‹ Le Comté de Bar des Origines au Traité de BrugesChapitre 28 sur 57 · NO IS DS MORTE · texte numérisé non relu

NO IS DS MORTE

novembre 1271 pour la somme de treize cent huit livres et demi tournois à Jean Rouverel et Asselin de oi fonctionnaires et prête nom du comte de Bar (1) et il fe ce dernier de vouloir bien approuver la vente (?). |

En dehors du comte de Grandpré, Thiébaut acquiert sur d’autres seigneurs de l’Argonne de nombreux territoires. En octobre 1268, il s'arrange avec les fils d'Étienne du Chesne. L'un d'eux, Renaud de Châtillon-sur-Bar (6) devient, le 28, vassal du comte de Bar et lui promet six semaines de garde au château de Stenay{#), l’autre, Johannet du Chesne(®) quitte au comte toutes les AE Ne qu'il pouvait lui faire moyennant une rente à Mouzay (6). En 1269, l'abbé de la Chalade fait savoir que Louis d’Avocourt (?) a reconnu tenir du comte de Bar son château de Badoncourt (8), le ban de Morneville ($) et ce que Husson de Marre (® tient de lui à Osche (10) et à Esne (11) tandis que cet Husson reconnaît devant Gobert d’Apremont être homme du comte de Bar (2). Au mois de janvier 1270, Geoffroy de Joinville, sire de Braquenay accompagne le comte de Bar dans les revenus d’Apremont près Varennes (13), Le 31 janvier 1271, Asselin de Bouconville achète avec l’assentiment de Thiébaut et probablement pour son compte à l’abbaye de Mouzon des biens à Soiry (14), Autréville (15) Wammes (15) et Luzy (5). — Le 25

(1) A. Lesort, Les chartes du Clermontois, n° Lxx.

(2) A. Lesort. op cit., n° Lxxi.

(3) Ardennes, Vouziers, Le Chesne.

(4) A. Lesort, op. cit., n° Lix.

(5) Ardennes, Vouziers. chef-lieu de canton.

(CLRAN. tr 141189310177:

(7) Meuse, Verdun, Varennes. | (8) Probablement Chattancourt et Montzéville même ae (9) Meuse, Verdun, Charny,

) Meuse, Verdun, Souilly.

) Meuse, Verdun, Varennes. B. N., “"ALLODa 174

) B. N., fr. 11853, f° 173.

13) Delaborde, Jean de Joinville et les seigneurs de Te Cat., ne

(14) Commune d’Inor. Meuse. Montmédy. Stenay.

(15) Wammes, écart de Pouilly, même canton. B. N,., fr. 11853, fo 183.

mars, le comte se fait céder pour les habitants de Sommeilles le droit de passage des bestiaux sur les bois de l'abbaye de Montiers (1). Le même mois, il achète à Guillaume, fils de Udon de Clermont, qui partait pour la croisade, la terre de Trémont (2) pour deux cent soixante livres U). En septembre, il achète à Jean de Savières (4) la terre de Bulainville 6), André de Saint-Phal se porte garant de cette vente (6), En avril 1272, cet achat de Bulainville fut complété par Asselin de Bouconville qui y acquit en son nom les biens que Jean de Saint-Phal, son frère Guillaume, Jean et Marguerite de Puiseaux (1), Gille et Isabelle de Plaix (8) possédaient (9). |

Le comte de Bar ne laisse d’ailleurs rien échapper de ses possessions d’Argonne. Le 11 décembre 1271, Henri de Hans, envers qui Thiébaut s'était porté récemment pleige pour le baiïlli de Sainte-Menehould (10), ayant voulu reprendre cent livres de terre du comté de Champagne, le comte de Bar exigea qu'il en remette ou acquière cent autres sous . Jui (9.

En mars 1273, sous Henri II de Champagne, Thiébaut acquiert la mouvance de l’importante châtellenie de Buzancy (12). Le 25 mars, le comte de Grandpré (H}, puis son

(1) B. N. fr. 11853, fo 88.

(2) Meuse. Bar-le-Duc, Triaucourt.

(3) B.N. fr. 11853, f° 81.

(4) Aube. Arcis. Méry-sur-Seine,

(5) Meuse. Bar-le-Duc. Triaucourt.

(6) A. Lesort, Chartes du Clermontois, n° xx. Saint-Phal. Aube. Troyes. Ervy.

