‹ Le Comté de Bar des Origines au Traité de BrugesChapitre 27 sur 57 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

LE RÈGNE DE THIÉBAUT DE 1270 à 1291.

A. La fin du règne de Thiébaut II. — B. Les affaires d'Argonne et les difficultés avee la France. — C. Les donations, la postérité de Thiébaut KI.

A. — La fin du règne de Thiébaut II.

1. La première guerre contre Laurent de Metz. — 2. Relations avec la Champagne : Thiébaut recouvre Gondrecourt et Ligny. — 3. Seconde guerre contre Laurent de Metz. — 4. Les affaires de Verdun et de Toui, — 5. Nouvelle guerre à Metz.

1. — A peine l'intervention de Saint Louis avait-elle amené la paix en Lorraine que de nouveaux sujets de querelle naquirent. Après la mort de l’évêque Guillaume de Trainel, Laurent, notaire de l’église de Rome, fut élu à Metz. Inconnu en Lorraine, il n’était ni le protégé du duc, ni celui du comte. Ce fut sa perte. Ne pouvant se combattre pour lui, les deux princes s’allièrent contre lui. Le 27 janvier 1271, Laurent promet de payer huit mille livres au duc de Lorraine et à ses aides, le comte de Deux-Ponts et Henri de Blamont, pour les dégâts commis durant la guerre de Guillaume, moyennant quoi Ferry se déclara prêt à rendre la moitié de Condé, dès que le comte de Bar aurait rendu l’autre moitié (1). D'autre part, dès 1270, le comte de Bar

(1) Marichal, Cart. de Metz, p. 501.

s'était fait promettre par Laurent que toutes les dettes contractées envers lui par Guillaume et ses prédécesseurs lui seraient payées, pourvu qu’elles fussent hypothéquées sur les terres de l'évêché (!).

L'évêque se trouva incapable de réaliser ses promesses et la guerre éclata. Philippe de Vigneulles À) et après lui Wassebourg () déclarent que ce fut Laurent, qui le premier, fortifia ses châteaux contre les deux princes. Il est plus que probable, que ceux-ci envahirent l'évêché de concert pour avoir paiement des sommes qui leur étaient dues. La guerre extérieure n'allait pas d’ailleurs sans une agitation communale dans la cité, où nous voyons les Dominicains prendre parti pour le comte de Bar, tandis que les Franciscains soutiennent l’évêque. Laurent, après avoir interdit la prédication aux Dominicains dans son diocèse (4), lança l’excommunication contre le comte de Bar P) et s’assura en avril 1272 l’aide d'Henri de Riste, vassal de Thiébaut, en lui donnant des salines à Vic, Moyenvic et Marsal (6).

Le duc et le comte se dirigèrent vers Marsal où Laurent attendait les secours de l’évêque de Strasbourg. Ils rencontrèrent les troupes de Laurent à Hattigny (1), les défirent complètement et s’emparèrent de sa personne. L’évêque de Strasbourg, accouru avec ses deux neveux Frédéric et Louis de Listenberg, ne rut pas plus heureux et subit le même sort. Après s'être emparé de Marsal, Ferry et Thiébaut vinrent mettre le siège devant Épinal. Ils s’y disputèrent au sujet de la garde de leurs prisonniers; le duc de Lorraine prétendait qu'ils lui appartenaient, le comte de

1) Dom Tabouillot, Hist. de Melz, IX, p. 467.

2) Chroniques messines, édition Huguenin, p. 34.

3) Wassebourg, Antiquités de la Gaulle Belgicque, f° 305.

4) Huguenin, loc. cit.

5) Dom Tabouillot, Hist. de Metz, p. 467.

6) Marichal, Cart. dé Metz, p. 65.

7) I s’agit de Hattigny proche de Marsal (Lorraine) comme l'indique la chronique latine citée par Meurisse, Hist. des évêques de Metz, p. 173 et non de Hadigny près de Châtel-sur-Moselle comme le suppose Dom Tabouillot, loc. cit., p. 467.

A ne PR RS ne

Bar en réclamait la moitié. Ils s'accordèrent le 25 septembre sur les bases suivantes : quatre chevaliers arbitres détermineront à qui les prisonniers doivent appartenir; ces quatre arbitres sont Jean de Varnesberg, Gautier de Neuchâtel, Aimé de Faucogney et Guillaume de Trichatel. En attendant leur jugement, les prisonniers seront remis entre les mains de Liébaut de Bauffremont et de Jacques de Bayon. Au cas où le duc voudrait délivrer quelques-uns d2s prisonniers, les droits du comte de Bar n'en seraient pas pour cela diminués (1). Les arbitres décidèrent quel’évêque de Strasbourg et ses gens appartenaient au duc de Lorraine, mais que l'évêque de Metz et les, siens étaient au comte de Bar ©) Epinal capitula seulement le 19 décembre. Le voué, les chevaliers, le prévôt et la communauté remirent la ville et le donjon entre les mains du comte de Bar à la condition expresse qu'il les leur rendrait, sitôt la guerre terminée (3). D'autre part, Ferry s'empara de Deneuvre(#, Vic, Remereville 6), Buissoncourt (6) et obtint en 1273 que les chevaliers, écuyers, maire et échevins de Marsal feraient une déclaration exacte de leurs droits, afin que lui-même en jouisse comme souverain de la place (7).

Ni le comte de Bar, ni le duc de Lorraine n'étaient sincères dans leur alliance et, bien qu’au siège d'Épinal ils aient projeté le mariage de leurs enfants, Mathieu de Lorraine et Alix de Bar (8), aucune amitié durable n'était possible entre eux. Déjà en 1271, le 5 février, Henri, fils du comte de Luxembourg avait déclaré au comte de Bar qu'il s’alliait à lui sa vie durant contre Ferry (). Si le Luxembourg déclare

(1) Dom Calmet, t. II, pr., p. 501-502.

(2) A. Meurthe-et-Moselle, B. 424, fo 2.

(3) Dom Calmet, IF, pr., p. 502.

(4) Meurthe-et-Moselle, canton de Baccarat.

5) Meurthe-et- Moselle, canton de Saint-Nicolas.

( (6) Même canton.

(7) Dom Calmet, 1. 24, ch. 127. — Tabouillot, Hist. de Metz, 1. II, (8) N. de Wailly, Not. des mss., t. 28, n°*° 189 et 190.

Le comte de Luxembourg exceptait de son alliance l'Empereur,

la guerre à la Lorraine, cette guerre se fera aux frais du Luxembourg. Cette alliance doit être ratifiée par le comte de Luxembourg dès son retour de Terre-Sainte, faute de quoi son fils se rendra prisonnier à Saint-Mihiel 4. Le comte Henri revint dans ses états au mois de mai et le 2 juin, il s'empressa de ratifier cet accord (2). De son côté, le duc de Lorraine s’assurait la fidélité d'Henri de Blamont qui l'avait déjà aidé contre Guillaume de Trainel (3). C'étaient là de véritables actes d’hostilité, leur alliance fondée sur l'intérêt craquait rapidement. Le 24 février 1273, Laurent déjà réconcilié avec Ferry relève celui-ci de tous les serments prêtés au comte de Bar contre l'évêché, parce que faits contre l'Église, ils sont contraires à tout droit et à toute raison (#). Laurent n’était pas le prisonnier du duc, leur réconciliation était donc facile. - Laurent, pour avoir la paix, s’adressa au pape Grégoire X, qui convoqua à Lyon, où s'était ouvert un concile général en mai 1274, le duc et le comte. Ceux-ci s’y rendirent. Ils restèrent dans la ville de Lyon, les mois de juillet et d'août. Le 8 juillet, ils remettent à Otton de Bourgogne, sire de Salins et à Aïmé de Montfaucon le soin de juger les différends qui pourraient surgir entre eux et de prendre toutes les mesures pour éviter la guerre ®). A la fin du mois, le comte de Bar avait remis en liberté l'évêque de Metz et Grégoire X ordonnait le 30 au duc de Lorraine de ne pas molester Thiébaut pour ce fait (6). Le 8 août, le pape accordait entre eux le comte et l’évêque. Le comte de Bar

l’archevêque de Trèves, les évêques de Metz, Toul et Verdun, les ducs de Limbourg et de Brabant, les comtes de Blois, Juliers, Flandre, Hainaut, Beaumont et Avesnes, les villes de Verdun et de Metz contre lesquels il ne pouvait aider le comte de Bar; par contre il ne devait pas aider contre Thiébaut le comte de Champagne ou l’évêque de Metz.

(1) N. de Wailly, op. cit., n° 138.

(2) N. de Wailly, op. cit., n° 140.

(3) Dom Calmet, loc. cit.

(4) Marichal, Cartulaire de Metz, p. 287.

(5) A. M. B. 256, fo 265.

(6) B. N. fr. 11853, f° 309.

s'engageait à rendre Épinal et Condé et à tenir l'évêché quitte de toutes dettes, Laurent promettait de payer au comte mille livres chaque année à la Noël à Briey, pendant vingt ans (f). Le même jour, par bulle adressée aux abbés de Jovilliers et de Jeandheurs, le pape notifia cette paix et chargea les deux abbés d’en assurer l'exécution (2).

Pendant la captivité de Laurent qui était resté plus d'un an en prison, l'évêché avait été administré par l’archevêque de Trèves. Celui-ci à court d'argent avait emprunté au comte de Bar cent livres messins que le 29 juillet 1273 il promet de rendre sur ce que l’évêque de Metz lui doit D).

