour leurs divisions à l'arbitrage du roi de Navarre. Celui des contractants qui contreviendrait à cette disposition devrait payer mille mares d'amende pour le recouvrement desquels les deux autres mettraient leurs ressources à la disposition du roi. Le duc de Lorraine, le : comte de Bar et le comte de Luxembourg ne devront jamais donner asile, retraite ou secours à leurs vassaux révoltés; ils ne pourront prendre en garde les cités de
1) Vosges, Mirecourt, Dompaire.
2) A. Affaires étrangères, Corr. Lorr., I, f° 142, 3) N. de Wailly, op. cit., n° 28.
4) P. Benoit Picart, Hist de Toul, Livre IV, ch. 18. (5) D'Arbois de Jubainville, Hist. des comtes de Champagne, Cat. des actes, n° 3000.
LE RÈGNE DE THIÉBAUT Il, 327
Toul ou de Metz ni s’aider des bourgeois de ces villes les uns contre les autres. Enfin, le roi de Navarre était autorisé en cas de conflit à établir la paix sans y avoir été convié et les frais qu'il ferait pour s'informer seraient payés par celui qui serait jugé avoir tort. De ces conventions, le comte de Loos et Chiny et le sire de Deuilly se portèrent caution pour le comte de Bar, Geoffroy de Bourlémont et Simon de Pierrefitte pour la duchesse (1).
Le lendemain du traité de paix, 11 avril, la duchesse de Lorraine déclare qu'elle et le comte de Bar ne doivent aider, ni faire aider par aucun de leurs hommes les bourgeois de Toul. Les deux contractants se partagent, en outre, les péages de la ville ®. Le même jour, le comte de Bar prit les biens de l’abbaye touloise de Saint-Leu dans sa garde (3).
Les Toulois dûrent payer les frais de la guerre s’élevant à quatorze mille livres dus au comte de Bar, à l’évêque, à la duchesse, au comte de Luxembourg et à son frère Gérard, à Renaut de Bar et au comte de Vaudémont. Le 4 octobre 1252, Thiébaut s'engage à ne laisser aucun répit aux citains qu'ils n'aient payé, à partager avec la duchesse les acomptes qu'il recevra, «enfin à forcer par les armes, à ses frais et à ceux de Lorraine, les bourgeois à payer s'ils ne le font aux termes fixés ().
L'évêque s'était acquitté dès le mois de mai, envers le comte de Bar,.des services que celui-ci avait rendus à son
(1) M. d’Arbois de Jubainville à propos de ce traité note la grande influence du comte de Champagne en Lorraine (op. cit., t. IV, p. 394). C'est que, non seulement, il se trouvait être le beau-père du jeune duc, mais encore qu'il était à des titres divers et plus ou moins importants le suzerain des trois princes. L'usage d’ailleurs des associations de paix -comménce à s'étendre même dans le territoire de l’Ancienne Mosellane, où aucun ‘souverain — pas plus l'Empereur que le roi de France — ne saurait imposer sa paix ou sa volonté.
(2)B. N., mss. Lorr., 244, n° 2, — Edit. N. de Wailly, Not. des mss., it. 28, n° 35.
(3) B. N. mss. fr. 11853, f° 218.
église en lui donnant les fiefs que Gauthier Berloeins tenait à Domgermain (!) et que celui-ci avait perdus pour cause de forfaiture (2).
L’agitation communale gagna aussi Met; l'évêqueétait alors Jacque de Lorraine, frère du duc Mathieu. Elu en janvier 1239, Jacque garda le siège de Metz jusqu'à sa mort en septembre 1260. Au début du règne de Thiébaut, Jacque semble avoir eu quelques démêlés avec lui; nous ne sommes pas informés de la cause de leur querelle. Le 29 septembre 1263, Éberard, comte d'Éberstein et Henri, comte des Deux-Ponts, déclarent qu’ils rompent l'alliance avec le comte de Bar qui ne les a pas aidés et qu'ils jurent fidélité à Jacque, évêque de Metz 6). Par la suite et jusqu’en 1251, on ne trouve aucun rapport entre l'évêché de Metz et le comte de Bar. A ce moment, les Messins firent alliance avec l'empereur Frédéric et quelques seigneurs voisins contre Jacque de Lorraine et le roi des Romains, Guillaume de Hollande. Appelé par l'évêque, le comte de Bar conclut avec lui, avec la duchesse de Lorraine et le nouvel évêque de Toul, Gille de Sorcy, une alliance offensive et défensive (#). Instruits par l'exemple de leurs voisins, les Messins se tinrent momentanément tranquilles.
4. — Sur la frontière d’Argonne, le traité conclu avec la Champagne en 1243, n'avait pas ralenti les conquêtes du comte de Bar. Au mois de mars 1245, le comte de Grandpré, toujours, besoigneux, lui emprunte cinq cents livres et lui donna en garantie les bourgs de Vienne, Servon et Saint-
(1) Meurthe-et-Moselle, arrondissement et canton de Toul.
(2) B. N. ms$. Lorr., 243 bis, n° 139. — N. de Wailly, op. cit,, n° 36. Gauthier avait été jugé par Richard d’Amel, neveu de l’évêque, commis par ce dernier pour examiner sa conduite. B. N. mss. fr. 11853, fo 169.
(SBAN "at. 10021003: Édit. Marichal, Cart. de Metz, p. 6. Kaufmann, Die Reunions Kammer zu Metz, p.157. Croll, Originum Bipontinarum, [, p. 33.
(4) Clouet, Hist. de Verdun, t. II, p. 450. Dom Tabouillot, Hist. de Metz, t. IV, p. 450-451. Gallia Christiana, XII, p. 760.
Thomas (!). L'année suivante, en octobre, il reçoit des chanoines de Montfaucon, contre une rente sur les moulins d'Aubréville, le village de Brabant (2), Le 2 avril 1247, il met la main sur l'importante abbaye de la Chalade qui se place avec tous ses biens et toutes ses dépendances sous sa garde et celle de son héritier qui aura Clermont 6). En février 1248, Jean de Grandpré déclare tenir de lui, outre le fief de Hans, celui de Sommebionne (# et ses dépendances que son père Henri avait acheté (5).
Ces diverses acquisitions portèrent ombrage au comte de Champagne: il y eut, entre eux, vers 1250 quelques difficultés, car, en janvier 1251, nous voyons le comte de Grandpré se porter caution du comte de Bar, envers le roi de Navarre, pour une somme de trois cents mares d'argent, du dédit du compromis au sujet des discordes qui divisaient Bar et la Champagne (6). Il s'agit peut-être du fief de Hans. Nous voyons, en effet, que si la dame de Hans reconnaît la suzeraineté du comte de Bar, puisqu'elle lui demande le 13 août 1249, d'approuver la constitution de douaire de sa fille Héluis de Barbançon (7 — ce que Thiébaut fait en septembreS) —, en revanche elle déclare au mois d'avril 1250, que les biens donnés par elle à l'Hôtel-Dieu de Hans sont sous la garde du roi de Navarre (°). :
Quant au comte de Rethel, nous avons vu qu’en 1244, le duc de Lorraine l'avait détaché de la fidélité du comte de
(1) Marne, Sainte-Menehould, Ville-sur-Tourbe. A. Lesort, Les chartes du Clermontois, n° xxvin.
(2) Meuse, Verdun, Clermont. N. de Wailly, Notice des mss., t. 28, n° 26-"A""esort, op. cit, nOxxIx.
(3) A. Lesort, op. cit., n° xxxI.
(4) Marne, arrondissement et canton de Sainte-Menehould.
(5) B. N., mss. fr. 11853, f° 40 vo.
(GPA-N; 911 n°1:
(7) B. N., mss. fr., 11853, fo 172.
(8) B. N., mss. fr., 11853, fo 12.
(9) Ajoutons qu’en mai 1250, le comte de Champagne se fait céder, par l’abbaye de Moiremont, le péage de la Neuville-au-Pont et acquiert à Gondrecourt les biens d'Eustache de Conflans. D’Arbois de Jubainville,
Cat., nos 2916, 2920, 2923.