(7; Aube, Troyes. Ewvy.

(8) Commune Viliers-Saint-Georges. Seine-et-Marne ; Provins, chef-lieu de canton.

(9) A. Lesort, op. cit., n° Lxxvi. Le comte de Bar confirme cette vente le 1er mai. A. Lesort, op. cit., Lxxvur.

(10) B. N., fr. 11853, À 175.

(11) A. Lesort, op. cit., n° Lxxir.

(12) Ardennes, Vouziers, Chef-lieu de canton.

(13) D'Arbois de Jubainville, Hist. des comtes de Champagne, Cat. n° 3748.

LE RÈGNE DE THIÉBAUT DE 1270 à 1291. 425

fils aîné, le sire de Livry (1), demandent au roi de Navarre, alors en Champagne, de vouloir bien consentir à ce que Buzancy soit mis sous la suzeraineté du comte de Bar et sans attendre ce consentement, Jean de Grandpré, sire de Buzancy, reconnaît qu'il tient Buzancy et toute la châtellenie en fief de Thiébaut. Il déclare que c’est par le commandement du roi de Navarre qu'il est entré en l'hommage de Bar, cependant il n’a pas encore, dit-il, les lettres qui prouvent ce commandement; dès qu'il les aura, il les remettra au comte de Bar ®. Les lettres dont il s’agit ne furent rédigées qu'en juillet 1274 à Pampelune 6) par Henri de Champagne qui reconnaît que c'est sur son ordre formel que Jean de Buzancy est devenu homme du comte de Bar. Henri avait d’ailleurs déjà donné son consentement le 9 août 1273 (4). Le 30 août 1275, Jean qui avait un pressant besoin d'argent emprunta quatre cents livres au comte de Rethel et à Pricart de Reims sur les revenus de Buzancy, mais, il déclare qu'il a l’autorisation du comte de Bar de qui meut le fief (5).

3. — Les acquisitions du comte de Bar dans l'Argonne allaient bientôt soulever la question des frontières de l'Empire, sur laquelle les historiens modernes ont beaucoup écrit sans se mettre entièrement d'accord. En réalité, la lutte n’éclate nullement entre l'Empire intéressé directement pourtant et la France, mais bien entre le roi de France devenu comte de Champagne et le comte de Bar. L'empereur n'apparaît guère, et quelquefois contre son vassal, c’est-à-dire contre ses propres intérêts et quand enfin il soutiendra le comte de Bar, il s’en tiendra à de platoniques enquêtes sans action véritable. Contre l’ambitieux roi de France, celui qu'on a a appelé « l’'ambitieux » comte de Bar est bien seul; il se

(1) D’Arbois de Jubainville, op. cit., Cat. n° 3749.

(2) B. N., fr.11853,f°37.

(3) B. N., fr. 11853, 1°24.

(4) D’Arbois de Jubainville, Histoire des comtes de Champagne, Cat. n° 3171, sous réserve de la faculté de rachat.

(5) B.N., fr. 11853, f° 38.

défendra néanmoins énergiquement et en attaquant souvent. Les historiens ne lui ont guère rendu justice, surtout ceux de son pays (1). , k

En fait durant lés premières années de son règne, le comte de Bar avait tenu fort peu compte de l'Empire; il s'était battu contre Guillaume de Hollande, il avait soutenu les évêques contre les villes fidèles à Frédéric II. On ne voit pas qu'il se soit prononcé pour ou contre Alphonse de Castille et Richard de Cornouaille. Il se trouvait au concile de Lyon qui sanctionna l'élection de Rodolfe de Habsbourg avec lequel il était depuis longtemps en relations puisqu’en juillet 1265 le comte et le futur roi des Romains s'étaient promis d’unir leurs enfants (2). La mort seule empêcha Yolande de Bar d’épouser Albert d'Autriche.

La première fois que le comte de Bar et le roi de France entrèrent en conflit, ce fut à propos de Montfaucon. Montfaucon dont dépendaient Romagne, Gesnes, Epinonville, Ivoiry, Septsarges, Cuisy et Gercourt Ë) était une ancienne abbaye du diocèse de Reims transformée en collégiale, dont le prévôt était de droit archidiacre de Verdun pour l’Argonne. Le territoire de la collégiale, dépendant spirituellement de Reims, était cependant situé dans l’Empire et dans le temporel de l'évêché de Verdun. L'évêque de Verdun, suzerain, en avait donné à une époque quil est impossible de préciser, l’avouerie au comte de Grandpré qui la reprenait en fief de l'évêché (4).

