C. — La guerre de Ligny
1. — L'hommage de Ligny au comte de Champagne. — 2. Les intrigues de Renaut de Bar et de Ferry de Lorraine. — 3. La guerre éclate,
la lutte contre le Luxembourg et ses alliés. — 4. L’arbitrage de Saint- Louis : procès avec la Champagne et le Luxembourg. — 5. Procès avec Jean de Choiseul. — 6. Procès avec Renaut de Bar.
1. — Les arrangements conclus entre Thiébaut II, sa sœur Marguerite et son frère Renaut après la mort de leurs parents et de leur frère Henri n'avaient été acceptés qu’à contre cœur par Marguerite et Renaut. Thiébaut passait pour les avoir lésés. De leur mécontentement naquit une guerre longue et cruelle dont Ligny semble avoir été le prétexte, mais qui avait, nous allons le voir, des causes plus graves et plus profondes.
On se rappelle que, lorsque le comte Henri IT et plus tard Philippe de Dreux avaient abandonné à la maison de Luxembourg Ligny en franc alleu, ils avaient stipulé expressément que cette terre ne pouvait être reprise de personne. Or, en novembre 1242, le comte de Luxembourg, seigneur de Ligny, devenait le vassal du roi de Navarre qui devait lui asseoir cent livres de terre, mais auquel il promettait d’employer mille livres à l’acquisition de fiefs en Champagne (). Cet arrangement ne semble pas avoir reçu immédiatement d'exécution; mais dix ans après, en septembre 1252, le comte de Luxembourg se reconnut homme-lige du comte de Champagne pour deux cents livres dans la châtellenie de
(1) B. N. fr. 11853, fo 193.
(2) D’Arbois de Jubainville, Cat. des actes, n° 2624.
Ligny à Tréveray (), Saint-Joire (1), Houdelaincourt (1), Mandres (2), Fouchères (2), le Bouchon 2, Bienville ®) et Cirfontaine (4). Marguerite approuva l'acte (5), ainsi que le comte de Bar (6), dont le consentement aux termes mêmes de la cession de Ligny était nécessaire. Le 13 décembre 1262, le statut de Ligny fut considérablement modifié au profit de la maison de Bar. Le comte et la comtesse de Luxembourg donnent en héritage à leur fils cadet Valeran Ligny et la châtellenie avec réserve de l’usufruit pour Marguerite. Valeran reprend Ligny et ses dépendances en fief du comte de Bar, à l'exception de Tréveray et des autres lieux de la valeur de deux cents livres annuels, qui meuvent du comte de Champagne (). |
Thiébaut de Bar, par contre, reprenait du Luxembourg Ligny en accroissemerit du fief qu'il tenait déjà et qui consistait en Stenay et le ban de Macherey 8). Marguerite se réserve toutefois le droit de disposer de cent livres de terre pour en faire aumône ou le mettre en fief à son gré. Si elle en fait aumône, l’'aumône sera en la garde du sire de Ligny; si elle en fait un fief, ce fief sera tenu du sire de Ligny qui le tiendra du comte de Bar et le comte de Bar le tiendra du comte de Luxembourg. S'il arrivait que par défaut d’héritier dans la lignée de Luxembourg ou dans celle de Ligny, Luxembourg et Ligny fussent réunis sur une seule tête, le comte de Bar continuerait de tenir Ligny du comte de Luxembourg et le comte de Luxembourg nommerait un chevalier pour faire en son nom hommage au comte de Bar et cet hommage durerait jusqu’au jour où il y aurait plu-
) Meuse, Commercy, Gondrecourt.
) Meuse, Bar-le-Duc, Montiers-sur-Saulx.
) Haute-Marne, canton de Chevillon.
) Haute-Marne, Wassy, Poissons. D’Arbois de Jubainville, Hist. des tes de Champagne , Cat. des actes, n° 3041.
) Ibidem, n° 3042.
) Ibidem, n° 3043.
(7) Dom Calmet, IT pr., p. 489. E. Berger, Layettes du Trésor des Chartes, n° 4798.
(8) Macheren, Lorraine, Metz, Saint-Avold,
sieurs fils ou filles dont l’un posséderait la terre de Ligny séparée de celle de Luxembourg. Cet arrangement bizarre faisait donc de Thiébaut le suzerain immédiat de la châtellenie de Ligny et du comte de Luxembourg le suzerain médiat.
Le même acte stipulait des arrangements pour Marville et pour Arrancy. Marville et Arrancy avaient été donnés par Thiébaut I‘ à sa femme Ermesinde. A son tour Ermesinde les avait cédés à sa fille Isabeau de Bar. Lors du décès d'Ermesinde, Isabeau et son frère Henri s'étaient accordés le 10 mars 1254 de telle façon qu'Isabeau et son fils Valeran de Montjoie conservaient Marville et Arrancy, tandis qu'Henri acquérait Poilvache (1). Par la suite, le 29 juin 1262, Valeran reconnut tenir en fief Marville et Arrancy du comte de Luxembourg (). Ce dernier cède au comte de Bar la moitié du fief que tient Valeran; Valeran reprendra désormais cette moitié du comte de Bar qui la reprendra du comte de Luxembourg. Les deux comtes reconnaissent qu'ils ne peuvent rien acquérir l’un sans l’autre dans ces fiefs ni s’en servir l’un contre l’autre. Le 3 décembre, ils avaient déjà reconnu ne pouvoir rien acheter l'un sans l’autre entre Thionville, Stenay, Yvoy (3) et Briey(#. Pour tous ces accroissements de fief, le comte de Bar donnait au comte de Luxembourg sept mille cinq cents livres provenesiens 5). On pouvait croire toutes les affaires réglées entre les deux beauxfrères : la mouvance de Ligny était conforme aux intentions d'Henri II et Valeran de Fauquemont devenait le vassal de ses deux parents. Pourtant la guerre était bien proche.
Brusquement au mois d'avril 1265, au mépris de tous les accords, le comte de Luxembourg fait hommage au roi de Navarre du château et de la châtellenie de Ligny. Le château est rendable au comte de Champagne qui donne à Henri
(1) A. Lesort, Chartes du Clermontois, n° 36.
(2) Berthollet, Hist. du Luxembourg, liv. XL, ch. 16.
(3) Auj. Carignan, chef-lieu de canton des Ardennes.
(4) A. Ministère Affaires étrangères, Corr. Lorr., I, f° 208. B. N. fr., 11853, f° 49 v°.
(5) A. Lesort, Chartes du Clermontois, n° xLvi.
cent livres de terre à Vitry et trois mille livres pour acquérir des fiefs en Champagne. Marguerite approuva l’actel).
2. — Quand on examine les actes antérieurs, on s’aperçoit que ce traité, loin d’avoir été brusqué, a été habilement amené par les intrigues du comte de Champagne et du duc de Lorraine, menacés tous deux par l'extension constante du Barrois et surtout par celles de Renaut de Bar, devenu par ambition le plus profond ennemi de son frère.
Renaut n'avait jamais été satisfait de la part qui lui était échue de l'héritage de ses parents. Cette part était belle pourtant : il avait reçu onze cents livres de terre quittes de toutes dettes (?) et ces terres étaient si bonnes, que plus tard, Thiébaut ayant voulu échanger quelques-unes d’entre elles avec Eustache de Conflans, connétable de Champagne, Renaut refusa de les rétrocéder à l'estimation première. Il obtint alors Torcy). Puis lorsqu'il fut fait chevalier, il reçut de nouveaux biens. Il demanda cependant la revision du partage; condamné par l'arbitrage du duc de Bourgogne, il n'eut rien de plus pressé, pour se venger, que de faire hommage au comte de Champagneli).
Cet hommage a eu lieu entre l’année 1253 où Renaut est encore au mieux avec son frère (®) et le mois de mai 1260, où le roi de Navarre permettait à son fidèle Renaut de donner à des religieux de n'importe quel ordre, la maison dite « du comte de Bar » sise à Troyes et ce qu'il possède sur les pelleteries et les bains de Troyes (6). Le 21 septembre, à Paris, avec la permission de Thiébaut de Champagne, Renaut se déclara vassal du duc de Lorraine pour vingt livres de terres à Sormery. Renaut tiendra ce fief de l'héritier
(1) D’Arbois de Jubainville, Hist. des comtes de Champagne, Cat., n°5 3356, 3357.
(2) Reconnu par un témoignage 1264 que nous signalons plus loin.
(3) Requête de Thiébaut au roi Saint-Louis. Cf. plus loin.
(4) D’Arbois de Jubainville, op. cit., t. IV, p. 408.
(3) Rappelons-nous qu'il avait pris part avec lui à la guerre de Hollande et qu'il avait été chargé des négociations en vue de délivrer le comte.
(6) D’Arbois de Jubainville, Hist. des comtes de Champagne, Cat. n° 3198.
que Ferry aura de Marguerite de Navarre, si non, il continuera de le tenir de Champagne (1). Cet hommage ne fut que momentané, Ferry y renonça le 20 février suivant (2).
Cette renonciation fut-elle faite sur les protestations du comte de Bar? Nous l’ignorons. En tous cas, Renaut avait en 1265, déjà déclaré la guerre à son frère. Il promet le 2 mars au comte de Champagne de ne conclure jamais, sans son consentement, ni paix, ni trève avec le comte de Bar. Si dans sa guerre, il vient chercher asile en Champagne, il agira en fidèle vassal et ne permettra pas qu’on fasse dans les châteaux et forteresses champenoises quoi que ce soit qui puisse porter atteinte à son suzerain (3).
