C. — L'expansion de la charte de Beaumont dans le Barrois
Il n'y a aucune observation à noter sur la répartition géographique des villes affranchies, on les trouve partout, toutefois les villes neuves sont surtout et naturellement placées sur les frontières. Quelques-unes sont instituées par des traités de pariage entre le comte de Bar et des seigneurs ou des abbayes voisines, les copropriétaires s’en partagent naturellement les revenus.
C'est précisément par un traité de pariage que la charte de Beaumont rentra dans le Barrois. Pour terminer les différends surgis à propos des sujets de leurs frontières, le comte Thiébaut I°' et le comte Henri de Grandpré établirent sur la Wiseppe, en 1188, une ville neuve à laquelle ils donnèrent le nom de Beaufort, déclarant qu’en cas de guerre la protection de la ville, qui devait rester pacifique, appartiendrait à celui des deux seigneurs qui ne serait pas engagé dans la guerre (f). Au mois de janvier 1203, le comte de Bar affranchit la ville de Roncourt ) et en avril de la même année celle de Saint-Thiébaut-sous-Bourmont () sur laquelle nous allons revenir. En janvier 1211, Thiébaut [‘ affranchit Andernay (#, mais il se réserve de quoi doter une chapelle qu'il fonde dans ce village 5).
Son fils, Henri II s'est montré avare d'affranchissements la charte donnée à Bar-le-Duc en 1234 et que nous examinerons plus loin ne peut guère compter comme un affranchissement. En mai 1229, l'abbé de Beaulieu et Thierry de Saint-Hilaire qui viennent de fonder la neuve ville de Triaucourt (6), le prient de la prendre sous sa protection moyen-
(1) Cf. Jeantin, Chroniques de l’Ardenne et des Woepvres, II, 542. Cf. analyse Bonvalot, op. cit., p. 129.
(2) Lorr., arrondissement et canton de Metz. À. M. B. 256, p. 26.
(3) Haute-Marne, Chaumont, Bourmont. Edit. Aug. Pawlowski, Bull. hist. et philol., 1898. p. 251 et sq.
(4) Meuse, Bar-le-Duc, Revigny.
(5: A. Meurthe-et-Moselle, B. 343, f° 5.
(6) Meuse, Bar-le-Duc, chef-lieu de canton.
nant deux setiers d'avoine que lui paiera chaque bourgeois (1). Henri II donna quelques libertés aux habitants de Laheycourt ®), de Waly (@) et d'Autrécourt (4), mais il n’applique pas à ces villes la loi de Beaumont.
Thiébaut II fut par excellence le comte affranchisseur. Au mois de novembre 1243, c’est Varennes (5), Auzéville (5) et Véry ( qui furent successivement mises à la loi de Beaumont. En février 1244, il affranchit la ville de Stenay () et y règle les droits du châtelain de Stenay 1), le 17 du même mois il établit la Neuve ville dela Chaussée devant Stenay (0. En 1245, il approuve l’affranchissement de Cons-la-Grandville par son vassal Jean de Cons (1), Au mois, d'octobre 1246, il met à la loi de Beaumont Neuvilly (1? et au mois de novembre Clermont-en-Argonne (13), Au mois de juillet 1247, c'est Aubréville (14); au mois de décembre le comte de Bar et Thiébaut de Brouennes s'accordent pour mettre Brouennes à la loi de Beaumont(15)}. En octobre 1250, . Thiébaut affranchit Nantillois (16),en avril 1252 avec le comte de Luxembourg il libère les gens de Marville (1%), le 11 juin
1255 il fonde Vauquois. En avril 1261, il met à la loi de (1) B. N.fr. 11853, f° 172.
) Meuse, Bar-le-Duc, Vaubecourt.
) Meuse, Bar-le-Duc, Triaucourt.
(4) Même canton, Bonvalot, op. cit., p. 310, note 2.
5) Dom Calmet, Il, pr. p., 458.