Nous avons vu qu'en novembre 1260, le comte de Grandpré avait repris cette avouerie du comte de Bar et qu'en 1267, il la lui avait vendue. Avoué de Montfaucon, le comte de Bar

(1) Clouet, Hist. de Verdun, t, HE, ch. 1, est particulièrement agressif contre le comte de Bar et se plaint même de la patience du roi de France, L'abbé Ch. Aimond, Les relations dé la France et du Verdunois, iv. Ier, ch. 1, n’est pas tendre non plus pour le comte de Bar. M. Lemaire, Hist. de Beaulieu, est beaucoup plus juste.

(2) Cf. plus loin. 6

(3) Tous ces villages du canton de Montfaucon. Ivoiry est un écart d'Epinonville.

(4) Ch. Aimond, Les relations de la France et du. Verdunois, p. 42.

se hâta de prendre possession de sa fonction en établissant près de la collégiale un prévôt et un clerc; mais les chanoines qui n'avaient point été consultés et qui, sans doute, trouvaient plus dangereux le comte de Bar que le besogneux comte de Grandpré expulsèrent les deux agents et démolirent la maison du clerc (1), puis, craignant la vengeance de

Thiébaut, ils appelèrent le roi de France. Le 3 janvier 1273, ils signèrent à Paris avec le roi Philippe un traité de pariage. : Le roi devenait co-seigneur de Montfaucon et des sept villages et y levait la moitié de ses droits féodaux (2). Contre ce fait, le comte de Bar ne protesta pas — immédiatement du moins — il n'aurait d’ailleurs été soutenu ni par l'évêché tenu alors par le débile Olry de Sarnay, ni par l'autorité impériale, puisque Rodolfe de Habsbourg n'était pas encore élu. Du moins, il poursuivit devant le parlementde Paris les chanoines de Montfaucon à cause des injures faites à son

prévôt et de la démolition de la maison de son clerc. Le

parlement de février 1275 lui donna gain de cause et ordonna au baiïlli du Vermandois de saisir les meubles et immeubles

de Guy, ancien prévôt de Montfaucon, jusqu'à ce que les dommages faits à Remy, clerc du comte de Bar, aient été payés ().

Dans l'intervalle, Rodolfe de Habsbourg avait été élu à l'Empire et dans les premiers mois de son règne ses rapports avec le roi de France furent si tendus que l’on put craindre la guerre (4). Il ne semble pas cependant, comme l’affirme M. Zeller, que le comte de Bar en eût appelé à l'Empereur contre le roi de France dans l'affaire de Montfaucon 6), ni que Rodolfe de Habsbourg soit venu avec une armée pour détruire

(1) Clouet, Hist de Verdun, t. II, p. 486; Ch. Aimond, op. cit., p. 43.

(2) A. Giry, Documents sur les relations de la royauté avec les villes,

(3) Comte Beugnot, Olim, t. II, p. 57, n° xm; Boutaric, Actes du Parlement de Paris, t. I, 1961.

(4) Ch. V. Langlois, Philippe III, p. 84; O. Redlich, Rüdolf von Habsbourg, p. 489.

(5) Zeller, t. VI. p. 195.

le château élevé par Philippe de France dans cette ville (1) Aucun texte diplomatique, aucune chronique n’appuient ces deux assertions (2). D'ailleurs le pariage du roi avec Montfaucon s’il génait le comte de Bar ne lésait en rien les droits souverains de l'Empire. En octobre 1275, les deux monarques étaient réconciliés (3) et il semble bien que le roi de France avait déjà renoncé au traité de pariage (4). En revanche, le roi des Romains lui avait, en février 1276, en la garde de l’abbaye d'Orval qu'il ne pouvait défendre (®), C'était un coup direct porté au comte de Bar et au vassal de celui-ci, le comte de Chiny.