Il est certain que Renaut causa beaucoup de A au Ee rois, cependant Thiébaut ne le poursuivit pas (4). Il essaya même de régler l'affaire pacifiquement. Espérant trouver un arbitre ou convaincre son frère, il avait le 5 janvier 1265, demandé à Vermand Mortemont, chanoine de Reims, de témoigner qu'à la Fère en Tardenois, Renaut avait reçu onze cents livres de terres en présence des comtes de Bretagne et de Dreux, de Thomas de Coucy, du vidanie de Laon, des châtelains de Bar et de Mousson, de Joffroy de Nonsart, de Baudouin d’Autry, l’un des principaux officiers de Reims, de Hugue Tevenet et qu'il s’en était déclaré satisfait 6). A ce témoignage, Renaut fit répondre le 10 janvier par les abbés de Trois-Fontaines, Moustiers et Haute- Fontaine qu'ils avaient entendu plusieurs gentilshommes dont Thomas de Neuville, châtelain de Bar, déclarer que la somme reçue par lui était beaucoup moindre que le prétendait le comte de Bar (6)
Aucun accord n'était donc possible; c’est que Ferry de Lorraine poussait aussi à la guerre. A peine avait-il fait la
(1) D’Arbois, op. cit., Cat. n° 3206. A. M. B. 256, f° 56.
(2) D’Arbois, Cat. n° 3217. Orig. B. I. Godefroy 140, f° 154.
(3) D’Arbois, Cat. n° 3249.
(4) Requête de Thiébaut à Saint-Louis. Cf. plus loin, p. 382.
(5) Inv. de Lorr., t. 7, layettes mariages. L'acte pourrait bien se trouver à Vienne.
(6) A. Meurthe-et-Moselle, B. 244, n° 5.
paix avec le comte de Bar en juin 1264, qu'il songea aussitôt à la vengeance. Rapproché de la maison de Luxembourg le 26 novembre 1262 (), il lui rendait, le 5 août 1264, hommage pour les vieux fiefs de la maison de Bar : Amance et cent livres de terre à Longwy (2). Le comte de Luxembourg était alors en guerre avec le comte de Flandre, Guy de Dampierre, qui lui réclamait le marquisat defNamur et auquel le comte de Chiny avait apporté son aide avec l’assentiment du comte de Bar (3).
Probablement sur les instances des souverains de Champagne et de Lorraine, le comte de Luxembourg fit la paix avec Guy en mars 1265 et il donna à Guy sa fille Isabelle en mariage (4). Le comte de Flandre, qui d’ailleurs, ne devait pas tarder à changer de parti, se porta caution vis-à-vis du comte de Champagne pour l'exécution des clauses du traité relatif à Ligny 5). Le duc de Lorraine s'était au mois de mai déjà porté caution des mêmes conventions (6). C'est le 26 juillet, cinq jours avant que le comte de Flandre donne sa garantie, qu’eut lieu l'alliance définitive du Luxembourg et de la Lorraine. Les deux princes s'engagent à combattre de toutes leurs forces le comte de Bar, mais ils ne devront pas porter les armes contre le roi d'Allemagne, le roi de Navarre, l'évêque de Toul, les comtes de Juliers et de Deux-Ponts ().
Le comte de Bar s'était rendu compte de l'hostilité d'Henri de Luxembourg avant que celui-ci n'apporte Ligny à la Champagne. Deux mois avant, le 5 février 1265, il fait jurer à son vassal Louis de Loos et Chiny de guerroyer contre le comte de Luxembourg de son chef, de son corps, de ses gens et de ses châteaux. Thiébaut s’engageait à
(1) N. de Wailly, N. des mss., t. 28, n° 82. Cf. plus haut, p. 346.
(2) A. Lesort, Chartes du Clermontois, n° 50.
(3) Wauters, Diplom. Loos., p. 145.
(4) Berthollet, Hist. du Luxembourg, 1. XLI, ch. 4.
(5) D’Arbois de Jubainville, Aist. des comt:s de Champagne, Cat. des actes, n° 3369.
( (7) N. de Wailly, op. cit., n° 105.
fournir à Louis, les renforts nécessaires en cas de besoin et notamment à faire lever les sièges que les gens du Luxembourg pourraient mettre devant ses places fortes (1), Le même mois, l'évêque Guillaume de Metz promettait de l'aider contre tous de sa personne et de sa puissance, sauf contre l'empereur et les Messins (2, tandis que le 30 mai Gille de Sorcy en mettant Toul dans sa garde l’autorisait à se servir de tous ses châteaux (3).
Bien que les hostilités n’éclatèrent que l’année suivante (4), Renaut de Bar et Jean de Choiseul, que le comte de Champagne avait entraînés contre son ancien allié et suzerain, ravagèrent avec l’aide: de troupes champenoises les terres du Barrois. Les sires de Bourlemont et d'Apremont intervinrent et obtinrent une trève que Jean de Choiseul promit le 28 septembre d'observer jusqu’à la Toussaint ().
En dehors de ces escarmouches, les deux partis continuaient les démarches pour se procurer des alliés. Ferry de Lorraine essaya de détacher du comté de Bar le comte de Vaudémont. En novembre, le comte de Vaudémont devient son homme lige et promet que de son propre chef il n’entreprendra pas de guerre contre la Lorraine. Toutefois, il doit aider le comte de Bar, s’il en est requis ; mais dans ce cas, il ne pourra rien réclamer du duc de Lorraine pour les dégâts commis à Vaudémont (6. Le duc de Lorraine s'engage, de son côté, à ne pas déclarer la guerre au comte de Vaudémont (7). Ces traités donnaient au duc lé maximum de garanties que le comte de Vaudémont, si étroitement uni au comte de Bar pouvait lui fournir. Ferry, pour le lier plus étroitement, offrit au second fils du comte de devenir son homme pour Provenchères, étant entendu que les héritiers de ce fief
CP ANE Ir 118531027199;
(2) Dom Tabouillot, Hist. de Metz, p. 458-459.
(3) N. de Wailly, Not. des mss., t. 28, n° 105. Cf. plus haut.
(4) C'est ce qui résulte des différentes pièces d'enquête fournies par les parties devant le roi Saint Louis en 1268.
(5) Layettes du Trésor des Chartes, Supplément V, n° 782.
seraient ses hommes liges avant tous autres (!). C’est probablement par l'argent que le duc de Lorraine avait obtenu ces avantages du besogneux comte de Vaudémont.
Pour ramener à lui le comte de Vaudémont, Thiébaut de Bar fit appel à son fidèle vassal, le sire de Salm. Le 22 mai 1266, Salm et Vaudémont déclarent s’allier au comte contre tous et ne pas pouvoir, vis-à-vis de l'évêché de Metz, agir, sans l'autorisation de Thiébaut. Celui qui manquera à ses engagements paiera mille livres d'amende (?.
Quant au comte de Flandre, Guy de Dampierre, nous le verrons changer plusieurs fois de parti au cours de la guerre. Elle n’était pas encore déclarée que déjà il avait tour à tour donné des gages aux deux adversaires. Alors que le 24 février 1264, il avait promis au comte de Bar de l'aider contre le duc de Lorraine et le comte de Luxembourg et de lui prêter trois cents hommes (3), le 31 juillet 1265, il avait cautionné le comte de Luxembourg auprès du roi de Navarre pour les engagements de Ligny (4. On ne pouvait donc compter sur lui.
3. — Le comte de Bar s'étant procuré, à l’aide du comte de Salm (°}, un fort contingent de mercenaires allemands, profita de l'absence de Thiébaut de Champagne, retenu en Navarre par une guerre contre l'Angleterre et Eskivat de Chabanais, pour envahir la châtellenie de Ligny (6). Le 5 juillet 1266, par surprise, il prit Ligny, tua ou blessa les défenseurs, pilla le château et la ville et y commit pour cinquante mille livres tournois de dégâts (7), Le comte de
(1) Dom Calmet, t. II, pr. p. 491.
(2) B. N. mss. fr., 11853, f° 128.
(3) N. de Wailly, Not. des mss.,t, 28, n° 85.
(4) D'Arbois de Jubainville, Hist. des comtes de Champagne, Cat., n° 3369, Cf. plus haut.
(5) Le 8 juillet 1266 le comte de Bar prie ses fidèles Paillart, son fils Paillardel prévôt de Mousson et Hecelin maître de l’hôpital de cette ville de payer au comte de Salm mille cinq livres pour la solde des troupes allemandes. Le comte de Salm versera cette somme à Bertrand de Vic, à son clerc Belpetit et à son écuyer Pierron. B. N. mss. fr. 11853, f° 134.
(6) D’Arbois de Jubainville, op. cit., t. II, p. 401.
