C. — La croisade de Henri III. Ses donations
1. Croisade et mort du comte de Bar. — 2, Ses enfants. 3. Ses donations.
1. — Un des articles du traité de Bruges exigeait le départ du comte de Bar pour Chypre avant la Noël. Henri ne se pressa pas de partir. Le 28 octobre, son ancien adversaire le connétable de Champagne, Gaucher de Châtillon ayant épousé Helisende de Vergy, héritière de Vaudémont, le supplia d'accepter son fils Henri comme comte de Vau-
Le roi avait déjà au mois de septembre 1304 remis Gondrecourt entre les mains de Thiébaut de Bar.
(1) Ch. Aimond, Les relations de la France et du Verdunois, p. 81, note 4.
(2) Lemaire, Recherches historiques sur l'abbaye de Beaulieu, p. 237 et sq.
(3) Le roi avait déjà donné l'ordre en février 1311 au bailli de Vermandois d'informer sur le retard apporté par le comte de Bar à régler sa dette. B. N. Lorr.. 719, f° 192 et 202. Edit. A. Lemaire, op. cit., p. 232 et
(4) B. N. fr. 18864, f° 35 et sq. Duchesne, op. cit., p. 45 ; Lemaire, op. cit., p. 236. Orig., A. Chantilly, édit., A. Lesort, Les Chartes du Cler-
montois, n° cCxx.
démont et de lui donner l'investiture de tous les fiefs qu'il doit tenir de Bar (). Le 15 mars 1302, il reçoit l'hommage de Jacques, bailli de Bar, pour les fiefs de Bourmont et de Vrainville ®), le 4 juin, celui de son frère Érard pour la part d'héritage qui lui revenait 8); le 23 juin il fait une donation à l’abbaye de Lisle-en-Barrois (4), enfin, en juillet, il quitte à Jean de Ménil un fief à Sampigny contre des biens à Woincourt, Sarney, Seigneulles et Menil 6).
Ce n'est donc pas avant le mois de juillet 1302 qu'Henri se mit en route. Avant de partir, il confia la garde de son comté et de son fils mineur à ses deux frères Thiébaut et Renaud, à Thiébaut archidiacre de la Rivière à Verdun, à Pierre de Bulgnéville et à Geoffroy de Neuville (6). Entre temps, Charles de Valois avait entrepris une campagne en Italie pour arracher la Toscane aux Gibelins et surtout la Sicile à Frédéric d'Aragon (1. Les besoins de Charles étaient si pressants qu'Henri n'eut sans doute pas de peine à obtenir d'accomplir sa croisade dans les rangs de l’armée française. Il partit donc en Italie (8). Fut-il blessé dans une bataille ou frappé par le climat qui décimait l’armée du frère de Philippe le Bel? l'oujours est-il qu'il mourut à Naples en septembre, deux mois après son départ du Barrois.
Le Guellard des Armoises (9 qui assista le comte à ses derniers moments se hâta de courir en Angleterre annoncer
PATNESTEeOL 1, n°0227:
(2) B. N. Lorr., 982, fo 26.
(3) B. N. fr. 11853, f° 111. A. M. B. 255, f° 367. 4) A. M. H. Cart de Lisle.
B. N. Lorr., 7-1° 8, f° 7.
) Clouet, Hist. de Verdun, II, p. 55.
) Ch.-V. Langlois dans Hist. de Fr. Lavisse, t. III, 2e p., p. 293.
(8) Presque tous les historiens du Barrois ont admis le voyage en Terre-Sainte du comte Henri. D’après eux, il serait mort sur le chemin du retour. Cela ne concorde guère avec les événements en Italie et le temps très court qui sépare le départ du comte de sa mort.
