‹ Le Comté de Bar des Origines au Traité de BrugesChapitre 47 sur 57 · C. — Les villes et le commerce · texte numérisé non relu

C. — Les villes et le commerce

1. Les villes. — 2, Le commerce, les foires, les marchés et les routes.

1. — Le Barrois ne comptait que fort peu de villes. La population du comté est surtout rurale, il n'y a aucune industrie, sauf celles de première nécessité, si bien que les corporations n’y prendront naissance qu'au x1v* siècle 5). Le pays vit de ses vignes nombreuses alors et qui couvraient non seulement les collines autour de Bar et toute la Woëvre, mais encore la vallée de la Meuse d’où elle n'ont disparu que tout récemment (6,; il vit de ses champs médiocres et de ses

(1) A. Lesort, op. cit.

(2) Dom Calmet, IL, pr., p. 458.

(3) A. Lesort, op. cil., n°°xxv et xxx.

(4) N. de Wailly, Not. des mss., t. 28, n° 61

(5) E. Duvernoy, Les États généraux de Lorraine et de Bar, p. 71.

(6) Il en existe encore de rares vestiges cultivés parfois, mais surtout abandonnés. Elles étaient en pleine prospérité il ÿ a un demi-siècle (tra-

M. Grosoipier DE MarTons. 41

immenses forêts. Dans ces conditions, le développement des villes n’est dû qu’à des raisons militaires ou plus exactement à un besoin de sécurité et surtout à la situation commerciale aux points d'échange sur de bonnes routes. Le duché de Lorraine n’a point de ville, parce que lui non plus n'a pas d'industrie, que, de plus, il n’a ni route, ni voie navigable (1). Le Barrois, par contre, a quelques bonnes routes et deux rivières navigables, la Meuse et la Moselle (cette dernière justement commence à porter bateau quand elle devient barroise (2)); cela lui permettra de partager avec les vieilles cités épiscopales — Metz, Toul et Verdun — le commerce de la Lotharingie. À

Sur l'emplacement de Bar, il existait aux époques celtique et romaine une station du nom de Caturiges (?) située sur la route qui menait de Metz à Reims par Toul et Nasium (Naix) (4), à l'endroit où l'Ornain devient flottable et dans un profond et étroit défilé. Le nom de Bar-la-Ville n'apparaît pas avant le x° siècle (5); celui de Barrois date du vi siècle 6) et Bar fut sans doute le centre du pagus carolingien du même nom.

La colline qui dominait Bar-la-Ville fut choisie par le duc Ferry pour y construire son principal castrum vers le milieu du x° siècle, cette circonstance donna à Bar une importance qu'il n'avait pas eu jusqu'alors et contribua à donner au comté de Ferry le nom qu'il devait garder définitivement,

dition orale). On peut se rendre compte de leur importance par le cartulaire de Saint-Mihiel, édit. A. Lesort, table au mot : Vignes, et par les nombreux lieux dits des cadastres.

(1) E. Duvernoy, op. cit., chap. mr.

(2) Aux environs de Liverdun et la Meuse proche de Verdun.

(3) Cf. Maxe-Werly, Étude sur le tracé de la Chaussée romaine entre Ariola et Fines [avec plan de la station de Caturiges}, Mém. S. L. Bar-le- Duc, IX, 5 (1886), p. 123.

(4) H. de Widranges, Études sur plusieurs voies romaines partant de Nasium, Mém. S. L. Bar-le-Duc, I, 3 (1873), p. 227.

