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Droits et devoirs du comte. 2. — Les sous voués

1. — L'abbaye doit naturellement au comte les ressources du logement et du fourrage quand il va à lost pour elle, une partie des amendes et des frais de procès, ce sont

(1) Chron. de Saint-Mihielet plainte de l'abbé Manégaud, citées plus haut 594, n. 1.

(2) Cart. de Saint-Mihiel, n° 65 : « Cum quoties abbas moreretur, non solum comites sed et comitissae’ capitulum ingrediebantur ut eorum potestate alter subrogaretur ».

là les ressources extraordinaires. Les ressources ordinaires consistent dans le droit d’avouerie; ce droit comprend expressément le tiers de toute la terre abbatiale, c'est-à-dire le tiers des fiefs et de toutes les redevances perçues sur: le domaine : cens, corvées, droits de tonlieu et de péages et peut-être aussi les dîimes (). Vers 1152, l'abbé Manégaud se plaint de ce que les successeurs de Ferry, non contents de cette troisième part — usurpée par leurs ancêtres — ont encore pris, sur les deux qui restent aux moines, plusieurs villes pour les inféoder et que de plus Renaut IT a établi sur les terres monacales des tailles et des corvées et s’est emparé des biens des sujets de l’abbaye (®). Le pape Eugène II en 1152 6), et Adrien IV en 1156 (4) intervinrent à la suite de cette plainte contre Renaut. Henri [‘, à son tour, non content de cette troisième part s'empara des deux qui restaient à l’abbaye pour en faire douze fiefs (5). Divers traités d'accompagnement réglèrent par la suite les droits respectifs du comte et de l’abbaye, en novembre 1227, ceux des fours communs de Hareville, Perriers et Genville (6), en novembre 1251, ceux des foires et marchés de Saint-Mihiel et de Condé et des bois appartenant à l’abbaye dans le Barroiïs (1), le 8 août 1263 des moulins de Woinville et de Montsec (8), le 15 février 1287 des bois de Nonsart et de Longeaux (9. Dans toutes ces possessions, le comte de Bar et l’abbaye partagent par moitié les revenus, sauf à Condé où les hommes censables paient le cens seulement au comte. Par contre, le comte Henri II abandonne à l’abbaye la pro-

(1) Nous avons plusieurs chartes concernant les accords sur le partage des foires, tonlieux, péages et fours entre le comte et l’abbaye.

(2) Cart. de Saint-Mihiel, n° 99.

(3) Cart. de Saint-Mihiel, n° 98.

(4) Cart. de Saint-Mihiel, n° 103.

(5) Lettre d'Arnold, archevêque de Trèves contre Henri Ier, Cart. de Saint-Mihiel, n° 117.

(6) De Lisle, Hist. de l'abbaye de Saint-Mihiel, p. 131.

(7) À. M. H. Saint-Mihiel, Cart. J? fe 336.

(8) A. M. H. Saint-Mihiel, Cart. J2 f° 364, 3 P1#.

(9) A. M. H Saint-Mihiel, Cart. J? fo 339, Y3.

priété totale des fours de Saint-Mihiel en aumône pour le repos de son âme et de celles de ses ancêtres (1).

2. — Les comtes ne pouvaient eux-mêmes administrer un aussi vaste domaine; ils avaient sous leur dépendance des sous voués. Ces sous voués recevaient l’avouerie en fief (®). Nous connaissons Conon, avoué à Amance et son fils Bezelin (). En 1080, Sophie règlemente les droits de Boson de Viocourt, avoué à Houécourt et à Jainvillotte. Pour rémunération de sa charge, Boson reçoit à Houécourt, de chaque foyer, une mesure d'avoine, un pain, une poule et une botte de foin à la Saint-Martin; de plus, les habitants doivent en commun cinq sous à la Chandeleur ou le service de dix soldats pour une nuit; à Jainvillotte il ne perçoit pas la botte de foin et ne recoit que deux sous. Sil rend la justice à l'appel de l'abbé, il recevra deux deniers et le tiers de l'amende (4). Nous connaissons surtout les avoués de Condé, Guy I‘, Liétard et Guy II, dont la juridiction s’étendait sur Gimécourt (5), Baudrémont D), Villotte (5), Marson (6), Ribeaucourt (7) et Stainville (8), En 1091, le 28 novembre, devant sa curie réunie au château de Bar-le-Duc, Sophie définit les droits et les devoirs de Liétard que Guy [I avait trop souvent violés ). En 1116, Renaut I°' fut obligé d'agir contre le même Liétard et précisa quelques points restés obscurs dans la charte de sa grand'mère (10). Enfin le 8 janvier 1135, à la cour de Saint-Mihiel, Renaut I°* de nouveau intervint contre Guy, fils de Liétard, qui avait renouvelé les injures de son père (11). Ces trois chartes faites

) A. M. H. Saint-Mihiel, Cart. J? fo 285.

Règlement des droits de l’avoué de Condé, cité plus bas. Cart. de Saint-Mihiel, n° 83 et p. 432.

Cart. de Saint-Mihiel, n° 41.

Meuse, Commercy, Pierrefitte.

Meuse, Commercy, Void.

Meuse, Bar-le-Duc, Montiers-sur-Saulx.

Meuse, Bar-le-Duc, Ancerville.

Cart. de Saint-Mihiel, n° 50.

) Cart. de Saint-Mihiel, n° 64.

) Cart. de Saint-Mihiel, n° 79.

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de

sur le même modèle sont des notices écrites par les moines en présence du comte, sous forme de cyrographe dont une partie était remise à l’avoué et l’autre restait à l’abbaye (). Elles se divisent en trois parties : la première partie est un véritable code de procédure qui fixe la façon dont l'avoué doit rendre la justice. Quand l'abbé ou son prévôt pourra par lui-même ou par ses fonctionnaires résoudre l'affaire en litige, l’avoué ne s’en occupera pas; mais si la cause exige l'emploi de la force, l'abbé ne pourra se servir que de celle de l’avoué, s’il veut y aller, pour la déméler. Si une plainte

éclate et qu'il soit nécessaire de la définir, l'abbé — ou son prévôt — avec les fonctionnaires de l'Eglise conduira toute

la conciliation; il prendra des garants pour la somme à percevoir du procès. Enfin, s’il ne peut amener les vilains «rustici » à un accord, il demandera à l’avoué de venir pour les conduire au duel et celui-ci touchera le tiers de ja somme et son « districtus » qui est de deux deniers. Si après un jour et une nuit, les plaideurs ne se sont pas accordés, il ne les recevra plus, à sa volonté, sans justice. Si quelque occasion l'empêche de venir, l’avoué enverra son lieutenant et les fidèles de l’abbaye avec le lieutenant conduiront le procès et percevront la troisième partie de la somme avec « districtus ». Si quelque plainte parvient à l’avoué dans l’avouerie, on ne pourra la juger sans lui, la troisième part sera pour lui ainsi que tout le « districtus ». Si un étranger porte une plainte contre un homme de l’avouerie à l’avoué, la plainte faite sera exposée par le sergent « decanus » qui invitera le cité à venir comparaître et satisfaire à la maison de l’avoué. Si le litige en vient au procès, il faudra revenir « in potestatem » et le cité paiera l’avoué. Mais si un égal se plaint d'un égal, on résoudra l'affaire « infra potestatem » et le citant paiera l’avoué. Si des cautions ont été données, le «villicus » et les « scabini » en disposeront avec la fidélité de l'abbé et de l’avoué. Dans toute l’avouerie, l'abbé touchera

(1) Nous possédons les originaux de.ces trois cyrographes. A. M. H. fonds Saint-Mihiel 2 a ?. Facsimilé du premier dans Musée des archives départementales, planche XIX.

la somme due sur un meurtre; s’il peut le juger par lui-même, il retiendra toute la somme, s’il a besoin de l’avoué, il lui donnera le tiers de sa justice.

La seconde partie de la charte a trait aux obligations militaires de l'avoué. Si, la guerre éclatant, l’avoué vient pour protéger les villes, le villicus et les scabini le serviront de leur pouvoir. Si le comte demande à l’avoué d’aller avec lui pour protéger un château ou pour en assiéger un ou pour repousser un siège ou pour toute autre affaire du même genre dans laquelle ses pairs doivent apporter des armes et des vivres (stipendia », l’avoué recevra à Condé deux chevaux de somme chargés de « stipendia » et deux chevaux de selle avec deux hommes pour les conduire, ainsi que les fers et tout ce qui est nécessaire aux chevaux pour la route, si on peut les trouver dans la ville même. Si les chevaux meurent dans ce service, le villicus et les scabini jugeront dans quelle mesure ils doivent être payés par la propriété commune. Si l'expédition est interrompue, les chevaux et toutes les autres choses doivent être ramenés à la propriété « potestas ». Si, allant au service du comte ou en revenant, il lui est nécessaire de passer la nuit à Condé, trois fois dans l’année, on le servira selon ce qui est dû. S'il vient dans la ville avec six gardes, les péagers le serviront trois fois dans l’année, s’il le requiert.