(7) A. Duchesne, Hist. de la maison de Bar, pr., p. 36 (Extrait d’une
Luxembourg répondit à cette agression en resserrant l’alliance qu'il avait conclue avec le duc de Lorraine. Signé le 14 août, ce second accord, que suivront plusieurs autres, stipulait que, sa vie durant, le comte de Luxembourg ne pourrait jamais s'allier au comte contre le duc, ni l'aider d'aucune manière, ni se faire aider par lui en cas de guerre avec le duché. Enfin, si au cours d’une guerre entre le Luxembourg et la Lorraine, le comte de Bar attaquait Ferry, Henry devait immédiatement faire une trève avec le duc et s’allier à lui contre Thiébaut. Le comte de Luxembourg s'oblige s’il manquait à ce dernier engagement à payer la somme énorme de quinze mille marcs d'argent au duc de Lorraine qui aurait le droit de la prendre partout où il voudrait, sans que le comte de Luxembourg puisse s'y opposer, Marguerite et son fils aîné s'engagent également à ne recevoir aucune aide du comte de Bar. Henri jure solennellement sur l'autel ces conventions et les fait jurer par douze de ses hommes (). Valeran de Ligny peut, s’il le veut, aider le comte de Bar, mais seulement de sa terre de Ligny à l'exclusion de toutes les autres qui relèvent de Luxembourg; Mathieu, fils du duc de Lorraine, peut également aider Thiébaut des terres qu'il ne tient pas de son père. Les obligations contractées par le comte de Luxembourg n’obligent toutefois que lui-même, elles deviennent nulles à sa mort (2).
Un pareil traité implique de la part de ceux qui l’ont signé une haine folle, aussi les hostilités qui s’en suivirent furentelles atroces. Nous en avons le détail dans les plaintes adressées par les deux partis au roi Saint Louis; nous avons
brève chronique latine des évêques de Verdun). Elie Berger, Introduction au tome IV des Layettes du Trésor des Chartes, p. xxx}, Layettes du Trésor, n° 5366.
(1) Philippe, comte de Vianden, Gérard de Durbuy, Renaut de Bar dont la haine contre son frère ne désarme pas, Roger de Bourcy, Guéry de Courrich, Joffroy d’Esch, Gile d’Ore, Gautier de Missembourg, Joffroy de Bettange, Arnoul de Rodemack, Arnoul de la Roche, Arnoul de Honingrenge (Houquerange).
(2) Dom Calmet, t. II, pr., p. 491. N. de Wailly, Not. des mss., t. 28, no10;
malheureusement beaucoup plus de peine à en suivre la chronologie. À la même époque où le comte de Bar envahissait la châtellenie de Ligny, son vassal Louis de Chiny pénétrait dans le Luxembourg, mais il était repoussé. Les . Luxembourgeois assiégèrent et prirent son château d’Etalle. L'évêque de Metz, conformément à l'accord conclu avec Thiébaut, entra en campagne à la fin d'août et mit le siège devant la forteresse lorraine de Prény (t. Le comte de Luxembourg se porta au secours du duc et ayant ravagé en route les villages barrois d'Homécourt, Roncourt et Saint- Privat, il arriva devant Prény le 13 septembre. Thiébaut averti de son approche l’attendait et avant qu'Henri eût pu gagner les positions qu'il s'était assignées, les troupes barroises et messines l’attaquèrent (2). La bataille dura la journée du 14, le comte de Luxembourg y fut vaincu, fait prisonnier et incarcéré au château de Mousson avec la plupart de ses gentilshommes (3). D’après une anecdote que rapporte J «Art de vérifier les dates» et qu'ont recueillie M. d’Arbois de Jubainville et M. Elie Berger, le comte de Luxembourg, furieux de sa défaite, aurait dit à Arnoul de la Roche qui cherchait à le consoler : «& Je n’ai plus foi à tes avis : tu me disais hier que Dieu était avec nous, mais tu as pris le diable pour lui (4) ».
La victoire du comte de Bar était complète; le duc de Lorraine et le comte de Luxembourg protestèrent tous deux qu'elle avait été irrégulièrement remportée. Le comte de Luxembourg, dans le mémoire qu'il remit plus tard au roi de France, prétendit qu’en entrant sur les terres du comte de
(1) Layettes du Trésor, n° 5357.
(2) Layettes, n° 5358, 5359, 3560. — L'histoire des évêques de Verdun, citée par À. Duchesne, place par erreur la bataille le 17 septembre. — Cf. Elie Berger, Introduction aux Layettes, t. IV, p. xxxij, note 4. — Cf. aussi J. de Joinville, $ 532.
(3) Annales du doyen de Saint-Thiébaut de Metz, dans Dom Calmet, t. Il, p. 169:
(4) Art de vérifier les dates, I, p. 119. — D'’Arbois de Jubainville, Hist. des Comtes de Champagne, t. IV, p. 402. — Elie Berger, Introduc tion aux Layettes, IV, p. xxx].
Bar, il avait fait crier qu’on ne meffit ni au comte de Bar, ni à ses gens, ni à ses biens, qu'il avait rendu aux hommes du comte qui s'étaient plaints de ses déprédations ce que ceux-ci réclamaient, qu'il n'avait d'autre intention que d'aider contre l'évêque de Metz le duc de Lorraine comme il le devait, qu'enfin le comte de Bar l'avait attaqué lui et sa compagnie avec une grande armée alors qu'il allait se reposer de la grande chaleur de l'été (!). Arguments puérils et sans valeur, le comte de Luxembourg était en guerre avec le Barrois et il avait été vaincu au moment où il croyait n'avoir affaire qu’à l'évêque de Metz (®). Quant au duc de Lorraine, il envoya au comte de Bar le sire d'Haussonville pour lui faire des remontrances sur ce qu'il avait rassemblé des troupes et livré bataille sur des terres lorraines. A quoi, le comte répondit qu'il n'avait pas l'intention de méfaire, mais qu'il n'avait pu faire moins que d'attaquer son ennemi où il se trouvait 6).
Cependant les fils du comte de Luxembourg Henri et Valeran, pour venger leur père, brûlaient dans le comté de Chiny, Hayange, Scutange, Saint-Mard et dans la prévôté barroise de Briey, Mussy, Fresnois-la-Montagne, Rule, Habey le Viel, Richermont, Vance et Mance. Ils firent prisonnier Jean de Gussainville et Renaudel d'Étain (‘). Le comte de Bar riposte en dévastant Sancy, Florange, Coquitange, brûlant les fiefs du comte de Luxembourg, emportant les bœufs, vaches, chevaux, blés et vins, tandis que son homme Gilbert le Flamand détroussait des marchands luxembourgeois (9), Les Champenois eux aussi ravageaient les fiefs barrois de l'Argonne, à Cornay, Hans, Clermont, Rarécourt, la Neuvillesous-Coiffy, la grange de Vieux Montier et l’abbaye de Beaulieu, tandis que le comte de Bar faisait en Champagne pour deux cent mille livres de dégâts (5).
1) Layettes, n° 5357.
(2) Elie Berger, loc. cit.
(3) Digot, Hist. de Lorraine, t. H, p. 94.
(4) Layettes, n° 5358 et 5359.
(5) Layettes, n° 5357.
(6) Layettes du Trésor des Chartes, n° 5367.
Inquiet d'une guerre qui menaçait de compromettre le succès de la croisade projetée, Clément IV, le 8 novembre 1266, suppliait Saint-Louis d'intervenir) et pour lui rendre la tâche plus facile, il lui renvoyait Pierre de Chambellan « l'homme du monde que Saint-Louis croyait le plus » et qui était alors auprès de lui (2).
Cette intervention n'eut aucun succès, bien que le comte de Bar, dès que le roi de Navarre fut revenu de la croisade, ait offert à celui-ci de négocier et de remettre leur différend, soit à l'arbitrage du roi de France, soit au jugement de l'évéque d'Auxerre et du duc de Bourgogne. Le roi de Navarre continua la guerre et saisit tous les fiefs que le comte possédait en Champagne 6). Le comte de Bar brüûla le château du sire de Choiseul à Doncourt(#), à son tour Jean de Choiseul brûla Graffigny (5), Chemin (5), Longchamps (6), Oreilmaison (1) et fit le désert autour de La Mothe; il s'empara même d’un bourgeois du comte, Warnet, fils d'Olry de Thons, lui fit couper les pieds et les mains, puis enfin décapiter(8). Le comte saisit alors tous les fiefs que le sire de Choiseul tenait de lui (%); Jean se jette sur Damblain (10), Illoud (1), Brainville (1), Vroncourt (1), Tollaincourt (2), Martigny (12), Isches(1?), détruit les moulins, briseles meules(3). Le comte de Bar en fait autant, puis ‘assiège le château d’Aigremont qu'il ne peut prendre, brûle la ville au pied du château,
(1) Potthast, Regesta P. R. 19873. Martène. Thesaurus, nov. an., II, 426.
(2) Joinville, $ 682.
(3) Layettes, n° 5367.
(4) Haute-Marne, Chaumont, Bourmont, Layettes, n° 5472.
(5) Même canton.
(6) Haute-Marne, Chaumont, Clefmont ou Vosges, Neufchâteau, Chatenois.
(7) Ou plutôt Aureil-Maison, commune de Lamarche.
(8) Layettes, n° 5471.
(9) Layettes, n° 5472.
(10) Vosges, Neufchâteau, Lamarche.
(11) Haute-Marne, Chaumont, Bourmont.
(12) Vosges, Neufchâteau, Lamarche.