(5) Charte d'Henri L'Oiseleur pour l’évêque de Toul Saint-Gauzlin en 932. ;

(6) D'après un triens d'or de Nasium cité par Maxe-Werly, Les pagi qui au x° siècle formèrent le comté de Bar.

malgré l'absorption d’autres pagi que le Barrois. Devenue à l'époque féodale un point fprtifié entre l'Empire et la France, la situation de Bar était bonne comme centre de transaction commerciale. Par l’ancienne route romaine les produits du Toulois et du sud de la Woëvre lui parvenaient facilement, ceux de la Meuse et du centre de la Woëvre réunis à Saint- Mihie] y avaient accès par une bonne route, celle de Rupt et de Villotte, aussi Bar fut-il un centre pour le commerce des vins; son nom encore aujourd'hui est resté attaché aux produits des vignes lorraines et nous savons que leur vente banale était une des sources des revenus du comte. Henri I* en céda une part à l'abbaye de Saint-Mihiel (1).

Bar-le-Duc comprenait le château d'abord, isolé sur une colline entre le ravin de Véel et la Vallée de l’Ornain, position formidable d'où l’on pouvait tenir la route et surveiller au Join du côté de la France. Le château possédait une enceinte défendue par quatre tours : la belle Tour ou tour Valeran au nord-ouest, la Tour Noire qui gardait l'entrée du château ou Belle Porte au nord. Cette Belle Porte existe encore, tellement restaurée, il est vrai, au xvrr siècle, qu’elle ne marque plus guère que l'emplacement de l’ancienne. Sur le ravin de Véel se trouvait la Tour du Baile et sur la vallée de l'Ornain face à Bar-la-Ville, la tour de l’horloge ou du guet qui domine encore la cité et donne à Bar-le-Duc un aspect si pittoresque. Dans l'enceinte même du château s'élevait la collégiale Saint-Maxe, fondée en 1022), et où furent ensevelis les comtes à partir de Thiébaut I; Saint-Maxe n’a disparu qu’à la Révolution (@). Proche Saint-Maxe se trouvait l’école du chapitre dont il est fait mention dans deux documents de la fin du xmi° siècle (4).

(1) Cf. plus haut, p. 526.

(2) Dom Calmet, t. I, pr., p. 399.

(3) Sur le château et la collégiale. Cf. G. Renard, Le château de Bar autrefois et aujourd'hui, Bar-le-Duc, 1896, in-8°, 334 p. avec planches.

(4) En novembre 1298, Jean Tirechausse, bourgeois de Bar, vend un jardin à Robert curé de Véel près de la grange du chapitre; en 1301 Robert le revendit avec ses maisons situées sur une place devant l’École de Bar

Sur une autre colline au sud-est de la précédente, et par conséquent, située comme elle entre le ravin de Véel et l'Ornain s'élève la Ville Haute; il est fort possible que celle-ci n’ait pas existé avant le xim° siècle. Ce sera plus tard le quartier aristocratique de ces € messieurs de la cour des comptes » que leurs riches hôtels — silencieux et comme

abandonnés — garnissent encore (1. Ils y fonderont au début du xrv* siècle la collégiale Saint-Pierre — rivale de Saint-Maxe — aujourd’hui paroisse Saint-Étienne, le plus

pur et le mieux conservé des monuments du Barrois(?. Les fortifications de la Ville Haute étaient réunies à celles du château par la porte Phulpin du côté de Véel et par la porte Tohier, plus tard de l’Armurier du côté de l'Ornain; deux portes donnaient accès dans la ville et la Porte-au-Bois s'ouvrait au sud sur le ravin; ses remparts comprenaient, entre autres fortifications, la tour Jurée et la tour Vinchon. En réalité, sur ces fortifications et ces portes nous ne possédons pas de documents anciens. Une seule charte de la fin du xru° siècle en fait mention, c’est la donation faite à Sainte- Hoïlde d’une vigne située devant la porte Jurée (la Porte-au- Bois) située entre Polval, dit le texte et Blamecourt(3). Elle suffit du moins à nous faire connaître l'existence des fortifications de la Ville Haute à cette époque reculée.

