CHAPITRE I
A. Titre du comte. — B. Résidences du comte. — C. Nature féodale du comté de Bar. — D. Domaine et revenus du comte.
A. — Titre du comte.
Le « pagus Barrensis » des époques franque et carolingienne devenu le « comitatus Barrensis » n’a pas changé de nom au cours du xu° siècle; quand l'usage du français s'est substitué à celui du latin, l'État barrisien a pris simplement le nom de comté de Bar.
Les premiers comtes -de Bar ajoutent rarement un nom de lieu à leur titre de comte. L’ancêtre fonctionnaire Thierry se nomme bien en 1002 (1) et 1006 (2) « Comes de comitatu Barrense » (3), mais son arrière petit-fils Louis s'intitule simplement « Ludovicus comes » (, son épouse « Sophya comitissa » (5). Louis est appelé « Ludovicus de
(1) A. Lesort, Cart. de Saint-Mihiel, n° 31,
(2) A. Lesort, Cart. de Saint-Mihiel, n° 32.
(3) Dans la confirmation des biens de Saint-Maxe en 1022 (Dom Calmet, I, pr., p. 599) Le fils de Thierry, Louis, est dit « Ludovico comite, Barrum obtinente ».
(4 4) Chartes de Udon, évêque de Toul, en 1052 (B. Picart, Hist. de Toul, p. 380), de 1054 (Gallia Christ., XIII, 470), de 1057 (B. Picart, op. cit., p. 73) de 1065 (Dom Calmet, I, pr. p. 454). Cf. A. Lesort, op. cit., n° 35 et 37.
(5) A. Lesort, op. cit., n°s 37, 39, 43, 46, 41, 49, 50 et 45. Bernold, Chron., SS. V, p. 456.
M. Grosoinier DE MaTons. 33
Monxium » par Laurent de Liége (1), « Ludovicus de Montione » dans la charte fausse de confirmation des biens de Saint-Dié ®), Sophie est appelée une fois « comitissa Asmantiæ » @) et une fois et c’est la première « Comitissa Barrensis » (4), Leur fils Thierry est nommé une fois « comes Barrensis » F5), partout ailleurs « comes de Monpegliard » (6) ou plus simplement € comes » (0. Sous leurs successeurs Renaut I‘, Renaut II et Henri I°' le titre de comte de Mousson apparaît bien plus souvent que le titre de comte de Bar. Renaut I‘ quoiqu'encore volontiers appelé « Raynaldus comes » (8), prend le nom de « comes de Montione » (), « de Monzione » (10), « de Montzun » (1), « Monstionis » (2?) et même « Muntiensis » (13) et quelquefois « comes Barrensis » (14) avec les deux variantes € comes Barrensium » (5)
(1) Laurent de Liége, SS. X, p. 492.
(2) 3. C. Sommier, Histoire de Saint-Diez, p. 350.
(3) 1085, À. Lesort, Cart. de Saint-Mihiel, n° 44. Il faut remarquer que ce titre exceptionnel est pris par Sophie dans une charte concernant des biens situés dans la châtellenie d’Amance (Accord avec l’abbaye de Sainte- Glossinde de Metz à propos du prieuré de Laître-sous-Amance).
(4) A. Lesort, op. cit., n° 46. Charte de Pibon de Toul concernant le prieuré de Bar-la-Ville.
(5) Laurent de Liége, SS. X, p. 498.
(6) Inscription de l’abbaye de Saiñte-Walpurge (Gallia Christ., V, pr., p. 835). Albert d'Aix, livre IL, ch. 23. Son fils est appelé « Ludo vicus de Monçons » dans Albert d'Aix et Guillaume de Tyr.
(7) A. Lesort, op. cit., n° 54, 51, 59(1096, 1092 et 1102).
(8) A. Lesort, op. cit., n°s 61, 64, 65, 71, 79, 80, 92.
(8) Lettre de Frédéric de Ferrette à son frère Renaut. A. Lesort, op. cit., n° 74.
(10) Lettre de Pascal IT, dans Laurent de Liége, SS. X, p. 901.
(11) En 1131, Privilège de Lothaire II pour l’abbaye d'Epternach. Cf. Berthollet, Hist. de Luxembourg, NX, pr., p. 54.
(12) A. M. H., fonds Saint-Maur, Carton Mandres, n° 1.
(13) En 1145. A. Lesort, op. cit., n° 90.
(14) En 1135 (Sentence d’Alberon de Trèves), en 1142 (Acte de Ferry, comte de Toul), en 1149 (Charte d'Henri, évêque de Toul). Dom Calmet, IT, pr., p. 305, 322, 333. Charte d'Henri de Toul, B. N., Coll. de Champagne, 45, f 66. :
(15) En 1136, Bulle d'Innocent II (Dom Calmet, I, pr., p. 311). C'est
la seule fois où nous rencontrons cette forme du génitif pluriel du nom du
et &« comes de Bar» (). Renaut Il est « comes Montionis » (2 rarement « comes Barrensis » ou « comes de Bar » (6), une fois « comes Montionis et Barri » (#, Henri I est indifféremment « comes Barrensis » et « comes Montionis »: sous son règne apparaît le titre de comte de Bar-le-Duc que porteront ses successeurs, appliqué pour la première fois à sa mère Agnès € comitissa Barri Ducis » (1),
Le titre de comte de Mousson et celui de comte de Bar ne sont pas indifféremment employés l’un pour l’autre. Sans.en faire une règle absolue, car, il y a plusieurs exceptions, on peut dire que nos premiers souverains emploient plus volontiers le titre de comte de Mousson dans leurs propres chartes ou qu'on l'emploie dans les chartes rédigées sur leurs ‘domaines; le titre de comte de Bar est le titre des actes étrangers émanant des états voisins, des papes et des empereurs.