Bar et tourné contre son suzerain. La paix fut faite quelques temps après, car Thiébaut aida son vassal dans la guerre qu'il fit à l'archevêque de Reims, Juhel de Mathefelon. Juhel mourut le 18 décembre 1250; son successeur Thomas de Beaumetz, cousin du comte de Bar (l), ayant fait la paix avec Rethel, garantit Thiébaut contre toutes les réclamations qui pourraient lui être faites pour les biens occupés et les dommages causés par lui dans les propriétés du chapitre de Reims et de l’archevêché pendant la guerre 2). Jean de Rethel étant mort en 1254, son frère Gautier quitta, le 31 juillet 1252, au comte, tout ce que ses prédécesseurs tenaient à Beaumont 6), reprit du comte Raucourt (4) et toute la châtellenie en fief (5) et enfin renonça aux mille livres qu'il prétendait être dues à son frère Jean (6).
B. — Le Comté de Bar jusqu’à la guerre de Ligny.
1. La guerre de Flandre. — 2. Les dettes du comte de Flandre envers le comte de Bar. — 3. Les affaires de Toul et la guerre contre la Lorraine (1258-1261). — 4. Les affaires de l'évêché de Metz (1261-1265). — 5. Progression du comté de Bar vers la Bourgogne et la Champagne.
1. — En 1253, le comte de Bar fut entrainé dans la guerre de la succession de Flandre et de Hainaut, sans doute à cause des obligations attachées aux fiefs qu'il avait reçus en Flandre, comme dot de sa femme Jeanne de Dampierre. La succession des états flamands s'était compliquée à plaisir depuis la mort du dernier comte Baudoin survenue en 1206 (9. De sa femme Marie de Champagne, Baudoin n'avait laissé que deux filles : Jeanne et Marguerite. Jeanne, mariée
(1) Is étaient tous deux par leurs mères, arrière-petits-fils de Robert Ier, comte de Dreux.
(2) A. Lesort, Les chartes du Clermontois, n° xxxnr (22 nov. 1251). (3) A. Lesort, op. cit., n° xxx1v.
(4) Ardennes, Sedan, chef-lieu de canton.
(6) A. Meurthe-et-Moselle, B. 343, n° 4.
(7) Ou plus exactement depuis son départ pour la croisade en 1202:
successivement à Ferrand de Portugal, puis à Thomas de Savoie, fut comtesse de Flandre après la mort de Beaudoin. Jeanne étant décédée sans hoir en 1244, Marguerite Jui succéda (1), Celle-ci avait épousé Bouchard d’Avesnes dont elle avait eu deux fils. Ce mariage fut rompu en 1218 et les enfants qui en étaient issus considérés comme illégitimes, sous le prétexte que Bouchard était sous-diacre lors de son union. En 1223; Marguerite se remaria avec Guillaume de Dampierre dont elle eut cinq enfants : trois fils et deux filles, dont la comtesse de Bar. Bouchard et Guillaume moururent avant que Marguerite héritât du comté de Flandre (@). La guerre s'alluma entre leurs enfants, les uns se réclamant du droit d’ainesse, les autres se déclarant seuls légitimes. Une première sentence rendue par Saint Louis en juillet 1246 décida qu'après la mort de Marguerite, le Hainaut reviendrait à Jean d’Avesnes, fils aîné de Bouchard et la Flandre à Guillaume de Dampierre ().
Trouvant sa part trop petite, Jean d'Avesnes se chercha des alliés pour continuer la lutte. Il en trouva un tout puissant en épousant Alix de Hollande, sœur de Guillaume, élu roi des Romains contre l'empereur Frédéric II. De son côté, le pape Innocent IV, protecteur de Guillaume de Hollande, reconnaissait enfin après plus de trente ans d'enquête la légitimité du mariage de Bouchard d'Avesnes. La sentence papale fut rendue le 17 avril 1251 (4). Du coup les événements se précipitèrent; Marguerite ayant investi ses fils Guillaume, puis après la mort de celui-ci, Guy du comté de Flandre, Jean d’Avesnes réclama l'investiture du Hainaut. Marguerite refusa, elle refusa également de reprendre ce fief, qui relevait de l'Empire de Guillaume de Hoiïlande.
(1) E. Berger, Histoire de Blanche de Castille, p. 362.
(2) Sur toute cette question, Cf. Ch. Duvivier, Les influences françaises et germaniques en Belgique au xuu° sièele. La querelle des d'Avesnes et des Dampierre jusqu'à la mort de Jean d'Avesnes (1257) (1200-1310). Paris, 2 vol., in-8°, 1894.
(3) Layettes du Trésor des Chartes, n° 3534.
(4) Potthast, Reg. Pont. Rom., n° 14297; Le Mire, Op. Diplom., t. I, p. 205.
Guillaume déclara Marguerite déchue de ses droits au comté de Hainaut et la fit excommunier par l'abbé de Fulda (1). La guerre éclata aussitôt; Saint-Louis était alors en Palestine (2).
Guy et son frère Jean de Dampierre demandèrent du secours au comte de Bar qui accourut avec son frère Renaut et son vassal le comte de Vaudémont. Plusieurs Champenois, fidèles de la maison de Dampierre, entre autres Erard de Chassenay apportèrent aussi leur concours ). De son côté, le comte Florent de Hollande, fils de Guillaume, aidé de Jean et de Bouchard d’Avesnes se prépara à l'attaque des Flamands. Ceux-ci montés sur des navires isolés les uns des autres débarquèrent sur la côte de Zélande, dans l'île de Walcheren. Les Hollandais, qui n'avaient cessé de les suivre et qui leur avaient même enlevé plusieurs vaisseaux, les attaquèrent à West Capelle; les Flamands furent vaincus, et ils auraient été tous massacrés, si les Hollandais, qui avaient toujours entretenu avec ‘eux d'excellentes relations commerciales, n'avaient tenu à garder sains et saufs leurs clients (4). Le comte de Bar fut blessé et perdit un œil dans la bataille (5). Ceci se passait le 4 juillet 1253 (6).
Emmené prisonnier avec Renaud de Bar et le comte de Vaudémont, Thiébaut fut livré au roi des Romains qui, malgré l'intervention pressante d'Arnoul de Loos et Chiny,
(1) Ficker, Regesten, n°s 5107-5109.
(2) E. Berger, op. cit., p. 402-403.
(3) Extrait d'une chronique de l'abbaye de Molesme citée par A. Duchesne, Hist. de la maison de Bar, pr., p. 34.
(4) Anciennes chroniques de Flandre. Dom Bouquet, Hist. de France, t. XXIL, p. 344. Cf. aussi Chronique du Primat d°,t. XXII, p. 12, 13.
(5) Chronique de Saint-Magloire d°, t. XXII, p. 83.
L'an M ce LVI (?) Fu Thibaus, li quens de Bar, pris En la bataille de Hollande Dont toute la gent fut dolante Et il 1 fu en l’euil bléciés
Dont il en fu moult courouciés.
(6) Mathieu de Paris, Addimenta, édit. Luard, t. VI, p. 252-255.
refusa de le relâcher sans une énorme rançon (), II consentit seulement à accorder à Renaut une trêve de prison pour aller chercher cette rançon (?). Renaut revint donc dans le Barrois au début de 1254. Le chapitre de Verdun pour lui venir en aide emprunta cinq cents livres qui furent versées entre les mains de Jean de Saint-Mihiel, clerc du comte, le 17 mars), Le comte s'engageait à les rendre le 1* octobre et donnait comme caution le comte de Loos et Chiny(#). Le prêt n'était d’ailleurs pas gratuit, puisqu’avant le versement des cinq cents livres, le 12 mars, le comte avec le consentement de Renaud et de Louis de Chiny, son beau-frère, avait donné en aumône au chapitre les voueries d'Houville (5), Pareid 5), Moulotte5), Wareville (6) et Thimeville (7). En 1252, le comte de Bar avait déjà vendu au chapitre moyennant quinze cents livres les voueries de Foameix, du Mesnil, Fromezey et Morgemoulin ($).
La bataille de West Capelle ne mit pas fin à la querelle des Flamands. Marguerite offrit le Hainaut à Charles d’Anjou — qui, en l'absence de son frère Saint Louis — accepta (). Il se mit à la tête des armées contre le roi des Romains, mais il n'y eut aucune hostilité. Guillaume alla périr misérablement en janvier 1256 en réprimant une révolte des Frisons. Quand Saint Louis revint, il imposa son arbitrage à Péronne le 24 septembre 1256 entre Jean d'Avesnes qui rentrait dans le Hainaut, mais devait rendre hommage à
(1) Wolters, Codex diplomaticus Loos, p. 131; Mänlius, Historia Loos, p. 197; C. Butkens, Les Trophées de Brabant, p. 93.