Sur les pentes de ces collines, sur la rive gauche de l'Ornain s’étendait le Bourg également fortifié où s’ouvraient les portes Haudry, Notre-Dame et du Bourg. Le Bourg était réuni à la Ville Haute par la côte de l'Ecole où se trouvait sans doute l’école du chapitre dont il a été fait mention à propos de la Ville Haute et de Saint-Maxe. Il est fort possible

près la grange du chapitre aux dames de Sainte-Hoïlde. A. Jacob, Cart. de Sainte-Hoilde, n°S 49 et 48.

(1) Cf. Wladimir Konarski, Œuvres, 2 vol. in-4°, Bar-le-Duc, 1908, nombreuses planches. A. Martin, Vieux Logis Barrisiens, Mém. Soc. L. Bar-le-Duc, IV, 8, p. xxu, Lxn et cexiv; IV, 10, p. cExxxmI.

(2) Abbé Ch. Aimond, L'église Saint-Étienne, ancienne collégiale Saint- Pierre de Bar-le-Duc. Bar-le-Duc, 1911, in-8°, 140 p. planches et plans.

(3) Cart. de Sainte-Hoïlde, édit. A. Jacob, p. Lxxur.

que les fortifications du Bourg ne soient guère antérieures au xiv' siècle (1).

Quant à Bar-la-Ville la plus ancienne et probablement la plus importante partie de Bar, elle s'étalait sur la rive droite de la rivière aux pieds de la côte Sainte-Catherine. Elle était ouverte. Elle renfermait deux paroisses Notre-Dame fort ancienne et qui en 1088 passa aux moines de Saint-Mihiel (2 et Saint-George — aujourd'hui disparue — et signalée au début du xn° siècle ). Nous avons vu que Bar possédait aussi un hôpital sous le vocable de Saint-Denis connu dès 1105 (0. IT y avait à Bar-la-Ville un fief dont Gille de Barla-Ville, chevalier, était possesseur à la fin du xur° siècle (1.

Saint-Mihiel n'a guère d'autre histoire que celle de son abbaye (6). Nous avons vu que cette abbaye fondée sur le ruisseau de Marsoupe fut au début du 1x° siècle transférée sur les bords de la Meuse. La ville prospéra rapidement, elle fut le centre du commerce de la vallée de la Meuse: c'est chez elle la première que naquit l'industrie; au xu1° siècle elle était renommée pour la fabrication des draps. Gautier, abbé de Saint-Mihiel, notifia en effet au comte Thiébaut II qu'il affranchissait les drapiers de la ville de toutes tailles et de toutes corvées, moyennant le paiement d'un cens annuel de dix-huit deniers (1). Saint-Mihiel com-

(1) E. Ridet, Articles sur les remparts de Bar et les diverses portes, Bull. Soc. L. Bar-le-Duc, 1912, p. 39, 93, 133; 1913, p.°17, 95 et 212; 1914, p. 30. — On consultera avec fruit, L. Davillé, Bar-le-Duc à la fin du xvie siècle, Mém. Soc. L. Bar-le-Duc, 1917, p. 121 à 376.

(2) Cart. de Saint-Mihiel, édit. A. Lesort, n° 46. L'église Notre-Dame dans son état actuel date des xmié, x1ve et xvine siècles. Elle n’a encore fait l’objet d'aucune monographie.

(3) Cart. de Saint-Mihiel, n° 60.

(4) Cart. de Saint-Mihiel, p. 209. Monog. par D' Baillot, Mém. Soc. L. Bar-le-Duc, I, 5, p. 196 et 6, p. 23.

(5) Cart. de Sainte-Hoïlde, édit. A. Jacob, n° rxxn.

(6) Dom de l'Isle, Hist. de l'abbaye de Saint-Mihiel; Ch. Dumont, Hist. de la ville de Saint-Mihiel, Nancy, 4 vol. in-8°, 1860-1862 ; À. Bonnabelle, Notice sur Saint-Mihiel, Bar-le-Duc, in-8°, 1889; H. Bernard, Saint-Mihiel, Nancy, 1912, gr. in-8°.