(13) Layettes, n° 5471.
coupe les forêts du sire de Choiseul, saisit les bois, pèle les arbres qu'il ne peut abattre et moleste les forestiers (). Le comte de Luxembourg, néanmoins, restait prisonnier à Mousson. Thiébaut réclamait pour sa mise en liberté une forte rançon qui ne fut pas payée avant le mois d'avril 1267. Le 14 mars, en effet, Marguerite de Luxembourg déclare qu'elle a emprunté au comte de Champagne cinq mille livres pour la rançon de son mari. Le duc Ferry de Lorraine s’est porté pleige de cette somme et la comtesse l’assure contre tous les dommages qui pourraient résulter de sa caution. Elle promet que, dès sa délivrance, le comte Henri donnera la même assurance. Si le comte Henri refusait ou si ellemême manquait à sa promesse, Gérard de Luxembourg frère du comte et plusieurs de ses gentilhommes jurent de ne plus paraître à ses conseils ?). Un acte du 18 septembre suivant du comte Henri et de sa femme fait savoir que les lettres données par Ferry II au roi de France pour la délivrance du comte ont été écrites à leur requête). Nous n'avons pas ces lettres données par le duc de Lorraine, sans doute s'agit-il d’une plégerie dans le genre de celle donnée au comte de Champagne; Saint Louis aurait probablement contribué au paiement de la rançon (). | Le comte de Luxembourg dut sortir de sa prison au mois d'avril et bien que le 2 mai il eût renouvelé son alliance avec le duc de Lorraine contre le comte de Bar 5), il est peu probable qu'il ait repris les hostilités. Le même mois de mai, le roi de France eût une entrevue avec le roi de Navarre (6) et la situation s'était si bien améliorée qu'en juillet, le duc de Lorraine et le comte de Bar s’alliaient ensemble contre l’évé-
(1) Layettes, n° 5473.
(2) Soyer de Bourcy, Joffry d'Esch, Henri de Houffalize, Guerry de Corny, Joffroy de Missembourg, Arnoud de Houquerange, Jacque de Neufchâteau, A. M. B. 256, fo 314.
(4) Élie Berger, Introduction au t. IV des Layettes, p. xxxv et xxxvj.
(5) B. N. mss. Lorr., 251, n° 20.
(6) D’Arboïs de Jubainville, Hist. des comtes de Champagne, t. IV, p- 303.
que de Metz; Ferry III pouvait garder son amitié avec Henri de Luxembourg et Thiébaut réserver sa fidélité au comte de Champagne.
Guillaume de Trainel, en effet, s'était séparé de son allié de la veille. La rançon du comte de Luxembourg payée, le comte de Bar prétendit la garder toute; l’évêque de Metz réclama et en exigea la moitié. Sur le refus de Thiébaut, il envahit le Barrois et dévasta plusieurs villages de la châtellenie de Briey(1). Thiébaut s’entendit alors avec Ferry et le 21 juillet, ils font entre eux une alliance où ils jurent de s'aider à grande et petite force, loyalement et de bonne foi pour demander à l’évêque tout ce que l'évêché leur doit : dettes, cautions, châteaux, dommages subis par eux et par leurs hommes. Ils ne feront de paix avec Guillaume, ni d'alliance avec lui qu'ils n'aient obtenu, au gré de l’un et de l’autre, ce qui fait l’objet de leurs conventions. Les citains de Metz sont exceptés de leur traité(?. Au mois d'août, le comte de Bar s'engage à ne nuire en rien aux abbayes, prieurés, granges, maisons, hommes, villes et biens de religieux qui sont en la garde du duc Ferry, lors même qu'il entrerait de nouveau en guerre avec lui (3).
Guillaume de Trainel avec l’aide des ses vassaux et les secours que lui fournirent l'archevêque de Cologne, Engelbert et l'évêque de Liége Henri de Gueldre, vainquit deux fois ses adversaires à Domèvre et à Épinal et ravagea la Lorraine et le Barrois. Ferry et Thiébaut, malgré leurs défaites, envahirent l'évêché, brûlèrent Moyenvic et détruisirent les salines (). Les dévastations menaçaient de s'étendre quand le comte de Champagne intervint et proposa aux deux partis une paix qui fut conclue le 1% février 1268.
(1) Dom Tabouillot, Hist. de Metz, t. II, p. 459 et sq. Abbé Clouet, Hist. de Verdun, t. Il, p. 476 et sq.
(4) Dom Tabouillot, Hist. de Metz, IN, p. 461. D’après un traité conclu le 21 septembre 1268 où Guillaume donne sept cents florins aux habitants de Moyenvic pour rétablir leur ville.
Guillaume de Trainel devait remettre aux deux comtes le : Château de Condé-sur-Moselle en garantie de ce qu'il leur devait. D'un commun accord, les deux princes placent le chàteau entre les mains de Robert de Milan, évêque de Verdun et du comte Henri de Salm jusqu'au 31 mars : si l'évêque de Metz ne s'est pas alors accordé avec ses adversaires, les dépositaires leur remettront le château. Si, au dire du sire d'Apremont, l'accord a été fait, les dépositaires garderont le château jusqu'à la Pentecôte (27 mai), après quoi, ils le remettront au duc et au comte qui devront le rendre à Guillaume dès que celui-ci aura rempli les engagements qu'il aura souscrits (1).
Guillaume de Trainel disparut en 1269 avant que l'accord ait été établi. Les avis sont partagés sur cette disparition. D'après Louis de Haraucourt, qui a bâti sur cela tout un roman, l’évêque de Metz fut emprisonné au château d’Amance; rendu à la liberté, il prit sa revanche, défit le duc et le mit en fuite (2). D'après les Fonre messines de Huguenin, Guillaume serait mort à Rome (3). Enfin, d’après une chronique latine reproduite par les rs de Metz, Guillaume aurait été excommunié par le pape; parti à Rome afin de se justifier, il fut arrêté près de Clermont-en-Argonne par les gens du comte de Bar et il mourut à Châlons-sur-Marne des suites de cette agression (4. Ce récit est probablement exact, du moins en partie; il y eut, en effet, à une époque qu'il est impossible de préciser, un évêque de Metz dévalisé par le comte Thiébaut dans la traversée de l’Argonne, car l'enquête de 1288 relative à la frontière d'Argonne, nous apprend que le roi Saint Louis ne poursuivit pas le coupable parce que le fait s'était passé au delà de la rivière de Biesme, dans l'Empire ).
(2) Signalé par Digot, Hist. de Lorraine, p. 95.
(3) Chron. Messines, édit. Huguenin, p. 33.
(4) Meurisse, Hist. de Metz, p. 473.
5) Ch. Aimond, Les relations de la France et du Verdunois, p. 36 et plus loin.
M. Grosnioler De Marons. 24
4. — Pendant ce temps, Saint Louis s’efforçait de réconcilier entre eux le comte de Luxembourg et le comte de Bar. Après s'être fait remettre le château de Ligny, objet du litige, il convoqua à Reims, en octobre 1267, tous les adversaires (4). Le 27, le roi de Navarre s'engage au cas où le comte de Luxembourg ne se soumettrait pas au jugement du roi de France à payer dix mille livres de dommages. Pour garantir Thiébaut de Champagne, le comte Manassès de Rethel () et Renaut de Bar 6) se rendirent caution du comte de Luxembourg, chacun pour deux milles livres, Arnoul de Beaufort(4) et Jean de Choiseul () chacun pour mille livres, Joffroy de Missembourg, seigneur de Bettange (6) et Geoffroy d'Esch (7) chacun pour cinq cents livres, Guillaume de Vergy, sénéchal de Bourgogne, pour quatre mille livres (8. Le 29, Henri de Luxembourg et sa femme assurent le comte de Champagne contre tout dommage résultant de son cautionnement et lui remettent les mairies de Tréveray, Fouchères et Nant estimées trois mille livres (9). Le comte de Flandre qui, après avoir passé du parti de Luxembourg à celui de Bar, venait de revenir à celui de Luxembourg ajoute aussi sa garantie. Cette garantie, étant donné l'insolvabilité du personnage, était de peu de valeur (10). De son côté, le duc de Lorraine promettait de ne jamais aider le comte de Luxembourg contre le comte de Bar, si Henri n’observait pas la sentence du roi de France (11).
(1) Elie Berger, Introduction au t. IV des Layettes, p. xxxv].
(2) D'Arbois de Jubainville, Hist. des comtes de Champagne, cat., n° 3438.
(3) Tbidem, n° 3439.
(4) Tbidem, n° 3440.
(5) Tbidem, n° 3441.
(6) Zbidem, n° 3442.
(7) Ibidem, n° 3443.
(8) Ibidem, n° 3444.
(9) Tbidem, n° 3447.
(10) Wurth Paquet, Table chonoloutque, n° 349. Elie Berger, Introduclion, p. xxxvij, note 1.
(11) A. M. B. 256, fo 319.
LE RÈGNE DE THIÉBAUT II. kb M
Les diverses parties remirent leurs mémoires au Roi. Les Archives nationales conservent la plupart des pièces du procès. « Elles nous apprennent, dit M. Elie Berger, que cette grande querelle donna lieu à quatre séries d’informations, concernant la rivalité des comtes de Luxembourg et de Bar, celle du comte de Bar et du roi de Navarre, celle du comte de Bar et de son frère Renaut, celle du sire de Choiseul et du comte de Bar » (1).