D'autre part, Laurent avait fait à Lyon deux traités de paix avec le duc de Lorraine; le premier, le 20 juin — avant même les accords avec le comte de Bar — où le duc promet de rendre Deneuvre et les autres biens épiscopaux qu'il a saisis sauf l'étang de Rémeréville. Il garde les otages de Marsal et de Vic jusqu'à temps que les arbitres, le princier de Metz et Jean de Varnesberg, aient fixé le prix de leur rançon (#. Le second, le 7 décembre, après le jugement des arbitres, où le duc de Lorraine rend les otages, mais où l'évêque lève l’interdit jeté sur le duché et l'excommunication qui frappait le duc 5). Quant à l’évêque de Strasbourg, il fit la paix avec le duc par lentremise de Rodolphe de Habsbourg, que le comte de Bar et Ferry avaient reconnu à Lyon comme roi des Romains. Le traité est du mois de juin à Haguenau (6).

2. — Le roi de Navarre, Thiébaut de Champagne, n'était pas revenu de la croisade; tombé malade à Tunis du mal qui avait enlevé le roi de France, il était allé mourir à Trapani en

(1) Potthast, Regesta, n° 20889 ; B. N. fr. 11853, f 303.

(2) Cette bulle n’est pas signalée dans Potthast, B. N. fr. 11853, f 304. Le même ordre fut signifié le 31 juillet à l’abbé de Saint-Mihiél et aux officiaux de Verdun. B. N. fr. 11853, fo 309.

(3) Inv. de Lorr., t. VI, fo 558.

(4) Dom Calmet, tome II, pr., p.504.

(5) Dom Calmet, tome IL, pr., p. 505.

(6) Dom Calmet, tome IH, pr., p. 507.

Sicile le 4 décembre 1270 (1). Son frère et successeur Henri II, qui était resté en Navarre, ne revint en Champagne qu'en mai 1271 (®). Il y fit un court séjour, durant lequel il entra en pourparlers avec le comte de Bar, pour régler la garde de Vieux-Montier, laissée en suspens dans la sentence de Saint Louis. Le 22 juillet, on s’en remit pour ce différend à l’arbitrage d’'Erard, évêque d'Auxerre (3); sur ses indications, le roi de Navarre, céda le 26 décembre la garde de Vieux- Montier au comte de Bar, à condition que celui-ci tiendrait cette garde en fief de Champagne (4).

Henri II revint une seconde fois en Champagne en 1273. Le comte Thiébaut l’alla trouver à Troyes et à Bar-sur-Seine au mois de février. Il obtint du roi de Navarre, affaibli par l'extraordinaire embonpoint auquel il devait succomber ), d’avoir les coudées franches à Buzancy dont il poursuivait l'acquisition et à Ligny; il se fit donner en outre les principaux fiefs de Gondrecourt, le tout en échange de concessions sans grande conséquence. À Troyes, le comte de Bar se reconnaît vassal du comte de Champagne pour le château de La Mothe, que lui disputait auparavant le duc de Lorraine et pour mille livres dans la châtellenie de La Mothe ou à défaut dans le Bassigny ou la châtellenie de Bar-le-Duc. Le

château de La Mothe ne peut être mis hors la main de Thiébaut; il est tenu dans les mêmes conditions que les autres biens de « Lohoreine » (6) tenus déjà de la Champagne. Si le roi venait à décéder sans héritier ou si l’un de ses

() D’Arbois de Jubainville, ist. des Comtes de Champagne, t. IV, p. 421.

(2) D’Arbois, op. cit., p. 435.

(3) D’Arbois, op. cit., Cat. n° 3679 bis.

(4) D’Arbois, op. cit., Cat. 3697.

(5) D’Arbois, op. cit., IV, p.437, qui cite Mariana : De Rebus hispanicis, XIIL, p. 22.

(6) Le mot ici est significatif et rarement pris dans ce sens, au xme siècle. Il indique bien l'ancienne Lotharingie dont fait évidemment partie le comté de Bar et non pas le duché de Lorraine. Il s’agit des terres dont le comte de Bar avait fait hommage au comte de Champagne comme Belrain, la région extrême de l’Argonne, etc.

successeurs mourait sans enfant, La Mothe reviendrait en franc alleu — comme il l'était jusqu'alors — au comte de Bar (1). En retour, le roi de Navarre, à Bar-sur-Seine, cédait au comte de Bar les fiefs de Gondrecourt et de la châtellenie de Gondrecourt que Jean de Gondrecourt tenait de Champagne, ce que lui-même avait à Neuville et à Baudonvilliers, ce que l’abbaye de Trois-Fontaines y avait, une rente en deniers et en gelines à Eclaires @®). De plus il déclare qu'il ne peut retenir les hommes du comte de Bar à Charmontois ou de l’abbaye de Beaulieu qui viendraient en Champagne (%). D'autre part, il s'engage également à ne retenir aucun des hommes du comte de Bar de Bassigny ou de Lorraine qui se réfugierait dans ses terres (4. Le même mois, en échange des fiefs que les héritiers de Philippe de Nanteuil tenaient de lui à Cheminon, Thiébaut recoit du comte de Champagne les fiefs que Jean de Gondrecourt tenait à Dainville 5) et à Baudonvilliers (6). Enfin Henri s'engageait à ne rien acquérir dans la châtellenie de Ligny, sauf ce que le comte de Champagne possédait à Tréveray et ailleurs de la valeur de douze cents livres (1).

Ce dernier acte va permettre au comte de Bar de récupérer la châtellenie de Ligny et d'effacer ainsi d’un seul coup toute la pénible politique du prédécesseur d'Henri, le résultat d'une longue guerre et l'intervention de Saint Louis. Le comte de Champagne ne le vit pas; il mourut à Pampelune le 22 juillet 1274 (8). Il avait auparavant autorisé Jean de Buzancy en mars (), en août 1270 (10), et en juillet 1274

(1) Orig. A. N. J. 581 n° 2 a été récemment édité par F. Kern. Acta Impertü, Angliae et Franciae, p. 272, n° 304.

(2) Marne, Saint-Menehould, Dommartin.

(3) A. N. J. 911, n° 26; d’Arbois de Jubainville, Hist. des comtes de Champagne, Cat. n° 3741.

(4) D’Arbois, op.cit., Cat. 3739.

(5) Meuse, Commercy, Gondrecourt.

(6) D’Arbois, op. cit. Cat., n° 3740.

(7) B. N. fr. 11853, f° 24 r°

(8) D’Arbois, op. cit., t. IV, p. 437.

(9) B. N., fr. 11853, f° 37 v°.

(10) D’Arbois, op. cit., Cat. n° 3771.

quelques jours avant sa mort (t) à reprendre toute la chàtellenie de Buzancy du comte de Bar. Nous reviendrons ailleurs sur cette importante acquisition.

En conséquence, le 8 septembre 1274, Valeran de Luxembourg, seigneur de Ligny, reprend du comte de Bar en foi et hommage comme de son propre alleu, Ligny et toute la châtellenie, sauf la ligéité du comte de Luxembourg, qui est son prince, et celle du comte de Champagne pour deux cents livres de terre qu'il tient de lui à Tréveray et sauf cent livres de terre qu'il retient pour donner en aumône ou pour vendre. S'il les vend, ces cent livres de terre seront tenues de lui en fief et en arrière fief du comte de Bar; s’il les donne en main-morte, elles seront dans sa garde, laquelle garde sera fief du comte de Bar.

Au cas où Valeran viendrait à mourir sans héritier, le comte de Luxembourg devrait nommer comme propriétaire de la terre de Ligny un de ses gentilshommes qui tiendrait Ligny du comte de Bar @). Le même jour, Valeran garantit le comte de Bar contre toute réclamation qui pourrait surgir à propos de cet hommage . Le comte de Bar paya cette reprise quatre mille livres que les agents de Valeran, Geoffroy d'Esch et Poince Troïesius, reçurent le 18 décembre et dont ils donnèrent quittance (4) ainsi que le seigneur de Ligny 6).

En janvier 1272, le comte de Bar avait conclu avec le comte de Luxembourg un arrangement pour l'étang de Fontoy que le sire de Fontoy (6) devra tenir de Bar, qui le tiendra de Luxembourg, sauf les droits du duc de Lorraine et de l'archevêque de Trêves (7). Le 27 août 1275, le comte de Luxembourg et le comte de Bar déclarent s'accompagner au ban de Bazeilles dont ils rendent ensemble hommage au

B. N., fr. 11853, f° 24 vo,

. N. fr. 11853, f° 48 v°

. N. fr. 11853, f° 48 vo.

N. fr. 11853, fo 54.

Ne 855 054 ; orr., Thionville, chef-lieu de canton, autrefois Audun-le-Roman.

. N. fr. 11853, fo 50.

Chapitre de Metz l‘). Ce sont leurs seules relations durant cette période, jusqu'au jour où le comte de Luxembourg toujours à court d'argent cède, le 23 mai 1277, à Thiébaut, la moitié : du château et de la terre de Conflans et l’avouerie de Jarnisy ?). Le comte de Bar lui rendra hommage pour cette part que tient Jean d'Esch, qui désormais la tiendra du comte de Bar 3).

3. — Cependant une nouvelle guerre avait éclaté entre le duc de Lorraine et l'évêque de Metz. L'occasion en fut la succession du comté de Castres. Le dernier comte de Castres, Renaut, étant mort sans enfant, sa veuve épousa le comte de Salm. L'évêque de Metz, de qui mouvait Castres, consentit à ce qu'Henri en prenne possession, à la condition qu'il s'engagerait à ne jamais le remettre au duc de Lorraine (). Ferry qui convoitait le comté prépara la guerre et tandis que l'évêque de Metz s’assurait le concours de l’évéque de Strasbourg et du comte de Deux-Ponts 6), le duc de Lorraine obtenait celui du seigneur de Commercy, Simon de Sarrebrück, dont les possessions étaient en partie voisines du comté de Castres et qui s’engageait, le 12 juillet 1275, à aider le duc à reprendre ce comté par tous les moyens (6). Jean de Choiseul, vassal du comte de Bar, apporta également à Ferry son concours. Nous n'avons pas beaucoup de renseignements sur cette guerre; les chartes nous permettent pourtant d'y distinguer trois parties. Dans la première, le duc de Lorraine fut battu par le comte de Deux- Ponts et Jean de Choiseul fait prisonnier, car, nous voyons ce dernier obtenir, le 23 juin 1277, du duc de Lorraine, que celui-ci se soumette à l'arbitrage de Jacques de Bayon, seigneur de la Fauche, de Liébaut de Bauffremont, du comte et de

de cette affaire en 1276. A cette épo que, la guerre était commencée depuis au moins l’année précédente.

