Le 19 février 12881), à Saint-Mihiel, le comte réu
(1) Arrêt du Parlement de la Pentecôte 1294. L. Delisle, Restitution d'un volume des Olim, n° 847.
(2) L. Delisle, op. cit., n° 642 & Visa informatione facta super hoc visum est Concilio quod sit de garda speciali comitis Campanie, et de garda seu custodia generali Domini Regis et quod sit infra punctos seu terminos comitatus Campanie et infra terminos regni Francie et de regno ».
(3) Comte Beugnot, Olim, t. II, p. 265. — E. Boutaric, Actes du Parlement de Paris, t. I, n° 2604.
(4) Ch. Aimond, Les Relations de la France et du Verdunois, p. 60.
. (5) Avec un mur de pierres défendu par quatre tours. Enquête de 1288 (Havet, p. 31), 15° témoin.
(6) Lemaire, Histoire de Beaulieu, p. 221.
(7) Le document est daté du vendredi après les Bures 1288 (anc. st.), M. Lemaire l’a ramené au nouveau style (p. 212). Par contre Havet,
Heller, Redlich, les Rudulfi Constitutiones (M. G. Const. III. n° 408) et
nit un certain nombre de seigneurs du Barrois et du Verdunois pour leur demander leur avis. Il y avait là le comte de Vaudémont, son principal vassal, Geoffroy d’Apremont, sire de Commercy, Henri de Blâmont et son frère le princier Thomas de Verdun, le châtelain Philippe de Bar, Jean de Cons, Philippe et Eudes de Sorcy, Gérard de Louppy (1), le fidèle Hugue d’Auxelle, seigneur d’Avillers, Pierre de Bauffremont, seigneur de Bulgnéville et trois des pairs de l'évêché de Verdun : Jean de Muraut, Robert de Watronville et Renier de Creüe. Outre ces quinze personnages qui mirent leurs scels au procès-verbal de la réunion, il y avait quelques autres chevaliers présents : Thomas de Louvency, Jean de Rosnes, Mathieu de Noviant, Renaut de Mandres, Olry de Champlon, Eudes de Pierrepont, Gautier d’Apremont, Milon de Cousance, Simon de Rampont, Jean et Foulque de Morey.
Le comte leur exposa les entreprises du roi de France sur Beaulieu; le roi lui a envoyé « ses commendemens et ses sergens pour justicier et pour sergenter en ladite abbaye »; malgré ses injonctions, Philippe ne veut pas retirer ses gens de ces lieux. Le roi d'Allemagne le priant de l’informer de ce qui s’est passé, Thiébaut demande à ses conseillers ce qu'il doit faire. Ceux-ci, après avoir attesté que Beaulieu fait partie de l'Allemagne, conseillent au comte de Bar d'informer le roi d'Allemagne de ce qui se passe « porce que lediz roi d'Allemaine ou autres roys ou empereurs qui après luy pourront venir n'en puissent repenre le dit comte ny ses hoirs ».
Le sire de Bauffremont, sénéchal du comté, qui n'avait pu se trouver à la réunion donne par la suite un avis semblable et ajoute son scel à celui de ses pairs (À).
Le 3 mars 1288, le comte de Bar soumit la même requête
Ch. Aimond, p. 62, n. 2, lui conservent la date de 1288. Les événements qui suivent, rendent, en effet, absolument impossible la date en 1289.
(1) Louppy-sur-Loison arrondissement de Montmédy et non Louppy-le- Château, arrondissement de Bar.
(2) Dom Calmet, Il, pr., p. 525. — M. G. Const. III, n° 408.
au Chapitre de la cathédrale de Verdun, administrateur de l'évêché alors vacant. Devant l'assemblée réunie dans la salle capitulaire sous la présidence du princier Thomas de Blämont, le comte de Bar exposa de nouveau la main-mise du roi de France sur Beaulieu, déclarant en particulier que le roi ne voulait pas rendre Beaulieu à moins que lui, comte de Bar, ne reconnaisse la juridiction du Parlement de Paris. En conséquence, le siège de Verdun étant vacant, il demandait au chapitre d'apporter un remède à la situation. Procèsverbal de cette démarche du comte de Bar fut dressé par l'abbé de Saint-Nicolas-des-Prés, le prieur des Frères-Précheurs, le gardien des Mineurs, le prieur de Saint-Paul et le seigneur d'Apremont \!!.