Sur la querelle entre les comtes de Bar et de Luxembourg, nous avons neuf pièces. La première datée du 3 maïs 1268 énumère les griefs du comte de Luxembourg. Henri se plaint de ce que le comte de Bar, son vassal, l’a attaqué sans l'avoir défié, a couru sur ses terres et l’a fait prisonnier lui et ses gens. Pour ces dommages, il demande trente mille livres, la délivrance des prisonniers et des otages, la confiscation, pour cause de forfaiture, des fiefs que le comte de Bar tient de lui. En second lieu, il se plaint de ce que le comte de Bar s’est allié contre lui aux gens de Metz et au comte de Flandre, pour cela il demande le paiement des trois mille livres d'amende, que Thiébaut avait promis jadis de payer si jamais il s’alliait à quelqu'un contre Luxembourg. En troisième lieu, le comte de Bar lui a pris le château de Ligny en y faisant de grands dommages en « bœufs, chevaux, blés, vins et deniers », il réclame, outre la remise de Ligny, quarante mille livres tournois et dix mille autres pour les dommages dans ses terres. En quatrième lieu, le comte de Bar n’a jamais partagé avec sa sœur Marguerite l'héritage de leur frère Henri; le comte Pierre de Bretagne choisi comme arbitre devait faire ce partage, mais il mourut auparavant; Henri demande au roi de le suppléer ou de désigner quelqu'un qui le remplace. Enfin, il réclame contre les dommages faits par Louis de Loos; il avait pris à celui-ci un château — il s’agit d'Etalle — le roi le lui a fait rendre, il veut paiement des dommages ou remise du château ().
(1) Elie Berger, loc. cit.
(2) Layettes du Trésor des Chartes, n° 5357.
Se LE COMTÉ DE BAR.
Le comte de Bar répondit en trois mémoires où il expose les faits que nous connaissons : le comte de Luxembourg a déclaré la guerre, il est entré dans le Barrois. Thiébaut a défendu sa terre, Dieu lui a donné la victoire, Henri a été fait prisonnier, mais ses fils ont continué la guerre, même Valéran qui est homme de Bar pour Ligny. Il expose ensuite comment Ligny est entré dans la maison de Luxembourg; puis il demande quarante mille marcs d'argent pour les dommages, le droit de garder en franc alleu les fiefs du comte de Luxembourg, une rançon et la remise de Ligny entre ses mains. Il réclame trois mille marcs d'amende pour l'alliance que le comte de Luxembourg a faitavec la Lorraine, la réparation des dommages causés autour de Briey et dans le comté de Chiny et la délivrance de Jean de Gussainville et de Renaudel d'Étain. Il se plaint en outre que le comte de Luxembourg n'ait pas voulu accepter l'arbitrage de Gobert d’Apremont et de Baudoin d’Avesnes (1).
Le comte de Luxembourg répondit par quatre autres mémoires où il défend son point de vue et réfute les dires du comte de Bar?) qui répond encore une fois en répétant point par point ses réclamations et ses propositions ().
Le procès entre le comte de Bar et le roi de Navarre est plus clairement exposé que le précédent, avec plus d'ordre et de mesure. Le premier mémoire adressé au roi de France par Thiébaut de Champagne en mars 1268 expose que le comte de Bar, homme-lige de la Champagne après l'évêché de Verdun, est entré sans provocation sur les terres champenoises, y a causé de multiples dégâts et s’est emparé du château de Ligny. Le roi de Navarre réclame donc la remise de Ligny, la saisie des fiefs que le comte de Bar tient de lui et vingt mille livres de dommage (4).
Le comte de Bar répond qu'il a offert à Thiébaut de Champagne l'arbitrage de l’évêque d'Auxerre, du duc de Bour-
(1) Layettes du Trésor des Chartes, n°s 5358, 5359 et 5360. (2) Layettes, nos 5361, 5362, 5363, 5364.
(3) Layettes, n° 5365.
(4) Layettes, n° 5366.
LE RÈGNE DE THIÉBAUT Il. 373
gogne ou du roi de France; qu’au lieu d'accepter, le roi de Navarre a couru sur les terres faisant trente mille livres de dégâts, qu'au surplus Thiébaut de Champagne lui a fait tort du fief de Cornay et du sire de Hans à Hans, de la Grange de Vieux os des fiefs de Clefmont-en-Bassigny et de Rapsécourt (1), du bois de Voisey-les-Coiffy, de la garde de Champigny- RL (2, de la moitié de la Neuville-sous-Coiffy ( qui est son fief-lige, de Horville (4), Cheminon-la-Ville (5), Badonvilliers (6), de la partie que l'abbaye de Beaulieu a au “ie de Vendaige (7), du pont entre les deux A , des prés que l'abbé de Beaulieu a au ban d'Esclaires (9 . bois que le même abbé a au Petit Rouvroy (10), de la sé cn du prieuré d'Enfonvelle (11).
Dans un second mémoire, le comte de Bar expose longuement l'affaire de Ligny et prouve que le Roi de Navarre n’y a aucun droit (1?)
Le roi de Navarre se justifie : il a couru sur les terres du Barrois, mais par représailles. C’est le comte de Bar qui a commencé à attaquer la Champagne avec cette circonstance aggravante qu'il en était vassal. Pour le fief de Cornay, que le comte de Bar prouve qu'onluia fait tort. Pour Hans, Clefmont, Rapsécourt, Champigny et les autres fiefs, au temps où la remise en fut faite à la Champagne, il n'y avait aucune
(1) Marne, Sainte-Menehould, Dommartin-sur-Yèvre.
(2) Haute-Marne, Chaumont, canton de Varennes.
(3) Auj. La Neuvelle lès Coiffy, Haute-Marne, Langres, Varennes. (4) Meuse, Bar-le-Duc, Gondrecourt.
(5) Marne, Vitry-le-François, Thiéblemont.
(6) Meuse, Bar-le-Duc, Gondrecourt.
(7) Commune de Châtrices.
(8) Charmontois-l’'Abbé et Charmontois-le-Roi, Marne, canton de Dommartin.
(9) Marne, Sainte-Menehould, Dommartin.
(10) Il s’agit sans doute de Rouvroy-sur-Dormoise, Marne, Sainte-Menehould, Ville-sur-Tourbe, dont l'église est dédiée à Saint Maurice patron de Beaulieu.
(11) Haute-Marne, Chaumont, Bourbonne-les-Bains, Layettes du Trésor des Chartes, n° 5367.
(12) Layettes, V. supplément, n° 831.
contestation entre le comte de Bar et le roi de Navarre, mais entre le roi et les seigneurs desdits lieux. Quant à Vieux- Montier, il a toujours été en la garde de Champagne et non en celle de Bar. De même la Neuville-sous-Coiffy a toujours été exploité par le comte de Champagne. Pour le bois de Voisey, si réellement les gens de Coiffy y ont commis des dégâts, il les réparera. Enfin, l’abbaye de Beaulieu n'est pas en la garde du comte de Bar, mais en celle de l'évêque de Verdun (1).
Le roi de Navarre demande ensuite dans un court billet, que Saint Louis règle la contestation entre son vassal Renaut de Bar et Thiébaut pour l'héritage de leurs parents et de leur frère Henri @).
La sentence du roi de France ne fut rendue qu'après une longue et minutieuse enquête, qui nous est dévoilée par un projet d’arrangement dont nous possédons la minute (3). Le comte de Champagne nommera comme arbitre Eustache de Conflans et Gille de Brion, le comte de Bar, Gobert d’Apremont et Thomas de Coucy; le tiers arbitre sera Pierre le Chambellan. Quand les arbitres auront réglé les différentes affaires pendantes entre les deux princes, le comte de Bar fera hommage à la Champagne du château de la Mothe et de mille livres de terre les plus proches de ce château. Ligny sera remis entre les mains du roi de Navarre avec réserve expresse des droits du comte de Bar, tels qu'il pourra les démontrer. Quant à l'hommage que le comte de Champagne prétend lui être dû par Thiébaut de Bar avant tous hommes après l’évêque de Verdun, Thiébaut le prêtera s’il est prouvé qu'il le doit. Enfin la querelle entre le comte de Bar et son frère Renaut sera réglée par le roi de Navarre (4).
Ce projet ne reçut pas complète exécution et les arbitres ne s'étant pas entendus, le roi de France chargea Pierre le
(1) Layettes, n° 5368.
(2) Layettes, n° 5371.
(3) Layettes du Trésor, n°5 5369 et 5370.
(4) Elie Berger, Introduction au tome IV des Layettes, p. xxxvu, analyse complètement ce document.