(6) Dom Calmet, IL, pr., p. 508.

Gérard de Luxembourg et d'Aubert de Parrois pour la fixation de l'indemnité à laquelle Jean a droit pour ses pertes, sa prison et sa rançon « dans la guerre où il fut avec le duc (1) ».

Dans la seconde partie, le duc de Lorraine fut aidé par le comte Henri de Vaudémont. Celui-ci était créancier de l'évêque de Metz et ne pouvait parvenir à recouvrer sa créance. Il s'engagea le 23 janvier 1277 avec ses fils Renaut, Henri et Jacques à mettre toutes ses forces à la disposition du duc de Lorraine. Il promet de continuer la guerre, même si ses créances sont soldées par l'évêché (?). Il semble que le comte de Vaudémont n'ait pas tenu l'engagement d’une façon aussi complète. Nous voyons, en effet, au mois de janvier 1278, le comte de Bar se mettre de la partie. Pour lui-même, il promet de rester neutre et de n’aider ni l’évêque de Metz, ni le comte de Deux-Ponts, ni l’évêque de Strasbourg contre le duc de Lorraine. Si Laurent le met dans l'obligation de l'aider des fiefs tenus de Metz, il aidera le duc des fiefs tenus de Lorraine (3). Mais si Thiébaut ne se jetait pas lui-même dans la guerre, il yenvoyait son fils Henri qui promet d'aider le duc contre tous ses ennemis avec cent chevaliers (4). Ce qui semblerait indiquer que le comte de Vaudémont s'était retiré de la lutte, c'est que Thiébaut de Lorraine, fils aîné du duc Ferry, promet d'aider le comte de Bar avec cent hommes d'armes contre l'évêque de Metz, le comte:de Chiny et le comte de Vaudémont que, sans doute, Laurent la détourné de leurs devoirs envers leur suzerain (5). Le changement de parti du comte de Vaudémont devait être fort récent, car, nous le voyons encore, en août 1277, ordonner à tous les baillis, maires, prévôts, hommes et toutes gens de son comté

de se mettre comme ils le devaient au service du comte de Bar (6).

1) Dom Calmet, II, pr. p. 509.

2) Dom Calmet, IL, pr., p. 508.

3) Dom Calmet, II, pr. p. 508.

4) Dom Calmet, II, pr., p. 509.

5) Inv. de Lorraine, t. 7, layette Lamarche.

6) B.N,., fr. 11853, f° 130 ro.

Le concours que le comte de Bar apportait au duc de Lorraine n'était pas gratuit, puisque le jour même où il le lui apportait, Ferry lui les salines de Château-Salins et tout le fief d'Amélecourt (D. Thiébaut s'engage à verser au duc les revenus de ce fief .. quatre ans, après quoi il les lèvera pour lui ®). Il promet en outre d'aider Ferry par tous les moyens à maintenir leurs droits respectifs sur Salone et Amélecourt G), et de ne retenir à son service aucun des gentilshommes du duc, qui ne doit pas lui non plus retenir les siens (4).

Quant à Henri de Bar, son concours fut payé de façon magnifique par le duc de Lorraine. Le 16 juin, Ferry, qui avait obtenu le 24 mai précédent l'autorisation de son fils aîné Thiébaut 5), cède à Henri la ville et le château de Longwy à tenir en fief de Mathieu de Lorraine, second fils de Ferry (6. En conséquence, le duc ordonne à tous ses vassaux de la châtellenie de Longwy d'entrer dans l’hommage d'Henri (1) et promet d’indemniser le comte de Luxembourg pour ce que celui-ci y possédait (8). On se rappelle, en effet, que Ferry, au début de la guerre de Ligny, avait reconnu tenir de Luxembourg cent livres de terre à Longwy (*. Ainsi cette terre, sortie du Barrois sous le comie Thiébaut 1, y rentrait sans coup férir à titre de fief en attendant qu'elle y revienne en franc alleu en 1292 par rachat (0).

Ce même jour, le 16 juin, le comte et le duc règlent les conditions du mariage de leurs enfants dont l'alliance avait été envisagée au siège d'Épinal. Nous reviendrons plus loin

(1) Meurthe, arrondissement et canton de Château-Salins.

(2) A. M. B. 256, f° 268. B. 379, f° 1; B. N. fr. 11853, f° 267. (3) A. Meurthe-et-Moselle, B. 800, f° 1; A. M. B. 256, fo 269. (4) A. M. B. 256, f° 267.

(5) B:° N: fr. 11853, f°, 269.

(6) B. N. fr. 11853, f° 264.

(7) B. N. fr. 11853, f° 268.

(8) B.N. fr. 11853, f° 269.

(9) Cf. plus haut, p. 360, A. Lesort, Chartes du Clermontois, n° L. (10) Cf. plus bas, Règne de Henri II.

sur ce mariage d’Alix de Bar avec Mathieu de Lorraine qui fut célébré au château de Trognon (!} et dont le comte de Luxembourg se porta pleige (2).

Le duc Ferry fit la paix avec l’évêque de Metz le 24 août 1278, par l'intermédiaire de Gobert d’Apremont et il n’est pas difficilé, au texte du traité, de s’apercevoir que l'évêque de Metz était victorieux puisque Ferry abandonna toutes ses prétentions sauf deux mille livres de rançon que Laurent lui devait pour l'affaire d'Hattigny &®).

Quelque temps après, Laurent partit en Italie, pour y mourir. Son successeur fut Jean de Flandre, fils de Guy de Dampierre et par conséquent neveu du comte de Bar. Jean prit possession de son siège en avril 1280. L'année suivante, nous ne savons à quelle occasion, la guerre éclatait entre les bourgeois de Metz, le duc de Lorraine et le comte de Bar. Le 27 mai 1281, les deux princes s'étaient alliés contre les bourgeois; ils promettaient également de se prêter secours contre l’évêque au cas où celui-ci serait l'agresseur, sauf toutefois à lui envoyer vingt hommes pour les obligations de leurs fiefs(#). La guerre fut courte); Jean de Flandre, n'y ayant pas pris part, intervint comme arbitre. Le 24 juin, il s'engagea à payer trois cents livres pour la rançon des Messins que le comte avait pris, à la condition toutefois que Guy de Dampierre, choisi comme juge, les déclare de bonne prise; Guy aura, en outre, à juger le différend entre la cité et le

(1) 14 juin, Acte du comte de Bar, B. N. fr. 11853, f° 265; 16 juin, Acte de Ferry, B. N. fr. 11853, fo 267 ; 16 juin à Trognon, enregistrement de l'acte par l'official de Verdun, B. N. fr. 11853, f° 269.

(2) 28 avril précédent, N. de Wailly, Not. des mss., t. 28, n°s 189 et

(3) Dom Calmet, I, pr. p. 509-510.

(4) Dom Calmet, Il, pr., p. 518.

(5) Elle était cependant commencée avant ce traité d’alliance ; nous savons, en effet, par les actes qu'il y eut au moins deux grandes batailles, l’une à Marimont où le duc fut vaincu, mais où le comte de Bar n’eut pas part, l’autre aux Genivaux où le duc fut vainqueur et où peut-être Thiébaut assista. Toute cette phase est peu expliquée et peu claire dans J. de Pange, Cat. des Actes de Ferry III, p. 40.

comte ie l'aide de Baudoin d'Avesnes, sire de Beaumont (1). Le 26 juillet, le duc de Lorraine faisait ne la paix avec 7 Messins sans dépens de part et d'autre (2), Le duc de Lorraine avait été aidé dans cette guerre par plusieurs vassaux du comte de Bar, entre autres par Liébaut de Bauffremont et par Jean de Choiseul. Celui-ci avait été pris par les Messins au malheureux combat de Morimont. Le duc de Lorraine s'engagea à payer sa rançon (3) et le comte de Bar fut pleige du duc de Lorraine. En octobre 1283, Jean de Choiseul, que Ferry a payé, décharge le comte de Bar de cette caution(t. Vers le même temps, Ferry s’acquittait aussi de toutes les dettes qu'il avait contractées envers Thiébaut. I lui paya vingt mille livres en quatre ue avril et août 1283, 1° novembre 1285 et 29 mai 1287 5

En 1283, le gendre de Thiébaut, ne de Bourgogne, partit pour la croisade. Durant son absence, il confia la régence du comté à son beau-père. Par un acte daté de Paris le 14 janvier, il enjoint à son sénéchal Fourque de Rigny, à ses baillis, châtelains et prévôts d'aider son père le comte de Bar et son frère Henri de Bar (6). Le 31 mars, en Calabre, il renouvelle le même ordre et déclare que, s’il n’est pas revenu pour la Saint-Jean, on pourra délivrer à sa femme Philippe de Bar son douaire ainsi que le château de Jussey, si elle veut y demeurer(?.

Le comte de Bar profita de la paix avec les bourgeois de Metz pour régler la question des dettes du comte de Vaudémont. Celui-ci avait commis l’imprudence d'engager aux bourgeois d'Epinal, sujets de l’évêque de Metz, sa ville de Châtel-sur-Moselle pour une somme de quatre mille livres. Craignant avec raison que les Messins s’en servent en cas de guerre, le comte de Bar, par l'intermédiaire de son fidèle

(1) N. de Wailly, op. cit., n° 218.