(2) 26 juillet 1254, Le Quesnoy. A. Nord, B. 229.
(3) Abbé Clouet, Hist. de Verdun, t. I, p. 457.
(4) B. N: mss. fr., 4885, f° 1388.
(5) Meuse, Verdun, Fresnes.
(6) Commune de Saint-Hilaire, même canton, détruit au xv® siècle.
(7) Commune de Maizeray, même canton. — Abbé Clouet, Hist. de Verdun, t. II, p. 458.
(8) Abbé Clouet, op. cit., p. 217, note 3 et p. 292.
(9) Anciennes chroniques de Flandre, Hist. de la France, t. XXII, p- 338. Cf. aussi Élie Berger, Hist. de Blanche de Castille, p. 403.
Charles d'Anjou et Marguerite qui paierait à Charles les frais de son intervention (1).
2. — Le comte de Bar ne parut dans aucune de ces affai- -res. Les chroniques de Flandre déclarent qu'il resta un an en prison). Peut-être y resta-t-il plus longtemps? Car, sauf une confirmation de donation à l’abbaye de Lisle-en-Barrois en octobre 1254 et qui a pu être expédiée plus tard ), nous n'avons aucun acte de lui avant Pâques 1255. Par contre, il fut présent au traité conclu à Bruxelles entre Marguerite, Guy et Jean de Dampierre, d’une part, et Florent de Hollande, d’autre part, le 13 octobre 1256 (%); le 21 du même mois avec son frère Renaut, il approuva le traité et promit de ne jamais aider ni secourir la comtesse de Flandre, si elle y contrevenait(®). Au printemps de 1257, Thiébaut recut enfin le prix de ses peines, en février Marguerite s'engagea à lui payer pour ses frais une somme de vingt mille deux cents livres parisis. Le paiement doit être fait dans la ville de . Douai (6). De son côté, le comte de Bar autorise le comte de Flandre à retenir sur les revenus des fiefs qu'il doit lui assigner la somme que Thiébaut devait à la maison de Dampierre comme douaire de sa femme (). Cette assignation de fief ne fut pas faite encore, mais au mois de mars suivant, Guy promit au comte de Bar de la faire aussitôt après la mort de Marguerite; elle devait consister en trois cents livres de terre en ban et en justice en Flandre, eten attendant Guy
(1) Layettes du Trésor des Chartes, no°s 4290.
(2) Anciennes chroniques de Flandre, loc. cit. L'abbé Clouet, op. cit... p. 457, cite à propos de la captivité de Thiébaut une gracieuse complainte que celui-ci aurait composée dans sa prison. Le comte s'adresse tour à tour à son compagnon Erard de Chassenay, au comte Otton de Gueldre, au duc de Brabant, à sa belle-mère, au comte de Loos et au comte de- Luxembourg et leur demande leur appui pour sa délivrance.
(3) A. M. H., Cart. de Lisle.
(4) B. N. Coll. Lorr., 194, n° 3.
(5) B. N. mss. Lorr., 194, no 3.
(6) B. N..mss. fr., 11853, fo 32.
(7) A. Nord, B. 399.
s'engageait à payer une rente annuelle de quatre cents livres, moitié à Noël, moitié à la Saint-Jean (1).
C'étaient là des promesses que le comte de Flandre était incapable de tenir; aussi les pourparlers continuèrent-ils des années encore à propos de ces dettes, jusqu’au jour où Guy
de Dampierre prendra le parti de les nier en bloc après avoir
promis de les payer en détail. Le 14 décembre 1257, le comte de Bar déclare que le comte de Flandre lui doit des livres tournois et non des livres parisis(?). Le même mois Thiébaut constitue comme gardien des différentes lettres l'abbé de Lisle-en-Barrois et lui commande, le cas échéant, de. remettre ses lettres au comte de Flandre et celles de Flandre aux hoirs de Bar s'ils les réclament (3. Le 31 mai 1258, Guy quitte à Thiébaut et s'engage à lui faire quitter par sa mère ce qu'il pouvait devoir encore à la Maison de Flandre pour le douaire de Jeanne(4). Le 25 juin 1260, Marguerite exécute. l'engagement de son fils et quitte à Thiébaut ce qu'il devait; elle casse toutes les lettres qui pouvaient causer quelque dommage à la maison de Bar 6)
Ces arrangements diminuaient les dettes de la Flandre sans les solder, puisqué la rente annuelle n'était toujours pas payée. Quand le comte Thiébaut ne dut plus rien pour compenser, Guy souscrivit des billets ; le 11 mai 1259, il reconnaît devoir au comte de Bar sur les arrérages de son fief, neuf cent trente livres (6); le 4 février 1262, il en doit quinze cent cinquante en menue monnaie de Flandre (1. Enfin, en 1264, un billet qui annule tous les précédents venant de Guy ou de Marguerite déclare la dette globale ramenée à
B. N. mss. fr., 11853, f0 32. N. de Wailly, Not. des mss., t. 28, n° 60. B. N. mss.-fr., 11853, f° 32.
BAIN mss,fr., 41853,4°,33, B. N.mss. fr.; 11853, fo 32.
(6) N. de Wailly, op. cit., n° 65. Il en paya cependant une partie l’année suivante. Guy reconnaît n’avoir payé que 600 livres et avoir gardé . néanmoins la quittance de mille que lui apportait Pierre de Bar au nom du comte. Copie B. I., Coll. Godefroy, 142, fo 99. (7) N. de Wailly, Not. des mss., t. 28, n° 78.
douze cent cinquante livres qui ne seroxt jamais payées (1).
Thiébaut avait eu pour compagnon d'armes et de captivité le comte Henri de Vaudémont, entraîné par le lien féodal. Jean de Bayon raconte que vers 1256, Henri avait attaqué le duc Ferry de Lorraine, mais que, battu, blessé, son comté ravagé, il s'était enfui auprès du comte de Bar qui l'avait emmené en Flandre(?). Cette histoire est évidemment fausse comme le prouvent l’âge de Ferry, les bonnes relations de la duchesse régente et du comte de Bar au début du règne, le silence des chartes et des chroniques contemporaines 6). Le comte de Vaudémont n'avait eu qu'un léger différend avec le chapitre de Saint-Dié, à propos des biens de ce chapitre à Moyenmont dont Henri était voué. L'affaire s’arrangea en avril 1253, par l'intervention du comte de Bar, qui décida que les tailles hautes et basses ainsi que les droits de forfuyance à Moyenmont appartenaient entièrement au chapitre; le comte de Vaudémont n'y a d’autres droits que le droit de garde. En cas de contravention, le comte de Bar rétablira les choses en état, aux frais de Vaudémont (4).
Le devoir féodal du comte de Vaudémont suffit, d’ailleurs, à expliquer sa présence en Flandre. Son comté se trouvait vis-à-vis du Barrois, dans une vassalité aussi étroite que celui de Chiny. Henri, après la mort de son frère Hugue, s'était empressé, en juillet 1247, de rendre l'hommage lige pour Vaudémont, Châtel-sur-Moselle et Landilly 5) rendables à grande et à petite force (6. Cet hommage fut renouvelé en juillet 1258 pour Vaudémont, Châtel, Bainville () toutes leurs dépendances ainsi que pour le ban de Chali-
(1) B. N. mss. fr., 11853, f° 33.
(2) Jean de Bayon, das Dom Calmet, t. IT, Preuves, p. 82. (3) Dom Calmet (t. I, Introduction, Listes des comtes de Vaudémont) réédite ee erreurs de Jean de Bayon. (4) B mss. fr. 11853, fo 129.
(5) « tr devant Chastel » peut-être Hadigny.
(6) B. N. mss. fr. 11853, f° 13°. Le comte de Vaudémont excepte de son hommage la ville et le château de Chaligny.