Chambellan de faire l'enquête : le déplacement se fit aux frais de Saint Louis (1). Elle était terminée au mois de septembre 1268 où Saint Louis rendit ses sentences. Le premier jugement entièrement relatif à Ligny déclare que l'hommage fait par le comte de Luxembourg à la Champagne sera nul de plein droit, Henri et Marguerite tiendront le roi de Navarre quitte de toutes les conventions relatives à cette inféodation, ils seront eux-mêmes quittes de tous leurs engagements vis-à-vis de la Champagne, sauf naturellement les hommages qu'ils devaient antérieurement. L’hommage reçu par le comte de Bar de Valeran de Ligny sera également annulé, si Valeran veut y consentir. L'hommage du comte de Bar au comte de Luxembourg n'existe plus par le fait et Henri rendra à Thiébaut avant le 2 février quatre mille livres sur les sept mille cinq cents qu'il a reçues pour cette inféodation; cette somme sera payée à Reims en la maison du Temple. Le comte de Luxembourg gardera le surplus en paiement des dommages causés par les gens du Barrois depuis que l'affaire a été remise entre les mains du Roi, ce qui prouve amplement que le comte de Bar avait continué les hostilités. Si Valeran reste dans l'hommage du comte de Bar, ce dernier restera dans l'hommage de Luxembourg qui, naturellement, ne rendra rien. Valeran doit se prononcer avant Noël. Le comte de Luxembourg ne peut inféoder de nouveau Ligny qu’au comte de Bar, mais en attendant, celui-ci doit quitter toutes les réclamations à propos de ce château, tant au comte de Luxembourg qu'au roi de Navarre (.
Le second jugement a trait aux discordes entre le comte de Bar et le comte de Luxembourg pour la rançon de celuici. Henri vaincu par Thiébaut lui paiera seize mille livres tournois en quatre termes pendant quatre ans le jour de l'Ascension, moyennant quoi les prisonniers faits de part et d'autre seront relâchés, les confiscations annulées, la guerre
(1) Joinville, $ 682.
(2) Edit. Chantereau-Lefebvre, Traité des fiefs, I, p. 263. Analysé E.
Berger, op. cit., p. xxxIx.
terminée. Toutefois les deux comtes, dispensés du paiement des dommages réciproques, seront tenus de réparer les torts faits aux églises, aux pauvres et aux tiers (1).
Enfin, au mois de novembre, le roi dans une note explicative déclare que, dans les actes précédents, chaque fois qu'il est question de Ligny, il faut entendre non seulement le château, maïs aussi les dépendances et toute la châtellenie (2).
On a diversement apprécié la sentence de Saint Louis. M. Elie Berger essaye de la justifier entièrement : « On doit reconnaître, dit-il, qu'elle avait été dictée par un remarquable sentiment de justice » (3). D’Arbois de Jubaiïnville remarque par contre qu’en définitive le jugement fut surtout favorable à Thiébaut de Champagne. « Ce qui arriva n’était pas difficile à deviner : le suzerain choisi par Valeran fut le comte de Champagne. Aïnsi pour nous résumer, le comte de Bar perdit tout droit sur Ligny et Ligny devint fief de Cham-
(1) Würth-Paquet, Table chronologique, n° 374; Elie Berger, Introduction, p. xxxIx.
(2) D’Arbois de Jubainville, Hist. des comtes de Champagne, Cat.,
(3) Elie Berger, op. cit. p. xrj dont il nous a semblé intéressant de reproduire ici les arguments : ( Au moment où le roi de France était intervenu, Thibaud de Champagne était évidemment le plus fort; quels que fussent ses droits ou ses torts, il avait été victime d’une agression violente et soudaine sans déclaration de guerre. On ne pouvait sans être injuste, lui enlever tous les avantages en possession desquels il se trouvait au moment où il avait accepté librement l'arbitrage du roi de France dans une question étrangère au royaume. Le comte de Bar n'avait pas non plus à se plaindre : Saint Louis l'avait contraint de renoncer à un hommage qui certainement lui était avantageux, mais ne devait-il pas quelque reconnaissance à celui qui était intervenu au moment où une coalition de presque tous ses voisins pouvait le perdre sans retour? Ses succès du début ne le garantissaient pas contre d’inévitables revers. D'ailleurs il obtenait des compensations pécuniaires qui n'étaient pas à dédaigner. Le comte de Luxembourg avait recouvré sa liberté: il conservait Ligny-en- Barrois ; les sommes qu'il avait à payer représentaient ce qu’on aurait pu lui extorquer sous forme de rançon et les dommages-intérêts qui lui incombaient pour avoir au mépris de ses engagements inféodé Ligny au comte de Champagne ».
pagne » (1), Sans vouloir en rien diminuer le sentiment de justice de Saint Louis, ni refuser de souscrire à la vénération dont |l'entoure M. Elie Berger, il est tout de même permis de se demander, en présence des résultats acquis par la Champagne et ensuite par le Royaume contre le comté de Bar, si le Roi eût jugé de la même façon au cas où le Barrois n'aurait pas été dans l'Empire? Le roi — ce roi fût-il Saint Louis — tourne déjà ses veux vers la frontière de l'Est, où le petit-fils qui n'aura pas l'équité du grand père mettra bientôt les mains.
Bien que toutes les affaires ne fussent pas réglées, puisque Saint Louis désigna, pour accorder Luxembourg et Bar, Baudoin d'Avesnes et Gobert d'Apremont @), et pour arranger les derniers débats entre la Champagne st Thiébaut, Eustache de Conflans et lé même Gobert ®), les diverses parties se soumirent au jugement. Le comte de Bar, dès le mois de novembre, annula les conventions avec le comte de Luxembourg, déclara Valeran libre de tout engagement envers lui et se réconcilia avec le comte de Champagne ().
Au mois de janvier, le comte de Bar fit déclarer pardevant l'abbé de la Chalade par un vieillard Guichard, sire de Rampont (5) que le fief de Cornay, en contestation entre lui et le roi de Navarre, avait été tenu de son père Henri II en fief et hommage-lige par Guy. de Cornay et son fils Milon, que ces derniers avaient, à plusieurs reprises, demandé au prévôt de Clermont de défendre ce fief, et que Guy de Bras
avait appelé Guy de Cornay devant la cour du comte de Bar pour un héritage à Cornay(6). Malgré ce témoignage, Thiébaut de Bar rendit, le 26 mars, hommage au comte de Champagne pour ce même Cornay, pour Belrain, ce qu'il a dans
(1) D'Arbois de Jubainville, Hist. des comtes de Champagne, t. IV, p. 407.
) Würth-Paquet, Table chronologique, n° 436.
) D’Arbois de Jubainville, op. cit., Cat., n° 3516. ) Würth-Paquet, op. cit., n° 376. Orig. B. I Coll. Godefroy, 94, f° 97. ) Meuse, Verdun, Souilly..
) A. Lesort, Chartes de Clermontois, n° LxI.
la châtellenie de Gondrecourt, Houdelaincourt({}, Mandres (1), Cirfontaine(), Lezeville (2), Gérauvilliers (1), Horville(), la garde de Fontenoy, Chaumontois, Hauterive , ce que son père a acquis à Seigneulles, Auzécourt, Laheycourt, les forêts de Jandheurs et de Trois-Fontaines, Mauges, Loisy que Jean d’Arcis reprit de son père, le fief acquis sur Philippe de Nanteuil-le-Haudouin, Saint-Christophe, Saint- Joire, Reffroy, Demange, la garde de Vaux-en-Ornois, Rancourt. Le comte de Bar est homme de Champagne, mais il ne doit pas le plein hommage sur la ligéité. Il déclare, par contre, que son frère Renaut est homme du comte de Champagne avant de l'être de lui-mêmet#. Au mois de mai, Saint Louis vidima et approuva ces hommages (5). Au mois de décembre 1269, le comte de Bar remit définitivement au roi de France les lettres et les gages que les prisonniers dans la guerre avec le Luxembourg lui avaient donnés (6). Aïnsi, le comte de Bar, le plus lésé, — le seul lésé, — par les sentences du roi se soumettait le premier. Il est juste d'ajouter qu'habile diplomate autant que riche prêteur, il ne tardera pas après la mort de Saint Louis de récupérer en détail jusque et y compris Ligny ce qu'il est obligé, pour lors, d'abandonner en gros.
Le comte de Luxembourg paya, le 17 janvier 1269, les quatre mille livres qu'il devait sur l’inféodation de Ligny (7). Valeran, libre désormais, ne fera cependant hommage de Ligny au comte de Champagne qu'en janvier 1270, avec la permission d'Henri qui obtiendra deux cents livres sur le péage de Troyes (8),
(1) Meuse, Commercy, Gondrecourt, Mandres, canton de Montiers-sur- Saulx.
(2) Haute-Marne, Chaumont, Poissons.
(3) Commune de Villers-en-Argonne, canton de Sainte-Menehould.
(4) B. N. mss. fr. 11853, fo 12.
(5) B. N. mss. fr. 11853, f° 12.
(6) Würth-Paquet, Table chronologique, n° 418.
(7) Würth-Paquet, op. cit., n° 386.
(8) D’Arbois de Jubainville, Hist. des comtes de Champagne, Cat., n° 3575.
Au mois de mars 1269, le comte de Luxembourg déclara tenir le duc de Lorraine quitte de tous dommages ou caution pour sa prise devant Prény, mais en même temps il renouvelait avec lui contre le comte de Bar l'alliance qu'ils avaient conclue auparavant(l). Si le roi de France n'avait veillé, la guerre aurait donc pu recommencer. Le 30 avril, le comte de Luxembourg paya néanmoins au comte de Bar le premier terme de quatre mille livres qu'il devait à l'Ascension (?). Une circonstance heureuse va d’ailleurs aider le comte de Luxembourg à se libérer de sa dette. Le 17 mai 1269, Henri de Luxembourg achète à son neveu Valeran de Fauquemont et Montjoie, que son père Thiébaut laissait fort endetté, les villes de Marville et d'Arrancy pour trente mille livres tiournois@). Cet acte fut réformé le 1% avril 1270; Valeran de Fauquemont vendit alors Marville et Arrancy pour vingt-cinq mille livres tournois au comte de Luxembourg, à sa femme Marguerite et au comte Thiébaut de Bar (4). Le comte de Luxembourg versa le prix de l'achat, mais de ce fait le comte de Bar lui déduisit treize mille livres sur les vingt mille qu'il lui devait (5). Henri restait donc devoir seulement trois milles livres qui furent intégralement payées par son fils en mai 1272 (6).