(2) Dom Calmet IL, pr., p. 512.

(3) Dom Calmet II, pr., p. 511 et 512.

(4) N. de Wailly, Not. des mss., t. 28, n° 239. (5) N. de Wailly,op. cit., n°5 235, 237, 249, 268. (6) N. de Wailly, op. cit., n°0 232.

(7) N. de Waiïlly, op. cit., n° 233.

M. Grosoinier pe Marons. 26

lieutenant Asselin de Bouconville, baïlli de Saint-Mihiel, dont nous étudierons bientôt le rôle, racheta Châtel le 26 novembre 1281 (1); il rendit cette ville au comte de Vaudémont qui promit de rembourser les quatre mille livres, dontil donna caution son beau-frère qe de Vergy, et de ne jamais la mettre hors ses mains(*). Le comte de Bar acheva de retirer des mains des nor 2e CAE en avril 1285, les biens du comte de Vaudémont (3) qui le reconnaît (4) et qui reconnaît aussi que Thiébaut et le comte de Salm se sont portés pleiges pour lui de nombreuses sommes dues à Gauceron, Perrin, Huart de Savonnières Ü).

4. — Les affaires de Verdun allaient absorber pendant quelque temps presque toute l’activité du comte de Bar. Une longue vacance du siège avait jeté l'évêché dans l'anarchie. Gérard de Granson qui ne fut évêque que quatre ans — de 1274 à 1278 — avait passé la plus grande partie de son épiscopat hors de son diocèse à servir de négociateur entre le roi des Romains Rodolphe de Habsbourg, son compatriote, et le roi d'Angleterre (6). À sa mort, il ne fut pas pourvu à son remplacement. C’est que personne à Verdun ne tenait à recevoir un maître. La France dont l'influence grandissait dans le Verdunois depuis la mort du dernier comte de Champagne avait de nombreux partisans dans la ville et pour la première fois le comte de Bar, qui venait d'apercevoir dans son vieil allié le roi de France un prochain ennemi, se retournait du côté impérial. Le princier Thomas de Blamont « qui était tout dévoué à son oncle Thiébaut de Bar et que sa charge constituait d'ailleurs le gardien du temporel de l'évêché (7) » était le chef du parti impérial. Il convoitait peut-être déjà

(1) B. N. fr. 11853, f° 132 vo. N. de Wailly, op. cit., n° 222.

(2) B. N. fr. 11853, fo 132, ve.

(3) B. N. fr. 11853, f° 132.

(4) B. N. fr. 11853, fo 132.

(5) B. N. fr. 11853, f° 133.

(6) Ch. Aimond, Les relations de la France et du Verdunois, p. 48-49. (7) Ch. Aimond, op. cit.. p. 63.

LE RÈGNE DE THIÉBAUT DE 1270 a 1291. 403

le siège qu'il obtiendra plus tard (t); en attendant, entreprenant et batailleur, ïil dilapidait les finances de l'évêché (2). Les bourgeois profitaient, eux, de la vacance pour augmenter leurs droits et il se pourrait bien que la rédaction définitive des libertés de la commune datât de ce moment là (). En tous cas ils se faisaient entre eux la guerre. On a souvent narré cette guerre des lignages (4), dont il est impossible de déméler les causes exactes. Le lignage de la Porte et le lignage d’Azanne s’en voulaient à mort depuis que l’un deux avait réussi à faire bannir quelques membres influents de l’autre. Ils en vinrent aux mains avec fureur, les campagnes verdunoises furent ravagées, les abbayes molestées, la justice cessa d’être rendue. C'était l'anarchie partout. Dans cette détresse, on recourut au comte de Bar. Les abbayes les premières donnèrent l’exemple. L'abbaye de Saint-Aïry mit tous ses biens sous sa protection moyennant sept messes du Saint-Esprit chantées de son vivant et un service solennel annuel après sa mort(®). Le 1° septembre 1274, Mathieu, abbé de Saint- Nicolas du Pré(6), met également ses biens sous la garde de Thiébaut auquel pour sa peine, il cède une rente à Bon-

(1) Thomas de Blâmont fut élu évêque en 1303, il mourut en 1305. Aussitôt en possession de son évêché, « l’ancien champion des droits de l'Empire se fit l’allié et l’on peut dire l'agent actif de la France sur les rives de la Meuse ». Ch. Aimond, op. cit., p. 88 et pièces justificatives,

(2) Clouet, Hist. de Verdun, tome II, p. 512.

(3) Clouet, op. cit., tome II, p. 543; Ch. Aiïimond, op. cit., p. 22 et n. 8.

(4) Il faut se rappeler que les lignages verdunois — la même institution se retrouve à Metz — se composent de véritables ( gentes » avec leurs clients et leurs protégés souvent fort nombreux. Ces vieilles familles sont en fait les seules maîtresses de la cité. Verdun en compte trois : la Porte, Azanne et Estouf. Cf. Ch. Aimond, op. cit., p. 23 et 24.

(5) Sans date, cet acte est probablement de la période de la première garde de Verdun en 1257. L'abbé Dude qui le délivre est mort en février 1263, B. N. fr. 11853, fo 164.

(6) Abbaye de chanoines réguliers de Saint-Victor de Paris établie à Verdun par l’évêque Jean d’Apremont un peu avant 1220.

court (1). Le 7 août 1282, l'important monastère de Saint- Paul suit le mouvement. L'abbé Hubert de Brieulles promet de payer pour la garde cinquante sous toulois, maïs cette garde comtale doit cesser dès qu'il y aura un évêque à Verdun(?. Enfin, les bourgeois eux-mêmes se tournent vers le comte de Bar. D'abord individuellement : le 2 mai 1282, le célérier de Saint-Vanne, Guillaume et Monin de la Porte, exécuteurs testamentaires de Thiébaut Lagorge, citain de Verdun, ne pouvant recouvrer certaines créances du défunt, demandent à Thiébaut de faire ce recouvrement moyennant une commission de moitié des sommes soldées par l’ab béde Beaulieu, Rolin de Mercy, Geoffroy d’Autrémont, Thomas d'Auxelle, chanoine de la cathédrale, et d’un tiers sur celles payées par Roger de Mercy et le princier Thomas de Blàmont (*. Ce document prouve, ce que d’autres pièces nous apprendront par ailleurs, que le lignage de la Porte est du parti du comte de Bar; trente ans plus tard la politique des comtes à Verdun s’appuiera sur celui d'Azanne (4). Thiébaut cependant en restait à quelques services privés et n'intervenait pas officiellement à Verdun. C'est que le traité de sauvegarde de 1257 ne lui permettait pas de s'immiscer dans les affaires intérieures de la cité, mais seulement de la secourir en cas de guerre étrangère. Toutefois,. la discorde était si grande et les ravages si profonds que tout le monde s’entendit pour l'appeler à faire cesser la guerre civile. Au mois de mars 1283, le comte prend définitivement en sa garde, conduit et sauvement la communauté et tous les citains de Verdun et des bourgs du . Verdunois, eux et leurs biens comme les hommes de ses propres terres. Il doit aider le « nombre de la citei » ou jurés élus ou n'importe quel «nombre », placé à la tête de Ja ville parla communauté ou par l’évêque, à « amender,

(1) Meuse, arrondissement et canton de Commercy, B. N. fr. 11853, f° 165.

(2) N. de Wailly, Not. des mss., t. 28, n° 227.

(3) N. de Wailly, op. cit., n° 224.

(4) Vers 1315, Cf. Ch. Aimond, Les relations de la France et du Verdunots, p. 95-96.

défaire ou justicier » tous les méfaits et abus et à lever les amendes selon les termes de la lettre de paix de Verdun. S'il advenait un cas non écrit dans la lettre, le comte pourra aider le « nombre » à maintenir l’ordre et à justicier en l'absence de l’évêque. Chaque fois que le nombre ou la communauté l'en requerra, il viendra ou enverra quelqu'un de son conseil, chevalier ou bailli, qui touchera dix sous par jour pour ses déplacements. S'il fallait faire justice par la force, le comte enverrait Philippe, chatelain de Bar, Thierry d'Auxelle, L'Hermite de Stenay et Asselin de Bouconville, bailli de Saint-Mihiel, qui s’entendraient avec le nombre et la communauté sur la justice à rendre et la quantité d'hommes dont on aurait besoin. Pour faire rendre justice par la force, le comte pourra prêter vingt chevaliers, cent hommes armés à cheval et trois cents sergents à pied. Dans ce cas le comte ou les chevaliers toucheront dix sous par jour, les écuyers cinq et les sergents à pied douze deniers. Tous les laïcs de Verdun et des bourgs sont soumis à la paix. En cas d'outrage, de méfaits ou de forfuyance, ils peuvent être poursuivis par le comte, comme les gens de ses propres terres. Ces conventions sont faites nonobstant les droits de l'évêque et les conventions antérieures conclues avec le comte (1). Ce traité ramena la paix à Verdun, toutefois les batailleurs qui avaient déjà été condamnés par les dix-huit jurés du nombre refusèrent de se soumettre une seconde fois et demandèrent un arbitrage (2). Le comte de Bar, ses quatre conseillers, Olry, gardien des Frères mineurs, Demenge, lecteur des Frères prêcheurs et les prud'hommes de la cité confièrent l'instruction et l'enquête à dix lignagers arbitres : Jacque de la Fosse, Richard Gallian, Godard d'Étain, Huart de Moulainville et Pérignon Arnould du lignage d’Azanne, Martin de la Grange, Jacque Chapon, Otton Lepetit, Jacque Lebergier ét Guiot de Neu-

(DB N-Lorr.;, 1936, nf, 4. Édit. Clouet, Hist. de Verdun, t. Il,

(2) Édit. Clouet, loc. cit.

villy du lignage de la Porte. La nomination de ces arbitres fut faite le 4 mars 1283 (1).