Thiébaut I‘ quoique s’intitulant encore € comes Montionis » (6) prend à partir de son mariage avec Ermesinde les titres de « comes Barrensis et Lucemburgensis », ou « comes Barri et Lucemburgi » (). Henri IT s'intitule désormais « comes Barri » ou « comes Barrensis » (8) et surtout « comes Barri Ducis » (%). Sous lui apparaissent les pre-
peuple. En Lorraine, au contraire à la même époque on rencontre aussi souvent € Lotharingorum » que € Lotharingie ». Cf. E. Duvernoy, Le duc de Lorraine Mathieu Ie', p. 123.
(1) Cart. de Saint-Mihiel, n° 109.
(2) Presque toutes ses chartes et nécrologe de la cathédrale de Chartres cité dans A. Duchesne, Hist. maison de Bar, p. 18.
(3) En 1158, charte d'Albert, évêque de Verdun, B. N. Coll. Lorr., 385, f° 9 et Bull. Soc. Bar-le-Duc, 1914, n° 2; Bulle d’Adrien IV, A. Lesort, Cart. de Saint-Mihiel, n° 103.
(4) H. Labourasse, Cart. de Jeandheurs, Mém. Soc. lettres de Bar-le- Duc, 1899, p. 141.
DEB-IN-- latin 11902;F477 v0.
6) Fondation de la collégiale de Ligny, A. Duchesne, op. cit., pr., p. 18. A noter que dans la même charte Agnès s'appelle « comitissa Barrensis,». 7) Ce second titre est plus employé que la forme en « ensis ».
(8) Cf. notamment Jacob, Cart. de Sainte-Hoïldc.
9) Surtout dans les rapports avec la Champagne. Cf. B. N. fr. 4847, fo 277 et s.; Chantereau-Lefebvre, Traité des fiefs, passim.
mières chartes françaises avec le titre de « comte de Bar »(1). Thiébaut IT et Henri III n’en porteront pas d’autres.
B. — Résidences du Comte.
Bien peu de chartes des comtes de Bar contiennent une date topographique; il serait donc aussi difficile, si nous n'avions pas d'autre secours, de connaître leurs résidences que de dresser leur itinéraire. Deux chartes de Sophie sont datées l’une de Mousson (2), l’autre du château de Bar ), une de Thierry est datée d’Altkirch ‘#), quatre de Renaut [°° de Commercy ®), du château de Bar (6), de Saint-Mihiel (7), de Mousson (8). Sous Thiébaut I°" plusieurs chartes sont datées de Montfaucon |”. Celles de leurs successeurs ne sont datées par exception, que lorsqu'elles ont été faites en dehors de leurs états.
Le titre que portent habituellement les comtes de Bar ou celui que leur donnent les chroniques est un renseignement plus utile. Il en résulterait que le lieu de leur résidence habituelle, pendant le xr* et le xr1° siècle, aurait été Mousson et seulement à partir du xin°, Bar-le-Duc. Mousson à peu près inexpugnable, bien situé au centre des états du Barrois proche des possessions d'Alsace et de Briey autant que du pagus Parrensis est préférable au castrum de Bar situé à l'extrémité du comté. Bar ne l’emportera que lorsque les comtes auront cédé à leurs cadets ou à leurs sœurs avec Montbéliard, Ferrette et Amance les possessions orientales
(1) La plus ancienne date est 1219. Firmin Comte, dans Mém. Soc. Bar- Le-Duc, 1900, p. 353.
(2) A. Lesort, op. cit., n° 41.
(3) A. Lesort, op. cit., n° 50.
(4) A. Lesort, op. cit., n° 59.
(5) A. Lesort, Cart. de Saint-Mihiel, n° 61.
(6) A. Lesort, op. cit., n° 64.
(7) A. Lesort, op. cit., n° 79,
(9) Berthollet, Hist. de Luxembourg, tome IV, pr., p. 39 et 40.
du coté et que leurs vues politiques se seront tournées du côté de l’Argonne et de la Champagne. Il est certain aussi que les premiers comtes de Bar ont résidé à Saint-Mihiel et à Amance dans leurs possessions de Lorraine, à Altkirch et à Montbéliard dans leurs possessions d'Alsace. Thierry semble avoir particulièrement affectionné ces derniers chàteaux proches des états de son beau-père. Sophie est sans doute morte à Mousson (1), son fils Thierry I‘ tomba malade à Altkirch ©), il Ce là ou à Montbéliard (3). Renaut I°' s'éteignit à Moon Thiébaut I mourut à Saint- Mihiel 5), nous ne savons où sont morts Renaut II et ne baut II. Les comtes du xr° et du xu°, sauf Thierry (6), e naturellement Henri [* mort à la croisade, ont été ensevelis à Saint-Mihiel; il en est de même de Thiébaut Ie (1). Au xmu° siècle, Thiébaut IT le seul qui soit mort dans le Barrois changea brusquement le lieu de sépulture de sa famille. Désormais, après lui, les comtes iront dormir leur dernier sommeil dans la collégiale Saint-Maxe au château de Barle-Duc.