Muni de la requête du comte de Bar, Thomas de Blämont par l'intermédiaire de son frère Henri, s’adressa au roi des Romains (?, auprès duquel Thiébaut avait déjà porté plainte ©. Rodolfe de Habsbourg qui, dans toute cetteaffaire, avait agi avec grande mollesse (), se décida enfin à intervenir et répondit de Kybourg le 19 avril 1288 à Thomas de Blâämont, promettant d'envoyer trois enquêteurs pour vérifier les faits contenus dans la plainte du princier 5). Ces trois enquêteurs étaient Anselme de Parroye, chanoine de Liége, Hermann de Ratzenhausen et Eberard de Lansberg qui arrivèrent à Verdun le 14 mai. Durant 12 jours — jusqu'au 25 mai — ils interrogèrent tous les gens susceptibles de leur apporter quelques lumières sur l'affaire de Beaulieu, sur celle de Montfaucon et d’une façon générale sur la question de la frontière d’Argonne (6).
1) Orig. A. Meurthe-et-Moselle, B. 527, n° 11. Dom Calmet, II, pr. p. 525.
2) D’après la réponse de l’empereur citée note 5.
3) Regesta Imp. VI, n° 2136. Cf. Bergengrün, Die politischen Beziehungen zwischen F. und D. unter Albrecht Ier, p. 3. Derichsweiïller Geschichte Lothringens I, p. 145.
4) J. Heller, D. und. F. bis zum Tode Rudolfs von Habsbourg,
(5) Dom Calmet, Il, pr., p. 529, Regesta Imp. IV, n° 2252.
6) Voici la bibliographie de cette enquête : A. Meurthe-et-Moselle, B.
Quatre vingt-quatre témoins : chevaliers, clercs ou bourgeois défilèrent devant les enquêteurs (1). MM. Havet et Ch.
527, n° 15 (original). B. N. Coll. Lorr. 719, fo 22 à 27 (copie xive siècle, Carl. de Bar). Édit. J. Havet, La frontière d'Empire dans l'Argonne, Paris, Champion, 1881, in-8° (Extr. Bibl. École des Chartes, XLII (1881), p. 383-428). Nous citons toujours le tirage à part.
(1) Bien que la question ait été étudiée plusieurs fois et le document publié, il nous paraît intéressant de donner ici la liste des témoins (le n° indique l’ordre du témoignage). Trente-sept appartiennent à la noblesse, vingt-quatre sont des bourgeois et vingt-trois des ecclésiastiques. À vrai dire, il n'y a que seize témoignages importants, les autres ne sont que des confirmations. Parmi les ecclésiastiques le 12" témoin est Jean, prieur de Dieu-en-Souvienne, prêtre de l’ordre du Val-des-Ecoliers (1), dont la longue déposition est corroborée par celle de Gautier de Foug, chapelain de l’évêque de Toul et de Hans qui ajoute une observation relative à la levée des vingtièmes à Beaulieu et à Montfaucon (2). Roger, abbé de la Chalade de l'ordre de Citeaux dépose aussi longuement et se trouve confirmé par les moines de son abbaye, Jacque, Martin, Jean de Roye, Estève de Bar tous prêtres (11/14); longue déposition également d’AÆerbert, abbé de Saint-Paul de Verdun de l'ordre de Prémontré (21), de frère Dominique prieur des frères Prêcheurs de Verdun (47), de Thiébaut, prêtre et doyen de Bar (61), dépositions moins importantes de Pierre, prieur de Beauchamp de l'ordre du Val-des-Ecoliers (40), confirmée par ses moines Richard, Jean et Ogier (41/43), de Nicolas Verdu-" nots, chancelier de la Madeleine de Verdun (48), confirmée par Nicole de Clostre, prêtre (49), de Richard, prévôt de la Madeleine confirmée par Renard, archidiacre de Verdun, Jacque de Bourmont et Thomas de Saint- Mihiel, tous chanoines de Verdun (55/57), de Hugue, curé de Rembercourt (58) confirmée par Nicolas, curé d’Auzéville (59), enfin de Nicolas de Belrain, chancelier de Verdun (66). Les principaux témoignages des nobles sont ceux de Eudes de Sorcy (3) confirmé par Philippe de Sorcy, Gille