Les arbitres ne purent aboutir, pressés qu'ils étaient chacun par leur parti ; ils demandèrent à être déchargés de leurs fonctions qui furent alors confiées à Hugue, bailli de Bar et à frère Nicolas Grossetête, Dominicain à Verdun. Ceux-ci terminèrent leur instruction et rendirent leur sentence le 14 avril 1283, aux termes de laquelle du lignage d’Azanne cinq membres iront en Palestine, à Saint-Jean d'Acre et reviendront quand ils voudront, ramenant pour prouver leur voyage une lettre du Maître de l'Hôpital, du Maître du Temple et du Patriarche de Jérusalem; deux autres feront le même voyage mais ne reviendront qu'un an après, quatre autres iront en Angleterre au tombeau de Saint-Thomas de Canterbury, sept autres iront à Notre- Dame de Boulogne-sur-Mer et trente-sept autres à Notre- Dame de Reims; du lignage de la Porte un. seul ira à Saint-Jean-d'Acre, neuf à « Notre-Dame de Lyon sur le Rhône » (Fourvières) et quatorze à Notre-Dame de Blécourt ®). Le voyage devait commencer le jour de la Nativité de la Vierge (7 septembre) et le comte de Bar devait poursuivre les récalcitrants (®).

Or, le lignage d’Azanne se trouva mécontent du jugement qui frappait surtout ses membres. La guerre recommenca, guerre de rues, cruelle : des mêlées terribles éclatèrent dans la ville, des meurtres furent commis, les citains se tendaient des guet-apens. Nous en avons le récit dans la plainte que le lignage de la Porte adressa au comte de Bar (4). Les Azannes, qui ne niaient pas leurs crimes, répondirent qu'ils avaient été provoqués (). Nous ne savons quelle décision prit le comte de Bar; l'historien de Verdun qui lui est si défavorable — jusqu’à la partialité — Clouet estima qu'il

(1) Édit. Clouet, loc. cit.

(2) Blécourt est célèbre par son pèlerinage où Joinville se rendit avant de partir pour la croisade. Haute-Marne, canton de Joinville.

(3) Clouet, Hist. de Verdun, I, p. 500.

(4) Clouet, op. cit., II, p. 501.

(5) Clouet, op. cit., II, p. 502.

n'était que trop heureux de cette anarchie qui lui permettait de rendre la justice dans le Verdunois à son profit (1). Il serait facile de répondre à cette gratuite injure, que l'argent de la France n'était sans doute pas étranger au maintien de l'anarchie, que Thiébaut semble, au contraire, s'être efforcé d'enrayer. En juillet 1284, un évêque fut nommé à Verdun, c'était Henri de Grandson, frère de Gérard. Celui-ci, pour s'assurer l’aide du comte de Bar, lui abandonna une partie de la vicomté. Le 28 janvier 1286, l'évêque se rendit à Saint- Mihiel où se trouvait Thiébaut et donna au comte le tiers des huit mille livres que lui devait Jacquemin Poujoise bourgeois de Verdun et, en outre, le tiers de tous les « proaiges », profits, émoluments et amendes de justice de la vicomté de Verdun pendant cinq ans. L’évêque ne peut rien lever ni exploiter, que le comte n’en ait le tiers et pour cet accompagnement le comte doit aider l’évêque dans le recouvrement de toutes les sommes dues; si la force est nécessaire, Thiébaut la donnera et les hommes d’armes - seront payés par les coupables (2). Clouet croit qu'il s’agit là d’un projet, mais que la charte ne reçut'pas d'exécution ). Rien ne le prouve; au contraire, un acte sans date que cite Clouet stipule que la commune ayant à lever, déduction faite de la part de l’évêque, une amende de trois mille livres ne pourra rien lever sans le consentement de Thiébaut (4). Fort de l’appui du comte de Bar, Henri de Grandson imposa aux bourgeois une charte de paix le 19 février 1286 et déclara que celui qui recommencerait les querelles serait traité en criminel. Le comte de Bar s’engagea à faire exécuter cette sentence (5). L'évêque Henri mourut bientôt après et l'abbaye de Saint-Paul se hâta de nouveau de se remettre sous la protection du comte de Bar, le 21 août 1286(5). La

(1) Clouet, op. cit., IT, p. 504.

(2) N. de Wailly, Not. des mss.,t. 28, n° 250. 3) Clouet, Hist. de Verdun, IX, p. 504.

4) Clouet, loc. cit.

5) Clouet, op. cit., I. p. 505.

6) N. de Wailly, Not. des mss., t. 28, n° 258,

situation du comte de Bar est donc prépondérante à Verdun, il y possède toutes les prérogatives des vicomtes telles que les ont eues ses ancêtres, le titre seul lui manqua. Cette situation, les comtes de Bar ne la garderont que quelques années seulement ; la puissance avec laquelle Thiébaut, nous l'allons voir, est déjà entré en conflit grandit du côté du Verdunois et le jour n’est pas loin où Philippe/le Bel substituera sa garde à celle du comte (1),

A Toul, l'évêque Gille de Sorcy, protégé du comte de Bar, était mort en septembre 1271. Le duc de Lorraine et le comte de Bar firent, dit Benoit Picart, marcher simultanément leurs troupes contre la ville et campèrent à quelque distance afin d'’influencer l'élection. Le candidat lorrain était Jean de Lorraine-Fontenoy, le candidat du comte était Gautier de Bauffremont. Sur la prière des chanoines, les deux princes retirèrent leurs troupes, mais Jean de Lorraine ayant été élu, les partisans de Gautier avec l’aide des troupes barrisiennes s’emparèrent de Liverdun, Brixey et Maizières. Ces forteresses furent reprises par le duc de Lorraine et sur l'intervention de l'archevêque de Trèves, les deux concurrents en référèrent au pape. Jean de Lorraine mourut en 1278, alors que les pourparlers duraient encore. Les chanoines élurent alors, les uns Jean de Parrois soutenu par le duc de Lorraine, les autres Roger de Mercy, soutenu par le comte de Bar. Le pape Nicolas III cassa les deux élections et nomma un religieux franciscain du couvent de Constance, Conrad le Probe, originaire de Tübingue @).

Conrad se hâta de traiter avec le duc et le comte. Les deux princes s’engagèrent à lui fournir cinq cents hommes d'armes chaque fois qu'il en aurait besoin. Lui-même devait mettre à la disposition du duc et du comte ses vassaux et ses hommes sauf contre l'Empereur, le Pape, le Roi, les évêques de Metz et de Verdun. Tous les autres traités

(1) Cf. plus loin, Règne de Henri II.

(2) B. Picart, Hist. de Toul, 1. 4, c. 20. Clouet, Hist. de Verdun, II, p. 511: S

avec la Lorraine et le Barrois furent renouvelés (1). Ici, l'histoire de Toul devient fort obscure et la chronologie des événements difficile dans Benoit Picart, qui, entre autres bévues, confond Thiébaut de Bar et son fils Henri et les nomme J'un pour l'autre. En 1281, Conrad se rendit à Colmar auprès de l'Empereur Rodolfe et en obtint l'investiture du temporel de son évêché (); revenu à Toul, il voulut punir certains méfaits commis par les bourgeois pendant la vacance du siège et les révolta. Conrad, après avoir mis la ville en interdit, demanda secours au duc de Lorraine et au comte de Bar. Les gens du duc de Lorraine furent battus, l'évêque se retira alors à Liverdun et se prépara à faire le siège de sa ville épiscopale. Le duc de Lorraine et le comte de Bar ayant retiré leurs troupes parce qu'ils en avaient besoin, le siège traîna en longueur et Conrad ne réduisit ses bourgeois qu'avec l’aide de l’évêque de Strasbourg et du princier de Verdun, Thomas de Blâmont, en mai 1285 6). Les documents contemporains ne font mention d'aucun de ces faits. Ils sont autrement éloquents par ailleurs. Il semble bien que ni le duc de Lorraine, ni le comte de Bar n'ait été pressé de réprimer la révolte des bourgeois de Toul et que, désespéré, Conrad s’adressa directement au roi des Romains. Celui-ci ne pouvant rien faire, occupé qu'il était en Bohême, confia la garde de l’évêque de Toul et de son église au roi de France Philippe le Hardi (4. Cet acte, daté d'Haguenau le |

(1) B. Picart, loc. cit.

(2) Chron. de Colmar, an. 1281, citée par Dom Calmet II, pr. p. 409.

(3) B. Picart, op. cit.,.p. 459. — L'abbé Clouet qui, au xix® siècle, a défendu le mouvement communal dans les villes épiscopales de Lorraine, avec la chaleur d’un partisan juge ainsi la démarche du princier : « Un exploit que nos auteurs se gardèrent dé faire célébrer ni par poëte, ni par prosateur fut la folle entreprise du princier Thomas de Blâmont qui, on le dit du moins, alla avec quarante hommes secourir l’évêque de Toul contre ses bourgeois révoltés. Il n'existe pas de traces de ce fait dans nos documents et nous ne le connaissons que par l’histoire de Toul où les circonstances n’en sont pas parfaitement déduites ». Hist. de Verdun II, p. 511.

(4) Regesta Imperü I, t. VI, p. 337.

16 novembre 1281, introduisait les Français à Toul, ils n’en sortiront plus. En effet, Conrad ayant placé le 1°” octobre 1286 sa personne, ses gens et ses terres sous la garde du duc de Lorraine pour trois ans, le roi de France admonesta le duc (1) et le 9 mai 1289, Guillaume de Hangest, baïlli du roi à Chaumont, prit dans la garde royale les possessions de la ville et du chapitre de Toul en decà de la Meuse @); en mai 1290, Guiard de la Porte, successeur de Hangest, y ajoutera Void, Vacon, Rigny, Ourches et Troussey le Grand ). Enfin, le 9 août 1291 le Roi prend le chapitre de Toul sous sa protection (4).