Contre Montfaucon et contre Orval, le comte de Bar se fit justice lui-même. Thiébaut enleva aux chanoines différents biens meubles, les chanoines en appelèrent au Parlement de Paris. Pour ménager le comte de Bar, le comte de Nevers (6, dont Thiébaut était vassal pour ses terres de Puisaye, demanda en octobre 1278 au roi de France la permission de juger le procès dans sa cour de Nevers (7). Nous ignorons malheureusement ce qu'il en advint. Quant à Orval, Thiébaut dût se venger en ravageant les terres de l’abbaye, car, le 7 août1280, Adam, abbé d'Orval, quitte au comte de Bar tous les dommages que celui-ci avait faits au

(1) Zeller, Hist. d'Allemagne, t, VI, p 196.

(2) Cf. la critique dans Ch. Aimond, Les relations de la France et du Verdunois, p. 46; Zeller s'appuie sur un passage de la Chron. de Limoges (Dom Bouquet, XXI, p. 779) « Quoddam castrum regis Franciae quod in feodo Imperatoris dicebatur esse destruxit et magnam stragem hominum ibidem fecit, ut dicebatur ». Ce texte unique d’ailleurs très vague et qui ne rapporte qu'un on-dit ne cite nullement Montfaucon. Le fait, s’il a eu lieu, a pu aussi biense passer sur les frontiéres de la Provence et de la Bourgogne que sur celles de la Lorraine.

(3) Ch. Aimond, op. cit., p.46.

(4) J. Havet, La frontière d'Empire, p. 10 et sq.

(5) P. Goffinet, Cart. d'Orval, p. 489. Regesta imperü, VI, n° 511. Cf. Langlois, Philippe III, p. 84.

(6) C'était alors Robert de Flandre.

(7) Orig. A. Meurthe-et-Moselle, B. 527, n° 14; Cf. Ch. Aimond, op. cit., p. 90.

monastère moyennant une rente à Ville Issey (1) et à Boncourt (1).

En vue de son procès, sans doute, le comte de Bar fit faire une enquête pour déterminer ses droits sur l’avouerie de Montfaucon. On entendit le comte de Grandpré, qui avait alors soixante ans, Alardin de Buron, Jean de Terron, Gérard de Grandpré, Milon Pinchier de Buzancy, Gérard et Geoffroy de Landres, Gautant de Vienne, Jean de Senlis. Ils déclarèrent que l’avouerie de Montfaucon avait appartenu au comte de Grandpré qui l'avait rendue au comte de Bar et qu'elle comprenait les droits de gîte à Cuisy, Septsarges, Épinonville, Drillancourt (2), Ivoiry, Gercourt et Gesnes. Le comte de Grandpré déclarait en outre que lui et ses prédécesseurs tenaient Vienne en hommage de Bar, hommage rendu au comte Henri à Varennes en présence de Baudoin d'Autry, Garnier de Challerange et Jean de Cornay, à la comtesse Philippe à Clermont en présence du comte de Rethel, des châtelains de Bar et de Mousson, à Thiébaut à Stenay en présence de Pierre de Bretagne, de Thomas de Couey et de Jean de Dreux ®.

En même temps le comte de Bar avait attaqué devant le Parlement de Paris, l’ancien prévôt royal de Montfaucon, alors maire de Cernay en Dormois et réclamait une enquête sur les actes de celui-ci. Le Parlement de la Pentecôte 1281 déclara que le comte de Bar ni personne d'autre ne serait entendu sur cette affaire et renvoya le maire de Cernay des fins de la poursuite, comme ayant été déjà soumis à deux enquêtes sur des faits qui remon-

taient à 1273 (4).

(1) Meuse, arrondissement et canton de Commercy. — Arch. M. Affaires étrangères, Corr. Lorr., I, n° 26. — Gallia Christiana, XI, p. 629.

(2) Écart de Gercourt.

(3) Nous n'avons plus malheureusement que des fragments de cette enquête contenus dans une notice du xvme siècle. B. N. Coll. Moreau, 203, f° 140. L'auteur de cette notice, le chanoine Derosne, la place en 1279, elle est peut-être un peu antérieure à cette date.

(4) Comte Beugnot, Olim, t. II, p. 170, n° xv.