(7) Meurthe-et-Moselle, Nancy, Haroué.
gny ( et de ces forteresses étant rendables contre tous hommes (?). En décembre, le comte de Vaudémont déclarait que son vassal Isembard de Bulligny (3) devenait homme du comte (4). Enfin, le 12 mars 126, le comte de Vaudémont, conclut un acte aussi rigoureux que celui du comte de Chiny; non seulement Vaudémont, Châtel, Chaligny, Landilly sont rendables au comte de Bar à toutes forces contre tous, mais encore les chevaliers et les bourgeois de ces châtellenies sont tenus à la fidélité la plus absolue vis-à-vis de Thiébaut. Au cas où le sire de Vaudémont viendrait à eu ces châteaux, HAEUMERCNE serait tenu à la même fidélité
Cet abandon “eu de Vaudémont entre les mains du comte de Bar s'explique par l’état précaire des finances d'Henri. Nous verrons plus tard comment Thiébaut le garantit devant les bourgeois de Neufchâteau, comment il le sortit des griffes des créanciers Spinaliens et Messins. Thiébaut rendra toutes les sommes dues par le comte de Vaudémont, il les fera payer par son prévôt d'Étain (6! maisil attachera pour toujours à sa fortune la branche cadette de la maison de Lorraïne.
Henri de Vaudémont avait épousé une certaine Marguerite sur la famille de laquelle Dom Calmet déclare n'être pas renseigné (7). Elle était, en réalité, sœur de Hugue, duc de Bourgogne, et le comte de Bar se porta garant de la constitution du douaire sur lequel Henri avait eu avec sa femme en 1255 un grave désaccord, que Thiébaut arbitra (S).
Meurthe-et-Moselle, arrondissement et canton de Nancy. B. N. fr. 11853, fo 130.
Meurthe-et-Moselle, arrondissement et canton de Toul. B.N. fr., f° 11853, f° 193.
B. N. fr., f° 11853, fo 128.
B. N. fr., 11853, fos 132 et 133.
) Dom Calmet, Introduction, p. ccj.
(8) Le 23 mars 1255 à Domremy, en l'hôtel de Joffroy de Bourlemont, Henri de Vaudémont donne quittance au comte de Bar de ce que celuiciaeu du mariage du comte de Vaudémont. B. N., fr. 11853, fo 129. —
M. Grosoiier DE Matos. 22
3. — La duchesse de Lorraine profita de la captivité du comte de Bar pour manquer aux clauses du traité du 10 avril 1252 en prenant dans sa garde, moyennant cent sous toulois par an, les citains de Toul. Ceux-ci lui promettent le 22 septembre 1253 de l'aider de leur corps et de leur ville, de la recevoir elle et ses gens dans la cité et de lui fournir tout ce dont elle aurait besoin. Cet accord devait durer toute la vie du duc Ferry (1).
Le comte de Bar protesta sans doute dès son retour contre ce manque de foi. En tous cas, il exigea le 23 mai 1255 de l'évêque Gille de Sorcy la promesse que celui-ci ne mettrait pas le comté de Toul, racheté par son prédécesseur à Mathieu de Lorraine, hors de ses mains, sauf pour le rendre à celui qui en était seigneur et héritier (?) et que, tant qu'il serait évêque de Toul, il ne permettrait pas que cet héritier le mît en une autre main que la sienne (3). Ce traité était évidemment dirigé contre Ferry dont la mère Catherine de Limbourg mourut le mois suivant (4).
Le duc de Lorraine, se sentant visé et craignant de plus grandes difficultés, négocia. Au mois d'octobre, il s'arrangea avec Thiébaut qui lui promit de l'aider contre tous sauf YEmpereur, le roi de France, le comte de Flandre, l’arche-
En juillet 1255, Henri de Vaudémont déclare que « je et mi hoir devons tenir tels convans com Thiebaus cuens de Bar mes sires et mes casinsa a Hugon duc de Bourgoingne et a Margueritte ma femme dendroit de son douaire et des deniers repenre que ie pris en lien mariage, ensi com les lettres le dit conte de Bar mon signor lesquels li devant diz duc de Bourgoingne et Margueritte ma femme ont devers ons le devisent. »
(1) Edit., Dom Calmet, t. Il, pr., p. 473.
(2) Cet héritier se trouvait être à ce moment Eudes, fils de Ferry de Fontenoy, qui avait jadis engagé le comté au duc de Lorraine.
(3) B:'N: fr. 11853, 2169;
(4) Nous donnons cette indication sous toutes réserves; la duchesse fut enterrée à Beaupré et le comte de Bar assista, paraît-il, à ses funérailles. Cf. P. Benoit-Picart, Supplément à l'histoire de la maison de Lorraine, p. 68; Dom Calmet, II, livre 23, chap. 43. Cependant Jean de Pange,
‘Introduction au catalogue des actes de Ferry IL, p. 78, déclare ignorer la date de la mort de Catherine qui est encore mentionnée dans un acte d'octobre 1265.
vêque de Reims, les évêques de Verdun et de Metz, A l'égard de ce dernier toutefois, Thiébaut se déclarait prêt à aider le duc, si l'évêque dans ses différends avec la Lorraine ne s’en remettait à son jugement et à celui du comte de Luxembourg. Les deux princes s’engagaient à ne pas prendre en garde ni l'évêque de Toul, ni sa terre, ni la cité de Metz, si ce n’est d'un commun accord. Pour les autres questions à régler entre eux, ils s'en rapportaient à l'arbitrage de deux de leurs chevaliers, le duc de Bourgogne et le comte de Chalon servant de tiers arbitres (1), Le duc de Lorraine devait, au cas où il manquerait à ses engagements, mille marcs d'amende pour lesquels il donne caution son oncle Henri de Luxembourg (?). |
Comme conséquence de ce traité, le comte de Bar prit le 13 janvier 1256 les habitants de Toul sous sa garde aux . mêmes clauses et conditions que Ferry et pour toute la durée de la vie du duc. Les habitants doivent aider le comte, sauf contre l'évêque, le recevoir dans leur ville et lui payer annuellement cinquante livres toulois. En retour, le comte s'engage à les protéger contre tous (3).
Cet accord conclu entre le comte de Bar et les Toulois fut remplacé en octobre 1258 par un traité de pariage, où Thiébaut déclare qu'il accompagne le duc de Lorraine dans la garde de Toul et que chacun a droit à la moitié des revenus de cette garde, soit cinquante livres ().
Le duc de Lorraine n’accepta qu'à contre cœur cet accompagnement, d'autant que l’activité du comte le long de la frontière du duché l’inquiétait. Aussi, en juillet 1260, trouvet-il le moyen de traiter seul avec les Toulois en leur avançant quatre mille livres provenesiens et en les dispensant du paiement des droits de garde, moyennant une redevance de cinq sous toulois par feu. La ville s'engage à le recevoir chaque fois qu'il le demandera contre tous, à lui vendre les
(1) A. M. B. 256, f° 299 ; Dom Calmet, IL, pr., p. 479. (2) N. de Wailly, Not. des mss., t. 28, n° 47.
(3) N. de Wailly, op. cit., n° 50.
(4) Dom Calmet, t. II, preuves, p. 481.
choses dont il aura besoin, à ne pas vendre à ses ennemis ; toutefois il exceptait le comte de Bar de ces dispositions. De son côté Ferry ne doit pas gager les bourgeois, ni leurs biens (1). L'’évêque Gille de Sorcy approuve l'acte ().
Divers accords complétèrent l’année suivante cette transaction : en octobre 1261, le duc de Lorraine reconnaît que le fait de lever cinq sous par feu n'implique pas qu'il ait des droits contre l’évêque, ni que sa garde soit héréditaire, ni qu'il participe à la seigneurie, justice et force de la terre de Toul (8). En novembre, l’évêque s'engage à obliger les bourgeois à payer les cinq sous dus, mais personne ne peut être saisi pour cette dette. L'évêque reconnait également le droit du duc d’être reçu dans la ville et d'y acheter, mais ce droit ne peut s'exercer contre, ni au détriment de l'évêché (#). Enfin, le même mois, les bourgeois s'engagent vis-à-vis de l'évêque à ne contracter aucune alliance avec le duc de Lorraine ou le comte de Bar sans l'agrément et la participation dudit évêque ().
À la même époque Gille de Sorcy régla définitivement la question du comté — qui n'avait été cédé que temporairement à l'évêché — en l’achetant au duc de Lorraine aux mêmes conditions que celui-ci l’avait acquis d'Eudes, fils de Ferry de Fontenoy (6. En novembre 1261, Gille promet à Ferry de ne jamais mettre hors ses mains le comté, faute de quoi il paierait douze, mille marcs d'argent de dédit (7). En décembre l'évêque, avec le consentement du duc, déclare que le comté de Toul fait partie à perpétuité du domaine de l'évêché sans qu'on puisse ni le rendre, ni le mettre en gage en tout ou en partie (8). Ferry prenait donc vis-à-vis du
3) A. M. B. 256, fo 94.