de Longchamp, Hugue Boudes, Jean de Muraut, Jacque de Rampont, Thierry‘de Neuville (4/9), Witier de Neuville (46), Jean de Beauzée (60), puis de Milon voué de Menoncourt en la terre de Beaulieu et homme de l’abbaye (15) que confirment Estevenin de Cumières, Husson de Marre, Simonin de Mognéville, Jacquemin d’Avocourt, Jacoumés, fils de L'Hermitte de Stenay (16/20), de Jean de Rosnes (22) confirmé par Baudouin et Hugue de Noyers, Guillaume et Savary de Belrain, Gérard de Louppy, Renier de Crèue, Philippe chatelain de Bar, Olry de Champlon, Raoul d’'Hannonville (23/31), ces deux derniers insistent sur la frontière de la Biesme et sont à leur tour confirmés par Dagard de Damloup, Husson de Saint-André, Geoffroy de Neuville, Hazard de Stenay, Ogier de Dan. nevoux (32/36), Robert de Watronville (37) qui ajoute une noté relative . aux plaids de Beaulieu tenus à Saint-Mihiel, note vérifiée par Erard de
Aimond ont analysé tous ces témoignages el nous ne pourrons ici que les répéter (1). Notons du moins les principaux faits produits à l'enquête. Une question identique fut posée aux témoins. € Où le roi de France est-il entré dans l’empire d'Allemagne par ses sergents? » A quoi, les témoins répondirent que les empiètements de la France avaient eu lieu à Montfaucon et à Beaulieu.
Pour prouver que Montfaucon a toujours fait partie de l'Empire les témoins déclarent qu'aucun roi de France n'y a jamais exercé d'autorité (?), « que ce lieu n'avait pas contribué aux décimes levés exclusivement en territoire français » ®), que le culte avait continué d'y être célébré quand l'interdit était jeté sur le Royaume (4). Le prévôt de Montfaucon était vassal de l’évêque de Verdun qui, en cas de vacance de la prévôté, la gérait lui-même 6), le donjon de Montfaucon était ei de l'évêque à qui seul le prévôt devait remettre les clefs (6). Ce donjon avait été, après sa destruc-
Béthincourt et Guillaume le Moine de Villers (38/39), de Hugue Beckar de Maizey (50) confirmé par Jacque le Périer, Nicolas de Cumières et Albert d'Orne (51/53). Parmi les bourgeois, il faut noter le long témoignage de Richard le Grenetier, citain de Verdun (44) que confirment dixneuf citains de la même ville : Pierre Benite, Gosson de Saulx, Goilard d'Etain, Jacque le Buon, Richier de Metz, Geoffroy Heicelon, Gautier Pognon, Pérignon Arnquld, Jacque le Hongrois, Jacquemin Chinon, Guyot de Neuilly, Jean Chapon, Jenesson Migaud, Jacque le Berger, Nicolas Baudesson, Henriet d’Arnaville, Nicolas Galiand, Jacquemès Aulrion, Erard du Mont-Saint-Vannes. Tous ceux-ci sont compris dans le n° 45 ce qui explique la note de Ch. Aimond, Les relations de la France et du Verdunois, p. 63, n° 8 : « Havet (La frontière d'Empire, p. 6) parle de 84 témoins, alors que le texte de l'enquête ne rapporte que 66 témoignages ». Enfin, les témoignages de Hubert Journée, bourgeois de Verdun (62) et de Rousset de Chatencourt (63) confirmés par les deux frères Bertinnat et Colin de Bethincourt (64/65).
(1) Havet, op. cit, p. 11 à 27; Ch. Aïmond, op. cit., p. 63/64 et passim.
(2) Témoins. 1, 3, 10, 21, 14, 58, 61.
(3) Témoins, 1, 2, 10, 47, 48.
) Témoin, 1 } Témoins, 62, 63.
(4 (5 (6) Témoins, 21, 56.
tion par le comte de Grandpré entre 1255 et 1270, rebâti aux frais de l’évêque (1). Enfin les citains de Montfaucon devaient payer chaque année une somme d'argent pour la garde du château de Verdun et la réfection des murailles de cette ville moyennant quoi ils pouvaient en devenir bourgeois quand il leur plaisait (2).