La troisième partie enfin règle les droits de l’avoué. Il ne prendra pas plus que son droit à Condé. À Gimécourt, Baudrémont, Villotte, Marson, Ribeaucourt et Stainville, il recevra une fois par an à la Saint-Remy, un pain, un denier, un poulet et un setier d'avoine. Si quelqu'un des paysans ne paie pas ce droit au jour dit, s’il le veut, il se fera justice au jugement des scabini, mais le villicus sauvegardera le « bannum » de l'abbé. S'il vient dans la ville pour faire cette justice, ceux par la faute desquels il est venu paieront la dépense. Si allant au service du comte ou en revenant, il passe par chez eux, deux ou trois fois par an il passera la nuit chez eux et ne pourra rien retenir de plus dans leur propriété. Si l’avoué transgresse quelque chose de ces dispositions contenues dans la charte, il devra répa-

rer le tort dans la cour du comte au jugement de ses pairs (1).

D. — Les autres Abbayes barrisiennes.

1.— Des autres abbayes fondées sur les terres barrisiennes, aucune n'eut l'importance, aucune — sauf Beaulieu __ n'avait l'ancienneté de Saint-Mihiel. L'abbaye d'Évaux ou des Vaux-en-Ornois (2) fondée en 1132 par Geoffroy de Joinville pour les Cisterciens de l’abbaye de Morimond recut quelques libéralités d’Agnès de Bar vers 1180 et d'Henri I® en 1219 (). En 1246, Thiébaut II prend sous sa protection les biens de l’abbaye à Villers-le-Sec (#) et lui promet l’aide de ses De et de ses prisons pour retenir ses SA d'Hévilliers 6), Saint-Joire, Fouchères 5) et Rosières (6). L'abbaye était Aie tout entière dans la garde du comte de Bar qui reprit cette garde le 26 mars 1268 en fief du comte de Champagne (1).

L'abbaye d'Écurey (® fut également fondée par Geoffroy de Joinville entre 1114 et 1147 pour les Cisterciens (?); plus importante que celle d'Évaux, elle recut les libéralités des seigneurs de Joinville, en particulier de l'historien de Saint- Louis (0), Elle était dans la garde du sire de Joinville, mais celui-ci reprit le 10 août 1263 cette garde en fief du comte de Bar (11)

(1) Charte de 1135, Cart. de Saint-Mihiel, n° 79.

(2) Commune de Saint Joire, Commercy, Gondrecourt. Au xvrre siècle, bailliage et prévôté de Bar.

(3) A. M. Évaux E., n° 1 et 5.

(4) Meuse, Bar-le-Duc, Montiers-sur-Saulx. B. N fr., 11853, fo 83.

(5) Même canton.

(6) Meuse, Bar-le-Duc, Gondrecourt. À. M. H. Évaux, Cartulaire, f° 95. BINr 411853 10 89;2v0;

(COÉPANSTALS5S D TE

(8) Commune de Montiers-sur-Saulx.

(9) Delaborde, Jean de Joinville et les seigneurs de Joinville, p.28.

(10) Cf. Les chartes citées par N. de Wailly dans l'édition des mémoires et J. Delaborde, op. cit.

(11) J. Delaborde, op. cit., Cat. des actes, n° 415.

LE GLERGÉ. 605

L'abbaye de Jovilliers (1!) fondée par les mêmes seigneurs de Joinville avant 1141 pour les Prémontrés de Rieval (1, possédait le prieuré de Nantel. En octobre 1264, Thiébaut II lui permet d'acquérir sous lui, ce que l’abbaye ne pouvait faire sans sa permission, et la prend tout entière dans sa garde (3).

L'abbaye de Jeandheurs (‘) fut tout à fait entre les mains du comte. Donnée en 1126, par le châtelain de Bar, Thierry, à l'abbé de Saint-Léon de Toul), le domaine de Jeandheurs fut rétrocédé par celui-ci vers 1140 aux Prémontrés de Riéval (6) dont cette abbaye est, par conséquent, une filiale comme Jovilliers. La fondation et la cession approuvées par le comte Renaut de Bar (7) furent complétées par le don de la moitié de Jeandheurs qui appartenait aux moines de Beaulieu, don qui fut fait aux Prémontrés moyennant une association de prières entre les deux abbayes (8. Enrichie par les libéralités des châtelains de Bar, des seigneurs de Commercy et de presque tous les vassaux du Barrois, l’abbaye avait en avril 1229, associé le comte de Bar à la possession de tous ses biens situés sur les deux rives de la Saulx, sauf le terrain occupé par les bâtiments conventuels (9). |

L'abbaye de Lisle-en-Barrois (10) fut fondée aux environs de 1144 par Olry de Lisle pour l’abbaye de Montiers-en- Argonne de l’ordre de Citeaux ; elle resta en rapports étroits avec les souverains qui scellent tous les actes et approuvent

1) Commune de Stainville, Meuse, Bar-le-Duc, Ancerville. Nantel, me commune.

) Cf. J. Delaborde, loc. cit.

) A. M. B. 228 f°. A. M. H. Jovilliers, Cartulaire.

) Commune de Lisle en-Rigault, Meuse, Bar-le-Duc, Ancerville.

) H. Labourasse, Not. sur l'abbaye et le domaine de Jeandheurs,

(6) H. Labourasse, op. cit., p. 15.

(7) A. M. H. Jeandheurs, Cartulaire, f° 16. H. Labourasse, op. cit., p.141.

(8) H. Labourasse, L'abbaye et le domaine de Jeandheurs, p. 7. (9) H. Labourasse, op. cit., n° xxxIv.

(10) Meuse, Bar-le-Duc, Vaubecourt.

toutes les donations qu'on lui fait. Sous Thiébaut IX, l'abbé, qui d’ailleurs apparaît souvent dans les actes du comte, est commis par celui-ci à la garde de certaines des archives ou chargé de missions diplomatiques{t). En 1263, au mois de juin, l'abbaye de Lisle se plaça sous la protection du comte avec tous ses biens qui comprenaient Yvraumont (2), Lamermont(®), Vaudoncourt(?, Anglecourt 2, Deuxnouds 6) et la Côte de Bar). Le 18 février 1276, le comte de Bar autorisa l'abbé à ériger la grange de Deuxnouds en ville neuve, dans les revenus de laquelle il devait l'accompagner 5).

Nous ne reviendrons pas ici sur la fondation de Sainte- Hoïlde () faite par le comte Henri II en 1229 pour des moniales cisterciennes. Cette abbaye est restée l’une des favorites des comtes de Bar; elle n'eut pas cependant, malgré le droit que lui donna son fondateur d'acquérir des fiefs dans ses états, une importance trés grande. Toutes ces abbayes étaient situées dans ce qui fut plus tard le bailliage de Bar.

Dans le futur bailliage de Bassigny, on ne rencontre que l’abbaye de Flabémont (7, fondée pour les Prémontrés en 1132 par Guy d'Aigremont et le comte Hugue de Vaudémont son suzerain. Elle dut passer dans le Barrois avec la seigneurie de Deuilly, dont elle faisait partie au début du règne de Henri Il. En 1236, elle se placa sous la protection du comte de Bar dans l'impossibilité où elle était de jouir en paix de ses fiefs (8). Elle céda d’ailleurs, soit à Henri, soit à Thiébaut une grande partie de ses suzerainetés. C’est à l'abbaye de Flabémont que Henri II avait confié en 1238

(1) B. N. fr. 11853, fo 33 et sq.

(2) Commune de Lisle-en-Barrois.

(3) Meuse, Bar-le-Duc, Triaucourt.

(4) Dom Calmet, IL, pr., p. 409. B. N. fr. 11853, f° 85, A. M. H., Lisleen-Barrois, Cartulaire, f° 699.

(5) B. N. fr. 11853, f 98.

(6) Commune Bussy-la-Côte, Meuse, Bar-le-Duc, Revigny.

(7) Commune Tignécourt, Vosges, Neufchâteau, Lamarche.

(8) À Meurthe-et-Moselle, B. 480, f° 1. B. N. fr. 11853, f° 251.

les chartes qui contenaient les engagements pris par Mathieu, duc de Lorraine, envers le Barrois (1).

Dans le futur bailliage de Saint-Mihiel, on rencontre tout d'abord l'abbaye de Saint-Mansuy construite dans la ville de Toul par Saint-Gérard au x° siècle. Il est fort possible que cette abbaye bénédictine soit entrée dans le Barrois à une époque fort ancienne. Nous voyons, en effet, son abbé assister comme témoin la- comtesse Sophie dans ses actes ainsi que son petit-fils Renaut I‘. En novembre 1256, l'abbaye céda au comte Thiébaut contre une rente annuelle quelques hiens de son prieuré de Bleurville (?. Outre ce prieuré l'abbave possédait encore dans le Barrois celui du Val-de-Passey 6).

L'abbaye de Rangéval (, filiale des Prémontrés de Riéval fut fondée dans la seconde moitié du xn° siècle par les seigneurs d'Apremont et les évêques de Toul sur un terrain donné par le chapitre de Toul en 1152. Renaut de Bar lui fit quelques donations; elle passa peut-être dans le Barrois avec l'augmentation de fief de la maison d’Apremont à Aulnois et Vertuzey ®), en 1235.