5) P. Benoit-Picart, Hist. de Toul, pr., p. 113.
6) Et. Martin, La révolution communale à Toul, p. 43.
Dom Calmet, t. II, pr., p, 486.
comté de Toul les mêmes garanties que jadis le comte de Bar.
Les hostilités entre les deux souverains sont d’ailleurs à l'état latent. Elles avaient déjà failli éclater en décembre 1256, où le comte de Luxembourg promet d'intervenir et si la paix n'est pas faite avant Pâques, de rendre au duc de Lorraine les lettres d'Henri de Bar relatives aux hommages de Spizemberg, Laveline, Bourmont, Lamarche, Liffol, Neufchâteau, Foug, Stenay et Beaumont (1). C’est que le comte de Bar ne cesse d'acquérir autour de Fi et autour de Metz. Tandis que les seigneurs de Deuilly @), de Darney 6) et de Seraucourt (‘) augmentent les AU Re qu'ils lui doivent, l'abbaye de Flabémont lui vend, en décembre 1255, Dureauwé et Frasne 6) et le prieuré de Saint Blin (6) à Saint- Bénigne de Dijon ses possessions d'Offroicourt (6) et de Soulaucourt(?), moyennant une ee que doit payer chaque année le cal de Bourmont (8). En mars, 1260 Mo de Saint-Evre met en sa garde ses +. de Crepey () et de Médonville (10), Aux alentours mêmes de Toul, le comte de Bar avait passé deux importants accords, l’un avec l’abbaye de Saint Mansuy qui lui cède en novembre 1256 Laige-
(1) F. Comte, dans Mém. Soc. Bar-le-Duc, IHI-9 (1900), p. 356.
(2) Août 1250, avril, décembre 1256, janvier 1257, B. N. mss. fr. 11853, fo 223 et sq. N. de Wailly, Nof. des mss., t. 28, n°s 57 et 59.
(3) Vassal de Deuilly et de Luxeuil.
(4) Février 1260, janvier 1261. B. N. mss. fr. 11853, f° 223. N. de Wailly, op. cit., n° 68; A. Lesort, Chartes du Clermontois, n° xr. Cf. plus loin.
(5) B. N. fr. 11853, fo 255.
(6) Haute-Marne, arrondissement de Chaumont.
(7) Haute-Marne, Chaumont, Bourmont.
(8) Pérard, Recueil de pièces servant à l'hist. de Bourgogne, p. 482. B. N. mss. fr. 11853, fo 298, indiq. Brequigny et Pardessus, VI, p. 272; Rozerot, Répertoire historique de la Haute-Marne, n° 1272; Gallia Christiana, XII, p. 1016.
(9) Meurthe-et-Moselle, Toul, Colombey.
(10) Vosges, Neufchâteau, Bulgnéville, B. N. mss. fr. 11853, fo 226.
court (1) et le ban de la Neuville (), l’autre le 2 juin 1257 avec le chapitre de Toul. Les chanoines donnent à Thiébaut outre divers biens autour de Gondrecourt, la moitié de la ville et du ban de Trondes (3 et s’arrangent avec lui pour la neuve ville de Foug. Cette neuve ville avait été fondée par le comte de Bar qui y recevait des sujets du Chapitre et prétendait que ces sujets devaient jouir des biens qu’ils possédaient avant leur entrée dans la neuve ville. C'était pour le Chapitre une lourde perte; celui-ci consentit néanmoins à ce que les hommes déjà installés dans la ville continuent à jouir de leurs biens ; mais désormais, ceux qui y viendraient perdraient, au profit de l'évêque ou du Chapitre ce qu'ils avaient sous leur seigneur primitif (4);
Ferry s’inquiéta de la’ progression du Barrois sur cette frontière du duché, et chercha un prétexte pour l'arrêter. Il ne tarda pas à le trouver dans le château de Saint-Hilairemont () que le comte de Bar venait de fortifier, dont il avait affranchi les habitants et doté l’église d'un chapitre. Ferry prétendit que cette ville était de son fief et ne pouvait être munie de fortifications sans son agrément, il se plaignait, en outre, que le comte de Bar eût usurpé différents fiefs autour de ce domaine. Le roi de Navarre, le duc de Bourgogne et le comte de Nevers intervinrent pour apaiser le différend. Le 20 février 1261, Thiébaut accepta leur arbitrage (6); le château muni et fortifié reste entre ses mains jusqu'à temps que deux chevaliers nommés l'un par le comte
() Nonidentifié..
(2) Meurthe-et-Moselle, arrondissement et canton de Toul, B. N. fr. 1183, f° 226.
(3) Meurthe-et-Moselle, canton de Toul, Nord.
(4) N. de Wailly, Not. des mss., t. 28, n° 61.
(5) La Mothe auj. détruit, commune d’Outremecourt, Haute-Marne, Chaumont, Bourmont.
(6) E. Berger, Layettes du Trésor des Chartes, n° 4673. Indiqué avec erreur de date au 27 juin 1260 par d’Arbois, Hist. des comtes de Champagne, n° 3200 et par J. de Pauge, Introduction au Catalogue des actes de Ferry III, p. 29. Cet acte est daté du dimanche avant la fête Saint- Pierre en février. Ces derniers mots ont échappé à d’Arbois de Jubainville et à Jean de Pange.
de Bar, l'autre par le duc de Lorraine aient fait une enquête pour savoir si Saint-Hilairemont est fief de Lorraine et examiné les autres fiefs en litige, Bauffremont excepté, Si les deux arbitres ne s'accordent pas, on recourra de nouveau au jugement du roi de Navarre, du duc de Bourgogne et du comte de Nevers. La sentence devait être rendue au plus tard le 1‘ octobre.
4. — Elle ne le fut jamais; d'autres difficultés avaient surgi, cette fois-ci au nord de la Lorraine, qui allaient mettre aux prises le duc et le comte sans que personne put empécher la guerre. Thiébaut poursuivait, en effet, ses conquêtes autant autour de Metz qu'autour de Toul{t). L’évêque de Metz, Jacque de Lorraine s’en émut; en 1258, il déclara la guerre au comte de Bar et ses troupes brülèrent la ville de Thiaucourt(®). Mais l’année suivante. s'étant brouillé avec le duc, son neveu, pour une affaire d'héritage, Jacque fit la paix avec Thiébaut, « son cousin et son homme » et lui promit, en juin 1259, de l'aider contre tous excepté les citains de Metz, les évêques de Toul et de Strasbourg).
Jacque de Lorraine mourut le 24 octobre 1260. Le Chapitre ne s’entendit pas pour lui choisir un successeur, parce que d'après Richer de Senones, le comte de Bar mettait des entraves au choix qu'ils voulaient faire. Richer n'accuse que le comte de Bar, mais Ferry s'en était mêlé aussi puisque son cousin Philippe de Florenge fut élu en même temps que Thiébaut des Porcellets. Les deux souverains luttaient donc d'influence à Metz. L'affaire fut portée devant le métropolitain, à Trèves, qui décida que Philippe, prévôt de Saint-Dié et trésorier de Metz, était seul régulièrement élu (#).
Le comte de Bar acquiesca à l'élection moyennant la pro-
(1) Cf. plus loin.
(2) Lepage, Les communes de la Meurthe, Thiaucourt.
(3) Dumont, Corps diplom., t. 1, p. 210. Cf. Dom Tabouillot, Hist. de Metz, p. 203. L'évêque et le duc de Lorraine s’accordèrent en novembre 1259 sur l'héritage du père, de la mère et du frère de Jacque de Lorraine. Dom Calmet, Il, pr., p.483.
(4) Richer de Senones, Chron., iv. I, ch. 16.
messe de quatre cents livres que lui fit Philippe (); il lui prêta même de concert avec le duc de Lorraine et le roi de Navarre les secours nécessaires pour combattre Henri de Salm et le sire de Listemberg qui avaient ravagé les terres de l'évêché. Grâce à ces secours, l'évêque les vainquit, détruisit la forteresse de Lutzelbourg et CR pour protéger sa frontière sud, : château de Condé (2). Tel est le récit de Richer de Senones %). Richer est un contemporain, son témoignage cependant ne paraît guère clair et ne concorde pas avec les actes que nous possédons. En effet, au mois d'août 1261, l’évêque de Metz conclut un traité avec le comte de Bar où il s'engage par serment à ne pas être contre le comte, à ne pas lui nuire avec l’aide du duc de Lorraine ou du comte de Luxembourg, à s’en remettre pour les différends entre eux à l'arbitrage de quatre chevaliers, Philippe de Florenge, neveu de l’évêque, Joffroy (dont le nom est illisible), Gobert d'Apremont et Gautier d'Épinal, enfin à aider de bonne foi le comte partout où il le pourra sans méfaire ‘#). Ce traité de paix implique évidemment des hostilités précédentes à moins que la lutte contre le comte de Salm — qui d’ailleurs resta toujours en excellents termes avec le comte de Bar dont il était le neveu — et le sire de Listemberg ne soit postérieure au traité (5).