Beaulieu a toujours été également de l'Empire (), le roi de France n’y ayant jamais exercé aucune autorité; le comte de Bar qui en était gardien, avait le droit de fortifier l'abbaye et de s'en servir dans ses guerres contre la Champagne 4); cette garde il la tenait en fief de l'évêque de Verdun qui la tenait de l'Empire (5); l'abbé avait d’ailleurs toujours reconnu la juridiction du comte de Bar et avait souvent plaidé devant la cour de Saint-Mihiel (6 ; l'abbé de Beaulieu, ajoutait Jean de Bourmont, chanoine de Verdun, avait en 1287 envoyé un clerc au concile national d’Allemagne à Würtzbourg (1). Enfin, deux des arguments produits pour Montfaucon étaient reproduits pour Beaulieu, celui de l'exemption des décimes (8) et celui de la contribution à la garde et à la réfection des murailles de Verdun (®).
Un autre argument produit, dont M. Havet a discuté la valeur (10), c'est que Beaulieu était situé sur la rive droite de la Biesme qui marquait alors la frontière entre l'Empire et la France. La question de la Biesme sort de l'histoire du comté de Bar, puisque Thiébaut par le comté de Grandpré, par les terres de Hans, par la fidélité que lui doit le comte de Rethel l’a depuis longtemps traversée du côté de la France. Cependant les témoins apportent quelques préci-
1) Témoins, 59, 62, 65, 66.
2) Témoin, 44.
(3) Témoins, 3, 15, 21, 40, 44, 47, 58.
(4) Témoins, 1, 3, 10, 15, 58, 61, 63.
5) Témoins, 3, 61.
6) Témoins, 18, 22, 37, 42, 47, 58, 61.
(7) Témoin, 56.
(8) Témoins, 1, 2, 10, 47, 48, 58.
(9) Témoin, 44.
(10) Beaulieu est situé au sud des sources de la Biesme, toutefois le
sions qui ne sont pas sans intérêt. Tout homme qui quitte l'Empire pour s'établir de l’autre côté de la rivière perd sa remanance, c'est-à-dire ses biens meubles et immeubles (1) ce que le comte de Bar confirme en 1243 dans l’affranchissement de Varennes (®). On ne pouvait conduire les prises faites sur une rive de l’autre côté et l’abbaye de la Chalade dut renoncer à transporter chez elle des animaux saisis sur la rive gauche en punition cependant d’un délit(3). Sur la rive gauche, la coutume de France interdisait les guerres privées et remettait le soin de poursuivre les coupables au seigneur justicier tandis que la coutume germanique maintenait sur la rive droite le « Droit du poing » en vertu duquel chacun pouvait se faire justice lui-même(#. Les ordonnances des rois de France n'étaient nullement applicables sur la rive droite 6), ni leur justice, puisque Saint Louis ayant été saisi de la plainte de l’évêque de Metz attaqué dans l'Argonne par les gens du comte de Bar refusa de poursuivre, parce que son enquêteur découvrit que l'affaire avait eu lieu au delà de la Biesme vers Verdun (6). Philippe le Bel, moins scrupuleux, poursuivra jusqu’à Verdun un marchand qui, malgré l'interdiction, avait exporté des laines hors du royaume (1). Enfin les témoins ajoutent que les droits de pêche (8) et les ponts ‘étaient partagés par moitié entre les riverains et que pour plaider les procès entre ces mêmes riverains des tribunaux internationaux appelés
cours général de la rivière est à quelque distance à l’ouest du méridien de Beaulieu. Cf. Havet, op. cit., p. 13-14.
1) Témoins, 3, 22, 30, 50, 60, 61.
} Dom Calmet, IL, pr., p. 458.
) Témoin, 10.
) Témoin, 15.
) Témoin, 3, 15, 22, 44, 50 6) Témoin, 1.
7) Témoin, 44. — Sur cette affaire. Cf. Ch. Aimond, Les relations de la France et du Verdunois, p. 61.
(8) Témoin, 40.
(9) Témoin, 1.
ns
« marches d’estaulx » se tenaient au milieu du pont de Verdunois ‘1).