L'abbaye cistercienne de Saint-Benoit en Woëvre (6) fondée également par Îles seigneurs d'Apremont en 1129 était fort riche. Ses biens s’étendaient à travers la Woëvre. Entrée dans le comté avant 1190, elle fut peu à peu englobée, au cours des règnes de Henri II et de Thiébaut IF, dans la prévôté de la Chaussée dont ses biens firent surtout les frais.

L'abbaye de Justemont (7) fondée pour les Prémontrés au xr1° siècle sous Etienne de Bar, évêque de Metz et située dans

Gallia Christiana, XII, p. 1135.

Vosges, Mirecourt, Monthureux-sur-Saône. B. N. fr. 11853, f° 226. Commune de Choloy, Meurthe-et-Moselle, arrondissement et canton

To Commune Corniéville, Meuse, arrondissement et canton Commercy. B. N.fr. 11853, f° 57.

Meuse, Commercy, Vigneulles.

7) Commune Vitry, Moselle, Thionville, Moyeuvre. B. N. fr. 11853 f° 202 pour Saint-Willibrord.

SL SNETE

la châtellenie de Briey appartint toujours au comté de Bar ainsi que son prieuré Saint-Willibrord de Stenay.

L'abbaye cistercienne de Châtillon ({) fondée en 1156 par l'évêque Albéron de Chiny, dans le diocèse de Verdun, a dû passer dans le Barrois en même temps que la seigneurie de Mussy, ou tout au moins sous le règne de Thiébaut Il. Comme Justemont, elle fit partie de la prévôté de Sancy, ainsi que Saint-Pierremont que nous connaissons déjà.

Saint-Pierremont 2), fondée par la comtesse Mathilde pour les Augustins a été donnée au Barroïs en même temps que la châtellenie de Briey. Il semble bien ici que le droit de garde ait été en réalité une possession effective. Le comte Renaut dès qu'il eut acquis l'honneur de Briey{?, dit une notice du xu° siècle rédigée par l'abbaye, confirma la fondation de l’abbaye par la comtesse et y ajouta de nombreuses donations (4).

L'abbaye de Juvigny 6), fondée par Charles le Chauve au ixe siècle pour des moniales bénédictines, fut placée dans la garde des comtes de Bar avec la châtellenie de Stenay. Sous Thiébaut IL, l’abbesse fit plusieurs accords avec le comte pour ses possessions de Douaumont, Beaumont, Bezonvaux et Othe (6).

Dans l’Argonne, Beaulieu qu'Henri I‘ avait pris sous sa garde pourle plus grand dommage du Barrois, puisque cette garde devait être le point de départ de la lamentable guerre qui aboutit à Bruges, Beaulieu sortie appauvrie, ruinée à

(1) Commune de Pillons Meuse, Montmédy, Spincourt. Nombreux titres relatifs à la fondation. À. M. H. Châtillon, 1° carton, Cartulaire, B. N. Lorr. 282.

(2) Commune d’Avril, arrondissement et canton Briey.

(3) « Comes demum Rainaldus honorem Briacensis castri adeptus ».

(4) B. N. mss. fr. 7025. f° 649. Cf. Cart. de Saint-Pierremont, B. N. lat. 12866. P. Gille Drouin, Mém. ecclésiastiques, B. N. fr. 7025 (Extraits dans Mém. acad. Stan., par R. p. Rogie et l'abbé Eug. Martin, CLV (1904: 1905), p. 111-120. Maurice Dieterlen, Chartes de Saint-Pierremont, Moyen Age. 1904.

(5) Meuse, arrondissement et canton Montmédy.

(6) À. Lesort, Chartes du Clermontois, n° 73.

jamais de la guerre, continua sous la garde du roi de France à faire partie du Barrois et de la prévôté de Clermont, mais aucun des villages qui en dépendaient ne fit plus désormais partie du comté(!.

La Chalade, située dans le Clermontois, serait tombée dans la tutelle des comtes de Bar à la même époque que Beaulieu. La Gallia Christiana déclare que la garde en fut donnée à Henri I*’ en 1183 2); en réalité nous ne connaissons pas d'autre traité que celui du 2 avril 1247 où Thiébaut de Bar déclare avoir pris sous sa garde l’abbaye de la Chalade et tous ses biens GB).

2. — De nombreuses ‘abbayes étrangères au Barrois y possédaient néanmoins des biens; quelques-unes se placèrent même sous la garde des comtes de Bar à diverses époques. Du diocèse de Verdun, l’abbaye de Saint-Vanne possédait dans le Barrois le prieuré d'Auzécourt () où l’abbé fonde une ville neuve en 1212, aux revenus de laquelle il associe le comte de Bar à condition que celui-ci la prenne sous sa garde 5), et le prieuré de Neuviller (6) fort important qui, le 23 juin 1221 se plaça sous la tutelle du comte et promit de lui payer pour sa protection une rente annuelle de vingt sous provenisiens (1). Saint-Vanne possédait en outre le prieuré deMont-Saint-Martin près de Longwy quirentra dans le Barrois avec cette ville. Saint-Paul de Verdun possédait le prieuré de Villers-les-Mangiennes (8) que Renaut IT et sa femme Agnès prirent en 1158 sous leur protection après que l’avoué Pierre de Dombras eut été révoqué pour mauvaise gestion (9). En 1219, la même abbaye déclare accompagner

(1) A. Lemaire, L'abbaye et le comté de Beaulieu-en-Argonne, passim.

(2) Gallia Christiana, XIII, p. 1320.

(3) A. Lesort, Chartes du Clermontois, n° xxxI.

(4) Meuse, Bar-le-Duc, Vaubecourt. :

(5) B. N. fr. 11853, fo 91.

(6) Commune de Bouxières-aux-Chênes, Meurthe-et-Moselle, arrondissement et canton de Nancy.

(7) B. N. fr. 11853, f° 197.

(8) Meuse, Montmédy, Spincourt.

(9) Clouet, Hist. de Verdun, t. II, p. 294.

#7 M. Grospioien DE Marons. 39

le comte de Bar dans les revenus de Courouvre (1) et de Courcelles sur-Aire (2. Le 27 août 1282, l'abbaye tout entière avec tous ses biens se mit en la garde du comte Thiébaut contre tous moyennant cinquante livres tournois de rentes annuelles (3). L'abbaye de Saint-Airy se mit également sous la protection du comte de Bar au temps de l'abbé Dudon moyennant sept messes du Saint-Esprit chantées tous les ans de son vivantet une messe anniversaire après sa mort (&. L'abbaye de Saint-Nicolas-des-Prés se mit le 1% septembre 1274 sous la protection du comte de Bar en lui payant une rente à Boncourt 5). Quant à l'abbaye de Saint-Maur, elle n'a eu aucun rapport avec le Barrois; toutefois ses biens de Mandres (5) étaient sous la protection du comte de Bar (1. Des abbayes du diocèse de Toul, l'abbaye de Saint-Evre possédait dans le Barrois le prieuré de Gondrecourt et sur les confins celui de Chatenois qui échange avec Henri II en 1220 ses biens de Liffol (8.-Saint-Evre mit en la garde du comte, au mois de mars 1260 ses biens de Crepey l” et de Médonville 40), L'abbayede Saint-Léon se mit au mois d'avril 1251 en la garde du comte de Bar pour toute la vie de celui-ci en lui payant une rente annuelle de cinq muids de vin (1), L'abbaye de Poussay (2 en fit autant au mois de février 1251 (12). Quant à l’abbaye de Mureaux, il est fort

(1) Meuse, Commercy, Pierrefitte.

(2) Meuse, Bar-le-Duc, Vaubecourt. BN fr 1853 LU

(3) B. N., Lorr. 261, f° 39. Cet acte de sauvegarde fut renouvelé le 21 août 1286, N. de Wailly, Not. des mss., t. 28, n° 258.

4) B. N,, Lorr. 261, f° 126; N. de Wailly, op. cit., n° 64.

(5) B. N. fr. 11853, fo 165.

(6) Commune de Châtillon, Meuse, Verdun, Étain.

7) A. M. H. Saint-Maur, carton Mandres, n° 1. Rappelons qu'une des

filles de Thiébaut II en fut abbesse.

(8) B. N. fr. 11853, f° 226.

9) Meurthe-et-Moselle, Toul, Colombey.

10) Vosges, Neufchâteau, Bulgnéville. B. N. fr. 11853, f° 226.

11) B. N. fr., 11853, fo 218.

(12) Vosges, arrondissement et canton Mirecourt, Gallia Christiana, XI,

possible qu'un lien plus étroit l'ait unie au Barrois, et qu'elle fit partie du comté sous les règnes d'Henri II et de Thiébaut II (1). Ce dernier plaça en tout cas les biens de l’abbaye à Pargny ® sous sa garde (61. L'abbaye de Rieval (4) reconnaissait le comte Renaud pour son fondateur, mais elle est est sortie du comté avec la seigneurie de Commercy (6). Sainte-Marie-aux-Bois (6) reçut du comte Henri I‘ la curie de Blanzey (1); elle ne passera que beaucoup plus tard dans le Barroiïs lors de sa translation à Pont-à-Mousson.