De son côté, le roi de France fit dresser la liste des empiétements qu’il reprochait au comte de Bar : Thiébaut a fait entrer dans son hommage Jean de Buzancy pour Buzancy et la châtellenie qui avaient toujours été fiefs de Champagne, il a mis en sa main Romagne, les rives de l'Andon (!) et des biens vers Stenay que le comte de Grandpré tenait de Champagne, il a accepté l'hommage de deux vassaux de Grandpré : Ogier de Dannevoux et Josselin de Gercourt, il a pris en sa garde les abbayes champenoises de Vieux Montiers en Argonne et de Moiremont. Ces fiefs qu'il a acquis de Champagne, il les avoue de l'Empire, il avoue également de l'Empire tout ce qu'il tient au Royaume et en deçà de la Meuse, enfin il attire à sa Cour de Saint-Mihiel dans l'Empire tous les procès de Ja châtellenie de Buzancy et des autres fiefs de Champagne. Cette plainte du roi de France est faite sur un ton très amer (2).

Ce document, pas plus que l'enquête du comte de Bar sur Montfaucon, n’est daté(3).. Vraisemblablement, il est des environs de 1280 où les rapports sont très tendus entre la France et le Barrois. D'ailleurs, c'est sans doute pour y répondre que, le 8 avril 1281, le comte de Bar fit promettre au comte de Grandpré et à ses fils Henri et Jean de Buzancy de ne jamais se défaire, sans son autorisation, des châtellenies de Grandpré et de Manre(#), de n’en rien vendre au roi de France, ni au comte de Champagne, de ne pas mettre la châtellenie de Manre hors de la garde de l'archevêque de Reims. En garantie de cette promesse le comte de Grandpré engageait ses terres de Manre et celle de son fils Henri à :

(1) L'Andon prend sa source à Montfaucon et se jette dans la Meuse en face de Dun, arrosant Cierges, Romagne, Bantheville, Aincreville et les deux Clery. Canton de Montfaucon et de Dun.

(2) A. N. J., 582, n° 38. Edit. A. Longnon, Documents. de Champagne, t. I, p.417. :

(3) M. Longnon dans l'édition attribue le document à 1280, mais dans l'introduction du volume, p. xxxvui, il revient sur cette date et déclare que la plainté du roi pourrait être du règne de Philippe le Bel.

(4) Ardennes, Vouziers,; Monthois.

Varennes (1). Le comte de Grandpré promettait de faire ratifier ces engagements par l'archevêque de Reims(?) ainsi:que la vente de l'hommage de Buzancy (3). Le 24 avril, Henri, fils du comte de Grandpré, reconnaît que le prêt de mille livres tournois qu'Asselin de Bouconville a consenti à sa famille est garanti par les revenus de la châtellenie de Manre à raison de deux cents livres par an pendant cinq ans. S'il manquait de payer la somme promise, il devrait, à la requête du comte de Bar, se rendre prisonnier à Saint-Mihiel jusqu’à ce qu'Asselin eût reçu satisfaction (4). Le 21 juin, Jean de Buzancy échange avec le comte de Bar ses possessions de Saulmory ©), Montigny 5), Sassey (5) et les bois de Boulain () contre des terres que désigneront Jean le Hideux et Husson, bailli de Bar(6). Plus au nord, Ermengarde de Chardeny (?) reconnaissait devant l'abbé de Mouzon et l’official de Stenay qu'elle rentrait dans l'hommage du comte de Bar moyennant des rentes à Stenay et Mouzay (8).

Ces acquisitions inquiétaient directement l’archevêché de Reims. Aussi le Parlement de novembre 1281 déclare qu'il a été accordé par tout le conseil qu’on ne souffrira pas que le comte de Bar fasse des prises dans le Royaume et qu’on les conduise dans l’Empire, et qu'il est ordonné que les prises que celui-ci a faites dans le Royaume contre l'archevêque de Reims soient rendues et payées (9).

La tension entre la France et Bar semble s'être ensuite relâchée momentanément. Peut-être Rodolfe de Habsbourg

1)B. N. Lorr. 208, n° 7. N. de Wailly, Not. des mss., t. 28, n° 213. F. Kern, Acta Angliae, etc., n° 305.

(2) N. de Wailly, op. cit., n° 214. Kern, op. cit., n° 306.

3) N. de Wailly, op. cit., n° 215.

4\ N. de Wailly, op. cit., n° 216.

(5) Meuse, De Dun. dE écart de Wiseppe, canton de Stenay.

6) A. Lesort, Chartes du Clermontois, n° 1xxxiv.

(7; Ardennes, Vouziers, Machault.

(8) A. Lesort, op. cit., n° Lxxxvi.