Le lendemain de l'achat, 2 avril 1270, les deux comtes réglèrent leur accompagnement dans leur nouvelle acquisition. Le comte de Bar tiendra en fief du comte de Luxembourg la moitié qui lui appartient; ni l’un, ni l’autre ne peuvent se servir dans leurs guerres entre eux, des châteaux de ces terres, qui demeureront neutres entre les mains des fieffés et des bourgeois des deux châtellenies. Ils peuvent s’en servir chacun contre des tiers à leurs frais. Ils doivent réparer à frais commun les fortifications d’Arrancy; le prévôt
(1) Dom Calmet, t. IL, pr., p. 497.
(2) Würth-Paquet, op. cit., n° 392.
(3) A. Lesort, Chartes du Clermontois, n° Lxu.
(4) A. Lesort, Chartes du Clermontois, n° Lxvur.
(5) 3 mai, Würth-Paquet, Table chronologique, n° 392. (6) Würth-Paquet, op. cit., n° 497.
sera nommé d'un commun accord et pour un an seulement; en cas de désaccord entre eux, trois chevaliers de la terre de Marville seront chargés du choix de ce prévôt. Ces chevaliers sont Olry, voué de Billy, Flabrey de Failly et Jean de Bazoilles. Aucun des deux comtes ne peut acquérir à Marville et Arrancy sans que l’autre y ait part égale).
Ce même mois d'avril, Baudouin d'Avesnes et (Gobert d'Apremont, arbitres désignés par Saint-Louis, rendirent leur sentence dans les discordes qui divisaient le comte de Luxembourg et le comte de Bar. À Hayange, le finage et les fiefs sont au comte de Luxembourg, le château au comte de Bar, ni l’un ni l’autre des deux princes ne peut prétendre à ce que le sire d'Hayange tient du sire de Norroy. Le fief de Fresnois la Montagne appartient pour moitié aux deux comtes, Rure est au comte de Chiny, sauf ce que le comte de Luxembourg y avait auparavant et qui lui demeure; pour Mussy la ville, on s’en tiendra au dire d'experts aïnsi que pour les autres points qui restent encore en litige. Ces experts sont Thierry d’Amel et Guery de Corny @).
9. — Le procès entre le comte de Bar et Jean de Choiseul donne lieu à la production de neuf mémoires dont aucun n'est daté, mais qui, sans aucun doute, sont contemporains de ceux fournis par le comte de Champagne et par le comte de Luxembourg (#). Dans le premier de ces mémoires, le comte de Bar se plaint des divers méfaits commis par le sire de Choiseul son homme lige et que nous connaissons
(1) A. Lesort, op. cit., n° Lxvinr.
(2) Würth-Paquet, op. cit., n° 436.
(3) CF. pour la discussion de la date. Elie Berger, Introduction, p.xxxvuj : € La conférence de la Chandeleur où Saint Louis enjoignit au sire de Choiseul et au comte de Bar de cesser les hostilités est probablement de 1267, nous n’en avons pas la certitude absolue, mais il est incontestable que ces documents ne peuvent pas se rapporter à des événements plus anciens, car les précédentes querelles du sire de Choiseul et du comte de Bar paraissent remonter à 1260 et ces pièces d'enquêtes dont nous nous servons ici parlent de Philippe, ancien évêque de Metz; or, on sait que cet évêque résigna ses fonctions en 1264 ».
déjà; meurtre de Warnet de Thons, dévastation des villages et des églises).
Le comte de Choiseul répondit en deux mémoires, contestant être homme lige du comte de Bar. Il n'est son homme que pour certains fiefs, mais n’est lige que de l'évêque de Langres et du comte de Bourgogne. Il n’est pas responsable du meurtre de Warnet et s’il a couru sur les terres du comte de Bar, c'est que celui-ci avait commencé par lui abattre son château de Doncourt (®): enfin le comte de Bar a commis des dévastations et a levé des tailles à Horville, Maxey, Saint-Christophe et Méligny 6).
Le comte de Bar n'eut pas de peine à prouver la mauvaise foi du sire de Choiseul, insistant particulièrement en quatre mémoires sur le meurtre de Warnet, le mal fait aux gens d'église particulièrement chers à Saint Louis, la vassalité de Choiseul à l'égard de Bar et par conséquent la légitimité des saisies opérées, enfin les dettes que Jean a contractées envers Thiébaut qui s'est porté pleige pour lui vis-à-vis de plusieurs citains de Verdun (#).
Le sire de Choiseul maintint ses dires en deux derniers mémoires (5). La sentence du roi n'existe pas au Trésor des Chartes : « Nous ne savons pas, dit M. Elie Berger, si Saint Louis fit expier au sire de Choiïseul ses violences et ses ravages (6) ». Le roi de France amena cependant les deux parties à un accord que possèdent les archives de Nancy (). Le 25 avril 1270, Jean de Choiseul promet, en réparation des dommages causés au comte de Bar et à ses bourgeois, de payer deux mille soixante livres tournois pour la garantie desquelles il autorise le comte de Bar à lever chaque année
cent livres sur ses terres à Maxey-sur-Vaise, (', Saint-
(1) Layettes du Trésor des Chartes, n° 5471.
) Layettes, n° 5472.
) Layettes, n° 5473.
) Layettes, n° 5474 (publié in extenso), 5475, 5478, 5480 (analyses). ) Layettes, n°s 5476-5477.
) Elie Berger, op. cit., p. xLJ.
) A. Meurthe-et-Moselle, B. 722, n° 4.
Christophe U), Reffroy (), au fief de Gondrecourt tenu de Thiébaut, à Horville ) et à Augeville (4. Si cela ne suffisait pas, le comte pourrait les prendre dans les terres du sire de Choiseul les plus proches de La Mothe au dire de Huart de Bauffremont et de Guillaume Malpetit et à leur défaut de Richard d’Auxelle. En 1271, au mois de mars, Jean de Choiseul céda au comte de Bar, Blévaincourt ) et Rozières (®), sa femme Alix approuva l'acte en avril (6. Enfin, mettant fin à une vieille cause du conflit, le sire de Choiseul abandonna Guerpont et Silmont que Varin de Nonsart tenait de lui en fief (7. Au mois de mars 1272, le comte de Bar autorisa Jean à aliéner le fief de Lavernois (8) qu'il tenait de lui (% |
6. — Quant au procès entre Renaut de Bar et son frère, nous n'en avons pas toutes les pièces, mais seulement le mémoire que Thiébaut présenta (0). Il y rappelle le partage fait à la Fère-en-Tardenois en présence du comte de Bretagne, leur oncle, du vidame de Laon et du sire de Coucy. Renaut s’en contenta pendant dix ans, fit des aumônes avec ses biens, les donna ou les engagea à son gré. Thiébaut avait fait de nombreuses faveurs à son frère, l'avait dispensé de payer les dettes de son père qui se montaient à cinquante mille livres; car, c'est la coutume de Bar que celui qui emporte la terre emporte aussi la part de dettes qui y est attachée. À tant de bonté Renaut n'avait répondu que par l’ingratitude. Il avait fait hommage au comte de Champagne, au grand préjudice du comte de Bar. Lorsque Renaut, mécontent de sa part, avait réclamé un nouveau
(1) Chapelle, commune de Reffroy, jadis pélerinage célèbre.
(2) Meuse, Commercy, Void.
(3) Meuse, Commercy, Gondrecourt.
(4) Haute-Marne, Wassy, Doulaincourt.
(5) B. N. mss. fr. 11853, fo 238. Vosges, Neufchâteau, Lamarche. (6) B. N. mss. fr. 11853, f° 238.
) Haute-Marne, Canton de Varennes.
) A. du Chesne, Hist. de la Maïson de Bar, pr. p. 37. (10) Layettes du Trésor, n° 3846.
partage, Thiébaut lui avait donné la terre de Torcy et quand il avait été fait chevalier, il avait reçu de nombreux présents (1). Cependant, ces bienfaits ne l'avaient pas empêché de porter la guerre dans le Barrois, et d'y faire vingt mille livres de dégâts. Thiébaut réclame la réparation des dommages, cent quarante livres pour le surcroît de la valeur de la terre de Torcy et une lettre dont il donne le modèle. Dans cette lettre, Renaut déclarera qu'il tient en fief lige de son frère, Pierrepont et la châtellenie pour quatre cent trente
livres — qui, en cas de déficit, seront complétées à Sommedieue au dire de Baudoin de la Grange et de Jean de Briey, — qu'il tient également la terre de Geny ®) et de
Tardenois valant trois cents Livres. Il se servira du sceau de son cousin: Erard, mais il doit faire faire un sceau au plus tôt). | |
Saint Louis remit l'information de l'affaire au roi de Navarre qui naturellement se prononça contre le comte de Bar (4). Conformément à cette enquête, le roi de France rendit sa sentence en novembre 1268. Le comte de Bar doit donner à son frère, en plus de ce que celui-ci a reçu, Rancourt P;, Cousancelles (6), Andernay®), Remennecourt(5), Cheminon (?), la moitié du breuil de Revigny et une forêt dans les environs. Le comte conserve dans ces terres les fiefs des chevaliers et des francs hommes, le reste appartient en toute propriété à Renaut. Quant à Pierrepont, pour juger la valeur de la terre, on s’en remettra à Eustache de Conflans, connétable de Champagne, à Gobert d'Apremont et à Errard de Valéry ($).