Parmi les abbayes messines, Saint-Arnoul plaça vers 1203 ses biens de Cheminot (8) et de Lay (8 dans la garde du comte de Bar et s'engagea à n'avoir jamais d’autre voué que lui dans ces lieux (%). Saint-Arnoul possédait encore dans le Barrois, Norroy (10) dont le sire de Bourmont recevait l’avouerie en fief du comte (11). De l’abbaye de Saint-Vincent relevaient Dugny et divers biens à Landrecourt, Ancemont, Senoncourt, dont le sire d’Apremont était voué sous la suzeraineté de Thiébaut qui règle les droits du voué le 10 décembre 1255 (2). L'abbaye de Saint-Symphorien acheta dans le Barrois, avec la: permission du comte, Raucourt (3), le 14 août 1248 (14). Sainte-Glossinde possédait quelques

(1) Gallia Christiana, XIIT, p. 1158.

(2; Pargny-sous-Mureaux, Vosges, arrondissement et canton de Neufchâteau. |

(3) Le 20 septembre 1235. B. N. fr. 11853, fo 226.

(4) Commune Ville-Issey, Meuse, arrondissement et canton Commercy.

(5) B. N., Lorr. 287, f° 25 et sq.

16) Primitivement commune de Viéville, Meurthe-et-Moselle, Toul, Thiaucourt fut transférée à Pont à-Mousson en 1606 et entra ainsi dans la prévôté du Pont et dans le Barrois.

7) Dom Calmet, IL, pr., p. 388.

8) Cheminot, Moselle, Metz, Verny. Lay Saint-Christophe où l’abbaye avait un prieuré, arrondissement et canton de Nancy.

(9) B. N. fr. 11853, fo 196.

10) Norroy-le-Veneur, arrondissement et canton de Metz.

(11) N. de Wailly, Not. des mss., t. 28, n° 10.

(12) A. Meurthe-et-Moselle, B. 395, fo 58. 8. N. fr. 11853, fo 60.

13) Rocourt, Vosges, Neufchâteau, Lamarche.

(14) Dom Tabouillot, Hist. de Metz, Ii, p. 439.

biens à Lacroix (1) que Thiébaut I* lui confirma ().

Quant à Gorze, la plus puissante abbaye du diocèse, elle se trouva en fait pour une grande partie de ses biens dans le comté de Bar. Les premiers rapports remontent à Renaut [° qui, en 1148, succéda à Gozelon comme voué du prieuré d'Amel @). Dans cet important prieuré le comte Thiébaut IT eut un sous voué, Thierry de Gormery, dont il régla les droits en septembre 1251 6). L'abbaye n'eut sans doute pas lieu de s'en louer puisqu'en mai 1269 elle céda au comte Gremilly et Gormery (4 à la condition expresse qu'il ne mettrait jamais la garde du prieuré hors ses mains 5). Gorze était tellement unie au Barrois que le duc de Lorraine la dévasta pour nuire au comte (5) ce qui valut à l’abbaye les centaines d'Arnaville et de Rezonville (7. Le sire d’Apremont qui avait fondé pour elle avec le concours du comte de Bar un prieuré dans son château ($) se trouvait lui-même comme avoué relever de Henri II qui déclare que l’avoué et l'abbaye qui est tout entière dans sa garde ne peuvent faire entre eux aucun traité sans sa permission (%). L'abbaye de Gorze possédait aussi le prieuré de Saint-Dagobert à Stenay (10). Elle associa le comte de Bar à la franche ville de La Chaussée (!1). Le comte Henri II n'hésita pas d’ailleurs dans un moment 4 gêne à lui emprunter six cents livres (12).

1) Meuse, Commercy, Saint-Mihiel. B. N. latin 10024, fo 48.

2) A. d'Herbomez, Cart. dé Gorze, n° 158.

3) B. N. fr. 11853, f° 161.

4) Meuse, Montmédy, Damvillers.

6) Le Mercier de Morière, Cat. des actes de Mathieu II, p. 271 et

(7) Le Mercier de Morière, op. cit., n° 172.

(8) A. d'Herbomez, Cart. de Gorze, n° 151.

(9) B. N. fr. 11853, f0 121 : & In cujus (comitis) custodia domus nostra Gorziensis esse cognoscitur ».

(10) Dont dépendaienten 1157 de nombreux biens à Mouzay et dans une vingtaine de villages environnants, A. Lesort. Chartes du Clermontois, NQUITe

(11) A. M. B, 234, fo 46, ve.

(12) Acte disparu, Catalogue Coll. Marchand, n° 92 «.

SUTE CLERGÉ: 613

Dans le diocèse de Trèves, l'abbaye d'Orval fondée par les comtes de Chiny se trouvait dans la garde de leurs fondateurs; mais ceux-ci reprenaient cette garde en fief du comte de Bar (!) jusqu'au jour où le roi des Romains la confia au roi de France (À).

Du diocèse de Liège, l'abbaye de Rebez possédait le prieuré de Marville fondé pour elle par Thiébaut I‘ en 1198 (3); l'abbaye de Saint-Hubert possédait le prieuré de Compot () et celui de Moulins 6); enfin Thiébaut I fut voué de quelques biens des abbayes unies de Stavelot et Malmédy ().

L'abbaye de Mouzon dans l’archidiocèse de Reims possédait dans le Barrois le prieuré de Cesse (1). Le 27 juin 1291 l'abbé Robert reconnut que ce prieuré et tous ses biens situés à Luzy ($, Martincourt, Wammes, Autreville et Soupy ($) étaient en la garde du comte ().

Dans le diocèse de Châlons, le comte de Bar avait la garde du prieuré de Bayon (10) qu'il avait fondé pour l’abbaye de Moiremont (11). Les souverains du Barrois firent quelques donations à Montiers-en-Argonne, à Châtrices, et cédèrent au prieuré de Sermaize, à l’abbaye de Saint-Eugène, les dimes de Remennecourt!, (2) moyennant une messe

(1) Cf. notamment l'acte de reprise de 1270. B. N. fr. 11853, f 139, ro. Orval possédait dans le Barrois le prieuré du Val-des-Moines (Éommte * de Signy, Ardennes, Sedan, Carignan).

(2) Cf. H. Goffinet, Cart. d'Orval, p. 489.

(3) Berthollet, Hist. du Luxembourg, t. IV, p. 39. (4) Commune Cons-la-Grandville, Meurthe-et-Moselle, Briey, Longuyon. ; (5) Meuse, Montmédy, Stenay.

(6) B. N. fr. 11853, f° 263.

(7) Meuse, Montmédy, Stenay.

(8) Meuse, Montmédy, Stenay. Wammes écart de Pouilly même canton. Soupy écart d'Autreville.

(9) A. Lesort, Chartes du Clermontois, n° cvu.

(10) B. N. fr. 11853, f° 35 et 37.

(11) Marne, Arrondissement et canton Sainte-Menehould.

(12) Meuse, Bar-le-Duc, Revigny.

anniversaire annuelle (!). Il est fort possible que l’abbaye de Belval (2 ait été en partie dans la garde du comte de Bar 6). Enfin l'abbaye de Trois Fontaines, si proche de leur territoire, a reçu des comtes Renaut I‘, Renaut If, et sa femme Agnès et Henri I‘ de très nombreuses donations. Sous Thiébaut I‘, en mai 1211, elle s'engage envers le comte à ne rien acquérir dans le Barrois sans sa permission (4).

Dans le diocèse de Langres, le comte de Bar était accusé par le roi de France de s'être emparé de la garde de l'abbaye de Morimont (); il possédait en tous cas celle des

prieurés de Saint-Blin (6), Silmont (7, et Rupt-aux-Non-

nains (8 à Sairt-Benigne de Dijon, de Beauchamp (°) qu'Henri Il avait fondé et de Dieu-en-Souvienne (10) au Val-des-Ecoliers (1),

Luxeuil qui avait été momentanément dans la garde du comte de Bar avait un prieuré à Monthureux (12), Cluny en avait à Dammarie (1) et à Berupt (5), le Moutier Saint-

(1) B. N. fr. 11853, £ 80, re.

(2) Marne, Sainte-Menehould, Dommartin.

(3) A. de Barthélemy, Les comtes de Grandpré, p. 35.

(4) B. N. Lorr., 718, fo 3.

(5) Commune de Fresnoy, Haute Marne, Langres, Montigny. Kern, Acta Imperü Angliæ et Franciæ, n° 304.

(6) Haute-Marne, Chaumont, Chef-lieu de canton. Actes de septembre 1255. B. N. fr. 11853, fo 228. Perard, Recueil de pièces curieuses sur L'histoire de Bourgogne, 482.

(7) Meuse, Bar-le-Duc, Ligny-en-Barrois. Acte de juillet 1249. B. N. fr. 11853, fo 80.