(7) À. M. H. Saint-Mihiel, 3 a°.

prenait outre l’abbaye et son église dédiées à Saint-Michel, le château construit par la comtesse Sophie avec une chapelle dédiée à Sainte-Catherine, enfin le bourg entouré d’une vaste enceinte qui n'a disparu que sous Louis XIII. Nous en connaissons la porte Groinet près de laquelle se trouvait : l'hôpital 4), la porte de l’'Atre et la porte des Champs. Le Bourg était desservi par la paroisse Saint-Étienne qui existait déjà dans la première moitié du xn° siècle (2). Saint- Mihiel possédait un atelier monétaire qui travailla pour les évêques de Verdun et pour les comtes de Bar 6). A Saint- Mibhiel, on pouvait traverser la Meuse surun pont dont l’origine remonte peut-être à l'époque romaine. Le camp des Romains qui domine la ville et où l’on a trouvé de nombreux vestiges antiques (#) avait peut-être été établi pour le défendre. Le péage en appartenait pour moitié à l’abbaye de Saint-Mihiel et pour moitié au comte de Bar (5) qui inféoda sa part au châtelain de Mousson. En 1231, le chàtelain Garnier donna quarante sous fors sur ces péages à l’abbaye (6), tandis que son successeur Renaut vendit sa part à Anschier le Clerc, frère du baïlli de Saint-Mihiel (7).

Ce qui fit la fortune de Mousson, c'est sa situation sur la route de Reims à Metz à l'endroit où cette route franchit la Moselle. Signalé dès le 1x° siècle, Mousson comprenait deux parties : la ville haute, autour du château, formidable forteresse que les troupes impériales avaient en vain essayé de réduire sous Renaut I“ et la ville basse sur la Moselle devenue le Pont-à-Mousson. Dans le château se trouvait une chapelle dédiée à Saint-Cyr, au pont une cella ou prieuré construit par le comte Renaut et un hôpital qui existait au

1) À. M. H. Saint-Mihiel, Cartulaire J?, fo 370. 2) Cart. de Saint-Mihiel, n° 95.

3) Cart. de Saint-Mihiel, p. 199 et n. 1, Bibliographie. 4) Art. de G. de La Lance dans le journal La Meuse, 31 mai et 7 juin art. de Saint-Mihiel, édit. A. Lesort, n° 49. H. Saint-Mihiel, 3 B7.

(5) Cart.

(7) A. M. H. Saint-Mihiel, Cart: J2.

premier quart du xu° siècle(!. Thiébaut IT y ajouta une collégiale Sainte-Croix. Le faubourg de Thirey complétait Mousson; Thirey a aujourd’hui complètement disparu, mais il fut assez considérable pour avoir deux paroisses Saint- Pian et Saint-André ).

Amance n'avait guère qu’une valeur militaire, élevé autour du château sur une colline isolée et abrupte, la ville haute dominait également'une ville basse, Laître-sous-Amance, qui ne sont plus l’une et l’autre que de maigres villages. La chapelle du château et la paroisse Notre-Dame-de-Laître appartenaient à Saint-Mihiel (%).

Briey n'eut primitivement qu'une importance militaire, celle du château. Au x siècle, la ville devint prospère par ses forges qui s’alimentaient aux mines de fer de Hayange (4). Quant à Ligny, castrum aussi, mais point d'arrêt sur la route romaine de Metz à Reims, elle ne manquait pas de commerce puisqu'en 1197, les produits de son tonlieu étaient suffisants pour faire vivre les chanoines de sa collégiale (5). |

On peut encore citer parmi les villes du Barrois ayant eu quelque importance : Condé-en-Barrois qui fut le centre de grands marchés dont les revenus appartenaient à Saint- Mihiel, Gondrecourt, Conflans-en-Bassigny, Lamarche, Châtillon, Bourmont ou plus exactement sa ville basse, Saint-Thiébaut, Lamothe qui était une forteresse considérable, Foug, Etain, La Chaussée aujourd’hui bien déchue, Conflans-en-Jarnisy, Longwy, Longuyon, Dun, Clermont-en- Argonne et Varennes.