6) Meuse, Verdun, Clermont, Archives Nord, B. 789, n° 4 et 5. (7) Meuse, Verdun, Varennes, Archives Nord, B. 789, n° 6.
(8) Bonvalot, «p. cit., p. 156.
9) A. Lesort, Les Chartes du Clermontois, n° xxiv. é (10) Laneuville devant Stenay, canton de Stenay. A. Lesort, op. cit. xxv, analyse.
11) Léon Germain, Recherches historiques sur la seigneurie de Cons-la- Grandville.
12) Meuse, Verdun, Bonvalot, op. cit., p. 157.
(13) A. Lesort, op. cit., n° xxx.
(14) Meuse, Verdun, Clermont, Archives Nord, B. 790, n° 3.
(15) Cf. Jeantin, Chroniques de l'Ardenne, W, p. 550.
(16) Meuse, Montmédy, Montfaucon, Archives Nord, B. 793. n° 1.
(17) Léon Germain, Chartes des archives communales de Marville, Luxembourg 1881, in-8°.
Stenay en bloc tout un groupe de villages de la seigneurie de Pont-à-Mousson : Thyrei (1), Soissons (2), Xon (2), Hammeville ®), Geminville R), Mousson, Pont, Atton 8), Blenod (), Madières 5) et Rue (6). En mai 1263, Châtillon-sur-Saône (1 et le 18 août de la même année le château de Briey sont mis à la loi de Beaumont (S). Le 11 juillet 1274, il donne à Bar une charte très bérale pour les habitants de Conflans en Bassigny (9.
En juillet 1249, après s'être entendu avec l'abbé de Gorze, Thiébaut fonda la neuve ville de Francheville (10), Le 10 avril 1252, le chapitre de la cathédrale de Metz lui donne des biens à Serrouville (11) et à Passigny (1?) pour l'aider à fonder, à la loi de Beaumont, la neuve ville de Serrouville (13). Au mois d'août, il fait avec l’abbesse de Juvigny et Thierry Crescent un accord du même genre pour aftranchir Douaumont(t#}, Bezonvaux{14 et Beaumont(1#}, En 1255 après avoir affranchi Souilly (5), le comte de Bar s'entend avec Huard de Bauffremont, seigneur de Bulgnéville, Jean de Mandre, Henri et Vautrin pour fonder une neuve ville à Suriauville (16)
1) Commune de Pont-à-Mousson.
2) Commune des Menils, Meurthe-et-Moselle, Nancy, Toul.
(3) Meurthe-et-Moselle, Nancy, Pont-à-Mousson.
4) Même canton.
5) Maïdière, même canton.
(6) Commune de Pont-à-Mousson. Lepage, Journal de lai Meurthe, I, 51. Bonvalot, op. cit., p. 160.
7) Dom Calmet, Note de la Lorraine, Chatillon.
8) A. M. B. 239, f° 1. (Ch. Abel, Les Origines de la commune ke Briey, p. 23.
(9) Znv. de Lorraine, t. IV, f° 497.
10) Auj. La Chaussée, Meuse, Commercy, Vigneulles. A. M.B. 243, f° 46. ) Meurthe et Moselle, Briey, Audun-le-Roman.
) Commune de Serrouville.
YA M: B::239, f 136 et A.M..B. 3092, f° 50:
) Meuse. Verdun. Charny. A. M. B. 253, f° 139. B. N. fr. 11853, f 182, pr. Jeantin, Chronique de l'Ardenne, I, p. 164.
(15) Meuse, Verdun, chef-lieu de canton. — A. Meurthe et Moselle, B. 395, fo 1 (Confirmation du 9 septembre 1281), — A. Meurthe et Moselle. B. 942, fo 22. A. M. B. 264, f° 123 et B. 247, f° 1.