(9) Nicolas le Guellard fils de Baudouin Dagars. Cf. H. Vincent, Mém. soc. arch. Lorr., XXVIL p. 205.
la nouvelle au roi Édouard. Celui-ci, gardien des biens de ses petits-enfants, par une lettre datée de Westminster, le 13 octobre, ordonnait à tous les comtes, barons, chevaliers, clercs, escuyers, séneschaux, baillis, prévôts, sergents et à tout le peuple du comté de Bar d'obéir aux gardiens qu'Henri avait institués avant son départ, Thiébaut de Bar, trésorier d'Évreux, Thiébaut archidiacre de la Rivière, Pierre de Bauffrémont, seigneur de Bulgnéville et Geoffroy le Rointe de Neuville, de leur prêter foi et service comme aux enfants du comte (1).
L'intervention du roi d'Angleterre n'avait rien que de très naturelle; elle ne fut pas acceptée, les gardiens nommés par le comte Henri furent évincés et Jean de Bar, aidé — les deux premières années du moins — par son frère Renaut, évêque de Metz, prit le pouvoir ), avec le titre de « maimbour de la comté ». À qui faut-il attribuer ce changement ? Il nous semble que Clouet s’est trompé en attribuant leur nomination au roi de France (3). Philippe le Bel n'avait aucun droit pour faire cette nomination, et nous ne voyons pas qu'il ait pu invoquer son titre de suzerain qui ne s'étendait, somme toute, que sur une petite partie du comté. Il était en fort bons termes avec Thiébaut de Bar à qui il inféodera bientôt Conflans, la Marche et Châtillon, tandis qu’au contraire, un certain froid existait entre lui et Renaud, Philippe le Bel mettra tout en œuvre pour faire cesser ce froid et c'est précisément Thiébaut de Bar, le tuteur évincé, qui les rapprochera, en septembre 1304 et qui, pour prix de ce service, recevra le château de Gondrecourt (4. Nous croyons
(1) Dom Calmet, II, pr., p. 556. Rymer, Fœdera, II, 909.
(2) Renaud paraît avec son frère dans les premiers actes jusqu’en
(3) Clouet, Hist. de Verdun, IL, p. 56.
(4) Philippe le Bel tint essentiellement à contracter une alliance avec l'évêque de Metz, comme l’attestent les deux actes de septembre 1304 qui donnent les châteaux de Gondrecourt, Conflans, La Marche et Châtillon à Thiébaut (par tel condition que si ledit’évêque et Jean de Bar obtiennent dans la Saint-André prochaine que l’évêque de Metz leur frère soit allié
dudit roi » Cf. Dom Calmet, II, p.428 et 429. Inv. de Lorr., t. 6, f° 565.
donc que le chanoine Aimond s’avance trop, quand, à la suite de Clouet, il cite le changement des tuteurs du jeune Edouard comme preuve de la grande influence du roi dans le Barrois (1). Il n’est toutefois pas impossible que Philippe ait aidé à la chose en prêtant à Jean son appui. Cependant comme Jean était l’ainé des oncles d'Edouard — et le fs préféré de Jeanne de Touey — et que Renaud était le second, la tutelle du comté leur revenait légitimement, sans qu'il soit besoin d'aller chercher d’autres causes.
2. — Nous ne reviendrons pas ici sur le mariage du comte Henri avec Eléonore d'Angleterre. Cette princesse effacée n'apparaît nulle part dans les actes du comte. Elle était morte avant son mari. Moreri, qui n'indique aucune source, place sa mort en 1298; ce qui est probablement exact (). Elle laissait deux enfants : Edouard qui succéda à son père au comté de Bar et Jeanne. Les deux entants furent, à ce qu'il semble par leur mariage, éloignés l’un et l’autre du Barrois. Tandis que Jeanne de Toucy, probablement avec l’aide de Philippe le Bel, emmenait son petit fils à Paris pour être élevé à la cour du roi de France, Jeanne s’en allait à Londres auprès de son grand'père maternel.