Cette sentence ramena la paix, mais non l'affection entre les deux frères. Renaut passa définitivement au service du
) Layettes du Trésor des Chartes, n° 3846.
) Cussy et Geny, Aisne, Laon, Craonne.
) Layettes, n° 3847.
) Duchesne, Hist de la maison de Bar, pr., p. 33. ) Meuse, Bar-le-Duc, Revigny.
) Meuse, Bar-le-Duc, Ancerville.
) Marne, Vitry-le-François, Thiéblemont.
) B. N. fr. 11853, f° 12.
roi de Navarre qui lui donna le 6 novembre 1268 une rente de trois cents livres sur le portage des vins à Troyes). Renaut suivit son suzerain à la croisade; avant de partir, il fit une donation de deux cents livres de rente à l'Hôtel- Dieu de Troyes, le 22 juin 1270 @), donation que le comte de Champagne approuva à Marseille avant de s’'embarquer 6).
Ni le roi de France, ni le roi de Navarre ne devaient revenir de la croisade. Renaut en revint, lui, mais malade. Ce qui ne l’empêcha pas, dès son retour, de reprendre les attaques contre son frère et de lui réclamer un nouveau supplément sur la succession de ses parents et, en outre, mille livres que son frère lui avait promis pour la croisade. Jean de Châtillon, comte de Blois et de Saint-Pol, sire d’Avesnes, choisi comme arbitre, déclara en juin 1271 que Renaut n'avait plus rien à réclamer, toutefois que le comte de Bar lui paierait quinze cents livres en trois termes, à Noël, à Pâques et à la Toussaint ).
Renaut n’en devait rien toucher. Il succomba le 22 juillet 1271 et fut enseveli dans la commanderie de Braux 5) qu'il avait fondée pour les chevaliers de Malte (6). Les exécuteurs testamentaires de Renaut, Amaury de Dannemarie, Remy son clerc et Gérard vendirent à Thiébaut pour trois mille cinq cents livres les biens de Renaut à Torcy, Sormery et Tardenois. Cette somme, ainsi que les quinze cents livres encore dues furent appliquées à la commanderie de Braux (6). Renaut avait fait, en outre, de nombreux dons à l'hôpital de Troyes (1), aux moniales de Clairefontaine (8),
(1) D'Arbois de Jubainville, Hist. des comtes de Champagne, Cat., Chao bE 2) D'Arbois, Cat. n° 3660.
3) D’Arbois, Cat. n° 3662.
4) A. M. B. 204, fo 149.
5) Écart de la commune d'Ancerville.
(6) Son tombeau orné d’une magnifique statue de bronze n’a disparu qu'en 1793. Cf. Bibl. Bar-le-Duc, fonds Servais, carton 1271. Inventaire de Lorraine, t. II, fo 285. Cf. comte Beugnot, Olim., t. II, p. 414.
(7) D'Arbois, op. cit., t. IV, p. 408.
(8) Berthollet, Hist. du Luxembourg, t. IV, 1. 40, ch. 22.
à celle de Sainte-Hoïlde (1) et à celle de Jeandheurs (2), . Thiébaut n'en avait cependant pas fini avec la succession de Renaut. Celui-ci n'avait pas d'enfant de sa femme Marie de Quiévrain, mais le comte de Bar donna néanmoins à Marie, le 27 juillet, le château et la ville d'Ancerville avec toutes ses dépendances ; Marie, par contre, lui céda Pierrepont et Beuvelle (). Si toutefois la valeur d’Ancerville excède celle de Pierrepont et de Beuvelle, elle rendra le surplus au dire de Jacque l'Hermitte de Stenay, de Rémy, clerc de son mari et de Jean Epaulard (#. Sur leur rapport, en janvier 1272, Marie de Quiévrain céda Pierrepont, Sormery et les terres à Bar-sur-Seine, ne gardant qu'Ancerville et Sommedieue (5). Elle se remaria, par la suite, avec Jean de Joinville, second fils de l'historien de Saint Louis (6. Elle eut encore quelques démêlés avec le comte de Bar qui ne furent terminés que le 23 décembre 1281. Moyennant trois cents livres de rentes, Marie abandonna au comte, Torcy, Tardenois, les bois de Rancourt, Contrisson, Aulnois et Sommedieue(?).Elle mourut en juin 1293 et son mari, qui épousa en secondes noces Marguerite de Vaudémont, garda Ancerville sa vie durant. A sa mort, cette châtellenie revint au comte de Bar (8). Il restait à Thiébaut de payer ceux qui lui avaient été fidèles dans cette longue guerre. Le comte de Loos et de Chiny, qui rend au comte de Bar, le 3 avril 1270, l'hommage dû pour sa châtellenie (9), déciare le même jour que Thiébaut s’est acquitté envers lui de tout ce qu'il lui devait, en particulier des aides levées dans la terre d'Étain et en général de tous les dommages (10). Le comte de Bar lui permit, en
(1) A. Jacob, Cart. de Sainte-Hoïlde, n° 1, p. 1 (3 avril 1270).
(2) A. M. H. Jeandheurs.
3) Meurthe-et-Moselle, Briey, Longuyon.
4) A. M. B, 204, fo 149.
5) A. M. B. 204, fo 149.
6) J. Delaborde. Jean de Joinville et les seigneurs de Joinville, p.176.
) Inv. de Lorr., t. II, f° 583,
J. Delaborde, op. cit., p. 176 et Cat. des actes, n° 601. B. N. fr. 11853, fo 139 re.
0) B. N. fr. 11853, fo 139 r°.
M. Grospioier pe Marons. 95
même temps, de fournir sa garantie envers l’évêque de Verdun, Robert de Milan(1). Le 25 avril, Thiébaut acheva de payer Gobert d’Apremont (?) à qui il avait auparavant payé, le 1* décembre 1267, deux mille six cents livres (3 et le 11 mars 1269, onze cents livres (4). Le lendemain, 26 avril, Gobert d'Apremont de concert avec Valeran de Juliers rend une sentence sur le différend qui divisait le duc de Lorraine et le comte de Bar à propos des dégâts commis par les gens du duc à Liffol 6). Ferry III contestait les dégâts; après enquête de Philippe de Bayon pour le duc et de Gautier d'Épinal pour le comte, les deux arbitres donnent raison à Thiébaut et déclarent qu’il y a lieu à réparations (6).
Pour le comte de Flandre, Thiébaut, mécontent du rôle que celui-ci avait joué dans la guerre en passant sans désinvolture d’un camp dans l’autre, lui envoya le 26 avril 1270, à Saint-Dizier, une députation composée de Dreux, abbé de Jeandheurs, de Nicolas, abbé de Lisle-en-Barrois, de Nicolas, doyen de Saint-Maxe de Bar, pour lui réclamer trente mille livres à titre de dommages pour le préjudice causé au Barrois par le défaut des Flamands. Guy de Dampierre répondit en présence de Gérard de Marbais et du prévôt de Béthune que sa conscience ne lui reprochait rien, qu'il était fort possible que sa mère ait fait avec le comte de Bar des alliances, qu’en tout cas, il ne les reconnaissait pas et ne devait rien (1). Indigné, le comte de Bar cessa dès lors les relations avec son besogneux beau-frère. à
Le départ du roi de France, du comte de Champagne et du comte de Luxembourg pour la croisade eut lieu le même mois. Seul, le comte de Luxembourg devait en revenir (8).
. N. fr. 11853, f° 140 re.
N. fr. 11853, £ 60 r°.
BANfr 11853;f 60 r°,
B. N.fr. 11853, fo 60 r°.
Vosges, arrondissement et canton de Neuthatad h:
N. fr. 11853, f° 60.
Clermontois, p. 135, note 1.
LE RÈGNE DE THIÉBAUT Il. 387
Après leur départ, Thiébaut se rendit à Marville; le 3 mai 1270, il règle avec sa sœur Marguerite, régente du Luxembourg et le fils de celle-ci Henri IT, les droits d'usage de leurs sujets de Gérauvilliers (!) et d'Amblainville 2) dans les bois de Gondrecourt et de ceux d'Houdelaincourt 6) dans le bois d'Ormanson (4); le 4, il leur quitte la garde qu'ils lui devaient à Flassigny 5) contre une rente de froment à Marville (6).
(1) Meuse, Commercy, Gondrecourt.
(2) Auj. ruiné, commune de Vaucouleurs.
(3) Meuse, Commercy, Gondrecourt.
(4) Commune de Saint-Joire, B. N. fr. 11853, f° 50. (5) Meuse, arrondissement et canton de Montmédy. (6) A. Lesort, op. cit, n° xÉvIrr. |