(8) Meuse, Bar-le-Duc, Ancerville. B. N. fr. 11853, f° 80.

(9) Commune de Clermont-en-Argonne. Dom Calmet, II, pr. p. 435. Acte du 8 mai 1225. Il se peut toutefois que la fondation soit un peu antérieure. Cf. A. Lesort, Chartes du Clermontois, p. 132, n° 4.

(0) Commune de Louppy-le-Château, Meuse, Bar-le-Duc, Vaubecourt.

(11) Commune de Luzy, Haute-Marne, arrondissement et canton Chaumont.

(12) Vosges, Mirecourt, chef-lieu de canton.

(13) Meuse, Bar-le-Duc, Montiers-sur-Saulx.

(14) Commune Secourt, Moselle, Metz, Verny.

Jean (1) possédait celui de Saint-Etienne de Villotte (2).

3. — Les Templiers avaient des commanderies à Pierrevillers (3), Avillers (4, Doncourt 5). Les Hospitaliers en avaient une à Braux (6) fondée par Renaut, frère de Thiébaut IT. Les Antonistes étaient à Pont-à-Mousson et les Trinitaires à Lamarche.

Quant aux ordres mendiants, ils ne paraissent pas encore dans le Barrois; il y en a par contre à Metz, à Verdun et à Toul, et nous savons que dans les luttes communales les Dominicains ont toujours soutenu le comte de Bar contre les Franciscains (1. Le prieur des Dominicains intervint d'ailleurs comme ‘exécuteur testamentaire du comte Henri II et de son épouse (®).

Il y avait dans le comté un certain nombre de collégiales de chanoines : Saint-Maxe à Bar, fondée en 1022 (9), Ligny, fondée en 1197 (10), Sainte-Croix à Pont-à-Mousson, fondée par Thiébaut II (1, Sainte-Agathe à Longuyon (12, Notre-

(1) Côte-d'Or, Semur, Monthard.

(2) Vosges, Neufchâteau, Lamarche.

(3) Moselle, arrondissement et canton de Metz, fondée en 1192 par Henri Ier, A. M. B. 298, f° 31, et A. Meurthe-et-Moselle, B. 620, f° 1. À. M. B. 239, fo 97 (donation de Thiébaut en 1213).

(4) Meuse, Verdun, Fresnes-en-Woëvre; A. M. H. Marbotte non coté.

(5) Meuse, Verdun, Fresnes-en-Woëvre, fondée le 20 mars 1220 par Jeoffroy de Bar avec l’assentiment d'Henri II; A. M. H. Marbotte non coté. s

(6) Commune d’Ancerville, Meuse, Bar-le-Duc, chef-lieu de canton. Renaut de Bar s’y fit enterrer. Elle fut dotée avec le prix de la vente des terres de Tardenois et Sormery, cédées à Thiébaut II pour 5.000 livres.

(7) Notamment à Verdun et surtout à Metz.

(8) N. de Wailly, Not. des mss., t. 28, n° 17 et Dom Calmet, IE, pr., p. 457.

(9) Dom Calmet, I, pr., p. 599.

(10) Duchesne, Hist. de la maison de Bar, pr., p. 18.

(11) Fondée en 1260 et complétée en 1272; Lepage, Communes de la Meurthe art. Pont-à-Mousson; Thiébaut y ajouta de nombreuses donations dans son testament, le 11 avril 1282 (Dom Calmet, II, pr., p. 518- 520), et le 1°r octobre 1284 (A. M. B. 230, f° 110).

(12) Elle eut quelques différends avec le comte Thiébaut IT qui furent réglés le 23 juillet 1282; A. M. B. 241, f° 183 v°..

Dame à Lamothe (1). Enfin le comte de Bar était avoué de quelques possessions des chapitres de Verdun (2, de Metz 6) et de Saint-Gengoult de Toul (4).

E. — Le clergé séculier,

1. Les évêchés. — 2. Administration des paroisses. 3. Les reveaus. — 4. Les hopitaux.

1. — Le comté de Bar s'étendait sur les trois diocèses lorrains : Toul, Verdun et Metz et même les dépassait partout. Le Barrois s'étendait en effet largement au Nord sur l'archidiocèse de Trèves 5) et quelque peu sur celui de Reims (6; certaines de ses terres relevaient à l’est de Strasbourg (1), à l’ouest de Châlons (8), au sud de Langres (%) et même de Besançon (10),

Sur l'évêché de Langres, le comte de Bar a possédé des droits d'avouerie. À quelle époque Hugue, duc de Bourgogne, donna-t-il à Henri I‘ le comté de Langres et pourquoi ? Nous ne sommes pas en mesure de le dire exactement. Tout ce que nous savons, c'est que Hugue désirant donner à son oncle Gauthier, élu évêque de Langres le comté tout entier, le redemande à Henri I‘ et que celui-ci, avec le consentement de ses trois frères, s’en dessaisit sans difficulté en

LAB AAENSE

(1) Fondée par Thiébaut II, le 12 octobre 1259. Dom Calmet, II, pr., p. 483.

(2) Cf. Clouet, Hist. de Verdun, t. IX, p. 217 et 292.

(3) En 1239, le chapitre de Metz se déclare dans la garde du comte moyennant une rente à Pont-à-Mousson et à Saint-Paul; B. N. fr. 11853, f° 194 et 307.

(4) Cf. Cartulaire, B. N. Lorr., 331, f 1 et sd — B'Ne at 10020: Se

(5) Longwy, Longuyon, Chiny.

) Dun, Varennes.

7) Territoires alsaciens autour de Haguenau.

(8) Vaubecourt, Triaucourt, etc., et châtellenie d’'Ancerville. (9) Les terres du sud du Bassigny.

(10) Les fiefs de Bourgogne.

(11) Gallia Christiana, IV, 188. Cf. plus haut, ue

Des trois évêchés lorrains, c'est le diocèse de Toul qui comprendra, primitivement, la plus grande partie du Barrois : Bar et sa châtellenie, Gondrecourt et l'Ornois, les posses- Sions du Soulossois et du Xaintois, Amance et les terres qui en dépendent. Les domaines barrisiens avec Pompey, Saint-Mansuy et Foug allaient jusqu'aux portes même de la ville épiscopale; les évêques Udon, Pibon, Pierre de Brixey, Gille de Sorcy furent les amis et les conseillers des comtes; malgré cela l'influence de Bar sur Toul ne fut pas considérable. Elle fut trop combattue par celle des ducs de Lorraine pour être solide et durable, et dès le règne de Thiébaut II la France elle-même venait y gêner le comte de Bar. Des trois évêchés, Toul est celui qui lui échappera le plus, aucun prince de la maison de Bar même n’est parvenu à ce siège.

Verdun a failli à plusieurs reprises tomber en leur puissance. Là, deux pouvoirs régnaient côte à côte : le pouvoir épiscopal et le pouvoir comtal. Le comté ne sera définitivement réuni en la main de l’évêque qu'en 1156; jusque là la charge fut exercée par un laïc (1). Nous avons vu que l'évéque Richer après l'avoir rachetée à Godefroy de Bouillon fut obligé de la céder au comte Thierry de Bar; que le fils de celui-ci s’efforça, dans une guerre sans merci de transformer cette charge comtale en un fief héréditaire, sans y parvenir d’ailleurs ; qu’il renonça à l'hérédité moyennantcompensation. Évincés définitivement soit en 1156, soit plutôt à la mort de Renaut II, les comtes de Bar ne renonceront point à la lutte : Henri [° par la guerre, Henri IT et surtout Thiébaut II par la diplomatie, chercheront à rentrer dans la place. Ils y parviendront à peu près et ils y seraient restés s'ils n'avaient eu pour concurrents les rois de France; néanmoins jusqu'au jour où le dernier de leur nom, le car-

(1) I y a aussi des comtes à Toul, mais ici le comté est aux mains d’une famille peu importante qui n'a pas d'autre titre que celui de « comte de Toul »; elle disparaîtra au cours du xri® siècle où le comté tombé dans la maison de Lorraine a été, nous l'avons vu, racheté par

MR l'évêque.

dinal Louis, sera à la fois duc de Bar et évêque de Verdun, ils causeront à l'évêché le plus de mal possible (1.

L'évêché de Metz était trop puissant pour que les comtes, avant le xx siècle, y tentent rien par les armes et d'ailleurs, même à partir du jour où ils se sont immiscés dans les affaires de l'évêché, ils n’ont jamais cherché à y acquérir une très grande influente. Il ne songèrent qu'à placer sur cette riche principauté le plus possible de leurs cadets et il faut avouer que là, ils réussirent pleinement : Adalbéron I‘, frère de Ferry de Mosellane, de 927 à 964; Adalbéron IL, fils de Ferry, de 984 à 1005; Adalbéron IE, fils de Thierry I‘, qui ne régna que quelques mois en 1005; le cardinal Étienne, frère de Renaut I* de 1120 à 1163; Thierry, fils de Renaut I‘, de 1163 à 1171; (le princier Hugue, fils de Renaud II eût encore probablement succédé à son oncle s'il n'était mort auparavant) enfin Renaud, fils de Thiébaut Il de 1301 à 1316. L'évêché de Metz y gagna, il est vrai, la châtellenie de Lützelbourg, mais le comté de Bar s'enrichit, par la générosité d'Étienne, de la terre de Briey.