9) Comte Beugnot, Olim, t. II, p. 195, n° 25. E. Ress Actes du Parlement de Paris, t. 1, 2395. l

qui venait de confier, le 16 novembre 1281, la garde de Toul au roi de France, donna-t-il quelques conseils de prudence au comte de Bar? Peut-être aussi leroi de France ou son filsle comte de Champagne renoncèrent-t-ils uninstant à poursuivre leur établissement dans l’Argonne? Le comte de Bar reçut le 1% mai 1281, l'hommage qui lui était dû pour Bulainville par Jean, fils de Roland de Belrain (1) et c'est le prévôt de la collégiale de Montfaucon qui confirme l'acte 2); le 23 octobre 1282, le prévôt de Montfaucon confirme également l'hommage de Nicolas de Cumières pour Julvécourt{?), Osches(), Rampont(3)}, Ville-sur-Cousance(3}, Jubécourt (), Saint- Jean 5) et Ippécourt(6). La collégiale n’est donc pas en mauvais termes avec lui. |

Par contre, un léger conflit — mais qui aurait pu avoir sur le commerce du Barrois une répercussion considérable — éclata entre l'administration de la Champagne et Thiébaut. Jean de Buzancy avait emprunté aux foires de Troyes à plusieurs marchands florentins une somme de mille livres tournois qu'il devait payer à Pâques. La somme n'ayant pas été payée à l'échéance, Jean de Braine et Jean Nicolas, citains de Troyes, gardiens des foires de Champagne, intentèrent un procès à Jean de Buzancy. Sur leur requête, le comte de Bar saisit le château de Buzancy, mais il s’en tint là. Les biens de Jean ne furent pas vendus, les marchands florentins ne furent pas payés, les gens du seigneur de Buzancy qui s'étaient opposés à la saisie ne furent pas mis en prison champenoise comme on le devait. En conséquence, en juin 1282, les gardiens des foires somment de nouveau le comte de Bar de faire rendre justice aux Florentins, faute de quoi ils interdiront à tous les justiciables de Thiébaut l'accès des foires de Champagne (1).

1) A. Lesort, Chartes du Clermontois, n° Lxxxui.

(2) 6 septembre, A. Lesort, op. cit., n° Lxxxv.

3\ Meuse, Verdun, Souilly.

(4) Meuse, Verdun, Clermont.

5) Ecart d’Ippécourt. |

(6) Meuse, Bar-le-Duc, Triaucourt, A, Lesort, ep. cit., n° Lxxxix. 7) A. Lesort, op. cit.,n° Lxxxvnr.

Nous ne savons si le comte de Bar força Jean de Buzaney à s'acquitter de sa dette. Jean semble être demeuré en bons termes avec son suzerain. Le 23 mai 1284, Jean le Hideux et le prévôt de Bar ayant déposé leur rapport sur les terres que Thiébaut devait céder, aux termes du traité du 21 juin 1281, en échange de Saulmory, Montigny et Sassey, le comte de Bar donne au sire de Buzancy la ville de Tailly (1) et une rente sur les moulins de Romagne 2). L'année suivante, le 17 mars, Jean de Buzancy affranchit la ville de Tailly, il met les bourgeois sous la garde du comte qui lui promet que nul homme de Buzancy ne pourra s'y établir sans que Jean y ait donné son consentement ().

L'apaisement du conflit entre la France et Bar dura jusqu'en 1284. Nous voyons, en effet, en décembre 1283, le comte de Bar à Paris assister au jugement du Parlement de Paris qui condamne Charles d'Anjou, roi des Deux Siciles (4). É

En 1284, les relations se tendirent de nouveau. Le roi de France prit dans sa garde l’abbaye de Chéhéry 5), voisine de Montfaucon, tandis que le comte de Bar réclamait à la collégiale le paiement des droits qu'il devait lever comme avoué à Montfaucon et dans les sept villages en dépendant. Le 28 août 1284, les deux parties décident de s'en remettre à un arbitrage; la collégiale désigne Adam de Thourotte, écolâtre de Reims, le comte désigne Rouin de Passy. Mathieu, abbé de Saint-Denis et Humbert de Beaujeu-Montpensier, connétable de France, nomment le tiers arbitre Gérard, abbé de Saint-Benigne de Dijon (6).

C'est en cette même année qu'éclata la première grosse difficulté entre Philippe le Bel, alors comte de Champagne

) Ardennes, Vouziers, Buzancy.

) A. Lesort, Chartes du Clermontois, n° xcu.