L’imprudent roi des Romains dresse ainsi, inconsciemment, contre le comte de Bar et l'Empire, une puissance qui ne va pas tarder à le supplanter dans l’ouest de la Lotharingie. Le comte de Bar vit le danger; il obtint de Conrad le 9 septembre 1287, la promesse que celui-ci recevrait à Toul et dans tous ses châteaux et villes les gens du Barrois et les laisserait vendre et acheter sans contestation 6). Si nous en croyons Benoit Picart, Thiébaut, dès qu'il connut la démarche de l’évêque, chercha à se venger en obtenant sa destitution. Conrad ayant protesté contre la levée des décimes par Jean, cardinal évêque de Tusculum, dans les diocèses de l'Empire fut excommunié par ce légat en 1287. A quelque temps de là, le comte de Bar ayant enlevé du vin appartenant à l'évêché, Conrad l’admonesta. Thiébaut (Henri,

dit Benoit Picard) se rendit à Toul et dans la cathédrale, le 1° janvier 1288, déclara que l’évêque étant excommunié, il ne reconnaissait que l'autorité du Chapitre. Conrad protesta que son excommunication était nulle, qu’elle n’empéchait pas la condamnation du comte. Thiébaut en appela au pape qui nomma, pour enquêter, l'official et le doyen de Langres.

J. de Pange, Introduction au Catalogue des actes de Ferry LU, e

AN. J1583 n°2:

APN: 583, n° 3.

Ceux-ci levèrent l'interdit qui pesait sur le comte de Bar à condition que Thiébaut se soumette aux juges ecclésiastiques. Thiébaut promit et donna comme caution de sa promesse le sire de Tilchâtel et le sire de Rosay (1). Nous ne savons comment se termina l'affaire; nous ne saurions même dire jusqu'à quel point le récit rapporté par Benoit Picart est vrai. Tout ce que nous pouvons dire, c’est que Conrad se démit de son évêché en 1291 et qu'il mourut en 1296 ()

5. — Par ailleurs, la guerre avait recommencé dans l'évêché de Metz. Jean de Flandre obtint, grâce à l'influence de son père, d'échanger en 1282 le siège de Metz contre celui de Liége. Son successeur fut Bouchard d’Avesnes, fils du comte de Hainaut. Bouchard à peine monté sur le siège épiscopal s'empressa de racheter à la maison de Salm le comté de Castres et de le placer entre les mains du duc de Lorraine 6), avec qui il régla en 1284 toutes les questions que son prédécesseur avait laissées en litige (#. Est-ce ce fait qui détermina la guerre avec le comte de-Bar, comme le veut Meurisse 5), ou l’injure que fit Henri de Bar, en traitant Bouchard de bàätard, comme le veulent les Bénédictins (6? Toujours est-il que les hostilités éclatèrent bientôt et que l’évêque vint assiéger le château barrois de La Chaussée (7. Le duc de Bourgogne et le comte de Hainaut intervinrent et rendirent une sentence arbitrale sur le différend. Bouchard s'engagea à conserver la paix avec le comte de Bar sous peine d’une amende de dix mille livres, dont le duc de Lorraine se porta caution (1).

(1) P. Benoit Picart, Æist. de Toul, p. 461-462.

(2) D’après la chronique de Colmar an. 1287 (Dom Calmet IT pr. p. 409), Conrad aurait été excommunié à Strasbourg et renvoyé dans un couvent par le gardien de son ordre. D’après Hist. ép. Tull., SS. VHI, 646, il aurait démissionné par humilité.

(3) Dom Calmet, livre 24, ch. 135 et 138.

(4) Jean de Pange, Introduction au Cat. des actes de Ferry II, p. 40.

: Meurisse, Histoires des évêques de Metz, p. 480.

) Dom Tabouillot, Hist. de Metz, 1. III, p. 481-482. ) Meuse, Commercy, Vigneulles.

(6 (7 (8) Dom Tabouillot, op. cit., p. 481.

Nous ne savons à quelle date fut signé ce traité que nous n'avons plus, nous savons seulement que les hostilités duraient encore en septembre 1287. Le 24 de ce mois Bouchard, en présence de Guillaume, évêque de Cambrai et de Jean, comte de Hainaut, promet au duc de Lorraine de l'aider et de le secourir, sa vie durant, à grande et à petite force et toutes les fois que ce serait nécessaire contre le comte de Bar et son allié le princier de Verdun, Thomas de Blämont. Bouchard donne au duc dix-huit mille livres tournois en accroissement de fief et comme il ne peut les payer, il lui donne en gage, Rambervillers, Deneuvre et Condé-sur-Moselle avec toutes leurs dépendances (t). Par contre, la paix entre le Barrois et l'évêché était conclue au mois de décembre. Le 5, le comte de Bar donne à Henri de Blâmont quinze cents livres pour indemniser le comte de Linange, le comte de Passaheim et d’autres chevaliers qui l'ont aidé contre l’évêque de Metz (). Sur ces quinze cents livres, le comte de Passaheim en reçoit cinq cents (3). C’est donc, entre la fin septembre et le début de décembre 1287 qu'aurait eu lieu le siège de la Chaussée, si tant est que Ferry de Lorraine y assista aux côtés de Bouchard (#).

Le comte de Luxembourg qui n'avait pas paru dans cette guerre arrangea à ce moment là diverses affaires toujours pendantes entre lui et le comte de Bar. Le 24 septembre 1287, il quitte de nouveau au duc de Lorraine, tout ee qu’il pouvait lui Er pour la cession de Longwy au fils aîné du comte de Bar) et le 9 octobre, le duc de Bourgogne et le comte de Hainaut déclarent qu'ils ont été choisis comme arbitres et qu'ils doivent, avant le 2 février, déterminer la part que le comte de Bar doit encore remettre au comte de Luxembourg sur la succession de leurs frères Henri et

(1) A. M. B. 256, fo 235.

(2) ar de Lorr., t. 2, fo 584.

(3) Inventaire de Lorr., t. 6.

(4) Philippe de Vigneulles (Chr. Messines, éd. Huguenin), p. 34. (5) A. M. B. 256, f° 309.

Renaut(l). Ces affaires ne seront terminées que sous le règne de Henri III et non sans de nouvelles difficultés.

La guerre recommença dans l'évêché de Metz en 1289. Bouchard se croyant assez fort voulut retirer le comté de Castres des mains de Ferry; celui-ci attaqua l'évêché et trouva pour alliés le comte de Bar, l'archevêque de Trèves et Henri de Blâämont 2), tandis que Bouchard ralliait à sa cause l'évèque de Strasbourg et le comte de Salm (3). Bien que les hostilités fussent commencées en février 1289 (4), le 2 octobre Henri de Bar reconnut que par devant lui et l'abbé de Gorze, Renier de Creüe, vassal de son père, est entré dans l’hommage de l'évêque de Metz). Le comte de Bar n'était pas encore entré dans la guerre, sans doute. Ferry et l’archevêque de Trèves avaient, en août et septembre, assiégé Schwarzenberg et le 1‘ octobre ils s'étaient fait battre à Beuvange (6). Le comte de Linange fut fait prisonnier dans le combat. C'est ce fait probablement qui décida l'entrée du comte de Bar en campagne. Mais les prisonniers ayant été rendus le 1°° septembre 1290 (7), le comte de Bar se retira de la lutte. Le 25 septembre, il s'entend avec le comte de Flandre dont il s'était rapproché et qui l'avait aidé dans la guerre contre Metz pour déduire de la somme que Guy de Dampierre lui devait sur les arrérages de ses fiefs en Flandre neuf cent vingt six livres et douze sols tournois, montant des frais de Guy dans la guerre (8).

Le duc de Lorraine oublia de payer le comte de Bar et l'archevêque de Trèves de leurs aides. L'un et l’autre s’alliè-

(1) N. de Wailly, Not. des mss., t. 28, n° 272.

(2) Le traité d'alliance contre Ferry et Henri de Blâämont est du 26 mai 1287. Dom Calmet, t. Il, pr., p. 527.

3; Meurisse, Hist. des évêques de Metz, p. 481. Dom Tabouillot, Hist. de Metz, liv. III, p. 482.

4) Jean de Pange, Introduction au catalogue des actes de Ferry LIT, p. 43.

(5) Marichal, Cart. de Metz, p. 26.

6) Commune Vitry, Lorraine, Thionville, Moyeuvre. (7) Jean de Pange, Introduction au catalogue des Actes de Ferry LIT, p. 44.

8) N. de Wailly, Not. des mss., t. 28, n° 298.

rent le 30 avril 1291 contre Ferry et contre Henri de Luxembourg. Boëmond et Thiébaut doivent s’aider réciproquement de deux cents hommes d’armes dont les dépenses sont à la charge de l'archevêque allant au secours du Barroiïs, jusqu'à Pont-à-Mousson et au comte allant au secours de Trèves jusqu’à Grienberg. Cette alliance ne les empêche pas d'aider le comte de Luxembourg et le duc de Lorraine de vingt hommes pour satisfaire aux obligations de leurs fiefs (4). Le comte de Bar pouvait aussi reprocher au duc de Lorraine d’avoir acquis la suzeraineté de Guichard de Passavant (@) et de Jean de Manonville(3) ses vassaux.

Il n’y eut sans doute pas de guerre; malgré le traité, nous n’en avons pas trace. En revanche, les négociations entre la Lorraine et l'évêché de Metz durèrent longtemps; ouvertes le 6 décembre 1290 par une trêve, continuées par la nomination d’arbitres en présence de l'Empereur Rodolfe à Haguenau le 19 juin 1291, elles ne se terminèrent que le 7 novembre 1291(%). À ce moment là, le comte Thiébaut de Bar n'était plus de ce monde.