2. — Il nous reste à étudier l'administration des paroisses dans le Barrois au Moyen âge et sur ce point les renseignements sont suffisamment abondants dans le cartulaire de Saint-Mihiel. Il faut d'abord distinguer les paroisses desservies par le clergé régulier, de celles qui appartiennent au clergé séculier. Les premières peu nombreuses, dépendent d'un prieuré « cella ». Saint-Mihiel possède des prieurés à Bar, Saint-Mihiel, Mousson, Laiître-sous-Amance, Hareville, Saint-Thiébaut-sous-Bourmont, Meroux, Insming et Salone: nous avons vules autres dépendant des abbayes étrangères. Les paroisses séculières se divisent en paroisses proprement dites € parrochia », desservies par un curé et comprenant souvent deux ou plusieurs villages et en chapelles « capella » desservies par le vicaire et parfois situées proche d’un prieuré. Le curé est toujours désigné par le mot « sacerdos », le vicaire par celui de « vicarius » (,

(1) Cf. Ch.Aimond, Les relations de la France et du Verdunois de 1270 à 1552. (2) Le mot « presbyter » désigne la personne revêtue du caractère, de

La paroisse peut appartenir soit à l'évêque, auquel cas il nomme directement le curé, soit à un chapitre, une collégiale, une abbaye; le possesseur a alors soit le droit de nommer, soit seulement le"droit de présenter le titulaire. Quand l’évêque Thierry de Verdun donne à l’abbaye de Saint-Mihiel l'église suburbaine de la ville et celle de Trognon (Heudicourt), il les dispense de la juridiction épiscopale et déclare que l'abbé sera libre de nommer les curés, à condition que ceux-ci n’achètent pas leur charge (1). Sophie en donnant les églises de Tyrey déclare que l'abbé nommera les curés sans simonie, sans achat, mais que ceux-ci devront être conduits devant l'évêque de Toul pour qu'il les agrée ®. Pour la paroisse Notre-Dame de Bar-la-Ville, l'abbé présentra une personne convenable à l'archidiacre de Toul ou au chapitre qui recevra de l'évêque le soin des âmes ®). Les églises de Buxières 4), Woinville 5) et Fresnes-au-Mont (6) sont données à Saint-Mihiel, à condition que la charge pastorale soit commise par la main de l’évêque à un prêtreélu par l'abbé, avec le conseil des moines, duquel curé on ne devra rien exiger pour sa nomination, sauf les légitimes présents « exenia » (7). Toutes ces chartes sont confirmées par la bulle d'Eugène IIT, sur les biens de Saint Mihiel, qui déclare que les moines doivent élire, dans les églises qu'ils détiennent des prêtres honnêtes qu'ils présenteront à l’évêque diocésain. Si ces prêtres sont convenables, l’évêque, avec l’assentiment des moines, leur confiera le soin des âmes. Les prêtres répondront à l'évêque du soin du peuple, mais montreront à l'abbé la soumission due pour les choses temporelles (8.

l’ordre sacerdotal, il a donc le sens de « sacerdos », ce dernier perd son sens primitif pour prendre celui de « curatus ». (1) Cart. de Saint-Mihiel, édit. A. Lesort, n° 38 et 40. (2) Cart. de Saint-Mihiel, n° 45.

(3) Cart. de Saint-Mihiel, n° 46.

(4) Meuse, Commercy, Vigneulles.

(5) Meuse, Commercy, Saint-Mihiel.

(6) Meuse, Commercy, Pierrefitte.

(7) Cart. de Saint-Mihiel, n° 66.

(8) Cart. de Saint-Mihiel, n° 91.

Le curé une fois nommé est inamovible. C’est du moins ce qui résulte de la charte de Pibon de Toul pour Notre- Dame de Bar. Cette paroisse, quand elle fut donnée à l’abbaye de Saint-Mihiel, aVait pour desservant le curé Thierry qui, malgré la donation, conserve ses droits et ses fonctions jusqu’à sa mort, à moins toutefois que pour l'amour de Dieu et par affection pour les moines, il veuille bien s’en désister spontanément (1).

Le vicaire par contre peut être révoqué par celui qui l’a nommé (?. Les mentions que nous avons, relatives aux vicaires, ne font que confirmer celles que nous possédons sur les curés. Pibon confirmant à Saint-Mihiel la donation de la chapelle du château et du prieuré de Mousson fait connaître que l’un et l’autre seront desservis par un vicaire libre qui fera à l'abbé fidélité pour les choses de son droit, et au comte fidélité pour ce qui lui appartient; le conduit du vicaire appartient à l’abbé (2). Cependant Sophie, dans la charte de donation, déclare au contraire que le conduit lui appartient à elle et à ses descendants @). Frédéric de Ferrette donne à Saint-Mihiel la chapelle d'Amance avec l’église et le conduit du vicaire (#). Ce qu'il confirme dans sa lettre à Renaut pour lui demander de défendre les droits des moines sur Amance : « Les moines avec notre conseil éliront un vicaire et le conduiront à l’évêque de Toul pour qu'il en reçoive le soin des âmes » 5). Le chapelain de Mousson est nommé par l'abbé avec le consentement du comte (6. Au mois de mai 1211, Thiébaut I‘ fonde dans le château de Saint-Mihiel une chapelle dédiée à Sainte-Catherine qui doit

(1) Cart. de Saint-Mihiel, édit. A. Lesort, n° 46.

(2) Cart. de Saint-Mihiel, n° 140 « Accord entre les abbayes de Saint- Mihiel et de Lisle-en-Barrois pour la fixation de leurs droits respectifs sur la paroisse de Condé ».

(3) Cart.de Saint-Mihiel, n° 43.

(4) Cart. de Saint-Mihiel, n° 44.

(5) Cart. de Saint Mihiel, n° 62.

(6) Cart. de Saint-Mihiel, n° 74 : &. Vicarium autem cum consilio nostro eligent et ad suscipiendam animarum curam ante episcopum Tullensem conducent ».

être desservie par un chapelain (!); en mars 1258, Thiébaut II donne cette chapelle à l'abbaye mais à la condition expresse qu'elle sera toujours desservie par un prêtre séculier (2).

En fait, malgré les défenses ecclésiastiques, le curé ou le vicaire achètent fort souvent leur nomination ; vous venons de voir d'ailleurs qu'une charte de Saint-Mihiel reconnaît comme légitime le paiement par le nouveau curé de quelques présents € exenia » pour son entrée en fonctions (3). Ces présents sont donnés au patron de l’église et constituent avec le droit de nomination, les droits de patronage d’une église (4), )

Les paroisses étant ‘des bénéfices importants, il arrive parfois qu'avec la complicité du pouvoir seigneurial, des curés usurpent leurs fonctions. C'est ainsi qu'en 1152, Henri, comte de Salm a occupé par violence le prieuré d’Insming et après en avoir chassé les moines, en a saisi les dimes et revenus et placé un curé choisi par lui. Le pape Eugène IT en ordonne la restitution sous peine d'interdire le prieuré et d'excommunier le comte ).

3. — Les revenus des églises comprennent les dîmes, sur lesquelles nous nous expliquerons plus loin et le casuél, celui-ci constitué par les offrandes pour l'autel, le luminaire, les baptêmes, les noces, les enterrements; il faut y ajouter les offrandes pour les confessions et pour les relevailles des femmes accouchées. Le patron de la paroisse touche la plus grande partie des dimes et souvent leur totalité, le desservant touche ordinairement la majeure partie du casuel, mais plus rarement une partie des dîmes.

A Bar la Ville, d’après l'acte de donation, les moines touchent les dîimes, le luminaire, les offrandeset les aumônes, les droits du curé qui demeure en fonctions ne sont pas

1) A. M. H., Saint-Mihiel, Layette Sainte-Catherine.

2) “ M. H., Saint-Mihiel, 6 Q 8 —- J? f° 199 — B. N.; fr. 11853, 20 v

3) ts de Saint-Mihiel, édit. A. Lesort, n° 66.

4) Cf. Robinet et Gillant, Pouillé du diocèse de Verdun.

5) Cart. de Saint-Mihiel, n. 96.

( ( fo ( \ (

définis ('). Quand les moines, par la disparition de ce curé disposèrent de la paroisse, l'évêque Ricuin de Toul en 1120 fixa ainsi la prébende du vicaire : le quart de tous les biens meubles offerts à l’église; par contre, les immeubles ou fonds, la cire avec les chandelles appartiendront aux moines, Si un défunt étranger est enterré à Bar et qu'il offre à l’église un fonds, une maison, un coffre ou des lits, tout cela appartiendra à l’abbaye; s'il offre autre chose, le quart appartiendra au vicaire. Le vicaire touchera en entier ce qui sera offert aux messes privées qu'il chantera, aux confessions, aux baptêmes et pour la sépulture des albati ayant vécu huit jours, les pains, les chandelles des noces ou des femmes en relevailles, il touchera également le quart des dimes « garbae » et « minutae ». Ce vicaire répondra seul des revenus et impôts coutumiers qui sont dûs à l’évêque, à l’archidiacre et au doyen. Quant à l’abbaye, elle devra aussi à l'évêché, chaque année, le jour de la Saint-Etienne, six deniers de la monnaie de Toul (2).