(16) Vosges, Neufchâteau, Bulgnéville.
dont le comte aura le quart (1). En janvier 1257, il fonde de concert avec l'abbaye de Saint-Benoit une ville de refuge sur le territoire de Laheymeix (2) et de Saint-Germain (). En 1263, c'est le chapitre Saint-Gengoult de Toul qui l’associe à la possession de la ville neuve de Minorville (), mise à la loi de Beaumont (5). En janvier 1270, il affranchit Haceloy (6), Trieux (6), Landrevanges (7), Lommerange (8), Amelange (), Thon (), le 4 octobre de la même année, il fonde Longuyon (10), en 1275, le 9 novembre, il accompagne l'abbaye de Luxeuil dans l’affranchissement de Provenchères, Montreuil et Blécourt (11); le 18 février 1276, il fonde avec l'abbé de Lisle-en-Barrois une ville franche appelée Deuxnouds (12) où les moines se réservent quelques droits utiles, en mars, c’est l'abbé de Saint-Benoïit qui lui offre de fonder une ville à Vassecourt (3) sans que ni l'un, ni l’autre puissent aliéner leur part (14). Le 25 janvier 1278, avec le comte de Luxembourg et l’abbesse de Saint-Pierre-aux-Nonains, il établit la franche ville de Saint-Pierrevillers et Remenoncourt (5).
(1) B. N. fr. 11853,f° 229. Duhamel, Doc. hist. des Vosges, t. I, p> 174 (2) Meuse, Commercy, Pierrefite.
(3) Patron de l’église de Laheymeix. Le lieu de ce nom a probablement été englobé dans le village. Orig, A. M. H. Saint-Benoit A8, — Copie H. Registre Saint-Benoit B?, f° 179.
(4) Meurthe et Moselle, Toul, Domèvre.
(9) Orig. A. Meurthe et Moselle. G. 277, n. 9.
(6) Meurthe et Moselle, Briey, Audun-le-Roman.
(7) Commune de Bousse. ’
(8) Lorraine, Thionville, Fentsch.
9) Commune de Trieux. B. N. fr. 11853, f° 146 et 200. A. M. B. 253, f° III Accompagnement de Gérard d'Ottange.
10) A. Meurthe et Moselle. B. 782, f° 5. — Archives mun. Longuyon AA, f° 1, édit. E. Duvernoy. Cat. A. Meurthe et Moselle. E. supp. Briey, p- 168.
11) Haute-Marne, Arrondissement de Wassy dans la seigneurie de Joinville. B. N. fr. 11853, fo 241.
12) Meuse, Bar-le-Duc, Triaucourt. B. N. fr. 11853, f° 98.
(13) Auj. disparu.
14) Orig. À. M. H. Saint-Benoit, 246. — B. N. fr. 11853, fo 126.
15) Remenoncourt. Commune Saint-Pierrevillers, Meuse, Montmédy, Spincourt, Bonvalot, op. cit., p. 162.
Au mois de juillet 1282, Thiébaut affranchit Xivry le Franc (1, Bondrezy (!), Haigney ®), Mercy-le-Haut 6) et Mercy-le-Bas (3), “et il est entendu que Roger de Mercy l'accompagnera dans les revenus de ces villes (‘). En juin 1288, il complète l’affranchissement de Francheville 5 en déclarant que les hommes de son château de la Chaussée 6}, qui habitent vers Jonville jouiront des mêmes droits que ceux qui habitent vers Haumont 5), Au mois de mai 1289, avec Gobert d’Apremont, il affranchit Saint-Baussant (6), Essey et Maizerais (1) et avec l'abbé de Gorze Amel (8) et Senon (8).
En dehors de ces villes presque toutes à la loi de Beaumont le comte Thiébaut avait accordé des libertés plus ou : moins étendues à Bourmont en juillet 1248 (%), à Clefmont en Bassigny en 1249 (0), à Revigny en octobre 1250 tt), à La Mothe et à Jarey en août 1258 (12 et à Sommeilles en mars 1259: (5),
Du comte Henri INF, on ne peut guère citer que l'affranchissement de Sancy et de Froville en 1295 (14).
D. — Les chartes de Saint-Thiébaut et de Revigny.
1 La charte de Saint-Thiébaut. -— 2. La charte de Revigny.