B. — La frontière d’Argonne.

1. Les acquisitions de Thiébaut II dans l’Argonne. — 2. Le comté de Grandpré et la châtellenie de Buzancy tombent dans la vassalité du Barrois. — 3. Les premières difficultés avec la France : Montfaucon. — 4. L'affaire de Beaulieu. -- 5. Les enquêtes impériales. — 6. Le comte de Bar se soumet au roi de France.

1. — Il nous faut maintenant revenir en arrière pour étudier la politique du comte de Bar sur la frontière d’Argonne. Il nous a semblé plus commode de réunir en un même chapitre, pour en voir l’ensemble, tous les faits intéressant cette frontière — à partir de 1255 du moins — où la continuité patiente et l'esprit d'entreprise de Thiébaut feront dé-

À. M. B. 228, f° 102. A. Meurthe-et-Moselle B. 340, f° 166. Dom Calmet, Il, pr., p. 531.

Jean de Pange, op. cit., p. 44.

LE RÈGNE DE THIÉBAUT DE 1270 a 1291. 415

border de façon si remarquable le Barrois sur la Champagne, jusqu'au jour où le roi de France venu trop tôt en l'Argonne arrêtera les ambitions du comte, sans lui ravir cependant toutes ses conquêtes.

Les conquêtes du comte provoquèrent un premier conflit en 1258 avec l'archevêque de Reims. Thiébaut I* avait acquis à Beaumont, qui dépendait de l’archevêché, certaines possessions que le châtelain de Stenay administrait au nom du comte. En février 1241, la comtesse Philippe en avait inféodé les fours à Jean de Rethel, sire du Châtelet (1), mais le fils de celui-ci le comte Gaucher de Rethel y avait renoncé en 1252 (2. Thomas de Beaumetz, nommé archevêque de Reims contesta au comté de Bar le tiers de la justice et des chevauchées de Beaumont auxquelles le comte prétendait et déclara que les bateaux qui remontaient la Meuse devaient s'arrêter à Mouzon sur son territoire, ce qui lui rapportait de gros profits. Le comte de Bar produisit contre les prétentions de Thomas de Beaumetz, un témoignage irrévocable, celui de Ducars, bourgeois de Reims, autrefois sergent de Stenay qui déclara, en présence de l'abbé de Beaulieu et de Henri, sire du Bois, que Thiébaut I‘ avait conduit les chevauchées de Beaumont devant le Neufchatel @), devant Aper en Allemagne, dans la terre du comte de Vianden, devant Toul; que le comte Henri les mena devant Pierrepont; que Ducars fût même chargé de les conduire, enfin que les deux comtes avaient le droit de faire décharger les bateaux à Stenay et de prendre les péages à Pouilly (4). Le comte de Bar céda cependant et, l’année suivante, le 15 septembre, il abandonna à l’archevêque la ville de Beaumont pour une durée d’une quinzaine d'années; toutefois si l'archevêque venait à mourir avant l'expiration des quinze ans, le comte de Bar reprendrait immédiatement tous ses droits. La cession est donc personnelle à Thomas de Beaumetz et non à

(1) A. Lesort, Chartes du Clermontois, n° xxi.

(2) A. Lesort, op. cit., n° xxxIv.

(3) Soit Neufchatel en Ardenne, soit Neufchatel devant Metz. (4) A. Lesort, Les Chartes du Clermontois, n° xxxvin.

l’archevêché de Reims. Pour les bateaux, on s’en remettra à l'enquête et à l'arbitrage de Jean de Containg désigné par l'archevêque et de Louis de Rampont désigné par le comte. Les enquêteurs devront entendre vingt témoins eten cas de désaccord, Thomas de Coucy, sire de. Vervins, sera tiers arbitre (1)

En compensation, l'archevêque s’engageait par un premier accord à donner au comte une rente de cent quarante livres annuelles payables à Pâques, rente que le comte tiendra en fief de l'archevêque comme il tenait Beaumont (®) et par un second, il promettait de ne jamais aliéner ni Beaumont, ni Mouzon; s’il le faisait, l'acte qui lui donnait Beaumont pour quinze ans serait nul et il paierait une amende de quinze cents marcs (*. Ces accords furent conclus à Courville K) le 15 septembre 1259, mais ils ne furent ratifiés que le 1% août 1260 et le délai de quinze ans a devait courir que du 1° octobre suivant la ratification 5). En cas de défaillance de l'archevêque, les droits du comte sur Beaumont deviennent immédiatement exigibles.

Le 13 décembre 1257, le comte de Bar avait acheté pour une rente annuelle de treize rez de froment à Garsile de la Ferté EE d'Alice d'Inor à Soupy %), Moulins (1) et Stenay (5). En mars 1259, Baudoin Willequin et sa femme Ide AE à Thiébaut la garde de leurs biens de. Dannevoux et de Malancourt; cette garde appartenait jusque-là à Guy de Sarnay qui approuve l’acte de Baudoin (*)

2.— En 1260, au mois de novembre, le comte de Grandpré renouvelle l'hommage qu'il doit au comte de Bar et fait le dénombrement des biens qu'il tient de lui : Vienne et la chà-

B. a fr. 11853, fo 148 v°.

B. N., fr..11853,.f° 149.

A. CRE Chartes du Clermontois, n° x1.

Marne, Reims, Fismes.

A. Lesort, op. cit., n° xLv.

Soupy, commune d'Autréville et Moulins, Meuse, Montmédy,

. Lesort, op. cit., n° xxxvui.

(7) À (8) B. N., fr,, 11853, fe 173 we.

tellenie (1), Saint-Thomas, Servon (1, les hommes d’Apremont (2), ce qu'il a à Romagne (8), la garde de Bayon (4), les hommes que le sire de Hans () tient de lui, ce qu'il a et ce qu'on tient de lui en l’abbaye et l’avouerie de Montfaucon, sauf les Montignons (6)et la garde de la grange de Cierges (7), ce qu'on tient de Jui à Charpentry 8), ce qu’il a à Montblainville (8), ce qu'Ogier de Dannevoux (9 a acheté à Renard le Verrier de Montzéville (10), ce que ceux de Termes (11) ont au grenier de Hans dont on a fait aumône à Chéhéry (11), ce que Josselin de Gercourt (12) tient à Gussainville (13), Gercourt et Orgeiville (14), ce que Renaut de Frenoy et les enfants de Louppy prétendaient à Josselin, ce que Jacque d'Orne tient à Bourouvre (15) et Ressoncourt (6),

Cette reprise était à peine faite que des dissentiments graves surgirent entre le comte de Grandpré et le comte de Bar, qui ne devaient se terminer qu’en 1266. Les deux comtes se reprochaient mutuellement d’avoir empiété sur les fiefs l’un de l’autre. Tout d’abord. l’abbaye de Belval, dont la justice appartenait au comte de Bar, voulait céder cette justice au comte de Grandpré, suzerain plus facile et moins encombrant (17). De plus l’abbé de Belval et le comte de Bar étaient

1) Marne, Sainte-Menehould, Ville-sur-Tourbe.

2) Ardennes, Vouziers, Grandpré.

3) Meuse, Montmédy, Montfaucon.

4) Commune de Cernay-en-Dormois.

5) Marne, arrondissement et commune Sainte-Menehould.

6) Prévôté de l’Argonne. Cf. Ch. Aimond, Dénombrement, cité p. 65. 7) Meuse, Montmédy, Montfaucon.

8) Meuse, Verdun, Varennes.

(9) Meuse, Montmédy, Montfaucon.

(10) Meuse, Verdun, Charny.

(11) Ardennes, Vouziers, Grandpré, commune de Chatel-Chéhéry. (12) Meuse, Montmédy, Montfaucon.

(13) Meuse, Verdun, Etain.

(14) Auzéville.

(15) Boureuilles, Meuse, Verdun, Varennes, (16) Ecart de Rambucourt, Meuse, Commercy, Saint-Mihiel, B. N., fr. 11853, f° 34.

(17) A. de Barthélemy, Les comtes de Grandpré, p. 35.

M. Grosoioier pe Marons. 21

en désaccord pour l’usage de la forêt et même pour la propriété de cette forêt. Le comte de Grandpré choisi comme arbitre de ce différend le 2 janvier 1262 assigna les parties à comparaître devant lui, le 25 du même mois et l'abbé de Belval supplia le comte de Champagne, protecteur de son man. d'envoyer quelques-uns de ses hommes au jugement (1). Nous n’avons pas la sentence, mais les excellents rapports que le comte de Grandpré entretint par la suite avec l’abbaye, ne laissent guère de doute sur sa teneur. D'un autre côté, le comte de Bar avait reçu, le 24 mars 1260, l'hommage d'Henri de Flassigny (2), vassal du comte de Grandpré qui devient son vassal immédiat pour Chestres (). Les habitants de Vienne, qui, en juin 1257, avaient promis de ne jamais se mettre sous d'autre protection que celle du comte de Bar (4), prêtérent à celui-ci leur concours pendant les hostilités qui furent sans doute peu graves 5). Elles furent longues cependant, et ne prirent fin qu'en septembre 1265 où les deux comtes choisissent comme arbitres de leur différend Anseau de Garlande et Gobert d’Apremont et en cas de désaccord le comte de Loos et Chiny (6). La paix ne fut conclue qu'en mai 1266. Le 18, le comte de Grandpré céda au comte de Bar le fief de Cornay à la condition que le comte de Champagne et Jean de Cornay y consentent (). Nous savons que le comte de Champagne protesta violemment auprès de Saint Louis contre cette acquisition. Cornay — repris de Champagne, : est vrai, — n'en resta pas moins dans le comté de Bar (8. Le 19, le comte de Grandpré

(1) D'Arbois de Jubainville, Hist. des comtes de Champagne, Cat, n° 3257.