. En 1178, Pierre de Brixey, évêque de Toul, donne à Saint- Mibhiel, qui ne possédait que deux tiers des dimes du Condé, la propriété de l'église avec deux tiers de la troisième partie des dimes grosses et menues qui appartenait au vicaire et deux parts de tous les bénéfices de l’église sur les aumônes, offrandes, messes privées, noces et pélerinages qui venaient dans les mains du vicaire. Le vicaire dont le conduit appartiendra désormais à Saint-Mihiel touchera les revenus des confessions ($); cette donation fut confirmée par l'archevêque de Trèves (4).

À Insming, le vicaire recevait simplement la somme convenable pour lui fournir un honnête soutien sur les revenus qui appartenaient à Saint-Mihiel &!,

Thiébaut I, en 1211, assure au vicaire de Sainte-Cathe-

(1) Cart. de Saint-Mihiel, n. 45 et 46.

(2) Cart. de Saint-Mihiel, n.71.

(3) Cart. de Saint-Mihiel, n° 113.

(4) Cart. de Saint-Mihiel, n° 118.

(5) Cart. de Saint-Mihiel, n° 139.

LE MCLERGÉ: 623

rine de Saint-Mihiel pour le soutien de sa vie six mesures de froment de son moulin de Morvaux et soixante sous sur les fours du comte (1),

Les plus complets de tous ces règlements sont ceux qui concernent la paroisse Saint-Étienne de Saint-Mihiel. Le premier, fait aux environs de 1150, stipule que le vicaire, qui est aussi chapelain de l'abbé, aura pour lui en entier ce quil recevra dans les confessions, les baptêmes, les relevailles et les messes privées, l’offrande que l'époux et l'épouse feront le premier et le troisième jour qui suivront la bénédiction nuptiale, la quatrième partie de ce qu'offriront les parents ou amis. Il prendra aussi un setier de vin sur les dimes et le quart de toutes les offrandes, aumônes et bénéfices de l'église @).

Le règlement de 1194 déclare que le curé recevra la récolte de cent cinquante « gelinae », d’où un quart de blé (frumentum), un quart de fleur de farine (siligo), un quart de trémie (tremesium) (8); il recevra quinze poignées de chanvre et deux setiers de vin sur le paiement des dîmes, deux poulets, deux agneaux, les bénéfices des confessions et des baptêmes, la réconciliation des femmes accouchées, le casuelsurles noces, le ban, les messes et deux parties desoffrandes de l'époux et de l'épouse, les offrandes des pèlerins qui recoivent la besace et le bâton, la conduite des morts et les aumônes des albati. Dans les messes privées pour les défunts, si on offre un denier, il appartiendra au curé, si on en offre deux ou trois, ils appartiendront aux moines, si on en offre quatre, le curé en recevra un.

Ce même accord nous apprend comment la paroisse était souvernée. Elle avait son conseil de fabrique : les jurés « juridicti » ou échevins « scabini » de l’église. Un fonctionnaire € ministerialis » nommé par l'abbé et le curé et fidèle de l’un et de l’autre prélèvera les bénéfices et remettra à chacun d’eux la part qui lui revient. En cas de désaccord

(= A M. H, fonds Saint-Mihiel, Layettes Sainte-Catherine, 1. (2) Cart. de Saint-Mihiel, n° 95.

(3) Farine grossière.

sur le choix du fonctionnaire, ce choix appartiendra au conseil de fabrique. Dans le cas où le fonctionnaire ne rendrait pas exactement ce qu'il doit, il sera sommé de le faire dans les quinze jours par le prêtre doyen, sinon le doyen saisira de sa propre autorité, les bénéfices du récalcitrant (1).

Le principal revenu des églises consiste dans les dîmes. Celles-ci n'appartiennent pas toujours au possesseur de l'église. Un seigneur, un évêché, une abbaye peuvent avoir le droit de présentation ou de nomination sans rien toucher des dimes; par contre le cartulaire de Saint-Mihiel nous fait connaître de très nombreuses paroisses où l’abbaye ne possédait que les dîimes ou une partie des dîmes sans le conduit. Le partage des dîmes n’est pas rare; celle d'Amance en particulier appartenait pour moitié à Saint-Mihiel et pour moitié à Sainte-Glossinde de Metz. Saint-Mihiel les usurpa toutes; il en résulta un long procès que l’abbaye barroise, malgré un copieux grattage et une abondante retouche des chartes ®), finit par perdre contre l’abbaye messine (5).

(Il importe essentiellement de remarquer qu'un certain « nombre de ces droits ecclésiastiques, dimes, etc. avant «été usurpés, dans la période primitive du Moyen âge par «les seigneurs laïques, font souvent partie du revenu doma- « nial de ces derniers (#. » Cette phrase que M. Luchaire a écrite pour la France peut parfaitement s'appliquer au Barrois. En 1218, Garnier, seigneur de Lisle-en-Rigault, donne à Jeandheurs les dîmes d'Haironville et de Behonne qui lui appartiennent (5); en 1236, Adam de Beauzée donne le tiers de celles de Saint-Hilaire (6), en 1233, le comte de Bar donne à Sainte-Hoïlde la partie de celles de Saint-Joire qu'il pos-

(1) Cart. de Saint-Mihiel, n° 135.

(2) Sur la valeur de ces chartes. Cf. A. Lesort, Cart. de Saint-Mihiel, Introduction, p. Lx et sq.

(3) Cart. de Saint-Mihiel, n°S 39, 43, 44, 62, 74, 76, 83 et 16 et les chartes de Sainte-Glossinde à l’'appendice n°S 8. 9, 10, 11.

(4) À. Luchaire, Manuel des institutions françaises, p. 350.

(5) H. Labourasse, L'abbaye de Jeandheurs, pr., n° xxtu.

(6) H. Labourasse, op, eit., pr., n° xxvr.

sède (1), Le cartulaire de Sainte-Hoïlde nous apprend qu’en 1229, Bertrand de Longeville reprend en fief du seigneur de Belrain les dimes de Ville-devant-Belrain (), qu'Herenice de Sepvigny possède celles de Neuville-sur-Orne (@), Robin de Bussy celles de Seraucourt-les-Beauzée 1), les seigneurs de Laimont une partie de celles de Behonne et de Vassincourt (6), On y voit même une bourgeoise de Bar, Heluys Douce, posséder celles de Naix (6. En 1246, le comte Thiébaut donne au même monastère celles de Port-sous-Mousson (7). Nous pourrions multiplier les exemples à l'infini; ceux que nous avons pris au hasard montrent combien ce droit purement ecclésiastique est devenu en fait, dans le Barroïis comme partout ailleurs, une redevance purement laïque et par là, toujours sûrement payée, qui s’aJoutait à tant d’autres dues par les vilains.

Les dîimes se divisent en grosses dimes « decimæ grossæ » ou « decimæ majorum » et en menues dîimes « decimæ minutæ » ou « decimæ minorum » (8). Les premières portent sur les principaux produits de la terre, les secondes sur les produits des potagers, des vergers et des petites cultures. Il est question de dîmes « sortium » perçues sur les fonds de terre, c'est-à-dire sur le produit des manses et des terres y attenantes (9), de dimes « dominicaturæ » perçues sur les terres exploitées librement (10) et de dimes « indominicaturæ » ou «<indomicatuum » sur les produits des terres exploitées par les serfs (11), qu'il faut peut être comprendre dans la distinction établie dans un autre texte entre les dimes du

(1) Cart. de Sainte-Hoïlde, édit. A. Jacob, n° 104.

(2) Cart. de Sainte-Hoïlde, n°S 93, 91, 100.

(3) Cart. de Sainte-Hoïlde, nos 84, 95.

(4) Cart. de Sainte-Hoïlde, n° 86.

(5) Cart. de Sainte-Hoïlde, n° 76, 99.

(6) Cart. de Sainte-Hoïlde, n° 101 en 1242.

(7) Cart. de Sainte-Hoïlde, n° 20.

(8) Grossæ et minutæ sont les mots qui reviennent le plus souvent. (9) Cart. de Saint-Mihiel. n°s 60, 77.

(10) Cart. de Saint-Mihiel, n°5 62, 74 et Introduction, p. Lxr et s. (11) Cart. de Saint-Mihiel, n° 62 et 83.

M. Grospinier pe MaATons. 40

propre travail de la charrue et celles des terres que les serfs labourent (1. Nous rencontrons encore les dimes « censales » sur les produits des censives (2), les dîmes « arigales » 6), ou € arangalium » () perçues sur les produits des terres labourées et les dimes « stirpales » perçues sur la coupe des bois (5). Quant aux dîmes « novales » perçues sur les terres récemment cultivées, il n’en est fait aucune mention dans le Barrois avant le xin° siècle, mais à partir de ce moment elles apparaissent assez régulièrement (6).