2. — Le commerce se faisait à peu près uniquement par les foires et les marchés. Les premières mentions relatives

(1) Cart. de Saint-Mihiel, p. 318 : « Domus Dei juxta Pontem sub Montione ». |

(2) Cart. de Saint-Mihiel, n° 45.

(3) Cart. de Saint-Mihiel, n° 43.

(4) 24 octobre 1260. Thiébaut de Hayange donne ses mines au comte de Bar. B.N. fr. 11853, fo 202.

(5) Fondation de la collégiale. A. Duchesne, Hist. de la maison de Bar,

pr., p. 18.

aux foires et marchés de Bar remontent à la fin du xn° siècle. Le comte Henri de Bar donne à l’abbaye de Saint-Mihiel une rente de quinze livres sur les marchés de Bar; l’acte n'est pas daté, mais il fut vraisemblablement donné par le comte —— pour témoigner son repentir des maux infligés à l’abbaye — au moment de son départ pour la croisade en 1189 (1). En 1215, Henri II assigne à son vassal, Renaud de Dampierre-en-Astenois, cinquante livres en fief sur les foires de Bar. Il résulte de ce document que les foires de Bar se tenaient à la Noël (*). Plus tard, elles eurent lieu à la Saint- Vincent le 14 mai et à la Saint-Barthélemy le 24 août ®. Il existait d’ailleurs à Bar une halle dans la Ville Haute. Les foires de Saint-Mihiel qui avaient lieu à la Saint-Michel sont. connues depuis Renaut IT qui conclut à leur sujet un accord avec l'abbé. Une halle fut construite à Saint-Mihiel sur le terrain de la corvée compris entre la Meuse et l’abbaye ; cette construction fut faite en vertu d'un accord conclu entre Thiébaut et l'abbé en septembre 1251 (4. |

Les foires et les marchés donnaient au comte de gros revenus provenant des droits de tonlieu et des amendes diverses que devaient payer les marchands en fraude. Avant Renaut IL, le tonlieu de Saint-Mihiel appartenait tout entier aux moines; sans doute, à la suite de quelques difficultés, le comte et l'abbé proposèrent d'augmenter le marché par le trafic du sel. A partir de ce moment, le monastère ne recevra plus des telonarii que cinq livres de monnaie plus deux livres de poivre, le surplus appartiendra au comte. Les amendes reviendront à l'abbé: au cas où le marché au sel

() Cart.de Saint-Mihiel, édit. A. Lesort, n° 123. Nous ne croyons pas devoir faire état de l'acte faux soi-disant passé par le même comte à Messine qui garantit à des Lombards un prêt sur les revenus des foires de Bar, Doc. inéd. de l'Hist. des Vosges, IV, p. 57. Cf. plus haut, p- 199.

CAMES 10 RTS

(3) L. Davillé, Bar-le-Duc à la fin du xvie siècle, p.313.

(4) Un autre document signalé pa une copie du xrve siècle en marge du Cart. de Saint-Mihiel mentionne cette construction, Cart. de Saint- Mihiel, édit. A. Lesort, Frag. narr., n° 1.-Cf. Henri Bernard, La {alle de Saint-Mihiel, Nancy, 1914, in-8° planches.

disparaîtrait, tout le produit du tonlieu reviendrait au monastère (1), Cet accord dura jusqu'en septembre 1251. Thiébaut II força l’abbaye à partager [avec lui les revenus des foires et marchés de Saint-Mihiel et de Condé sauf sept livres et treize muids de grain, moitié.blé, moitié seigle. Le comte s'engageait à ne faire ni foire ni marché dans un rayon de deux lieues autour de ces villes (2).