(2) Meuse, arrondissement et canton de Montmédy.

(3) Ardennes, arrondissement et canton de Vouziers, B. N., fr. 11853, fo 181.

(4) B. N., Lorr. 261, fo 38.

(3) Le 9 février 1264, Henri de Grandpré promet de ne pas user d représailles envers les hommes de la châtellenie de Vienne qui avaient pris parti pour le comte de Bar, B. N., fr. 11853, f° 36.

(6) N. de Wailly, Not. des mss., t. 28, n° 1,6.

(7) B. N. fr. 11853, f° 34.

(8) CF. précédemment, p. 373 et 377.

reconnaît qu'il doit au comte de Bar pour faits de guerre et dettes payées deux mille livres de provenesiens forts; pour l'acquit de cette er il vend au comte de Bar les fiefs de Montblainville (f)}, Béthincourt @) et Forges 6) pour deux cents livres, pour ne dix-huit cents autres, il cède ce qu'il a à Montfaucon, Romagne et Varennes et met en gage le chàteau et la châtellenie de Vienne, excepté le Donjon (4). C'était véritablement la ruine du comte de Grandpré au profit du comte de Bar. Les choses s’aggraveront encore. Le 26 mai 1266, pressé par ses besoins d'argent, Henri de Grandpré emprunte douze cents livres à Asselin de Bouconville, prévôt de Saint-Mihiel, il doit les rendre avant le ‘1° octobre et en ne as hypothèque ses possessions du ban de Montfaucon (5). Or, Asselin de Bouconville n’est qu’un prête-nom; le DRE banquier, c'est le comte de Bar. En 1267, le 9 août, le comte de Grandpré vend à Asselin le tréfonds du bois de Varennes (6) dont l'usage servira aux habitants de Varennes (6). Le 10 septembre, Henri et sa femme, Isabelle, souscrivent à Asselin une reconnaissance de douze cents livres garantie par Montfaucon et payable à la Saint- Martin. S'ils ne peuvent payer à l'échéance, ils devront un intérêt de deux deniers par livre et par semaine. Le prêteur pourra poursuivre le remboursement quand il voudra. Les débiteurs pd pour caution le comte de Bar, ce qui est assez comique (1). À la même époque, le comte et la comtesse de Grandpré, d'accord avec Thiébaut, nomment Asselin de Bouconvillle et Jean du Châtelet pour estimer la valeur de ce qu'ils possèdent à Montfaucon ).

Certains de ne pouvoir rembourser à Asselin pour le 11 novembre les sommes qu'ils lui devaient, le comte de

(1) Meuse, Verdun, Varennes.

(2) Meuse, Verdun, Charny.

(3) Meuse, Montmédy, Montfaucon.

B. N., fr. 11853, f° 34.

B'N:, fr 11859; 134:

et (3) B. N., fr. 11853, f° 36.

N. de Wailly, Not. des mss., t. 28, n° 115.

N. de Wailly, op. cit., n° 116.

Grandpré et sa femme se décident, avec le consentement de leur fils Henri, à vendre au comte de Bar leurs possessions de Montfaucon qui servaient d’hypothèques à leurs dettes. Le 27 octobre, ils cèdent à Thiébaut tout ce qu'ils ont dans l'abbaye de Montfaucon et dans ses dépendances jusqu'à Romagne, Gesnes (1) et Epinonville (1, c’est-à-dire les hommes, gîtes et charrois en tous profits et en tous usages sans en rien retenir, ainsi que les bichées et les gerbes selon la coutume de Montfaucon, excepté les bichées de Cierges et les hommes que le comte de Grandpré a donnés à Gérard de Termes. Ils vendent aussi les fiefs que Gérard de Louppy tient du sire de Sarnay, les fiefs de Josselin de Gercourt et les menus fiefs qu'ils ont à Montfaucon, sauf ceux tenus par le sire de Sarnay, Baudouin Villequin et Ogier de Dannevoux. Ils vendent encore ce qu'ils ont à Romagne et Montblainville, les bois et les blés de Gesnes, les bichées d’Apremont et une rente de blé à Varennes. Le comte de Bar ne doit pas dépasser Gesnes, Romagne et Epinonwille du côté de Grandpré. La vente est faite moyennant quatre mille deux cents livres tournois payés comptant ().

Le lendemain, 28 octobre, le comte de Grandpré s'engage à ne retenir dans son comté aucun des hommes des terres qu'il vient de vendre au comte de Bar. Thiébaut promet à son tour de ne pas retenir les hommes du comte de Grandpré ().

Le 7 décembre, le fils du comte de Grandpré, Henri de Livry met dans la garde du comte de Bar ses villes de Servon et d'Apremont qu'il met l’une à la loi de Beaumont, l’autre en assises. Les bourgeois seront bourgeois de Thiébaut tant que durera la garde pour laquelle le comte de Bar paiera deux cents livres parisis à Henri et quarante livres de joyaux à sa femme à l'estimation de Garin de Gercourt (4). Au mois de janvier 1268, le seigneur de Livry déclare que les habi-

(1) Meuse, Montmédy, Montfaucon.

(2 B'N°fr. 11853185:

(3) A. Lesort, Chartes du Clermontois, n° ziv. (4) A. Lesort, op. cit., n° Lv.

LE RÈGNE DE THIÉBAUT DE 1270 a 1291. 491

tants d'Apremont, affranchis par lui et quisont sous la garde de Thiébaut, paieront pour cette garde chaque année à la Saint- Martin quatre quartes d'avoine et une poule par feu sauf les possessions de Chéhéry qui ne paieront rien (!). Au mois de mars, Henri déclare que la ville de Servon qui meut du comte de Bar est mise en la garde de celui-ci sans aucune restriction. Thiébaut est chargé de faire observer en tous temps par le sire de Livry les franchises de cette ville dont les bourgeois paieront au comte une rente analogue à celle payée par les bourgeois d'Apremont (2). Le 11 juin, Henri cède au comte de Bar la moitié des revenus du marché, étalage, tonlieu, amendes et forfaits en chemins bornés de Servon (3).

En janvier 1268, le comte de Grandpré met aussi en la garde du comte de Bar, seigneur de Clermont, qui accepte au mois de mars, ses bourgeois de Vienne et de Saint-Thomas qui paieront à Thiébaut un setier d'avoine et une poule par feu à la Saint-Remy (4). L'année suivante, en mars 1269, le comte de Grandpré reconnaîtra qu'il tient Vienne du comte de Bar, que ce château est rendable à tous les besoins, sauf à Thiébaut à le rendre en état quarante jours après qu'il ne lui sera plus utile 5). Le comte de Grandpré fait en outre hommage de Vienne, Servon, Richebois (6) et de la forêt de Serbonne (7.

En mars 1268, le comte de Grandpré donne à une des églises, que le comte de Bar désignera, Bayon ). Le comte de Bar désigna pour cette libéralité l’abbaye de Moiremont. Au mois d'octobre, l'abbé Richard reconnaît que l'hôpital de

(1) B. N., fr. 11853, f° 46.

(2) A. Lesort, op. cit., n° Lvur.

(3) B. N., fr. 11853, fo 37.

(4) A. Lesort, op. cit., n° Lvi et À. de Barthélemy, Les Comtes de Grandpré, p. 40.

(5) B. N., fr. 11853, f° 36.

(6) Cemmune de Servon.

(7) Non identifiée, peut-être Bois de la Gruerie, A. de Barthélemy, op. cit., p. 40.

(8) B. N. fr., 11853, f° 35.

Bayon, dans la garde de Grandpré, dépend souverainement du comte de Bar, qui est seul juge des méfaits que peut commettre le seigneur de Vienne, gardien effectif (1). Le même mois, Richard déclara avoir reçu les lettres d'Henri de Grandpré autorisant Thiébaut à donner Bayon à une église de son que et s’engagea à les montrer quand il en serait besoin (®). On voit par là que Thiébaut essaye par un document oo de faire reconnaître que Moiremont alors en litige avec la Champagne fait effectivement partie du comté de Bar.

. La même année, Thiébaut acquiert en mai la Harazée (3) que le comte de Grandpré lui vend pour cent vingt six livres de fors (#. Au mois de janvier 1269, Henry y ajoutera, moyennant quatre vingts livres, tous les autres fiefs que Jean de la Harazée tient de lui. Quant à la garde d’un an et un jour que Jean doit au château de Vienne, Thiébaut en aura désormais la moitié ®). Le 8 mars 1270, Jean de la Harazée céda lui-même au comte de Bar ses châteaux de Vienne et de la Harazée contre la grange, une terre et deux étangs à Clermont et l'équivalent de la valeur de ce qu'il cède au dire de Jean Rouverel, prévôt de Clermont et de Gautier de Souain (6).

Le 29 novembre 1269, le comte de Grandpré vend à Thiébaut pour cent livres fors de Champagne les fiefs qu'il a donnés à son fils Henri de Livry, c'est-à-dire Servon et les bois qui en dépendent (1), que le sire de Livry s'engage à tenir du comte de Baret pour lesquels il rendra hommage à la mi-carême (8). Enfin se débarrassant définitivement de Vienne et de Saint-Thomas, villes et châteaux avec tous les fiefs et toutes les dépendances, le comte de Grandpré les vend le 16

B.N.'fr., 11853, 137.

B. N. fr., 11853, f° 38.

Commune de Vienne-le-Château.

À. Lesort, Chartes du Clermontois, n° cv.

A. Lesort, op. cit., n° 1x.

B. N. fr., 11853, fo 37. A. Lesort, op. cit., n° Lxv. A. Lesort, op. cit., n° LxiIv.

Page 1