Le comte de Vaudémont avait aussi couru les terres de l'évêché; il fit sa paix avec l’évêque à la même époque que le comte de Bar et s'engagea à lui payer mille livres provenesiens pour lesquelles le duc de Lorraine se portait garant en novembre (6). Mais l'argent dut être fourni par ke comte de
) Dom Calmet, t. II, pr., p. 479.
) Auj. Custines, Meurthe-et-Moselle, Nancy.
) Richer de Senones, t. II, ch. 16.
) Bibliothèque de Bar-le-Duc, carton Servais, ann. 1261.
(5) L'Histoire de Metz des Bénédictins (Dom Tabouillot), II, p. 454 et sq. place cette guerre immédiatement après l'élection de Philippe. Dom Calmet, au contraire (t. II, p. 381) la situe beaucoup plus tard, après le voyage que fit Philippe à Rome pour se justifier de l'accusation de simonie, c'est-à-dire en 1264.
(6) À. M. B. 2955, f° 1. Orig. parch.
Bar auquel Henri de Vaudémont engagea en garantie de ses dettes, au mois de juillet 1262, ses châtellenies de Vaudémont et de Bainville (1).
La bonne entente entre le comte de Bar et l’évêque de Metz ne fut pas longue. Philippe de Florenge, poussé sans doute par le duc de Lorraine, ne tenait aucune de ses promesses. Richer de Senones, très défavorable au comte de Bar — « dont les faussetés, dit-il, sont notoires » (2) — raconte que celui-ci entreprit lui-même le voyage de Rome pour accuser Philippe de simonie. Le comte de Bar, reçut du pape Urbain IV, qui avait été évêque de Verdun et son ami, un accueil favorable. Toutefois, il eut honte de soutenir lui-même l'accusation, il la fit défendre par des chanoines de Metz (3). Les actes que nous possédons de Thiébaut ne nous permettent guère de placer ce voyage qu'entre le 9 août et le 15 octobre 1262, si toutefois il eut lieu. Ce qui est certain, c'est que le pape nomma commissaire enquêteur l'archevêque de Reims, Thomas de Beaumetz, et qu'il interdit aux abbayes du diocèse de Metz de reconnaître Philippe et de l'aider en quoi que ce soit (#.
Pendant ce temps, le comte de Vaudémont envahissait les ‘terres de l'évêché autour d'Épinal et les ravageait. Philippe aidé du duc de Lorraine marcha contre lui, mais leurs troupes attaquées par le comte de Vaudémont à Vaxoncourt (®) furent entièrement défaites, leurs hommes tués, blessés ou pris et cent quarante d’entre eux précipités dans la Moselle. Pour se venger, les baillis de l'évêque et du duc réunirent leurs contingents et ruinèrent tout ce qu'ils purent dans le comté de Vaudémont, tandis qu'Henri, de son côté, brülait les environs de Bruyères et d'Épinal (6).
(1) En juillet 1262. B. N. mss. fr. 11853, f0 131 r°.
(2) « Igitur quia fallaciæ comitis Barrensis pluribus notae sunt, quaedam huic libello nostro inserere curavimus. »
(3) Richer de Senones, I. II, ch. 16.
(4) Richer de Senones, ibidem.
(5) Vosges, Épinal, Châtel-sur-Moselle.
(6) Richer de Senones, L. II, ch. 16.
Cependant l’évêque justement inquiet des démarches du comte de Bar, tenta de se rapprocher de son adversaire, qui avait obtenu le 30 juillet 1262, des principales familles de la cité de Metz, les parages de Port-Saillis, Juive rue et Porte Mazelle l'engagement de l'aider contre tous (1). L'archevêque de Reims était mort en février 1263 sans avoir pu commencer son enquête (2), le principal accusateur de l'évêque était mort également à la cour de Rome; d'autre part, le duc de Lorraine réclamait les armes à la main le remboursement des dépenses faites pour la protection de l'évêché 6), Philippe entra donc en pourparlers et mit tous ses biens et l'évêché en la garde du comte de Bar, et le 18 juin 1263, de concert avec l’échevin et les treize jurés de la ville de Metz, il s’allia avec le comte. Les trois contractants jurent de s’aider contre tous, et si l’un d’entre eux vient à faire défaut, le traité demeure valable entre les deux autres. Ce serment doit être renouvelé chaque année à la nomination du nouvel échevin et des nouveaux jurés (4).
Le duc de Lorraine qui détenait déjà les châteaux messins de Hombourg et de Turquestein entra immédiatement en guerre. Il avait obtenu, le 26 novembre 1262, l'alliance du comte de Luxembourg, mais celui-ci avait excepté des gens qu'il devait combattre le comte de Bar ®). Ferry trouva de précieux auxiliaires dans les troupes allemandes qu'il avait réunies aux environs de Trèves et il se mit à ravager le Messin et le Barrois. Le comte de Bar vint assiéger Prény, mais il ne réussit pas à s'en emparer malgré un siège en règle de cinq semaines. Thiébaut commençant à trouver que la guerre lui coûtait cher — dévastations de ses terres, troupes à entretenir, grands de France à payer (6) —
) N. de Wailly, Not. des mss., t. 28, n°0 79.
) Richer de Senones, 1. II, ch. 16.
) Richer de Senones, IL. IX, ch. 16.
) N. de Wailly, op. cit., n° 84.
) N. de Wailly, op. cit., n° 82.
) Richer de Senones, 1. IT, ch. xv1 : « Considerans etiam quod magnatibus Francorum et aliis militibus quos ad id opus asciverat, maxima donativa, et victus necessarias oporteret dari, expavit ».
demande à l'évêque de Metz s’il lui plaisait d'entretenir à si grands frais une si nombreuse armée. À quoi Philippe répondit que puisque toute la terre de l'évêché était en la main du comte, celui-ci fasse ce qui lui semblerait bon. Sans doute, les revenus de cette terre étaient fort obérés, puisque le comte de Bar préféra traiter avec le duc de Lorraine. Au dire de Richer de Senones « le comte manda à ses amis quil avait dans l’armée du duc pour traiter de la paix : ce qui fut fait; mais sur le mode de cette paix, à peine quelqu'un peut rapporter quelque certitude (1) ». La phrase de Richer est d'autant plus étrange que nous possédons les traités qui mirent fin aux négociations entre le comte et le duc.
Avant d'ailleurs que ces négociations fussent terminées, Philippe de Florenge était appelé à Rome et déposé. II fut remplacé au début de 1264 par le Champenois Guillaume de Trainel, neveu du comte de Bar (?).
D'après Richer de Senones, le comte de Vaudémont aurait continué la guerre; s'étant assuré le concours d’un soldat bourguignon habile dans la prise des villes, il attaqua Neufchâteau. Les soldats du comte déguisés en marchands entrèrent par petits groupes dans la ville; puis tandis que les bourgeois leur préparaient ce qui leur était nécessaire, ils tirèrent leurs armes dissimulées dans leurs ballots et se mirent à tout piller. Ils avaient chargé le butin sur des chariots et s'apprêtaient à rentrer à Vaudémont quand les gens du duc leur tombèrent dessus, les défirent, les tuèrent, et reprirent le butin :. Le fait raconté par Richer est d'autant plus vraisemblable, que le comte de Vaudémont devait de grandes dettes aux gens de Neufchâteau pour lesquelles le comte de Bar s'était porté caution en mars 1259 (4). Ce qui n’est pas
(1) Richer de Senones, I. II, ch.xvi. € Comes... mandavit amicis qui in exercitu ducis erant, ut de pace tractarent : quod et factum est : sed de modo pacis vix aliquis certitudinem referre potest ; et sic ista ita relinquamus.
(2) Hist. de Metz des Bénédictins, IX, p. 456, 457.
(3) Richer de Senones, loc. cit.