On a souvent confondu tonlieu et péage; le fait est que ces deux mots sont souvent pris l’un pour l'autre. Quand les textes sont un peu plus précis, on s'aperçoit que « telonum » 5) n'est pas du tout synonyme de « pontatieum » (4 passage des ponts et «’travaticum » (®) péage appelé aussi « portaticum » (6). Le tonlieu porte exclusivement sur la marchandise, ou plus exactement sur la vente de la marchandise, c'est un droit sur le trafic, il est donc synonyme de « venda », « venditio ». Le péage s'établit partout sur les roues, sur les ponts et sur les rivières; il est payé aussi bien par les marchandises que par les personnes et les charrois à vide. Les percepteurs des tonlieux comme ceux des péages s'appellent toujours « telonarii » « tonnoiers ». Il semble bien que ceux-ci soient plutôt des fermiers que des fonctionnaires (1).

Le comte fait souvent des donations sur ces péages et tonlieux, et peut même parfois les inféoder 8. À Saint-Mihiel,

(1) Sans date, Cart. de Saint-Mihiel, n° 110.

(2) Orig. A. M. H. Saint-Mihiel P‘ (avec une confirmation de Jean, év. de Verdun). De l'Isle, Hist. de Saint-Mihiel, pr., p. 481.

(3) Cart. de Saint-Mihiel, édit. A. Lesort, p. 242.

(4) Cart. de Saint-Mihiel, p. 73, 83.

(5) Cart. de Saint-Mihiel, p. 66, 73, 83.

(6) Cart. de Saint-Mihiel, p. 66, 73, 83.

(7) Cart. de Sainte-Hoïlde, édit. A. Jacob, p. 16 : « Et est assavoir que li tonnoier de Bar qui averont le tonnieu, aussi tost com il lor iert escheus, il doient faire bone surtey en la main au dames de Sainte-Hout, des trente et ouyct livres desurs dictes et avec la seurtey il doient jureir sor sains que il paieront les trente et ouyct livres au dames dessus dictes au termine devant nonny ».

(8) Dans l'accord déjà cité de Renaud II, le comte promet de ne pas inféoder le tonlieu. L'avoué de Condé a des droits féodaux sur le tonlieu

de Condé. Cart. de Saint-Mihiel, p 183 et 230.

nous l'avons vu, il était dû un droit pour le passage du pont et pour la traversée de la ville, la moitié de l’un et de l’autre appartient au comte et l’autre à l’abbaye (1). Sur le tonlieu de Ligny, Agnès de Bar donna successivement soixante livres à l’abbaye de Saint-Mihiel et trente livres à la Collégiale (2). Henri [* donne aux Templiers quinze livres sur le péage de Bar et si le péage ne les rapporte pas, ces quinze livres seront prises sur le tonlieu (3). Le même Henri vendit à l'évêque de Toul pour soixante sous toulois ses droits sur le péage des bateaux qui passaient la Moselle entre le pont de Liverdun et Pompey (4. Vers 1190, Agnès de Bar donna à l'abbaye de Saint-Mihiel le tonlieu de cette ville et soixante livres sur celui de Ligny(®. Thiébaut I‘ dispensa du péage de Pont-à-Mousson les religieux de Clairvaux (6 et avant de mourir, le 13 février 1214, "donna à Saint-Mihiel le péage du sel (7). Henri IT donne, en AS dix livres sur les marchés de Ligny à l'abbaye d'Evaux(® et quandil emprunte en décembre 1220 six cents livres à l’abbaye de Saint-Mihiel, il lui donne en gage tous les péages de Bar et de Saint-Mihiel('). Richard de Kœur qui possédait quinze livres de rente sur le tonlieu de Bar en fief du sire de Bourmont les vendit en mars 1231 au comte de Bar\10), Celui-ci, en août 1239, donna à l’abbaye de Sainte-Hoïlde quarante livres sur le même tonlieu (11). Au mois de mai, Henri admit que Simon de Passavant l’accompagnerait désormais dans les produits du péage de Pont-en-

(1) Cart. de Saint-Mihiel, n° 49. L'abbé les donne à Sophie pour la dotation du château de Saint-Mihiel.