\ A. Lesort, op. cit., n° xcv.

4) E. Boutaric, Actes du Parlement de Paris, n° 547. ) Ardennes, Vouziers, Grandpré. Ch. Aimond, Les relations de la France et du Verdunois, p. 47.

(6) A: Lesort, op. cit., n° xciv. Grospiniëer DE MATOS. 28

et roi de Navarre et Thiébaut. Au dire du comte de Champagne, Thiébaut retenait le juif Hacquin, sa femme et ses enfants et se refusait à les mettre en liberté. Philippe prétendait qu'Hacquin était champenois et le 28 décembre 1284, il obligea le comte de Bar à le relâcher (t). Il semble bien que le comte de Champagne avait tort; Hacquin était originaire de Foug et par conséquent sujet du Barrois, il avait prêté jadis une forte somme au duc de Lorraine et il avait déclaré le 16 juin 1278, devant le comte de Bar, que Ferry la lui avait entièrement payée ?). Malgré son bon droit et le traité qui défendait aux souverains de Champagne et du Barrois de se retenir leurs juifs, Thiébaut céda.

Le 24 avril 1284, le comte de Bar arrangea diverses affaires avec Henri de Hans. Thiébaut accorde à Henri la remanance des hommes qui iront s'établir à Vienne-le- Château, Servon et Saint-Thomas, mais le comte de Bar aura celle des hommes qui iront s'établir à Hans. De plus, le comte de Bar dispense Henri, en considération des services que lui avait rendus son père, d'acheter cent livres de fiefs auquel il s'était obligé, on s'en souvient, quand le comte l'avait autorisé à devenir le vassal du roi de Navarre 3), le 10 décembre 1271 (#. En septembre, Ansaut de Garlande, seigneur de Tournan ) se déclare vassal du comte de Bar pour ses possessions d’Argonne à Brieulles (f), Vernancourt (7) et Rancourt (8) sauf celles qu’il tient du chapitre de Montfaucon (9).

4. — Philippe le Bel, devenu en août 1284, comte de Champagne par son mariage avec Jeanne de Navarre (0),

(1) A. Meurthe et Moselle. B. 439,f: 107. Cf. Ch. Aimond, op. cit, p. 51. (2) N. de Wailly, Not. des mss., t. 28, n°s 184 et 191.

{3) A. de Barthélemy. Les Comtes de Grandpré, p. 78.

) Seine-et-Marne, Melun, chef-lieu de canton.

) Meuse, Montmédy, Dun.

) Marne, Vitry-le-François, Heiltz-le- pe

) Meuse, Bar-le-Duc, Revigny.

) À. Lesort, Chartes du Clermontois, n° xcvi.

0) D'Arbois de Jubainville, Hist: des comtes de Champagne, t. IV,

monta quelque mois après sur le trône de France. L'union définitive de la Champagne au royaume devait amener la défaite du comte de Bar. Or, tous les épisodes de la lutte de 1285 à 1301 sont concentrés autour de l'affaire de Beaulieu. La situation de Beaulieu était plus complexe encore que celle de Monfaucon. Car, si le territoire de la collégiale appartenait incontestablement à l'Empire, le territoire de Beaulieu était à cheval entre l'Empire et la France. Les dépendances de l’abbaye : Lavoye, Fleury, Brizeaux, Foucaucourt et Evres étaient du spirituel et du temporel de Verdun; par contre le sud-ouest du comté de Beaulieu, le Chemin, Eclaires, Triaucourt, Charmontois, Pretz et Sommaisne appartenaient au diocèse de Châlons et à la Champagne (1).

Nous avons vu que la garde du monastère Saint-Maurice de Beaulieu, fondé dans la première moitié du vu siècle par Saint- Rouin, avait été donnée vers 1180 au comte Henri I° de Bar par l’évêque de Verdun Arnould. Aux termes mêmes de ce traité, le comte de Bar tient en sa garde tous les biens meubles et immeubles de l’abbaye, ainsi que les hommes qui y demeurent et les «chasés » qui tiennent les bénéfices du monastère. Il n'est stipulé aucune redevance en faveur du gardien ®). Durant un siècle, cette garde n'avait donné lieu à aucune difficulté; Thiébaut II lui-même avait avancé de l'argent aux moines de Beaulieu pour payer leurs créanciers, les héritiers de Watrin de Montfaucon, en mars 1258 %). Les droits du comte de Bar étaient même si évidents, que le premier acte d’hostilité commis par le comte de Champagne après l'affaire de Ligny fut l'envahissement et le sac de. Beaulieu situé sur sa frontière. Thiébaut, au procès de 1268, s’en plaignit au roi de France; il est vrai que le comte de Champagne déclara, pour ne pas payer les dommages, que l’abbaye n’était pas en la garde du comte de Bar, mais en celle de l’évêque de Verdun (). C'était là subtilité de procé-

(1) Cf. Ch. Aimond. Les relations de la France et du Verdunois, p- 36-37.