(4) B. N. mss.fr. 11853, f° 129 v°.
vrai, c'est le récit de Jean de Bayon qui renchérit sur Richer, en déclarant que le duc irrité aurait envahi le comté de Vaudémont, chassé Henri qui, criblé de dettes, serait allé se refaire en Sicile (1). Henri de Vaudémont paraît activement en Lorraine les années suivantes, il n'est donc pas parti, du moins pas à ce moment-là.
Cependant, le comte de Bar avait imposé la paix entre Metz et la Lorraine le 3 janvier 1264. Il décidait que le duc Ferry et ses gens d’une part, l'évêché de Metz et les siens d’autres devaient rendre tout ce qu'ils avaient pris ou gagé depuis la mort de l'évêque Jacque; quand chacun serait rentré dans son bien, on procéderait à la paix selon les us et coutumes du pays. Pour l'affaire de Frouard, château que le duc avait élevé en face de celui de Condé, on s’en tiendrait à ce qui avait été réglé @). Nous n'avons malheureusement pas ce règlement auquel ïl est fait allusion (3).
Le 8 juillet, le comte de Bar quitte au duc de Lorraine, à Philippe sire de Florenge et à Colart d'Averey toutes les dettes et cautions qu'ils avaient contractées pour l'évêque Philippe envers lui. Il renonce aux lettres qu'il pourrait avoir et déclare ne plus pouvoir rien réclamer à ce sujet (4).
Le lendemain, 9 juillet, Thiébaut se porte caution de Guillaume de Trainel pour 10.000 livres dues au duc de Lorraine comme prix de la paix; quatre mille livres doivent être payées le 11 novembre suivant, trois mille le 4 juillet 1265 et trois mille le 11 novembre 1265. Si l'évêque manque à ces paiements, le comte s’oblige à les aire (5). Gobert d'Apremont se porta caution de cinq cents
(1) Jean de Bayon, ch. 83, in Dom Calmet, II, pr., p. 82.
(3) Le château de Frouard avait été bâti par le duc de Lorraine avec l'autorisation du prieur de Lay Saint-Christophe de l’abbaye de Saint- Mihiel en 1261. Cf. Jean de Pange, Introduction au catalogue des actes de Ferry LIL, p. 62.
(4) N. de Wailly, Not. des mss., tome 28, n° 90.
LE RÈGNE DE THIÉBAUT Ile 349
livres pour le comte de Bar sur les dix mille dues par l'évêché de Metz au duc de Lorraine. Gobert s'oblige à les payer à Valéran de Juliers — qui avait aidé le duc dans la guerre au commandement de Valéran et du duc (t). Le 10 juillet, le comte de Bar s'engage à ne pas défendre ni aider à défendre l'évêché si ses tenants du temps de Philippe ne gardaient les conditions de la paix (2. Valéran de Juliers et Aimé de Montfaucon étaient le même jour désignés comme arbitres pour juger ce que l’évêque de Metz devait encore au duc de Lorraine; en cas de désaccord, on devait s'en rapporter au dire de Milon de Sorcy, dont la sentence devait être rendue dans le mois, faute de quoi le duc pourrait prendre des gages (3). Enfin, le comte de Bar se porta caution envers le duc de Lorraine d’une somme supplémentaire de six cents livres pour l'évêché de Metz (4)
L’évêèché faisait donc tous les frais de la paix dont le comte de Bar était le médiateur. Celui-ci se fit payer cher sa médiation. Le duc de Lorraine avait exigé dix mille livres, Thiébaut en exigea vingt mille 5) et en attendant qu'elles fussent payées, il garda en gage les salines de Vic et de Marsal qu'il possédait depuis 1261 (6)
Le comte de Bar profita de l'épuisement du duc de Lorraine pour mettre la main sur Toul. Le 30 mai 1265, l'évêque Gille de Sorcy mit en sa garde exclusive la cité, les châteaux et toute la terre de l'évêché. Les habitants ruraux devaient lui payer douze deniers par feu et Thiébaut pouvait se servir pour son usage personnel de tous les châteaux (0). La puissance du duc était du coup minée dans l'évêché.
Or, huit ans auparavant, Verdun était tombé de même
"M B. 256, f° 268. Le 6 juin, le comte de Bar avait fourni sa caution à Guillaume de Trainel pour lui permettre d'emprunter cent livres à Jean de la Court, Messin, N. de Wailly, op. cit., n° 87. (5) Abbé Clouet, Hist. de Verdun, t. II, p. 476. 6) B:°N. mss.fr. 11853, f° 191 à 193.
(7) N. de Wailly, op. cit., n° 101.
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sous la main de Thiébaut. Le 6 juin 1257, les bourgeois s'étaient mis entièrement sous sa garde, jurant que, pendant cinq ans, ils ne pourront se placer en aucune autre garde que la sienne, qu’ils devront aider le comte dans les guerres qu'il fera à leur requête et qu’ils ne pourront faire la paix sans lui (1).
5. — Si absorbante que pût être la politique poursuivie par le comte de Bar dans les trois évêchés lorrains, elle ne l'empêcha pas d'agir vigoureusement sur la frontière sud limitrophe de la Bourgogne et de la Champagne. En 1249, il acquit l'important fief de Melay (2). Au mois d'août, Jean de Choiseul reconnait tenir la maison forte de Melay du comte de Bar et ne pouvoir s’en défaire qu’en l’abattant ou en la remettant au comte (3), En septembre, Gautier de Vignory et sa femme Marie abandonnent le même fief de Melay en entier au comte de Bar{4), tandis que le comte de Bourgogne, Hugue de Chalon, lui donne en tous usages, profits et en accroissement de fief la ville voisine de Clefmont en Bassigny (). En mars 1252, Jean de Choiseul abandonna au comte Silmont (6) et Guerpont (6) et engagea Varin de Nonsart à reprendre ces villages de Bar (M). Enfin au mois d'avril 1256, le sire de Choiseul conclut avec Thiébaut un traité qui mettait dans l'hommage de Bar une grande partie de la seigneurie de Choiseul (8), Jean déclare accompagner le comte
({). N+ de ‘Wailly, “op. set; 1n°%62"% Dom: Calmet IEP p. 480. Cf. Ch. Aimond, Les relations de la France et du Verdunois, (2) Haute-Marne, Langres, Bourbonne-les-Bains. Resté dans le Barrois. Baillage de Bassigny, prévôté de Châtillon.
3) N. de Wailly, Not. des mss., t. 28, n° 31; Rozerot, Répertoire historique de la Haute-Marne, n° 1224.
(4) B. N. mss. fr. 11853, fo 248.
5) Haute-Marne, Chaumont, chef-lieu de canton. A. Lesort, Les chartes de Clermontois, n° xxxu.
(6) Meuse, Bar-le-Duc, Ligny.
7) À. M. B. 310, f° 9 et B. 364, f° 99. B. N. fr. 11853, f° 237.
(8) N. de Wailly, Not. des mss., t: 28, n° 53; Rozerot, op. cit., n° 1282,
à Andilly (, Poiseul (2 ‘et Montmort, qu'ils doivent clore et tenir de lui la moitié de Montmort, le fief du sire de la Ferté-sous-Amance (3), notamment le château rendable à grande et petite Es Chézeaux a Coae (4), Lavernoy (1), Damrémont 6 Re }, Parnot 6), la moitié de Dommartin 4) et de Malroy (6 © Cette reprise a payée par le comte Li cent quatre e quatre livres versées en janvier 1257 (1). On peut supposer que le sire de Choiseul aida le comte a Bar dans la guerre de Bourgogne auquel celui-ci avait pris part au début, avant de partir bu la Flandre.
Cette guerre commencée en 1251 avait mis aux prises le comte Jean de Chalon et son fils, né d’un premier lit, Hugue, époux d'Alix, comtesse de Bourgogne ‘#). Jean de Chalon profita de cette guerre pour contester au comte de Bar la possession d’une chaudière à sel à Salins. Cette chaudière avait été donnée au comte Henri en 1228 par Josserand de Brancion (?). La reine de Navarre choisie comme arbitre reconnut après examen des titres, le 3 novembre 1254, les droits du comte de Bar et déclara que Jean de Chalon devait à Thiébaut une rente annuelle de huit cents livres estevenins payables moitié à Pâques, moitié à la Saint-Remy (0). Ce jugement fut rendu avant le retour de Thiébaut de sa - captivité de Hollande.