Le roi des Romains, en possession de l'enquête, dès la fin du mois de mai, la confirma seulement le 12 octobre : « Ne voulant pas que l'enquête faite soit vouée à l'oubli, mais qu'elle demeure perpétuellement en mémoire, nous approuvons l'enquête même annexée à cette lettre, nous la ratifions et la confirmons par le témoignage des présentes (?) ». « Cette approbation officielle, dit M. Havet, fut à peu près tout ce que le comte de Bar obtint de Rodolfe & ». Du moins, Thiébaut en garda précieusement l'original dans ses archives et le trésor de Lorraine l’a fait parvenir jusqu'à nous (4).
6. — L'année suivante, le comte de Bar fut de nouveau convoqué à Paris devant le Parlement de la Pentecôte pour y répondre des dommages causés à l’abbaye de Beaulieu, que le roi de France, sans souci des platoniques protestations du roi des Romains, avait définitivement admise dans son Royaume (). Thiébaut ne comparut pas et fut condamné. Les moines réclamaient dix sept mille livres; le Parlement estima que les dommages montaient seulement à douze mille neuf cent vingt livres et que les religieux en ayant déjà récupéré trois mille, il restait au comte à payer neuf mille neuf cent vingt livres (6).
Le comte de Bar comprit alors que le roi des Romains était incapable de le soutenir contre le roi de France. Thiébaut avait toujours été bon diplomate; il voulait bien combattre, mais non pas se laisser écraser. Il vit le danger
(1) Témoin, 1, 10, 21, 30, 44, 47. Cf. Ch. Aimond, op. cit., p. 17; Havet, op. cit., p. 19.
(2) J. Havet, op. cit., p. 6. « Unde nolentes dicta inquisitio facta oblivioni daretur, sed perpetuo in memoria haberetur, ipsam inquisitionem huic littere approbavimus, ratificavimus et testimomio péecentium confirmavimus ». Regesta Imp., VI, n° 2252.
(3) J. Havet, op. cit., p. 7.
(4) J. Havet, op. cit., p. 7 et 23.
(5) Ch. Aimond, Les relations de la France et du Verdunois, p. 65.
(6) L. Delisle, Essai de restitution, n° 744.
et puisque celui qui aurait dû prendre sa place dans une affaire où les frontières de l'Empire était en jeu se dérobait, il céda dans une lutte désormais trop inégale et se tourna vers la France. Il supplia « petiit et supplicavit » le roi de réformer le jugement de mai 1290. Le roi approuva sa € supplication » au Parlement de la Chandeleur et le jour de la Mi-carême 1291, déclara que le jugement prononcé par sa Cour l'avait été par erreur et n'avait aucune valeur ({).
Le revirement de Philippe IV a paru bizarre. L'abbé Clouet — dont on ne s'explique pas la partialité française contre le comte de Bar — après avoir déclaré que « les condamnations semblaient méritées » ajoute que « le roi avait peur de la dangereuse maison de Bar derrière laquelle, il entrevoyait l’appui de l’Empire et même celui de l’Angleterre : de sorte qu'il suffit à notre comte de quelques révérences au roi pour que celui-ci retirât son arrêt (2) ». Les faits et les actes parlent autrement : nous venons de voir quelle sorte d'appui le comte reçut de Rodolfe. Quant à l'Angleterre, nous ne voyons pas encore trace de son influence dans le comté de Bar.
Le chanoine Aimond a vu juste au contraire : « Il suffira de remarquer ici, dit-il, que le roi de France avait toujours considéré la question de l'indemnité à payer comme secondaire, tandis qu'il tenait essentiellement à ce que le comte de Bar reconnût la compétence du Parlement dans le règlement de cette affaire. Si Thiébaut avait été condamné en 1290, c'est parce qu'il avait refusé de comparaître. En 1291, au contraire, il prenait devant la Cour l'attitude d’un suppliant. Ainsi le roi satisfait de cette reconnaissance de ses droits et désormais gardien incontesté de Beaulieu, consentait à ne plus parler pour l'instant de la question d’indemnité. Il ne la posera de nouveau
(1) L. Delisle, op. cit., n° 788.
(2) Clouet, Histoire de Verdun, II, p. 16. L'abbé Clouet traite longuement de l'affaire de Beaulieu, l'erreur qu’il a commise en ramenant au style de Pâques les consultations du comte de Bar au début de 1288 a vicié toute son exposition.
qu'au jour prochain où le comte de Bar essaiera de reprendre une attitude indépendante et hostile (1) ».