A partir du xur° siècle, le clergé séculier acquiert en matière d'actes publics et privés une autorité qui jusquelà avait été l'apanage des abbayes. Au x° et xr° siècles, les comtes de Bar avaient eu recours aux chancelleries abbatiales pour la confection de leurs actes en attendant qu'ils possèdent eux-mêmes à partir du xu° siècle une chancellerie (1). Au xur°, eux et leurs vassaux n’hésiteront pas à recourir aux tribunaux épiscopaux des officialités pour faire valider certaines de leurs décisions : officiaux de Verdun, de Toul, de Metz, de Trèves, de Besançon, de Sens ont tour à tour été mis à contribution. Le simple curé lui-même pourvu d'un scel au x° siècle devient lui-même vidimeur d'actes, c'est ce qu’on a appelé : « La juridiction gracieuse des curés au xur° siècle en Lorraine et Barrois » 8). Elle a disparu au début du xiv* siècle; mais pendant quelque

(1) Cart. de Saint-Mihiel, n°5 43 et 44 et frag. narr., n° 2 (p. 419) à Landaville : € cum decima quæ hoc modo accipitur +: de proprio labore aratri duæ partae erant ecclesiæ, tercia presbytero: ubicumque servi alodii araverunt sive in eodem alodio, sive in extraneo duas partes dabunt ecclesiae, terciam presbytero ».

(2) Cart. de Saint-Mihiel, n°s 39, 62, 83.

(3) Cart. de Saint-Mihiel, n°s 39, 44, 62, 83.

(4) Cart. de Saint-Mihiel, n° 43.

(5) Cart. de Saint-Mihiel, n°s 39, 43, 44, 62, 83.

(6) A. M. B. Saint-Mihiel, J. 2, f° 58. A. Jacob, Cart. de Sainte-Hoilde, PASStMe

(7) Cf. notre introduction au Catalogue des actes.

(8) Titre d’un mémoire inédit lu par M. A. Lesort, au Congrès des Sociétés Savantes à la Sorbonne en 1903 et dont nous ne possédons qu'un court résumé dans Bull. Soc. Bar-le-Duc, 1903, p. rxix.

soixante ans ({) elle a rendu de nombreux services aux justiciables barrisiens. Nous citerons parmi les plus fréquemment ur : Gille, doyen de la chrétienté de Bar en 1276 (2), Jean de Laheycourt devant qui jurait sa paroissienne re " hanterelle en 1284 pour faire un don à Sainte-Hoïlde ), Nicolas, doyen 7 la chrétienté de Bar et curé de É ce 1281 et 1289 (1), Nicolas, doyen de Saint-Maxe et Étienne, curé de És entre 1261 et 1271 (5, Nicolas, curé de Bussy (6), Jacques, curé de Stenay (7), Aubert, doyen d'Yvois (8), et d’autres encore.

4. — Aux églises, il faut ajouter les hôpitaux. Celui de Bar placé sous le vocable de Saint-Denis existait avant 1106 où le pape Pascal IT en confirme la possession à l’abbaye de Saint- Mihiel(9. Nous n'avons aucun renseignement sur lui avant le xr° siècle : en 1229 le comte Henri I l’affranchit des droits de mouture et d'entrée pour ses grains (10), en 1231 il lui permet de vendre son vin sans payer les droits de banvin (6) et confirme en 1239 la donation d’une vigne que lui a faite Guéry, chanoine de Ligny (1); en mars 1258 l'hôpital et le prieur de Notre-Dame s'accordent pour le partage des dîmes de Bar par l'intermédiaire du comte Thiébaut II (12).

A Ligny, si l'on en croit le père Benoit Picart, l'hôpital aurait été fondé en 1204 en même temps que celui de Vaucouleurs (13); mais il résulte d’une charte de Marguerite de

(1) A. lesort, loc. cil.

(2) Cart. de Sainte-Hoïlde, n° 62.

(3) Cart. de Sainte-Hoïlde, n° 64.

(4) Cart. de Sainte-Hoilde, n°° 65, 66, 69, 70.

(5) Cart. de Sainte-Hoïlde, n° 71.

(6) A. Lesort, Chartes du Clermontois, n° 78.

(7) A. Lesort, op. cit., n° 99.

(8) Dom Calmet, II, on p. 022:

(9) Cart. de l'hôpital de Bar. A. Meurthe-et-Moselle, H. 1673, f° 1.

(10) A. Meurthe-et-Moselle, H. 1674, fo 1

(11) A. Meurthe-et-Moselle, H. 1681, f° 1

(2) D' Baillot, Notice historique sur l'hôpital de Bar-le-Duc, Bar-le- Duc, 1877, pr. n° 1v.

(13) Cf. Benoit Picart, Pouillé du diocèse de Toul, t. I, p. 29.

Bar que l'hôpital de Ligny fut seulement fondé en 1251 (). L'hôpital de Saint-Mihiel, d’origine assez ancienne, établi près de la porte Grognet fut donné en août 1257 à l’abbaye de Saint-Mihiel. L'abbé devait nommer celui qui serait chargé de donner l'hospitalité et les aumônes (2. En mars 1258, le comte Thiébaut confirma sa donation 1). L'hôpital de Pont-à-Mousson situé entre le pont et Maidières fut établi par Thiébaut Il en mars 1258 et doté par l'abbé de Saint-Mihiel de la vicairie de Tyrey, les autres droits de l’abbaye étant toutefois retenus par le couvent (4). L'hôpital de Briey fut doté en 1235 par le comte Henri I qui lui donna 25 quartes de froment à prendre sur le grenier de la ville et cent sous tournois sur les assises de Mairey 6). L'hôpital de Dun fut établi dans cette ville par les seigneurs d'Apremont et doté par eux en 1234, 1237 et 1295 (6). Enfin, l'hôpital de Varennes existait avant 1250, où au mois de mars, Bertrand, curé de Varennes déclare que le patronage de la chapelle de la Maison Dieu appartient au comte de Bar (1).

La lèpre qui s'était répandue dans le Barrois au xr° siècle nécessita la création de léproseries. La plus ancienne est celle de Popey (8) établie sur le territoire de la paroisse de Bar. Ces lépreux sont desservis par un chapelain qui conclut au sujet des dîmes un accord avec le curé de Bar-la-Ville, en 1189. Les lépreux qui ont acquis des dimes sur le territoire de la paroisse, devront à celle-ci cinq setiers de froment (triticum) et autant d'avoine. De plus, les lépreux devront, s'ils acquièrent d’autres dimes à Bar, en céder les

(1) Cf. Berthollet, Hist. du Luxembourg, t. V, p. 459 et sq.

(2) SAME Saint-Mihiel, J° f 381. B. N. fr. 11853, f° 119. Dom Calmet, IL, pr., p. 477.

(3) A. M.H. Saint-Mihiel, J?, f° 370.

(4) B. N. fr. 11853, Fos 120 et 121. Confirmé par les évêques de Metz et de Verdun.

) A. Meurthe-et-Moselle, H. 1713, orig. n° 1. ) A. Lesort, Chartes du Clermontois, n°S 14, 17 et 110, 7) B: N°: fr. 11858, SE 8) Ecart de Bar-le-Duc.

deux tiers au prieur de Notre-Dame et n’en garder qu'un tiers pour eux, sauf toutefois sur deux arpents qu'ils viennent d'acquérir récemment (1). Popey reçut par la suite les dimes de la paroisse de Mussey ®). À Menaumont proche de Briey, il y avait également une léproseriée à laquelle Henri IT donne en 1238 quelques biens à la condition qu'ils reçoivent dans leur maison les lépreux de la ville de Briey (3). Thiébaut I° s'était intéressé à la léproserie de Verdun, en 1203 il lui donne la prébende de huit réseaux de froment qu’il possédait en l’église de Verdun (#, A la suite de cette donation le chapitre de Verdun intenta un procès aux lépreux, mais ceux-ci énergiquement.défendus par le comte Henri IL, gardien de la volonté de son père, obtinrent gain de cause et l'évêque décida que les revenus seraient payés par l'évêché (5). Il faut encore citer une léproserie à Sommières, près Saint- Aubin (6) établie en 1186 par les seigneurs de Commercy et celle de Saint-Mihiel qui ne remonte peut-être pas au delà du xiv° siècle (8).

(1) Cart. de Saint-Mihiel, n° 186. Jugement de Pierre de Brixey, évêque de Toul, sur la controverse entre le chapelain de Popey et le prieur de Notre-Dame de Bar-la-Ville.

2) En 1263, A. M. H. Popey.

3) À. Meurthe-et-Moselle, H. 1715, fo 1.

4) Clouet, Hist. de Verdun, t. II, p. 336.

5) Clouet, Hist. de Verdun, II, p. 364, n° 1.

6) Meuse, arrondissement et canton de Commercy. 7) Cf. Benoit Picart, Pouillé du diocèse de Toul.

8) Bonnabelle, Notice sur Saint-Mihiel, p. 109.

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