(2) Cf. plus haut, p. 190.

(3) B. N, fr., 11853, fo 175 vo.

dure; le droit de garde de l’évêque de Verdun suzerain ne réduisait en rien le droit de garde du comte vassal. Thiébaut mit une garnison dans le monastère et l’entoura de palissades (1).

Dès que Philippe le Bel fut parvenu au trône de France, les moines de Beaulieu se placèrent sous sa garde et lui demandèrent un sergent. Quelle fut la raison de cet acte d'hostilité envers le comte de Bar? Les textes ne nous disent pas que le comte eut méfait: Il est fort possible, comme le suppose Clouet, que le roi de France soit le seul coupable, et que ses intrigues, ou tout au moins celle de ses agents en Champagne, aient dicté aux moines leur résolution (2).

Thiébaut agit avec une grande énergie. Le 29 septembre 1286, il fit opérer par ses prévôts et officiers de justice aidés d'une troupe de quarante hommes la saisie des biens du monastère malgré l'opposition du sergent du roi, Jean de Passavant (3). Les moines introduisirent une action devant le Parlement de Paris et le roi assigna le comte de Bar à comparaître devant une commission d'enquête envoyée à Sainte-Menehould pour instruire cette affaire. Thiébaut ne répondit pas, mais, Le 26 février 1287, il envahit une seconde fois le comté de Beaulieu, mit le siège devant le monastère qu’il emporta après neuf jours de blocus, ravagea les villages, vida les étangs après les avoir pêchés, enfin au mois d'avril il s'empara du trésor et des archives del’église Saint-Maurice. Ses troupes restèrent à Beaulieu jusqu’à l’Assomption. Au moment des vendanges, Thiébaut fit saisir entre les mains du sergent royal Renaud Goussard la récolte des moines dans leurs vignobles d’Ancerville.

Cependant la commission de Sainte-Menehould poursuivait son enquête, malgré le défaut du comte de Bar auquel

(1) J. Havet, La frontière d'Empire, p. 16 et 31.

(2) Clouet, Hist. de Verdun, II, p. 3 et sq; Dom Calmet, II, ch. 329; Lemaire, Hist. de Beaulieu, p. 39 et 208; Ch. Aimond, Les relations de la France et du Verdunois, p. 58, ne se prononcent pas sur les causes de la guerre entre le comte et l’abbaye.

(3) Parlement de la Pentecôte, 1290 ;.L. Delisle, Restitution d’un volume des Olim, n° 144.

le roi avait écrit pour l’amener à négocier et la terminait avant le mois de mai 1287. Le Parlement de la Pentecôte, jugeant sur les interrogatoires de cette enquête, déclara que le monastère de Beaulieu « était dans la garde spéciale du comte de Champagne et dans la garde générale du roi de France »(1) parce qu'il était situé dans les limites de la Champagne et par conséquent dans la limite du Royaume de France (?).

Le comte de Bar se décida à comparaître au Parlement de la Toussaint, mais ce fut pour déclarer simplement qu'il consentait à répondre devant la Cour du roi de toutes les possessions qu'il tenait du comte de Champagne dans le comté de Champagne &!. Il ne parlait pas de Beaulieu et « son silence était évidemment un refus de reconnaître la sauvegarde royale et une protestation contre l'arrêt qui étendait jusqu'à l'abbaye les limites de la Champagne et de la

France ». (4).

Philippe le Bel plaça à Beaulieu un autre sergent nommé Philippe d'Auteuil et fit fortifier le monastère 5) Le comte de Bar s'en vengea en ravageant de nouveau en 1288 les terres de l’abbaye et en conduisant son butin à Saint-Mihiel (6), puis il en appela à l'évêché de Verdun de qui il tenait la

garde de Beaulieu.

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