Jean de Chalon s'était réconcilié avec son fils Hugue par l'arbitrage de Saint-Louis. Quant au comte de Bar, une
1) Haute-Marne, Langres, . Varennes. Montmort est un écart d’Andilly.
Haute-Marne, Langres, Neuilly-l’ Évêque.
Haute-Marne, Langres, chef-lieu de canton.
Haute-Marne, Langres, Montigny.
Haute-Marne, Langres, Bourbonne-les-Bains.
2) 3) (4) 5) 6) Ecart de Dommartin, même canton.
N. de Wailly, op. cit., n° 58.
Cf. Dunod, Histoire du second Royaume de Bourgogne, p. 194. B. N., fr. 11853, f° 247.
( ( ( - (10) B. N., fr. 11853, P 246.
alliance plus étroite allait l’unir au comte de Bourgogne. Les deux princes, en effet, fiancèrent leurs enfants encore en bas-âge (1). Le comte de Bar s’engagea à marier sa fille Philippe à Otton, fils de Hugue et d’Alix, et à lui donner en dot les terres de Châtillon-sur-Saône et de Conflans avec leurs dépendances, sauf les fiefs que les seigneurs de Joinville, de Faucogney, de Chamirey, de Roy, d’Apremont-sur- Saône et de Vergy tiennent de lui et qu’il garde. Il lui donne en outre les rentes qu'il a à Salins, sauf cent livres qu'il se réserve sa vie durant. Il ajoute le fief de La Ferté-sur-Amance qu'il a acquis de Jean de Choiseul, la garde de l’abbaye de Luxeuil, dix mille livres estevenins, dont deux mille payables le jour du mariage et le reste en quatre annuités. Mais Otton et son épouse renonceront au reste de sa succession. Si Philippe de Bar meurt sans enfant, ces biens feront tous retour à la maison de Bar. D’autre part, la jeune princesse recevra en douaire Montbozon (?), Fontenoy (), Colonne (4) et après la mort de la comtesse de Bourgogne la châtellenie de Jussey. Si le jeune Otton vient à mourir avant le mariage, le fils du comte Hugue qui succédera au comte de Bourgogne prendra pour femme Philippe de Bar et si c'est la jeune princesse qui meurt, l'héritier de Bourgogne épousera une autre fille du comte de Bar. Jean de Chalon approuva l'acte en avril 1257.
Cependant l’abbaye de Luxeuil dont le comte donnait si volontiers la garde à sa fille, épuisée par la guerre de Bourgogne, mal défendue par ses gardiens, lasse de payer et d'être pillée quand même, se donnait au comte de Champagne en qui elle espérait trouver un sérieux protecteur. Thiébaut de Navarre accepta le 26 juillet 1858 (5). Ce fut le signal d'une guerre générale; le comte de Bar et le comte de Bourgogne lésés attaquèrent le comte de Champagne.
) Analyse, B. N., fr. 4883, fo 7195.
) Haute-Saône, Vesoul, chef-lieu de canton.
) Jura, Poligny, Salins.
) Jura, arrondissement et canton de Poligny.
(5) D’Arbois de Jubainville, Hist. des comtes de Champagne, Catalogue des actes, n° 3138-39.
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Hugue trouva pour allié son père Jean et Thiébaut de Bar reçut l'aide de Jean de Choiseul qui s’engagea le 20 août à guerroyer lui-même, à employer les châteaux de Choiseul, d'Aigremont, ses domaines, ses fiefs, à ne jamais rien reprendre d'aucun comte de Champagne et à ne pas faire d'alliance avec lui (1). Les hostilités furent de courte durée; Saint-Louis envoya son maître queux Gervais qui rétablit la paix sans solutionner d’ailleurs la question de Luxeuil (2). Ansel de Trainel et Joffroy de Bourlémont furent désignés pour régler les désaccords entre la Champagne et le comté de Bourgogne (#) et en juillet 1259, le comte de Bar se porta garant de cinq cents marcs d'argent pour le comte Hugue visà-vis du roi de Navarre (4).
À la faveur de cette guerre, le comte de Bar entreprit l'encerclement de la châtellenie de Gondrecourt qu’il convoitait, qu'il obtiendra quinze ans plus tard et à laquelle les siens n'avaient jamais absolument renoncé. En mars 1256, il avait déjà obtenu que Gautier de Reynel lui abandonne, moyennant quarante livres de terre, la suzeraineté de ce que le seigneur de Gondrecourt tenait de lui en fief. Cet abandon est subordonné à l'autorisation du roi de Navarre à qui Gautier doit l'hommage et à qui le comte de Bar le devra W). En septembre, Jean de Joinville vend au comte de Bar pour cent soixante livres comptant le fief que le sire de Gondrecourt tient de lui à Gérauvilliers et Badonvilliers (6); l'année suivante le 2 juin le Chapitre de Toul lui cède également ses propriétés dans ces deux villages et en outre à Mauvages et à Longeaux (7). Enfin, au mois de décembre 1258, en pleine guerre avec la Champagne, Jean, seigneur de Gondrecourt, avec l'autorisation de son oncle Henri de
(1) Dom Calmet, IL, pr., p. 482. — B. N., fr. 11853, f° 237. (2) D’Arbois de Jubainville, op. cit,, t. IV, p. 350. (3) D’Arbois de Jubainville, loc. cit.
(4) N. de Wailly, Not. des mss., t. 28, n° 68.
(5) B.N., fr. 11853, f° 221.
(6) Delaborde, Jean de Joïnville et les seigneurs de Joinville, Cat. des actes, n° 366.
(7) N. de Wailly, op. cit., n° 61,
M. Grospinir DE MarTons. 23
Vaudémont et du sire de Joinville promet au comte de Bar de ne jamais mettre hors ses mains ni Gondrecourt, ni la châtellenie sans son autorisation. S'il le faisait, le fief de Demange et ses dépendances qu'il tient de Bar reviendrait à Thicbaut quitte de toutes charges. Cependant le comte de Vaudémont pourrait, moyennant mille livres de fors, rächeter ce fief de Demange ainsi confisqué pour le tenir du comte de Bar. Jean de Joinville, Gautier d'Epinal et Hugue de Sorcy sont cautions de Jean de Gondrecourt (1).
En septembre 1260, Pierre de la Fauche, avec la permission de son suzerain le sire de Joinville et de son oncle Pierre de Bourlémont devient homme-lige du comte de Bar avant tous hommes (2). Le 2 mai 1263, Robert de Joinville, sire de Sailly, devient homme du comte pour des terres à Maxey-sur-Vaise (3) et à Rozières-en-Blois (#. Au mois de juillet, le sire de Joinville lui-même qui avait épousé l'héritière de la seigneurie de Reynel, Alix, vend moyennant quatre cents livres le fief que le comte de Bar devait asseoir au comte de Reynel, l'accompagnement de Guillaume de Dainville (4) à Horville (4 et enfin les hommes de Mandres (5) que le comte de Bar avait achetés à Hugue de Sorcy et qui étaient du fief de Joinville (6). Quelques jours après, le 10 août, Jean de Joinville rend hommage au comte de Bar pour Montiers-sur-Saulx et ses dépendances, la garde de l’abbaye d'Ecurey, ce qu'il a à Biencourt, Ribeaucourt, Juvigny et Bure de son patrimoine et la garde des terres de l’abbaye de Saint-Mihiel en ces lieux (1). Le 8 janvier 1264, Hugue de Vaucouleurs vendait à Thiébaut pour six cents livres ses biens de Domgermain (8).
(1) B. N. fr. 11853, fo 220. — Confirmation par Jean de Joinville. Delaborde, Cat. des actes, n° 381.
(2) B. N. fr. 11853, f 235.
(3) Meuse, Commercy, Vaucouleurs.
(4) Meuse, Commercy, Gondrecourt. Delaborde, Cat. des actes, n° 413. (5) Meuse, Canton de Montiers-sur-Saulx.
(6) Delaborde, op. cit., n° 414.
(7) Delaborde, op. cit., n° 415.
8) B. N. fr. 11853, f° 218.
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Dans cette seigneurie de Gondrecourt dont Thiébaut faisait ainsi peu à peu et pacifiquement la conquête, Thiébaut constitua le fief de Delouze qu'il inféoda à un gentilhomme messin, Jean de Missembourg, seigneur de Bettange, qui lui avait rendu service dans la guerre de succession de l'évêché de Metz et qui devient ainsi son vassal après l'évêque de Metz et le comte de Luxembourg (1).