(2) Cart. de Saint-Mihiel, n° 133.

(3) AUNMNB 1228 "181:

B. N. fr. 11853, f° 168.

) Cart. de Saint-Mihiel, édit. A. Lesort, n° 133. ) D’Arbois de Jubainville, Etude sur l'état intérieur des abbayes cisterciennes aux X1e et XIn° siècles, preuves.

(7) A. M. H. Saint-Mibhiel, DZ

(8) A. M. H. Evaux, Eï.

(9) A. M H. Saint-Mihiel, At.

(11) Cart. de Suinte-Hoïlde, édit. A. Jacob, n° Lxxix.

Woëvre (D. En avril 1248, Garnier, châtelain de Mousson donna quarante livres sur les péages de Saint-Mihiel à l'abbaye de Saint-Mihiel (2. Le 12 octobre 1259, Thiébaut II fonda la collégiale de Lamothe et lui donna pour revenus cent vingt livres sur les tonlieux, marchés et péages de Bar 6). En janvier 1261, Thiébaut donne à Sainte-Hoïlde dix livres sur le tonlieu de Bar (f), tandis que son successeur Henri II, en juillet 1300, retirant à la même abbaye les encombrants et coûteux moulins que lui avait donnés son père, les remplace par trente huit-livres sur le tonlieu de Bar (5).

Le comte de Bar possédait aussi depuis le mariage d'Agnès avec Renaud IL, des droits sur les foires de Champagne auxquels ses sujets avaient l'habitude de se rendre (6). En 1192, Agnès de Champagne, comtesse de Bar, engage à l'abbaye de Frois-Fontaines ses revenus de la vicomté de Troyes et des foires pour régler quelques dettes (7). Ces revenus, le comte Henri II les inféoda en 1231 à Raoul de Senhs Et De toutes les rivières du Barrois, la Moselle et la Meuse étaient les seules navigables. La Meuse navigable traversait le Barrois seulement entre Stenay et Pouilly «et vit toujours tant com il fut là, les neis venir jusques à Sathenai et deschergier là, et em prenoiït om le paage à Pooillei », dit un texte rapportant un témoignage en faveur du comte de Bar contre les prétentions de l'archevêque de Reims (9. La Moselle était navigable depuis Liverdun et traversait le Barrois jusqu’au nord de Pont-à-Mousson. De routes nous

(1) B. N. fr. 11853, f° 244.

(2) À. M. H. Saint-Mihiel, 3 B'.

(3) Dom Calmet, II, pr., p. 483.

(4) Cart. de Sainte-Hoïlde, move

(5) Cart. de Saint:-Hoïlde, édit. A. Jacob, n° xxn.

(6) Les gardes des foires de Champagne menacent en 1282 le comte Thiébaut II d'interdire à ses sujets la fréquentation des foires s'il ne force son vassal, Jean de Buzancy à payer ce que celui-ci doit à des Klorentins. À. Lesort, Chartes du Clermontois, n° Lxxxvn.

(7) B. N. lat. 11902, f° 177 vw°.

(8) B. N. fr. 11853, f° 94.

(9) A. Lesort, Chartes du Clermontois, n° xxxvnr.

en connaissons trois principales dont deux au moins sont d'anciennes voies romaines. La première partait de Metz et se dirigeait sur Verdun et sur Reims par l’Argonne; la seconde, la plus importante de toutes, part aussi de Metz, remonte le cours de la Moselle sur la rive droite jusqu'à Mousson où elle franchit la rivière, suit la rive gauche jusqu'à la forteresse verdunoise de Dieulouard, passe par Toul, Void, Naix (l'antique Nasium), Ligny, Bar-le-Duc, Laimont et se dirige vers Reims; la troisième prend au Pont de Mousson, traverse Saint-Mihiel et par Rupt et Villotte atteint Bar-le-Duc.

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