Edouard devait contracter à la cour de France un brillant mariage. En 1310, à l’âge de quinze ans, il épousait Marie de Bourgogne, fille de Robert II duc de Bourgogne et petite fille de Saint Louis, par sa mère Agnès de France. Edouard fut ainsi le beau frère des deux rois de France, Louis le Hutin marié à Marguerite de Bourgogne et Philippe de Valois marié à Jeanne, du comte de Savoie marié à Blanche et des deux ducs de Bourgogne, Hugue V et Eude IV 6). Déclaré majeur l’année même de son mariage (4), il régna vingt-sept
(1) Ch. Aimond, Les relations de la France et du Verdunois, p. 81. C’est d’ailleurs aussi l'opinion de Dom Calmet, livre 5, ch. 76.
(2) Un obit se célébrait chaque année à Saint-Maxe en septembre pour « M. le conte Henry qui gist à Naples et Mn° la comtesse Abenoi sa feme » Compte de 1364.
(3) Petit, Histoire des ducs de Bourgogne, t. VII, Cat. des actes, n° 6258. Contrat de mariage daté de Bar-sur-Aube le 8 février 1310.
(4) En avril 1310, Duchesne, Hist de la Maison de Bar, pr. p. 49.
ans d’un règne fécond et glorieux, mais fort troublé par les guerres avec Jean de Luxembourg, roi de Bohême.
Jeanne, plus jeune que son frère, épousa un seigneur anglais, Jean de Warren, comte de Surrey et de Sussex, fils de Guillaume de Warren et de Jeanne d'Oxford (1).
3. — Au cours de son règne trop troublé, Henri de Bar n'eut guère le loisir de songer beaucoup aux abbayes de ses états, ses donations sont plutôt rares. Le 14 décembre 1291, il échangea avec l’abbaye de Flabémont quelques biens à Ainvelle et à Frasne (2). Le 13 avril 1292, il confirma la fondation du chapitre de La Mothe et augmenta de cent dix livres les revenus que son père avait assignés à la collégiale 6). Le 13 mai 1293, il confirma une donation faite par Arnoult de Taisey à la collégiale Sainte-Croix de Pont-à-Mousson (). En janvier 1295, il échangea quelques biens avec le prieuré de Sancy, qui dépendait de l’abbaye de Saint-Hubert en Ardenne 6). Le 6 février 1298, il confirma tous les biens de Sainte-Croix de Pont-à-Mousson (6). Le 1° juillet 1300, il reprend à l’abbaye de Sainte-Hoïlde, qui en était fort embarrassée, l'exploitation des moulins de Bar et lui donneen place quelques rentes (7) et le 5 août il confirme en faveur de la même abbaye une donation faite par le châtelain Philippe de Bar (8. La même année, il s'entend avec l’abbaye de Saint-Mihiel pour le partage des revenus des marchés de Saint-Mihiel et de Condé qui leur appartenaient par moitié (9) et promet de réparer les torts que son père Thiébaut avait faits à l’abbaye dans cet accompagnement (0,.Le 28 avril 1301, il donna au prieuré de Saint-Thiébaut dépendant de Saint-
Thomas de Waslingham cité par Duchesne, op. cit., pr., p. 39. A. M. B. 262, fo 770.
A. Meurthe-et-Moselle. B. 757, n° 30.
A. M. B. 258, fo 57.
6) A. M. B. 230, fo 111.
Jacob, Cartulaire de Sainte-Hoïlde, n° 22.
Jacob, op. cit., n° 24.
(9) Août 1300. A. M. H. Saint-Mihiel P *.
(10) Novembre 1300. À. M. H. Saint-Mihiel P 3.
Mihiel l'Hôtel-Dieu de Saint-Thiébaut (1). Enfin le 23 juin 1302, quelques jours avant son départ, il accorde aux moines de Lisle-en-Barrois, une place de terre sur la corvée de Bar, place qui doit rester sous sa garde spéciale (21.
(1) A. M. H. Saint-Mihiel, 5 Q ?.
(2) A. M. H. Lisle-en-Barrois, Carton.